< Science Tribune - 1996-
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The Cancer Journal - Volume 9, Number 4 (July-August 1996)

editorial


Cytokines et cancers - sortir la mélodie du bruit de fond




Les relations hôte-tumeur a été pendant des années une expression favorite des immunologistes. Dans ce cadre était surtout étudiée la capacité des différentes populations de lymphocytes et de macrophages à détruire les cellules tumorales, à empêcher ou à faciliter leur croissance. Et ce avec ou sans la participation des anticorps, des lymphokines et des monokines.

Le domaine des interactions hôte-tumeur s'est progressivement élargi avec la description d'un nombre croissant de cytokines capables d'agir sur des fonctions impliquées dans la croissance et la dissémination des tumeurs. Et ce, que ces cytokines soient produites par les cellules immunocompétentes ou par d'autres cellules différenciées hors du système immunitaire proprement dit. La série des cytokines bien caractérisées, isolées, dosables et fabriquées par l'industrie ne cesse de croître et avoisine la centaine. Leur participation aux maladies cancéreuses est connue de façon fragmentaire. D'autres dosages pourraient utilement être ajoutés à la liste des cytokines, en particuliers les dosages des hormones et des récepteurs d'hormones et de facteurs de croissance et de différentiacion. Ces molécules contribuent au même titre que les cytokines aux échanges intercellulaires, intissulaires, au maintien de la structure des tissus, ou à son rétablissement lors des processus de guérison. Parmi les molécules informationelles, la disponibilité des réactifs, la fiabilité des tests et la faisabilité des dosages sont les critères principaux du choix des substances à mesurer. Certaines cytokines furent dosées dans les tissus tumoraux, ou dans le serum de malades, pour explorer la réponse inflammatoire, la neo-angiogénèse, la réponse immune antitumorale, ou tout autre phénomène auquel telles cytokines sont réputées participer et pour comprendre ainsi tel aspect d'un mécanisme impliqué dans l'évolution de telle forme de cancer. L'administration de cytokine(s) associée(s) ou non, à d'autres traitements (interferon, IL-2...) fut l'objet d' importants essais cliniques.

De façon implicite ou explicite, nombre de chercheurs admettent et/ou présument que les cytokines jouent un rôle dans la physiopathologie cancéreuse. Chacune des cytokines connues participe à des fonctions diverses. Cette diversité les rattache à des disciplines différentes, parfois très éloignées de la cancérologie, et contribue à brouiller la représentation fonctionnelle de ces effecteurs.

Plutôt que de partir d'un des mécanismes de la cancérogénèse auquel une ou plusieurs cytokines pourraient être associées et d'explorer la dynamique de cette association, comme le font certains laboratoires, nous proposons une démarche inverse. Soient deux ensembles: celui des cancers et celui des cytokines, pouvons-nous expérimentalement saisir la part communes à ces deux ensembles et chercher si il existe une structure qui nous permette de comprendre l'organisation de cette intersection. De façon plus concrète, sans exclure a priori aucune des cytokines dosables dans des conditions reproductibles (une centaine environ), ni aucun des cancers humains bien caractérisés dans le système TNM, par leur histologie et par leur évolution, nous proposons d'accumuler les dosages faits sur les tissus tumoraux, dans le serum et éventuellement sur des tissus présumés sains, et d'user des diverses méthodes d'analyse et de classement de données pour voir si un ordre quelconque se dégage sous une forme accessible à notre entendement. Cette approche systématique et systémique nous paraît trouver sa rationalité dans la nécessité de tirer sans délai le meilleurs parti de l'outil biotechnologique disponible et sous-utilisé, pour tenter de concevoir à nouveau les relations hôte-tumeur. Il serait illusoire de croire que l'on pourrait parvenir au résultat désiré en rapprochant les données des études fragmentaires déjà réalisées. Ces données sont trop hétérogènes pour servir à la construction d'un ensemble cohérent. Il faut créer de novo les données dans l'esprit d'un projet particulier afin que la compatibilité soit l'un des critères majeur du protocole expérimental. De ce cadre de connaissances on peut espérer dégager des profils de variations biologiques susceptibles de répondre à des profils symptomatiques, ou à des syndromes. Ceci pouvant être source d'innovation thérapeutique et un maniement mieux inspiré des associations de cytokines à des fins anticancéreuses.

Jean-Claude Salomon
salomon@tribunes.com

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