Arthur C. Clarke, prophète de l’ère spatiale

Nicolas Prantzos


Arthur Charles Clarke, l’une de plus grandes figures de la science-fiction, est mort à Colombo (Sri Lanka) le
19 mai 2008, à l’âge de quatre-vingt-dix ans. Durant sa très longue carrière, son œuvre a énormément contribué à la réflexion sur l’importance de l’espace pour notre civilisation et, plus généralement, eu égard à la place de l’homme dans l’Univers.
Clarke est né le
16 décembre 1917, dans la ville balnéaire anglaise de Minehead, comté du Somerset, en Angleterre. Après ses études secondaires, il s’est installé à Londres et s’est consacré à sa passion, l’espace. Devenu membre de la Société interplanétaire britannique, il a commencé à écrire des nouvelles de science-fiction. Sa carrière fut interrompue par la Seconde guerre mondiale, pendant laquelle il a servi dans la Royal Air Force. Il était en charge de l’un des tout premiers systèmes opérationnels de radar. L’expérience acquise durant son service militaire s’est avérée très utile par la suite.

En
1945, à l’âge de vingt-huit ans, Clarke publia dans la revue Wireless World un article littéralement prophétique, où il analysait le potentiel de l’orbite géostationnaire pour les télécommunications par satellite. À une distance de trente-six mille kilomètres du centre de la Terre l’attraction gravitationnelle terrestre force un objet à tourner en vingt-quatre heures autour de notre planète (en comparaison, la Station spatiale internationale, à une altitude de quatre cents kilomètres environ, tourne en une centaine de minutes). Si l’orbite d’un satellite est au-dessus de l’Équateur, le satellite se trouve alors constamment à la verticale du même point du globe ; cela permet un contact radio permanent entre le sol et le satellite et l’envoi par ce dernier de messages vers des lieux inaccessibles à partir d’un émetteur au sol (en raison de la courbure du globe terrestre). Clarke comprit l’importance de l’orbite géostationnaire pour les télécommunications une douzaine d’années avant le lancement de Spoutnik par les Soviétiques. Il prit également conscience très tôt le rôle des satellites pour la météorologie et a dès 1954 appelé sur ce point l’attention du directeur de la météorologie nationale des États-Unis. Reconnaissant sa contribution à l’utilisation pacifique de l’espace, l’Union astronautique internationale a nommé « orbite Clarke » l’orbite géostationnaire.

Clarke a écrit de la science-fiction pendant plus de soixante ans et, en particulier, durant son « l’âge d’or », les années
1950 et 1960. Sa production comprend plus d’une centaine de titres, traduits dans presque toutes les langues et vendus à plus de cent millions d’exemplaires. Son œuvre fait partie de la science-fiction « dure » (« hard science-fiction »), caractérisée par l’importance accordée aux aspects scientifiques et technologiques et le respect des contraintes imposées au récit par les lois physiques (comme, par exemple, la vitesse finie de la lumière, qui rend problématiques les voyages interstellaires).

Un visionnaire du cosmos

L’œuvre de Clarke est marquée par sa conviction profonde que l’avenir de l’espèce humaine se trouve dans l’espace. Sur ce point, Clarke rejoint Konstantin Tsiolkowski, enseignant russe de la fin du dix-neuvième siècle, père de l’astronautique et auteur du célèbre adage :
« La Terre est le berceau de l’humanité, mais on ne reste pas toute sa vie au berceau ».
Par ailleurs, Clarke est convaincu de l’existence de civilisations extraterrestres beaucoup plus avancées que la nôtre ; dans son œuvre, leur chemin croise tôt ou tard celui de l’humanité. La description de la rencontre entre humains et extraterrestres et de ses conséquences pour les humains constituent le point fort de ses romans. Dans Rendez-vous avec Rama, les astronautes terriens s’aventurent longuement dans l’immense et merveilleux vaisseau extraterrestre qui pénètre notre Système solaire, mais n’y rencontrent pas la moindre trace de vie intelligente ; le vaisseau ressort finalement de notre système sans laisser entrevoir la moindre réponse aux questions posées par sa mystérieuse arrivée (ces réponses sont fournies dans les autres volumes de cette fameuse tétralogie). Dans Les enfants d’Icare, les représentants d’une race extraterrestre pacifient facilement l’humanité, grâce à leur puissance, et la mettent sous leur tutelle. Leur mystérieux objectif se révèle vers la fin du roman : il s’agit de préparer une fraction de la population pour qu’elle accède à un niveau supérieur de développement mental et spirituel, qui lui permettra de faire partie de la grande communauté des civilisations galactiques.

En
1964, le déjà célèbre réalisateur Stanley Kubrick demanda son aide à Clarke pour réaliser « le meilleur film de science-fiction de tous les temps ». Clarke utilisa la matière de deux de ses nouvelles des années 1950, Rendez-vous à l’aube et La Sentinelle, et travailla pendant trois ans sur le scénario ; cependant, le perfectionniste Kubrick garda le dernier mot sur l’ensemble du film, y compris les moindres détails du scénario. Titré 2001, l’Odyssée de l’espace, le film sort au printemps de 1968, tandis que le livre (du même nom) est publié en été de la même année. Signe de divergence entre les deux hommes, Kubrick signe seul la réalisation du film et Clarke est le seul auteur du livre. Clarke estimait que leur collaboration étroite sur la quasi-totalité du scénario et son rôle capital en tant que conseiller scientifique de la production lui donnaient le droit de signer comme co-réalisateur ; mais Kubrick en décida autrement.

Le film commence par l’intervention d’une civilisation extraterrestre extrêmement avancée, dont on comprend qu’elle est à l’origine du développement de l’intelligence chez nos lointains ancêtres, dans la savane africaine il y a quelques millions d’années. A l’aube du vingt et unième siècle l’humanité découvre une trace de cette super-civilisation sur la face cachée de la Lune (le fameux monolithe noir) et envoie un vaisseau spatial vers Jupiter, à la recherche des extraterrestres. Le héros principal du film n’est pas un humain, mais un super-ordinateur, le célèbre hal, qui assure la quasi-totalité des fonctions du vaisseau. Suite à un « conflit logique » interne, hal se dérègle et tue les astronautes de la mission, sauf un. Ce dernier déconnecte hal et réalise un extraordinaire voyage à travers l’espace-temps, pour rencontrer finalement les extraterrestres (d’une manière totalement incompréhensible — mais esthétiquement sublime — dans le film, et un peu mieux expliquée dans le livre).
Kubrick a certainement réalisé son ambition, car
2001 reste toujours le meilleur film de SF de tous les temps. Avec quarante minutes de dialogues seulement pour une durée totale de deux heures et vingt minutes, c’est le film ayant suscité le plus de commentaires dans toute l’histoire du cinéma. La précision scientifique de ses magnifiques images, tournées bien avant les premiers pas de Neil Armstrong sur la Lune, reste inégalée.

Deux cycles de romans constituent l’ossature de l’œuvre de Clarke : le cycle de
2001
et celui de Rama
. Dans ces célèbres tétralogies, ainsi que dans Les Enfants d’Icare, Clarke développe sa vision cosmique : l’accès à l’espace constitue, certes, un passage obligatoire vers la maturité, mais ce n’est qu’un moyen et pas un objectif en soi. Au delà d’un certain niveau de développement scientifique et spirituel, une civilisation évolue vers une forme transcendantale ; les civilisations les plus anciennes sont concernées par le sort des plus jeunes et les aident parfois à s’intégrer dans l’ordre cosmique. Par leurs extraordinaires pouvoirs technologiques, les extraterrestres de ces romans sont, à toutes fins pratiques, des (demi-)dieux.

Clarke ne cachait pas sa fascination pour le concept de Dieu.
« Toute les voies vers la connaissance sont des voies qui mènent à Dieu — ou à la Réalité, ce que vous préférez », disait-il.
Voici l’épilogue de 3001, l’Odyssée finale (censé refléter les pensées des extraterrestres à propos des Terriens, qui entrent dans une nouvelle ère de leur développement) :
« Leur petit univers est encore très jeune, et son dieu est un enfant. Mais il est trop tôt pour les juger ; lorsque nous retournerons aux derniers jours, nous déciderons de ce qui mérite d’être sauvé. »
La quasi-obsession de Clarke pour la transcendance et le concept de Dieu contraste nettement avec son athéisme déclaré et son animosité envers toutes les religions. Il se décrivait comme « crypto-bouddhiste », s’empressant de préciser que le bouddhisme n’est pas une religion. Le passage suivant, extrait de 2061, Odyssée trois, reflète bien ses convictions :
« Maintenant, je sais qu’il y a des choses plus grandes que l’amour : la compassion, d’abord. La justice. La vérité. »
Il ne croyait ni à Dieu ni à une vie après la mort et a laissé des instructions explicites pour ses funérailles : il ne voulait
« absolument aucun rituel d’aucune religion ».
Une de ses déclarations les plus connues est :
« La plus grande tragédie de toute l’histoire de l’humanité est la mainmise de la religion sur la morale ».
Lors d’une interview en 1972, il déclara qu’ « il ne pourrait jamais pardonner aux religions toutes les atrocités et les guerres (qu’elles ont) commises à travers les âges ». Dans ses notes de 3001, Odyssée finale, il est encore plus tranchant :
« Quant aux pieuses atrocités de l’Inquisition, elles font presque apparaître Pol Pot et les nazis comme des enfants de chœur. »

Fiction et vulgarisation

Au-delà de ses compétences scientifiques et de sa vision philosophique (et quasi-mystique) des rapports entre l’homme et l’univers

, Clarke possédait indéniablement un certain talent littéraire, qui lui permettait d’énoncer même des banalités avec quelque lyrisme. Voici un extrait caractéristique, tiré de l’avant-propos de 2001 :
« Derrière chaque être vivant il y a trente fantômes, car tel est le rapport des morts aux vivants. Depuis l’aube des temps, environ cent milliards d’êtres humains ont vécu sur cette planète.
Et ce nombre est très intéressant car, par une curieuse coïncidence, il existe environ cent milliards d’étoiles dans notre univers local, la Voie lactée. Ainsi, pour chaque homme qui vécut jamais, une étoile brille dans l’espace.
Mais chacune de ces étoiles est un soleil, souvent plus lumineux et plus puissant que cette petite étoile proche de nous que nous appelons le Soleil. Et de nombreuses étoiles de la Voie lactée — la plupart, sans doute — possèdent des planètes qui tournent autour d’elles. Ainsi, il existe certainement de par l’univers assez de mondes pour donner à chacun des hommes qui habitèrent la Terre un paradis ou un enfer qui n’appartient qu’à lui.
Combien de ces paradis, de ces enfers, sont actuellement habités et par quel genre de créatures, il nous est impossible de le deviner. L’étoile la plus proche est encore des millions de fois plus éloignée que Mars ou Vénus qui, pour les générations à venir, restent des buts difficiles à atteindre. Mais la muraille des distances s’effondre : un jour, parmi les étoiles, nous rencontrerons nos égaux, ou nos maîtres…. ».

Le souffle épique de la prose de Clarke ne suffit pas, cependant, à masquer certaines faiblesses littéraires. Le manque d’épaisseur psychologique de ses personnages en est probablement la plus criante. Même ses fans les plus fidèles auraient du mal à citer le nom d’un seul héros de ses romans. Ses protagonistes (pilotes, ingénieurs, scientifiques, politiciens) travaillent sur des projets (souvent grandioses) sans aucun état d’âme, imperméables à la colère, la jalousie, le désir, l’amour et tous les autres sentiments de la vie normale. Leurs rapports avec leurs collègues, leurs amis et le reste de la société sont réduits au strict minimum de coexistence et de coopération nécessaire pour mener à bien leurs projets. Quelle différence avec l’autre saga célèbre de la science-fiction des années 1960, le feuilleton télé Star Trek ! Le capitaine James T. Kirk, son second Mr Spock et le docteur McCoy, du vaisseau spatial Enterprise, resteront dans les annales de la science-fiction tout autant pour leurs aventures que pour l’incroyable richesse de leurs personnages, qui faisait le charme de chaque épisode. Au contraire, les astronautes Pool et Bowman, protagonistes de 2001, n’expriment pas la moindre émotion et ne communiquent entre eux qu’en cas d’urgence, se comportant comme des machines au service de leur mission. En fait, le caractère le plus « humain» de toute l’œuvre de Clarke est probablement hal, l’ordinateur de bord du vaisseau de 2001, en raison de son improbable « folie », qui le conduit aux mensonges, au meurtre et à la peur devant la « mort » (la déconnexion de ses centres de mémoire, sorte de lobotomie que lui inflige Bowman).

Clarke était également un vulgarisateur hors pair des sciences naturelles. Dans les années
1980, il a animé à la télévision deux séries d’émissions (Arthur C. Clarke’s Mysterious World et Arthur Clarke’s Mysterious Universe) qui ont connu un très grand succès dans le monde anglo-saxon et dans certains pays asiatiques. Dans le domaine de la vulgarisation, comme dans celui de la science-fiction, son grand rival était le polymathe et polygraphe d’origine russe Isaac Asimov. Le « traité Clarke-Asimov » passé entre ces deux monstres sacrés est révélateur de leur égocentrisme : il reconnaît que l’un de deux est le meilleur vulgarisateur au monde et l’autre le meilleur auteur de science-fiction, sans préciser toutefois lequel est lequel…
Le plus connu des ouvrages de vulgarisation de Clarke est sans doute
Profil du futur, un recueil d’essais paru en 1962. Dans ce livre, voulant imiter Asimov et ses célébrissimes « trois lois de la robotique », Clarke présente ses propres lois de la science :
1. Si un scientifique reconnu mais âgé prédit que quelque chose est possible, il a probablement raison ; mais s’il soutient que c’est impossible, il a très probablement tort.
2. Le seul moyen pour explorer les limites du possible est de s’aventurer un peu au-delà, dans le domaine de l’impossible.
3. Toute forme de technologie suffisamment avancée paraitra aux yeux des civilisations moins avancées comme de la magie.



À partir de
1956, Clarke s’installa à Ceylan, tombé sous le charme de cette île, qui lui fit découvrir sa passion pour la plongée sous-marine. Ses aventures dans les fonds sous-marins de Ceylan et de la Grande Barrière de Corail australien ont inspiré certaines de ses nouvelles des années 1950 (The Deep Range, Dolphin Island), les seules de nature non-spatiale. Il fut le premier étranger à obtenir la nationalité sri-lankaise, tout en gardant sa nationalité d’origine. Il a été le principal fondateur de l’université spatiale internationale à Colombo et fut son premier recteur, de 1989 à 2004.
Les paysages de son pays d’adoption et sa position près de l’Équateur ont servi de matière première à l’un de ses meilleurs romans
, Les fontaines du paradis, paru en 1979. Le sujet principal en est « l’ascenseur spatial »
dont le concept avait été présenté une vingtaine d’années auparavant par l’ingénieur soviétique Yuri Artsutanov dans un article de la Komsomolskaya Pravda. Un câble long de trente mille kilomètres relie un point de l’équateur à un satellite géostationnaire. Le long de ce câble, des cabines utilisant l’énergie solaire se déplaceraient à une vitesse supersonique, transportant dans l’espace hommes et matériel à un coût plus faible et avec une sécurité plus grande que les fusées actuelles ou la navette spatiale. Il s’agit d’un des plus ambitieux projets jamais conçus pour accéder à l’espace proche ; ses avantages sont assez grands pour attirer régulièrement l’intérêt des bureaux d’études de la nasa. Cependant, la construction d’un tel câble nécessite des matériaux ayant des propriétés extraordinaires (ultra-légers et beaucoup plus durs que le diamant), qui n’existent pas aujourd’hui. Clarke pensait que l’ascenseur spatial deviendrait réalité un jour et lui assurerait une réputation plus grande encore que celle de l’orbite géostationnaire.
Clarke fut l’un des principaux commentateurs pour la télévision des missions américaines sur la Lune et jouissait d’une grande popularité parmi les astronautes américains et les cosmonautes russes. La nasa baptisa
Odyssey le module de commande de Apollo 13, en hommage au titre de 2001 ; elle a également donné le nom du vaisseau de 2001, Discovery, à l’une de ses navettes, en reconnaissance de la contribution de Clarke à l’éveil de l’intérêt publique pour l’exploration spatiale. L’un des astronautes de la mission Apollo 8, les premiers à regarder la face cachée de la Lune en décembre 1968, a révélé qu’ils ont failli envoyer à l’époque au quartier général de la mission à Houston un message-canular annonçant la découverte de traces d’extraterrestres, selon le scénario de 2001.

Un pacifisme technologique

En raison de ses compétences dans le domaine du spatial, Clarke fut invité par la commission de la Défense du Congrès américain à se prononcer sur le projet de Guerre des étoiles, promu dans les années
1980 par le gouvernement de Ronald Reagan. Clarke exprima son opposition à ce projet déraisonnable, ce qui lui attira les foudres d’une autre grande figure de la science-fiction, l’Américain Robert Heinlein, lors d’un congrès d’auteurs de science-fiction. Partisan notoire de la guerre froide, Heinlein somma Clarke de ne pas se mêler des affaires concernant la défense des États-Unis, vu sa nationalité britannique.
Citoyen du monde, Clarke avait une piètre opinion des politiciens et de la politique. Pour lui l’Organisation des Nations unies constituait depuis longtemps
« un anachronisme, un instrument de pouvoir aux mains des cinq puissances victorieuses de la Seconde guerre mondiale ».
Dans l’épilogue de son essai futuriste Le 20 juillet 2019 (paru en 1986), il trouve scandaleux que « seuls ces cinq pays possèdent le droit de veto, qui a si souvent empêché de prendre des mesures efficaces en cas de crise » et il s’interroge :
« Combien de temps encore les cent cinquantre-quatre autres membres — dont certains seront des superpuissances au vingt et unième siècle — toléreront-ils cette situation absurde ? ».
D’un optimisme plutôt naïf (du moins à moyen terme), Clarke pensait que la technologie pourrait être un facteur d’apaisement, sinon de paix, sur la Terre. En particulier, le système de communications par satellites, qu’il considérait un peu comme son enfant, devait, selon lui, contribuer à forger une vision planétaire commune entre les peuples, à l’instar du chemin de fer et du télégraphe qui ont rendu possible (« inévitable », selon Clarke) l’émergence des États-Unis. Ainsi, en s’adressant à l’Assemblée générale des Nations unies le 17 mai 1983, à l’occasion de la Journée mondiale des télécommunications, s’est-il projeté dans un futur idyllique :
« Le village universel et planétaire annoncé depuis longtemps est pour très bientôt, mais ne durera qu’un bref instant de l’histoire de l’humanité. Avant même que nous ne nous soyons rendu compte de son existence, il sera dépassé — par la Famille universelle ; et alors, nous n’aurons plus besoin des Nations unies. »
La contribution de Clarke à l’utilisation pacifique de l’espace a été reconnue par sa nomination pour le prix Nobel de la paix 1994 (année où il fut décerné à Arafat, Perez et Rabin pour leurs efforts en faveur de la paix au Moyen Orient). Il fut également proposé pour le prix Nobel de littérature en 1999 (qui alla cette année à l’Allemand Günter Grass). Clarke reçut de nombreuses autres distinctions pour son œuvre scientifique (en particulier la médaille d’or de l’Institut Franklin, en 1963 pour le concept des satellites géostationnaires) et littéraire (le prix Kalinga de l’Unesco en 1961 pour la popularisation de la science). En 1998, il fut anobli par la reine Elisabeth, mais la cérémonie officielle n’a eu lieu qu’en 2000, à l’occasion d’une visite du prince Charles au Sri Lanka ; en effet, à cause d’une maladie révélée à la fin des années 1980 (post-polio syndrome), Clarke fut condamné à se déplacer en chaise roulante durant les vingt dernières années de sa vie et quitta très rarement Colombo. Il survécut au tsunami de Noël 2004, qui balaya l’Océan indien, mais son école de plongée sous-marine fut détruite. En 2005, l’État de Sri Lanka attribua à Clarke sa plus haute distinction, la fierté de Sri Lanka, reconnaissant les services rendus à son pays adoptif.

Bon voyage dans les étoiles, Sir Arthur ! Peut-être y rencontreras tu des mondes plus merveilleux encore que ceux que tu as imaginés dans tes livres…


Egogram 2008

En fin d’année, Arthur C. Clarke avait pris l’habitude d’adresser ses vœux et un bilan de l’année écoulée à tous les « amis, Terriens et e. t. ». On peut lire les derniers, en décembre 2007, sur le site www.geocities.com/jcsherwood/ACClarkeEgogramJan2008.doc.

En voici la conclusion.

J’ai toujours éprouvé des sentiments mêlés à l’égard de la postérité (comme l’a dit un cynique, à quoi me servirait-elle ?). Cependant, ayant presque achevé quatre-vingt-dix orbites autour du Soleil, j’ai eu le temps de penser à la façon dont je souhaiterais que l’on se souvienne de moi. J’ai eu une carrière multiple — écrivain, explorateur sous-marin, communicateur spatial, vulgarisateur scientifique. Mais c’est comme écrivain que je voudrais demeurer dans les mémoires, un écrivain qui a diverti ses lecteurs, et, je l’espère, amplifié leur imagination.
Un autre écrivain anglais, qui, par coïncidence, vécut aussi en Orient, l’a merveilleusement exprimé. Aussi finirai-je avec ces vers de Rudyard Kipling :

If I have given you delight Si je vous ai donné du plaisir
By aught that I have done, Par le peu que j’ai pu faire
Let me lie quiet in that night Laissez-moi reposer en cette nuit
Which shall be yours anon. Qui sera bientôt vôtre.

And for the little, little span Et pour le si bref temps
The dead are borne in mind, Où l’on garde mémoire des morts
Seek no question other than Ne cherchez pas de questions
The books I leave behind. Ailleurs que dans les livres que je laisse.