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Science Tribune - Article - Juin 1997

http://www.tribunes.com/tribune/art97/meyer.htm

Y a-t-il encore polémique autour de la découverte des phénomènes dits radioactifs?



Michèle Meyer1 et Erick Gonthier2

1. Laboratoire de chimie des substances naturelles, URA 401 CNRS, Muséum National d'Histoire Naturelle, Paris, France
2. Laboratoire de Minéralogie, Muséum National d'Histoire Naturelle, Paris, France



L'histoire attribue à Henri Becquerel la découverte du phénomène de la radioactivité sur les sels d'urane. Si on se réfère aux carnets de Henri Becquerel et à sa principale publication correspondant à sept années de travail dans ce domaine, il semblerait qu'il ait été le premier à observer et à décrire ce phénomène (1).

En fait l'attribution de la découverte de la radioactivité a suscité quelques controverses par le fait que Henri Becquerel avait omis de citer certaines expériences menées par ces prédécesseurs.

Henri Becquerel (1852-1908) travaillait avec peu de moyens au laboratoire de Physique Appliquée aux Sciences Naturelles situé dans le Jardin des Plantes et fondé par Antoine César, son grand-père (1788-1878). En particulier, il utilisait des plaques photosensibles "procédé Lumière". Cet intérêt pour la photographie lui venait de son père Edmond (1820-1891), professeur au Muséum qui travaillait, en outre, sur les propriétés magnétiques et phosphorescentes des minéraux. Il avait fait une étude photographique sur les spectres solaires, et avait été sollicité par Jacques Daguerre (1787-1851) pour trouver un nouveau procédé photographique pour copier des gravures. Il sera d'ailleurs baptisé le "Procédé Becquerel" mais, malheureusement, il restera au stade de laboratoire. Il subsiste encore trois exemplaires de ce procédé dans les archives du musée de l'ancien Hôtel Dieu de Châtillon-Coligny. Daguerre, en 1829 associé à Nicéphore Niepce de Saint Victor (1765-1833), le fameux inventeur de la photographie, avait mis au point un procédé permettant de développer et de fixer une image, procédé qui fut baptisé "Daguerréotype" en 1838.

Nicéphore Niepce comptait parmi les membres de sa famille un cousin germain, Claude-Félix-Abel Niepce de Saint Victor (1805-1870) qui fréquentait lui aussi le laboratoire d'Edmond Becquerel. Cet officier avait accompli toutes ses recherches dans un laboratoire militaire. Ses travaux avaient été remarqués et appréciés par Michel Eugène Chevreul, alors professeur de Chimie au Muséum d'Histoire Naturelle (2) (3).


La découverte de Claude Niepce de Saint Victor

Chevreul (1786-1889), Directeur des teintures aux Gobelins, s'intéressait lui aussi à la photographie. A ce titre, il suivait attentivement les travaux de Niepce de Saint Victor. Il lui prodigue un protectionnisme scientifique et présente tous ses mémoires au compte rendu de l'Académie des Sciences. Il découvre ainsi avec lui un phénomène curieux lié à la radioactivité et qu'il avait appelé "photographie par absorption" et cela 40 ans avant Becquerel. En 1856, Niepce avait mis en évidence l'action exercée par la lumière sur certains corps. Dans son mémoire, lors d'une première expérience il décrit ce qu'il observe:" un dessin tracé sur une feuille de papier blanc, avec une solution de sulfate de quinine, un des corps les plus fluorescents connus à l'époque, qui exposé au soleil et appliqué sur papier sensible, se reproduit en noir beaucoup plus intense que le papier blanc qui forme le fond du dessin. Une lame de verre interposée entre le dessin et le papier sensible empêche toute impression ; une lame de verre jaune colorée à l'oxyde d'urane produit le même effet. Dans une deuxième expérience on prend une feuille de papier restée plusieurs jours dans l'obscurité, on la couvre d'un cliché photographique sur verre ou papier, on l'expose aux rayons solaires dans un temps plus ou moins long suivant l'intensité de la lumière et on la rapporte à l'obscurité, on enlève le cliché qui la couvre et on la traite par une solution d'azotate d'argent, on voit apparaître dans l'espace de peu de temps une image qu'il suffit de laver à l'eau pour la fixer. Si on veut obtenir une image plus rapide et plus vigoureuse, on imprégnera préalablement la feuille de papier d'une substance qui subit dans un plus haut degré que lui l'action lumineuse dont il est question dans ce mémoire. Une substance de ce genre est l'azotate d'urane obtenu par traitement de l'oxyde d'urane par l'acide azotique dilué, soit en faisant dissoudre dans l'eau des cristaux d'azotate d'urane. La feuille de papier doit être imprégnée de sel d'urane en assez grande quantité pour que sa teinte soit d'un jaune paille sensible. Quand on veut expérimenter, on la recouvre d'un cliché, on l'expose au soleil environ un quart d'heure puis on la remet à l'obscurité, on la traite par une solution d'azotate d'argent et l'on voit instantanément apparaître une image vigoureuse avec la teinte des épreuves habituelles. Pour la fixer il suffit de l'immerger dans l'eau pure, afin de dissoudre toute la portion de sel d'urane qui abritée par les noirs du cliché n'a pas reçu l'action de la lumière (les sels d'urane sont insensibles à la lumière s'ils sont cristallisés) on rince à l'eau pure pour la fixer. On peut obtenir des épreuves négatives pour servir le cliché en plaçant dans la chambre obscure une feuille de papier imprégnée d'azotate d'urane. Ce procédé est lent et ne pourra servir quà prendre des prises de vue de monuments. Les sels d'urane peuvent être remplacés par une simple solution d'acide tartrique. Les sels d'urane sont très fluorescents et l'azotate d'urane est très phosphorescent par percussion. Ce n'est pas le cas de l'acide tartrique à moins que le sel soit un chlorure ou un bromure d'argent. Une troisième expérience consistait à envelopper une aiguille dans un papier imprégné d'azotate d'urane ou d'acide tartrique et insolé mais le résultat est négatif. Ce qui prouve que l'activité n'est pas due à l'électricité. Cette activité persistante donnée par la lumière à tous les corps poreux peut même pas être de la phosphorescence car elle ne durerait pas longtemps, d'après les expériences d'Edmond Becquerel "(4).

En effet, ses travaux sur les sels d'urane ont fait l'objet de six notes aux Comptes Rendus de l'Académie des Sciences (5) (6) (7) (8) (9) (10) et constitue son deuxième mémoire intitulé : "Sur une nouvelle action de la lumière". Claude Niepce de Saint Victor fut ainsi le premier à décrire la présence de phénomènes particuliers "radio-actifs" (le mot fut inventé plus tard) mais sans pouvoir l'interpréter, étant données les connaissances scientifiques dont on disposait à cette époque.


L'intérêt suscité par les travaux de Claude Niepce de Saint Victor

L'intérêt suscité par les troisième et quatrième mémoires (7) (8) de Niepce de Saint Victor a poussé Chevreul à faire une communication à la suite de celle de Niepce intitulée "Influence de la lumière dans les actions moléculaires" (11) : "Les faits consignés dans le dernier mémoire de M. Niepce sont importants non seulement par leur liaison avec les questions qui se rattachent à la connaissance des phénomènes chimiques produits par l'action seule de la lumière ou avec son concours, mais encore, et c'est là ce qu'ils ont de nouveau surtout, en ce qui concernent son action même, sa puissance dynamique. C'est une découverte capitale que la démonstration du fait qu'un corps insolé, tel qu'un cylindre de carton blanc, agit dans l'obscurité à distance sur certains corps à l'instar de la lumière même émanerai directement du soleil. M Niepce vient de constater que le carton insolé, conservé à l'obscurité dans un cylindre de fer blanc, est encore actif six mois après son insolation."

Cette observation est pour l'époque remarquable en ce qui concerne des azotates d'urane et de cuivre dont la solution mise sur un papier laisse une trace presqu'incolore dans l'obscurité, laquelle trace se colore en brun par la lumière et qui se décolore ensuite dans l'obscurité et cela un grand nombre de fois.

Niepce déclare "les expériences que j'ai décrites dans ce Mémoire démontrent, je crois, de la manière la plus évidente, que la lumière communique à certaines substances qu'elle a frappées une véritable activité; en d'autres termes, que certains corps ont la propriété d'emmagasiner de la lumière dans un état d'activité persistante". Il rajoute : "En définitive, j'ai parfaitement constaté que les corps qui conservent le mieux l'activité que leur donne l'insolation sont, excepté les sels d'urane, les moins bien disposés à la fluorescence." (4)

Dans le rapport pour le prix Trémont (1861) que reçut Niepce pour ses travaux, Chevreul écrivit : "M. Niepce a démontré le fait remarquable que certains corps reçoivent des rayons du soleil la faculté d'agir ensuite dans l'obscurité sur des matières sensibles à la lumière, comme si les premiers corps étaient lumineux, de sorte que le soleil leur communique une activité qu'ils conservent des mois entiers dans l'obscurité."

En 1869, dans l'American Journal of Science, H. Bolton constate les résultats des expériences de Niepce de Saint Victor sur les nitrates d'urane. En 1874, Ditte dans L'uranium et ses composés et dans l'Encyclopédie chimie évoquent des expériences de Niepce sur "les sels d'uranyle qui ont la propriété d'émettre des rayons fluorescents après avoir été exposés à la lumière. Ils sont capables longtemps après l'insolation de rayonner autour d'eux de rayons invisibles". (12)

Contrairement à ce que dit François Prévet (13), Niepce de Saint Victor lui-même était conscient qu'il venait de découvrir un phénomène nouveau, d'une grande importance, comme il le signale dans son deuxième mémoire. Il essaie même de donner une interprétation: "C'est un rayonnement invisible à nos yeux, comme le croit Léon Foucault, rayonnement qui ne traverse pas le verre" (4). Il faut rappeler que les notions d'atome et de molécule ne seront adoptées par les chimistes qu'en 1860, la classification périodique des éléments en 1869, que les phénomènes électriques et magnétiques commencent à se développer. Il faudra attendre la fin 1895 pour assister à un bouleversement scientifique avec la découverte des rayons X, puis 1896, la radioactivité, et plus tard la mécanique quantique...


Et Henri Becquerel ?

Le 20 janvier 1896, Henri Poincaré présente à l'Académie des Sciences les premiers clichés des rayons X découverts par Roentgen (14).

Ce même 20 janvier, Henri Becquerel rencontra Poincaré à l'Académie au sujet de la tâche phosphorescente visible au point d'impact des rayons X sur le tube de Crookes. Becquerel reprend ses expériences et cherche à mettre en évidence ce phénomène sur des plaques photosensibles. Pour cela, il insole ces plaques avec des sels d'uranyle très phosphorescents et, dans un premier temps, obtient l'impression des taches qu'il attribue comme conséquence de l'action des rayons lumineux sur les sels phosphorescents.

Reprenant presque à l'identique les expériences de Niepce, le 1er mars 1896 - alors qu'il avait enfermé une préparation dans le tiroir du bureau de son laboratoire à cause du mauvais temps qui dura trois jours - il développa malgré tout son travail et découvrit deux taches très marquées dont une portait la silhouette de la croix de Malte en cuivre de différentes épaisseurs qu'il avait laissée dessus (15).

Le lendemain, 2 mars 1896, il annonce à l'Académie des Sciences la découverte d'un nouveau rayonnement spontané de la matière. Quand elle est exposée au soleil, dit-il, une substance fluorescente comme le sulfate double d'uranyle et de potassium émet des rayons qui impressionnent la plaque photographique. Il montra que d'autres sels d'uranium fluorescents ou non émettent des radiations qu'il baptisa "les rayons uraniques" (16) (17). Il était clair désormais qu'un rayonnement avait été émis à l'abri de toute lumière excitatrice. L'activité radiante spontanée de la matière venait d'être mise en évidence; la "radioactivité" venait d'être découverte (1er Mars 1896).(15).

Le fils de Becquerel, Jean (1878-1953), en reprenant l'oeuvre de son père Henri et de son grand-père Edmond, a étudié la phosphorescence du rubis, de l'émeraude, et de certains sels d'uranium lorsqu'ils sont portés à haute température. Il dit à propos de la découverte de la radioactivité : "Cette découverte avait été préparée par la continuité des travaux accomplis de père en fils dans le même laboratoire "; "La découverte devait être faite dans le laboratoire du Muséum" (18).


Y a-t-il polémique ?

Becquerel n'a tout d'abord pas compris les expériences de Niepce de Saint Victor sur les sels d'urane. Il faut se placer dans le contexte de l'époque. En 1897, on pensait que les sels d'urane émettaient une lumière invisible comparable à celle des rayons X. En outre, on ne savait pas que les métaux sous l'action de la lumière émettaient des radiations identiques à celles des rayons uraniques et cathodiques, comme l'a démontré Gustave Le Bon (19) et confirmé ensuite J.J. Thomson. Ce dernier croyait encore que les émissions radioactives étaient une forme de la lumière. C'est ce qui explique que Becquerel lui-même n'a pu observer le rayonnement de l'urane et que, tout comme Niepce de Saint Victor, il croyait à une sorte de "lumière emmagasinée" ainsi que le rapporte Le Bon (19). A ce propos, dès juin 1896 en Angleterre dans le Philosophical Magazine and Journal of Science, S. P. Thomson compare des travaux de Niepce de Saint Victor et note des similitudes avec ceux de Becquerel (20).

Le Bon s'intéressait lui aussi à la radioactivité. Le 16 janvier 1899, Poincaré présente à l'Académie des Sciences une note de Le Bon "sur les propriétés optiques de la luminescence résiduelle invisible" (20) où il parle de Niepce comme étant à l'origine de la radioactivité et regrette le fait que Becquerel ait omis de citer les travaux de ses prédécesseurs. Le professeur De Heen, membre de l'Académie Royale de Belgique, professeur de physique expérimentale de l'université de Liège, parlera dans une brochure des travaux de Niepce en ces termes : "Quel est l'auteur de la découverte des phénomènes dits radioactifs" (Liège 1901) (22). Il s'étonne, en outre, que Becquerel continue à croire que les rayons uraniques étaient polarisables malgré les contestations nombreuses de Le Bon.

Dans son livre Morale et Métier, François Prévet évoque le véritable problème qui existe, dans le domaine de la recherche scientifique, entre le moment de la découverte elle-même et l'exploitation scientifique elle-même. Il écrit : "Becquerel a découvert la radioactivité des sels d'Uranium; or C.F.A. Niepce de SaintVictor avait remarqué, sans la comprendre, ni semble-t-il y attacher d'importance, leur action sur la plaque photographique"(13). Cette déclaration de Prévet est tout à fait pertinente dans le sens où il réhabilite les travaux de Niepce mais, contrairement à ce qu'a écrit Prévet, Niepce était bien conscient du phénomène nouveau qu'il avait observé lors de ses expériences sur les sels d'urane. En effet, dans son premier mémoire, il écrit: "la phosphorescence et la fluorescence des corps sont connus; mais on n'a jamais fait, que je sache, avant moi, les expériences que je vais décrire" (4).

Une part du malentendu qui atteint Henri Becquerel vient du fait qu'il laissera s'écouler sept années avant de citer dans ses publications les travaux de Niepce de Saint Victor. Henri Becquerel n'aurait mentionné le nom de Niepce de Saint Victor qu'en 1903 (1); et à ce propos il fait une observation : "L'uranium est en quantité tellement faible sur ces papiers, que pour avoir pu produire une impression appréciable sur les plaques que l'auteur employait, il eût fallu plusieurs mois de pose. M. Niepce n'a donc pas pu observer le rayonnement de l'uranium". Cependant, dans un livre de vulgarisation dû aux disciples de Becquerel, les travaux de Niepce de Saint Victor sur les sels d'urane sont mentionnés comme le signale Le Bon (19). En réalité, Becquerel et Niepce de Saint Victor oeuvraient dans le même sens.

Dans les Nobel Scientifiques Français, Michel Rouzé fait une remarque judicieuse "La légende de la science veut que sa découverte ait été due au hasard. Elle a été au contraire le fruit d'une extrême rigueur dans la recherche. Mais comme il arrive parfois, ce qu'il découvrit était autre chose que ce qu'il cherchait" (23). En effet, Niepce de Saint Victor s'intéressait à la photographie et en voulant développer ses recherches dans ce domaine, il découvrit certaines propriétés des sels d'urane qui impressionnent les plaques photographiques dans l'obscurité; par contre Henri Becquerel utilisa la photographie pour donner une imagerie "scientifique", fiable et reproductible de certains phénomènes, et c'est par un hasard heureux qu'il découvrit la radioactivité.

Dans La Physique Moderne - Son Evolution, Lucien Poincaré explique: "Les recherches sur les substances radioactives ont leur point de départ dans la découverte des rayons uraniques faite par M. Becquerel en 1896; dès 1867 Niepce de Saint Victor avait constaté que les sels d'urane impressionnent les plaques photographiques dans l'obscurité, mais à cette époque, le phénomène ne pouvait passer que pour une singularité attribuable sans doute à la phosphorescence; et la précieuse remarque de Niepce était tombée dans l'oubli" (24).

La polémique sur la découverte de la radioactivité par Niepce s'est poursuivie longtemps avec, par exemple, une réflexion de P. et J. Fournier qui s'interrogent encore récemment dans leur article au sujet de Niepce de Saint-Victor sur "l'amnésie collective qu'a eu l'attribution du prix Nobel à Henri Becquerel et Pierre et Marie Curie"(25).

En 1963, Kirsheimer a soutenu dans son livre remarquable L'uranium et son histoire que Niepce de Saint Victor était à l'origine de cette découverte.

Orcel, Professeur de Minéralogie du Muséum, et son collaborateur Kraut ont fait une synthèse épistémologique en évoquant différents auteurs et leurs commentaires au sujet des origines de la découverte de la radioactivité; ils en déduisent: "Il serait injuste de refuser à H. Becquerel la gloire d'avoir découvert, dans toute sa signification, la radioactivité, car c'est lui qui a reconnu le fait capital qu'elle était la manifestation de la propriété essentielle de l'atome d'uranium, ouvrant ainsi la voie aux recherches de Pierre et Marie Curie. Mais il est équitable de compter parmi les précurseurs Niepce de Saint Victor, qui travaillait dans le sens de l'histoire. Ses expériences, les réflexions qu'en ont tirées des savants tels que Foucault et Ditte s'inscrivent dans les grands mouvements d'idées qui déterminent le progrès scientifique"(26).

Goldschmidt rapporte, dans son livre Pionniers de l'Atome, au sujet de Niepce de Saint Victor: "Il avait en effet trouvé que les sels d'uranium sont susceptibles de voiler la plaque photographique. Mais une certaine confusion régnant dans l'organisation et le déroulement de ses expériences, il n'avait nullement souligné ni pressenti l'importance du phénomène. Il fallut donc attendre 1896 et Henri Becquerel"(27).

Les années 1996-1997 seront marquées par de nombreux articles sur la radioactivité avec souvent une question qui revient "Becquerel était-il à l'origine de la radioactivité ? " C'est ainsi que T. Ojasoo intitule son article (28), question qui nous interpelle. La manifestation nationale de la Découverte de la Radioactivité Naturelle (1996-1998) a débuté au Jardin des Plantes avec l'exposition Histoire Naturelle de La Radioactivité. Elle est commémorée par l'édition d'une médaille (Monnaie de Paris), la publication d'un catalogue (Histoire Nationale de la Radioactivité, 1997; MNHN), et la pose d'un médaillon à l'effigie de Becquerel sur l'ancien laboratoire de Physiques Appliquées en Sciences Naturelles dans le Jardin des Plantes. Le Haut Comité National présidé par Georges Charpack a organisé une série d'expositions et d'outils pédagogiques pour marquer cet événement (différentes manifestations: au CEA, CNRS, ANVAR, FRAMATOM, COGEMA, Société des Amis du Muséum). A cet effet, signalons les articles de B. Bodo (29), P. Radvanyi et M. Bordry (30) (31), H.J. Schubnel (32) et P. Grumberg (33).

Nous terminerons par cette analyse de J.C. Doré et E.C. Gordon sur "les nobélisés et les nobélisables "où ils évoquent à juste titre que, dans le domaine scientifique (chimie, physique, médecine... ), les prix Nobels ne sont, en effet, pas attribués à un effort solitaire mais à des équipes, voire à des écoles (34).



Références

1. Becquerel H. Recherche sur une propriété nouvelle de la matière; activité radiante et spontanée ou radioactivité de la matière. Didot, Paris, 51, 1903.

2. Plouvier V. Historique des Chaires de Chimie, de Physique et de Physiologie Végétale du Muséum National d'Histoire Naturelle. Bull Mus natn hist nat, Paris. 4ème série, 3, 1981.

3. Meyer M. La chimie au Jardin des Plantes. Bulletin des Amis du Muséum Nationale d'Histoire Naturelle et du Jardin des Plantes, mars 1997.

4. Niepce de Saint Victor CFA. Sur une nouvelle action de la lumière. Mémoire original; Bibliothèque du Muséum National d'Histoire Naturelle, 1857, pp. 6 - 7.
.
5. Niepce de Saint Victor CFA. Sur une nouvelle action de la lumière. C R Acad Sci 45, 811-815, 1857.

6. Niepce de Saint Victor CFA. Sur une nouvelle action de la lumière. Résultats obtenus de cette action. C R Acad Sci 46, 448-452, 1858.

7. Niepce de Saint Victor CFA. Sur une nouvelle action de la lumière. C R Acad Sci 47, 866-869, 1858.

8. Niepce de Saint Victor CFA. Sur une action de la lumière restée inconnue jusqu'ici. C R Acad Sci 47, 1002-1006, 1858.

9. Niepce de Saint Victor CFA. Activité de la lumière au corps qui a été frappé par elle. C R Acad Sci 48, 741-742, 1859.

10. Niepce de Saint Victor CFA. De l'action que la lumière exerce lorsqu'elle rend les substances à l'état de solution aqueuse capables de réduire les sels d'or et d'argent. C R Acad Sci 49, 815-817, 1859.

11. Chevreul ME. Influence de la lumière dans les actions moléculaires. C R Acad Sci 47, 1006-1011, 1858.

12. Ditte A. Encyclopédie chimique. tome 3, 11ème cahier, 1884, pp 1-114.

13. Prévet F. Morale et métier. La Recherche Scientifique, Librairie du Recueil Sirey. Paris 1960, pp 267, 300 et 486.

14. Poincaré H. La science et l'hypothèse. Bibliothèque de Philosophie Scientifique (Directeur Paul Gautier de l'Institut) Flammarion, Paris, Edition 1943, p 282.

15. Becquerel H. Emission des radiations émises par les sels d'uranium. C R Acad Sci 122, 1086-1088, 1896.

16. Becquerel H. Recherches sur les rayons uraniques. C R Acad Sci 124, 438-434, 1897.

17. Becquerel H. Note sur quelques propriétés du rayonnement de l'uranium et des corps radioactifs. C R Acad Sci 128, 771-774, 1899.

18. Becquerel J. Les inventeurs célèbres, sciences physiques et applications. Mazenod, Paris, 1962, p 298.

19. Le Bon G. L'évolution de la matière. Bibliothèque de Philosophie Scientifique, Ernest Flammarion , 1912, p. 388.

20. Thompson S.P. Philosophical Magazine and Journal of Science. 42 (5ème série), 106, 1896.

21. Le Bon G. Sur les propriétés optiques de la luminescence. C R Acad Sci. 128, 1148, 1897.

22. De Heen. Quel est l'auteur de la découverte des phénomènes dits radioactifs ? Institut de Physique de Liège, 1901.

23. Rouzé M. Les Nobel scientifiques français. La Découverte, Paris, 1988, p 27.

24. Poincaré L. La physique moderne - Son évolution. Bibliothèque de Philosophie Scientifique, Paris, 1908, p 257.

25. Fournier P, Fournier J. A. Niepce de Saint Victor (1805-1870), M.E.Chevreul (1786-1889) et la découverte de la radioactivité. New J Chem 14, 785, 1990

26. Orcel J, Kraut F. Congrès des Sciences Savantes, Lyon, Section des Sciences, 3, 93, 1964.

27. Goldschmidt B. Pionniers de l'atome. Stock, Paris, 1987; p 47.

28. Ojasoo T. Did Becquerel discover radioactivity ? Science Tribune http://www.tribunes.com/tribune/art96/ojas1.htm, 1996.

29. Bodo B. Le Muséum et la découverte de la radioactivité. Catalogue de l'exposition sur "Histoire Naturelle de la Radioactivité". Muséum National d'Histoire Naturelle. Paris, 1997.

30. Radvanyi P, Bordry M. La découverte de la radioactivité d'Henri Becquerel à Pierre et Marie Curie. Catalogue de l'exposition sur "Histoire Naturelle de la Radioactivité". Muséum National d'Histoire Naturelle. Paris, 1997.

31. Radvanyi P, Bordry M. La radioactivité artificielle et son histoire. Ed. Seuil/CNRS. Paris, 1984.

32. Schubnel HJ. De l'atome à la géométrie des molécules. Catalogue de l'exposition sur "Histoire Naturelle de la Radioactivité". Muséum National d'Histoire Naturelle. Paris, 1997.

33. Grumberg P. Quoi de neuf sur la radioactivité. Le Journal du CNRS. n 89, mai 1997.

34. Doré JC, Gordon E. Nobélisés et nobélisables. Le Monde, 14 octobre 1981.


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