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The Cancer Journal - Volume 11, Number 5 (September-October 1998)

éditorial


Si les syndromes paranéoplasiques facilitaient la croissance tumorale !





L'histoire récente des biphosphonates et de l'extension de leur utilisation dans les cancers semble être une succession de découvertes fortuites et inattendues. A moins que ce ne soit la première d'une série de découvertes analogues, qui ne devront plus rien au hasard, mais relèveront de l'exploration systématique d'une hypothèse applicable à l'ensemble des cancers évolutifs.

Initialement utilisés dans les cancers du sein avec métastases osseuses lytiques, pour réduire l'ostéolyse et l'hypercalcémie, les biphosphonates semblent avoir une action antitumorale en réduisant l'incidence des métastases viscérales (1) (2). Ceci implique que les métastases ostéolytiques sont non seulement la conséquence du développement et de la dissémination des cellules tumorales, mais sont aussi une cause de cette croissance.
L'hypothèse que nous proposons est la suivante: entre le tissu tumoral et les lésions paranéoplasiques les plus diverses peuvent exister des relations bidirectionnelles (3). Ceci a des conséquences qui peuvent être analysées expérimentalement:
a- la croissance du tissu tumoral induit des lésions paranéoplasiques, ceci est l'interprétation classique;
b- le syndrome paranéoplasique favorise en retour la croissance du tissu tumoral. C'est ce que pourrait démontrer l'action antitumorale des biphosphonates dans le cancer du sein (2);
c- il n'y a pas nécessairement une précession du développement du tissu tumoral par rapport à celle des lésions paranéoplasiques;
d- d'autres médicaments, capables d'agir sur les lésions paranéoplasiques et de réduire les syndromes qui y sont associés, pourraient avoir des effets antitumoraux en interférant avec les facteurs de croissance mis en jeux lors de la prolifération des cellules tumorales soit directement, soit par action sur l'angiogénèse, la réponse immune, ou un mécanisme trophique en altérant les fonctions du stroma tumoral (4).


La recherche doit porter
1- Sur d'autres biphosphonates actifs sur les métastases osseuses ostéolytiques, pour savoir s'ils agissent aussi sur les métastases viscérales et sur l'évolution des tumeurs primaires des cancers du sein et d'autres cancers;
2- sur d'autres médicaments capables d'agir dans des syndromes paranéoplasiques pour voir si en retour ils seraient comme le clodronate capables de freiner la croissance du tissu tumoral;
3- sur l'action antitumorale de l'association de plusieurs médicaments entrant dans ces catégories;
4- sur la prévention du cancer du sein chez des femmes traitées par biphosphonates pour une ostéoporose post-ménopausique et sur la prévention du cancer de la prostate chez des hommes traités pour une ostéporose par le même médicament;
5- il faut envisager l'extension de cette approche à toute la comorbidité des cancers et aux traitements les plus divers que les cancéreux reçoivent pendant l'évolution de leur maladie.

A condition d'utiliser des méthodes appropriée d'exploitation des données, il serait possible de dégager de l'hétérogénéité des populations analysées, la mise en évidence d'associations de certains médicaments, prescrits pour les motifs les plus divers, à des améliorations, ou à des aggravations, inattendues ou inexpliquées de l'évolution.

L'action des biphosphonates dans le traitement de l'hypercalcémie maligne et des métastases ostéolytiques de divers cancers date de la fin des années soixante dix. L'étude du mode d'action est loin d'être achevée. Le sera-t-elle un jour? Il importe assez peu.

Le travail de Diet et coll. (1) apporte un jour nouveau sur la biologie du cancer du sein et l'on peut imaginer que sa signification soit très étendue. Ces auteurs ont analysé des données disponibles mais inexploitées dans bien des séries de malades. Avec de l'imagination, de l'acharnement méthodique on doit découvrir des informations majeures noyées dans la masse des données cliniques, biologiques, radiologiques, et thérapeutiques. Des évolutions inattendues dans des cancers sont souvent observées. Par inattendues nous voulons dire des évènements statistiquements rares, cas situés aux extrêmités des courbes, et sans doute de ce fait, chargés de plus de signification à découvrir que les évènements fréquents, prédictibles. Ceci vaut pour les évolutions significativement plus lentes ou plus rapides, plus favorables ou plus défavorables que la moyenne.

La somme des évènements rares, qu'ils aient ou non de traduction clinique, finit par rassembler un nombre élevé de sujets. C'est à partir de cette masse de données, aujourd'hui mise au rebut, que nous suggérons d'orienter des recherches cliniques, avec la tenacité des chercheurs en quête de pépites d'or.

Jean-Claude Salomon
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Références

1. Diel IJ, Solomayer E-F, Costa SD et al. Reduction in new metastases in breast cancer with adjuvant clodronate treatment N. Engl J Med 339, 357-363, 1998

2. Mundy GR, Yoneda T Biphosphonates as anticancer drugs. N. Engl J Med 339, 398-400, 1998

3. Salomon J-C Cancer, Tumors and Paraneoplastic Syndromes. in "New Frontiers in Cancer Causation" O.H. Iversen edit. Taylor and Francis Publish 1993, pp 73-80.

4. Hii S-I., Niclo DL, Gotley DC et al. Captopril inhibits tumor growth in a xenograft model of human renal cell carcinoma, Brit. J. Cancer 77, 880-883, 1998







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