[Help] [Aide] [Up]

The Cancer Journal - Volume 10, Number 5 (September-October 1997)

editorial


Taiwan, leader pour la prévention des hépatomes malins





Taiwan est le premier pays qui a entrepris et mené a terme un programme général de vaccination contre l'hépatite B. Son bilan, dix ans après le début de ce programme (1) est plus qu'encourageant pour ce qui concerne les cancers hépatocellulaires de l'enfant dont l'incidence et la mortalité furent notablement réduits.

La vaccination d'abord limitée aux nouveaux nés exposés, puis à tous les nouveaux nés, a été progressivement et rapidement appliquée à tous les enfants, puis étendue en six ans aux adultes.

Les hépatomes malins des enfants de 6 a 14 ans avant avant vaccination avaient une incidence de 0,70/100.000; cette incidence a décliné pour atteindre 0,36/100.000 dix ans après le début de la vaccination. Deux facteurs ont du jouer: la progression du nombre d'enfants directement immunisés par le vaccin qui fut effectivement administré à 85-90% de la population préscolaire et scolaire et indirectement l'immunité collective (herd immunity) liée à l'action de masse. La mortalité par cancer hépatocellulaire a décliné de façon parallèle à la baisse de l'incidence.

La rigueur méthodologique et la qualité du travail de dépistage ont eu pour conséquence (paradoxale) l'accroissement de l'incidence des hépatomes chez les adultes. Sans doute s'agit-il d'un accroissement du nombre des cas diagnostiqués et non d'un accroissement absolu. L'augmentation de l'espérance de vie et le rôle possible du virus de l'hépatite C sont des facteurs qui ne peuvent cependant pas être absolument écartés (2).

Pour tous ceux qui prennent connaissance de ce programme et du premier bilan, il est parfaitement clair que Taiwan a pris sur le reste du monde une avance en matière de prévention de l'hépatite B et de ses conséquences. La réduction du nombre des hépatomes de l'enfant est un résultat, modeste au regard de l'investissement, mais qui très probablement annonce la réduction progressive du nombre des cirrhoses post-hépatitiques et des hépatomes malins des adultes. Survenant à une période relativement précoce du développement économique de ce pays de 21 millions d'habitants, cette opération sanitaire nous donne envie de connaître plus précisément sur quels secteurs de la santé les autorités politiques, administratives et médicales ont décidé de porter leurs efforts. Il est probable que l'investissement sera largement bénéficiaire en vies humaines d'ici quelques années, quand s'amorcera la diminution du nombre des cirrhoses et des hépatomes, si fréquents dans le Sud-est asiatique.

Dès le début des années quatre-vingts, l'idée de vaccination de masse contre le virus de l'hépatite B avait été formulée par l'OMS. Il faudrait comprendre ce qui a déterminé un seul pays a passer a l'acte. Et a réussir. Même s'il s'avérait que la suite du programme était moins favorable que la première étape.

- Faudra-t-il continuer à vacciner les nouveaux nés et pendant combien d'années?
- Quels sont les autres éléments d'un programme de réduction vaccinale des risques de cancer que l'on peut et que l'on doit mettre en oeuvre dans les pays à haut risques? Nous pensons évidemment aux papillomavirus et au virus d'Ebstein-Barr, pour lesquels des vaccins existent, mais ne sont pas commercialisés, ni même expérimentés là grande échelle, faute entre autres d'un "marché solvable".

Quand enfin les pays industrialisés prendront-ils conscience de leur responsabilité, là et où c'est scientifiquement possible, de sortir les transferts de technologie pour la prévention de masse, a la fois du domaine mercantile qui ne prend en considération que le marché solvable; et du domaine de la charité qui sauve des vies sans jamais parvenir à l'échelle des actions larges, profondes et durables. Seuls les Etats, parfois regroupés, sont capables d'agir valablement à l'échelle des pays.. Ce sont les Etats industrialisés qui doivent contourner leurs obstacles intérieurs et faire preuve de la maturité politique nécessaire pour ce genre d'action.

Quoiqu'il en soit, dans cette affaire le leadership a été pris par Taiwan et les instances internationales doivent le reconnaitre sans ambages.

Jean-Claude Salomon
To contact the author...Click here Thank you.


1. Chang M-H, Chen C-J, Lai M-S et al. Universal hepatitis B vaccination in Taiwan and the incidence of hepatocellular carcinoma in children. N Engl J Med 336, 1855-1859, 1997.

2. Liaw Y-F. Dual infection with HBV and HCV in hepatocellular carcinoma. (review) Cancer J 10, 189-192, 1997.



[Up]