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The Cancer Journal - Volume 8, Number 3 (May-June 1995)

éditorial


Système immunitaire et progression des cancers



Dans ce numéro W. Hammond et col. (p. 130) rapportent le rôle de la fonction immunitaire dans la progression tumorale. Selon le concept initialement formulé par L. Foulds en 1958 et précisé ultérieurement par P. Nowell en 1986, au cours de leur évolution les tumeurs malignes changent de structures. Elles deviennent de moins en moins différenciées, en même temps que leur malignité: pouvoir invasif et métastasiant, s'accroissent.

Le mécanisme biologique de cette progression vers la différenciation et la plus grande malignité est-il génétique ou épigénétique? Question toujours aussi vive qu'il y a vingt ans.

Evidemment la cascade de changements phénotypiques qui sous-tend les changements histologiques, ne peut être envisagée de la même manière si chaque étape est déterminée par une mutation sur un génome de moins en moins stable, ou si au contraire une, ou un petit nombre de mutations déclenche, ou accompagne une série de modifications épigénétiques.

L'étude de la progressions est limitée chez l'homme à la comparaison des prélèvements espacés dans le temps au cours de l'évolution d'un cancer et de ses récidives locales ou à distance. Expérimentalement on peut étudier la progression des tumeurs transplantées. Ceci fut réalisé soit avec des tumeurs animales où tumeur, donneurs et receveurs sont isogéniques et les hôtes de même compétence immunitaire que les donneurs d'origine et ultérieurs; soit en système xénogénique avec des tumeurs animales ou humaines et des hôtes immunodéficients telles les souris mutantes nude, SCID ...

Le mérite de Hammond et col. est d'utiliser un système isogénique et des hôtes immunodéprimés, seul moyen d'étudier le rôle éventuel la fonction immunitaire per se dans la progression tumorale. Ce qui n'avait pas été étudié jusque là. Ajoutons que Hammond a un mérite supplémentaire: il utilise des hybrides de première génération entre des souches parenrales inbred (F1), rapprochant ainsi de façon décisive son modèle de la situation naturelle. Alors que tant de travaux sont inutilement réalisés avec des donneurs et des receveurs inbred. Rappelons que les F1 sont tout aussi isogéniques entre eux que le sont les animaux inbred des lignées parentales dont la plupart des gènes sont pour les besoins de l'expérience inutilement homozygotes.

La dédifférenciation phénotypique prise comme critère de progression tumorale au cours de l'évolution des tumeurs, paraît dépendre, en partie du moins de l'immunocompétence de l'hôte. La progression est moins fréquente, moins marquée si l'hôte isogénique est immunodéficient. Comme si l'immunodépression favorisait le maintien de l'état de différenciation, et vice versa.

La pression immunitaire chez l'hôte immunocompétent sélectionne-t-elle les variants moins antigéniques et moins différenciés? Ou bien le système immunitaire intervient-il plus directement sur la différenciation cellulaire et tissulaire. Sans doute les deux voies participent-elles du processus. A coté et en même temps que d'autres facteurs. Notons que la dépression immune ici utilisée: l'administration à dose unique de cyclophosphamide est un mode parmi bien d'autres qui n'agiraient pas nécessairement de la même façon. Des interactions hormonales ou nerveuses pourraient aussi modifier la progression tumorale. Quoiqu'il en soit, le travail de Hammond va dans le sens d'une progression épigénétique, ce qui renforce la pesrpective de réversibilité. Hors l'excision ou la destruction de la tumeur, les tenants d'une progression exclusivement génétique proposent des thérapies géniques et s'emploient à les inventer et à les mettre au point.

Peu de chercheurs et peu de moyens sont consacrés à l'étude des mécanismes épigénétiques de la progression tumorale et de la dédifférenciation. Le travail de Hammond innove et devrait entrainer un regain d'intérêt pour l'analyse des mécanismes en cause et pour les thérapeutiques capables de renverser la progression tumorale.

Jean-Claude Salomon
e-mail: salomon@tribunes.com


1. Hammond W.G., Benfield J.R., Tesluk H., Johnson J R., Teplitz R L. Tumor progression by lung cancers growing in hosts of different immunocompetence
Cancer J. 8, 130-138, 1995
2. Foulds L. The natural history of cancer. J Chron Dis. 8, 2-37, 1958.
3. Nowell PC. Mechanisms of tumor progression. Cancer Res. 46, 2203-2207, 1986.



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