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Science Tribune - Commentaires sur article - 30 Décembre 1996

Commentaires sur l'article : 'Pour davantage d'éthique dans le monde de la recherche' de Y. Farge


Vladimir CAGAN

chercheur au CNRS
E-mail : Vladimir.Cagan@physique.uvsq.fr


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Dans ce papier, avec lequel je suis globalement d'accord sur la majorité des points, l'auteur mentionne "l'affaire de la mémoire de l'eau" dans le cadre des manquements à la morale. Dans ce cas précis, que je connais bien pour avoir publié avec Benveniste sur un point de détail postérieur à l'affaire, je ne suis pas d'accord avec l'affirmation que "du point de vue de la publication (l'affaire a suivi) les chemins normaux".

Quelles que soient les opinions que l'on peut avoir sur "la mémoire de l'eau en elle même" ou sur la rigueur des premières expériences publiées, je ne peux considérer que les hésitations et revirements de Nature, le fait d'envoyer une commission d'enquête comprenant un prestidigitateur censé déceler des fraudes volontaires, les refus des autorités hiérarchiques ou scientifiques de prendre en considération les travaux ou de les discuter sérieusement ( pour terminer par la fermeture du laboratoire), les rejets ultérieurs des propositions de publication, etc... représentent une voie normale.

Le filtrage des publications par les pairs (les "referees") est généralement une bonne chose s'agissant de domaines bien établis où il évident que l'on ne peut publier n'importe quoi et où il existe des points de repère clairs (pas toujours toutefois). S'agissant de domaines neufs où l'auteur prétend à une découverte nouvelle mais où l'on n'a pas d'autre argument à lui opposer que "cela ne PEUT être", le jugement a priori des pairs est pernicieux, l'ensemble des pairs véhiculant généralement une "idéologie dominante" basée sur le seul acquis. L'obstruction à la publication, ou pire la suspicion a priori de fraude, s'ils sont des réflexes humains, n'en sont pas moins très dommageables pour l'avancement de la science. Cela d'autant plus que dans le cas qui nous occupe l'auteur était déjà reconnu pour des travaux non contreversés.

L'histoire des sciences abonde de jugements définitifs de grands maîtres dont l'expérience future a montré la témérité, quand ce n'est pas la sottise. Rappelons pour seul exemple que les supras hautes températures étaient avant leur découverte considérées comme une impossiblité par de très hautes personnalités scientifiques...

La voie normale, dans ce type de cas, consisterait à laisser publier, l'auteur et non l'éditeur étant le signataire, et à laisser le soin à la communauté scientifique concernée de DEMONTRER la fausseté des affirmations ou des résultats. Ce n'est pas, à mon avis, la voie qui a été suivie dans cette affaire.

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