De la culture et de la science

Henri Bouasse


Notre pays a connu au début du vingtième siècle, de grands physiciens : les Curie, Perrin, Langevin — autant d’explorateurs reconnus de la science moderne. Il ne faudrait pas pour cela oublier qu’ils ne furent qu’une minorité et que nombre de leurs collègues représentèrent longtemps une tradition classique que n’avait pas épuisée le dix-neuvième siècle et qu’il serait d’ailleurs malvenu aujourd’hui de considérer avec trop de désinvolture. Parmi ces savants à l’ancienne, se singularise la figure d’Henri Bouasse, à laquelle un récent ouvrage vient de redonner vie (Robert Locqueneux, Henri Bouasse, un regard sur l’enseignement et la recherche, Librairie Albert Blanchard, 2008). La longue carrière de Bouasse, né en 1866 et mort en 1953, se déroula entièrement à l’université de Toulouse, loin des prestigieuses institutions parisiennes. De 1911 à 1932, il publia une Bibliothèque scientifique de l’ingénieur et du physicien, un monument de quarante-cinq volumes abordant tous les domaines — quitte à ne faire qu’effleurer ceux de la physique alors en gestation (relativité, quantique). Souvent originales, ses contributions en optique, acoustique, hydrodynamique, etc., recèlent encore bien des perles. Mais ce qui rend le personnage attachant, c’est son absolue liberté d’esprit à l’égard de son milieu, et le dédain de toute convenance académique que manifestent les célèbres préfaces polémiques, voire pamphlétaires, dont il fait systématiquement précéder ses ouvrages, indépendamment de leur sujet scientifique d’ailleurs… On appréciera tout particulièrement les lignes que ce Diogène de laboratoire, politiquement conservateur mais sceptique invétéré, consacrait à dégonfler, avec une salubre ironie les prétentions de la culture et de la science, à partir du moment où elles deviennent des vaches sacrées.

***

La culture est d’abord une éducation personnelle de la sensibilité ; elle prendrait commodément pour devise :
« Rien de ce qui est humain ne m’est étranger ! »
Diafoyrus intervient :
« Constatez que je ne vous force pas à le dire ! Il faut connaître tout ce qui est humain. Le foie est humain et aussi le pancréas ! »
Oui, Diafoyrus ! et même là où vous mettez les canules. Mais je ne prends pas le mot humain dans le sens que vous croyez.
On pourrait encore la résumer par l’ambitieuse formule sous laquelle je cultivai mon moi à vingt ans :
« Tout comprendre pour tout aimer. »
Suivant la date de sa naissance, le jeune homme choisit des étendards de couleurs éclatantes ou ternes, change ses mots de ralliement, tantôt suaves, tantôt féroces. Mais le but est le même : l’augmentation du moi, le développement de l’intelligence, l’affinement de la sensibilité.

Un ridicule honorable

Pour préciser, je raconterai mes efforts, non que je les estime rares ou singuliers, mais parce que je les crois la banalité même. Je me donne comme un homme à la douzaine parmi ceux qui se cultivent, et si je me place impudemment dans cette élite, je m’y range modestement au dernier rang.
Quand j’avais vingt ans, nous vivions sous le charme d’un virtuose qui jouait excellemment de la flûte. Plus jeune, je l’avais entendu à Louis-le-Grand ; il disait :
« Mes enfants, la vie est bonne ! Couronnez-vous de roses et restez dans la joie ! Aimez-vous les uns les autres ; aimez toutes choses. Soyez compatissants pour le mal ; la haine et le mépris obscurcissent l’intelligence. Que votre cœur soit le flambeau de votre esprit ! »
Il disait beaucoup d’autres choses très jolies, sur un ton patelin qu’il devait à sa masse épaisse, à sa bedaine sympathique. Plus tard, préparateur au Collège de France, je vécus sous le même toit que lui, naturellement invité à ses soirées, mais n’osant jamais pénétrer chez le dieu. Parfois, bayant aux corneilles, je le voyais traverser la cour, aborder l’escalier qui passait devant le laboratoire de physique. Alors j’avais affaire sur le palier. Il montait, suant, soufflant, appuyé sur un parapluie qui me semblait une flûte de Boëhm. L’œil en extase, je l’attendais ; il passait en bénissant. Il continuait sa lente ascension, appuyé sur sa flûte qui devenait la houlette des muses : le musagète habitait au second.
Rentrant au laboratoire, je méditais, le nez écrasé contre la vitre, sur cet homme glorieux qui se couronnait de roses et jouait si bien de la flûte. Il représentait l’universelle sympathie, le désir de comprendre par l’amour.
Alors, car il était midi moins cinq, apparaissait l’homme qui incarnait la science, le désir d’aimer par l’esprit. Il marchait le front penché, l’œil méditatif comme il sied quand, devant un concierge, on porte la charge d’une gloire théonesque. Il allait à son laboratoire déverser pendant trois cents secondes exactement, le trop-plein de son génie. Ses préparateurs, ses garçons, autour de lui penchés, gravaient dans leur esprit ses mots historiques. Il donnait des ordres qui étaient des révélations ; il méditait des plans d’attaque contre la nature rebelle : ses conclusions étaient des bulletins de victoire. Puis, cinq minutes écoulées, il sortait, comme en entrant, portant un monde. Il revenait ainsi tous les jours, les dimanches et fêtes exceptés, où
son génie n’avait pas de trop-plein.
Et c’étaient mes pôles ! Renan ! Berthelot !
À la vérité, le musagète m’apparut bientôt comme un cabotin. Je blâmai l’imprudence du Titan de la chimie, qui déshonorait sa vieillesse par des travaux médiocres. Mais je gardais l’empreinte : tout comprendre pour tout aimer, c’était la devise de ma culture.
Vous souriez ? C’était aussi la devise de Bouvard et de Pécuchet ! Mais ces braves gens apprenaient dans les livres ; ma méthode ne fut pas leur méthode. Au reste, je fus ridicule, comme Bouvard, comme Pécuchet : il est des ridicules honorables.
D’abord, je connus la crise ! J’ahuris ma famille par des théories étranges. J’innocentais les meurtriers en développant leurs raisons probables. Je me lamentais sur les victimes qui ne méritaient pas leur sort, ainsi qu’il résultait d’une argumentation contre-partie de la première. On déclara que j’étais insupportable par mon esprit de contradiction. Mais l’idée que le penseur est généralement incompris, me permettait, de supporter l’injustice. Je ne contredisais pas ; je conciliais les contraires et m’élevais au-dessus des catégories mesquines. À ce travail, j’aiguisai ma dialectique et devins un sophiste très présentable, donnant au mot sophiste le sens le plus favorable, naturellement !
J’avais emporté de mes classes ce que j’appelle les outils de la culture ; je les définirai plus loin. Je ne savais quasiment rien : circonstance heureuse qui me permettait d’apprendre selon ma nature. Toutefois je comprenais que la science acquise dans les livres ne vaut pas la peine qu’elle coûte, que la moindre vérité découverte par son propre travail est préférable à des monceaux de vérit
és enseignées. J’avais horreur du gavage automatique.
Par exemple, à vingt ans, je n’avais pas lu de romans, je ne connaissais aucun écrit du dix-neuvième siècle, mes livres de classe exceptés. Je m’abonnai à un cabinet de lecture et je commençai à lire. Non pas au hasard et au fil de ma curiosité. Je m’astreignis à absorber de suite les ouvrages les plus importants d’un même auteur, afin de m’habituer à son style, de découvrir sa manière et ses artifices, d’être capable de porter sur son compte un jugement critique. Ma critique ne valait pas celle de Lemaître ni de Faguet ; elle valait mieux pour moi.
En quelques années je connus les cinq cents volumes dont le dix-neuvième siècle s’enorgueillit ; c’était beaucoup plus intelligent que d’enregistrer les opinions d’un professeur sur une douzaine d’auteurs en renom, opinions le plus souvent de seconde main.
En musique, je n’eus aucune peine, pianotant depuis l’âge de cinq ans. Mais, élevé dans l’adoration de Mozart, je dus reculer les limites de ma sensibilité. Chaque auteur nouveau que je parvenais à aimer, me semblait une victoire. Je fus délicieusement fier de comprendre Mendelssohn, puis Schumann, puis de plus modernes. Je fus heureux quand je parvins à goûter Bach. Il ne s’agissait pas de proclamer que celui-ci est grand et les autres petits ; il s’agissait de trouver des retraites pour les joies et les chagrins à venir.
En peinture, il me fallut combattre des dispositions peu favorables. Ce fut donc le triomphe de ma méthode. Pour m’habituer à la manière des peintres, pour reconnaître les écoles et les époques, je me condamnai au musée du Louvre. Je tâchai de me faire une esthétique, non pour la louange ni pour le blâme, mais pour le classement. Aidé du catalogue qui donnait les dates et les provenances, je parvins à reconnaître, non les toiles, ce que les sujets permettent toujours, mais les procédés et les méthodes. J’acquis le peu que l’intelligence permet quand on ne jouit que médiocrement des couleurs à deux dimensions.

Un autodidacte raffiné

J’avais découvert cette vérité incontestable que la
culture est la conséquence d’un effort personnel devant les choses, non pas l’absorption des opinions d’autrui sur les choses. J’étais l’autodidacte, dans le sens raffiné du mot. Assurément je ne m’interdisais pas de confronter mes opinions avec les opinions des autres ; mais ce n’était pas pour les suivre, c’était pour les juger.
Au sortir de mes classes, j’ignorais la géographie. Je l’appris en voyageant. Je me suis fait une règle de ne jamais voyager la nuit, de ne jamais lire en chemin de fer. La tête à la portière, le pays serait-il monotone comme la Hongrie, désolé comme un chott saharien. Comment saurez-vous qu’il est monotone ou désolé, si vous ne le regardez pas de longues heures pour que sa monotonie vous pénètre, pour que sa désolation vous consterne ?
Mon premier voyage en Suisse, sac au dos, fut une révélation. Je découvris que les montagnes sont une barrière, que les cols sont généralement peu praticables, qu’Annibal fut un grand homme de franchir les Alpes et que les rivières ont des sources. J’avais lu toutes ces choses : je les découvris alors.
Je me donnai comme tâche de localiser ce que je savais des histoires romaine ou grecque : je parcourus l’Italie et la Grèce. Ainsi me devint aisée la lecture des ouvrages nécessaires à parfaire mon instruction. Je n’avais certes pas la prétention d’être un érudit. Mais allant de Naples à Tunis en vingt-quatre heures, je compris certains chapitres de Tite-Live ; mesurant l’Hellade par étapes, j’eus la vision de ces minuscules États dont les guerres ressemblent aux luttes indéfinies de villages rivaux.
Il fallait classer les paysages ; car si le monde est grand à la clarté des lampes, il est petit aux yeux du souvenir, comme dit l’autre.
— Toujours classer, toujours cataloguer ! Pourquoi railler ce que nous faisons au collège ?
— Mon ami, il y a la manière. Autant je trouverais ridicule de dicter un cours sur les paysages, autant je trouve agréable et amusant de rassembler mes souvenirs suivant des affinités de couleurs, de lignes, de sensations…
Au mont Thabor, je rêvai de béatitudes ; à Cana, je bus de l’eau miraculeuse ; à Magdala, j’entrevis Méryem dans les lauriers ; sur les ruines de Capharnaüm m’apparut l’officier romain qui s’ennuyait et rêvait d’un congé renouvelable. À Samarie, près du puits de Jacob, je mangeai des courgettes assaisonnées du verjus d’une grenade ; des milliers de chameaux broutaient l’herbe rare ; je revécus les temps anciens où la terre était molle du déluge.
Puis je vis l’Égypte, puis l’Inde… ; puis des villes sans nombre, dont je ne sais plus le nom. Et toutes ces visions, dont je n’ai gardé qu’un vague souvenir, composèrent l’homme que je suis, cet homme à la douzaine parmi ceux qui se cultivent, mais qui sait le prix d’une culture.
Vous connaissez maintenant la méthode et ses conditions : une sympathie éveillée, une certaine indifférence pour le blâme ou l’éloge, le désir de comprendre, l’abandon à ses impressions propres, le dédain des opinions reçues, le désir des expériences personnelles. Cesser d’être un écolier studieux, pour devenir un spectateur attentif, amusé, de la vaste comédie que tous avec conviction vous jouez devant moi, pour mon plus grand plaisir évidemment.
J’adore les faits divers, je moralise à propos de tous ; ils me donnent la matière de dissertations avec moi-même, sans nombre comme sans fin. Croyez-moi, pour aiguiser l’esprit de finesse, ils sont préférables à la lecture de la Rochefoucauld ou de Chamfort ; les prêtres intelligents gagnent plus au confessionnal qu’à la méditation des traités de théologie morale.
J’ai parlé d’une culture, la mienne ; rappelez-vous que la trouver médiocre me comblera de joie pure ; la démonstration de ma thèse en sera plus facile. Il existe d’autres cultures, mais toutes exigent l’effort personnel, une vie intérieure active et continue.
Alors s’avance le chœur des pédagogues.
« Il y a du bon dans ce que vous dites. Nous demanderons au ministre de conduire les élèves deux par deux dans les musées départementaux ; nous créerons un cours de paysage. Une fois par semaine, le professeur de philosophie commentera les faits divers. »
Imbéciles !

Ni cultivés, ni savants

— Que fais-tu de la science dans ton plan de culture ?
— Je la laisse au laboratoire, où elle se repose. Elle me sert à gagner ma vie, à tuer le temps entre mes repas.
— J’ai ouï dire que la science est une métaphysique, et la culture ne va pas sans une métaphysique.
— J’admets qu’on oriente sa culture suivant la métaphysique imposée par son tempérament. Je veux bien qu’elle dépende au premier chef de cette conviction que les lois naturelles sont inéluctables et que le surnaturel particulier est absent de notre planète. Mais quel rapport entre cette conviction et, je ne dis pas les conditions d’existence générales de la science, mais ses modalités ? Pour être convaincu qu’il existe des lois inéluctables, crois-tu nécessaire de savoir que la tension de la vapeur d’eau, à une température uniforme donnée, est indépendante du rapport qui existe entre les masses du liquide et de la vapeur en présence, pourvu que les deux phases coexistent ?
— Évidemment non, car j’ignore ce que tu veux dire.
— Ainsi pour être persuadé qu’il existe des lois, il est fort inutile de savoir que ces lois sont telles ou telles ?
— Je l’admets volontiers pour la physique et la chimie. Mais les naturalistes et les médecins prétendent le contraire en ce qui touche l’objet de leurs études.
Je pourrais te répondre que la culture des naturalistes et des médecins est en général moins que douteuse ; il suffit, pour nous convaincre, de ce qu’ils écrivent à ce propos. Mais laissons-leur d’aussi piètres arguments. Attaquons la question de front.
Il paraît que les êtres évoluent. Que diable veux-tu que ça fasse à ma métaphysique ? Je n’admets pas le surnaturel particulier ni conséquemment la création. Remarque que c’est une suite de mon tempérament, car personne ne peut démontrer ni que j’aie raison, ni que j’aie tort. Ceci posé, que les êtres évoluent lentement, ou qu’une association rare mais fortuite de causes les modifie brusquement, ou même les produise, quelle différence philosophique veux-tu que j’y trouve ? Une différence de durée dans le phénomène ? Belle affaire ! Tous ces problèmes occupent les spécialistes ; ils sont pour moi ni plus ni moins intéressants que n’importe quelle théorie incertaine. Essaie de trouver une seule de mes opinions qui puisse être modifiée par la démonstration de l’une ou l’autre thèse, sauf bien entendu mon opinion sur ces thèses.
Pourtant, vois comme elles influent sur les croyances de la masse ; par exemple, comme elles ont permis de battre en brèche la religion catholique.
— Mon pauvre ami, je n’ai pas travaillé trente ans pour être confondu avec la masse. Si la masse se décide sur des sophismes, tant pis pour la masse. Si la masse fait dépendre sa foi à l’Évangile de la vérité du darwinisme, cela prouve tout au plus que la masse est stupide. Si la masse passe le plus clair de son temps à confondre des concepts, je ne suis pas payé pour lui rétablir une mentalité. Si nos pédagogues usent le meilleur de leurs efforts à accumuler des sottises, tant pis pour nos pédagogues.
La science n’est pas une métaphysique ; elle n’est même pas la condition d’une métaphysique : telle est la vérité, banale pour ceux qui savent ce qu’est la science et ce qu’est une métaphysique.
— Prenons la question de moins haut ; la science n’est-elle pas utile à ton développement général ?
— Mon opinion est d’une clarté d’eau de roche. Apprenez la physique, si vous désirez savoir la physique ; apprenez la chimie, si vous désirez savoir la chimie ; apprenez…
— Arrête, la cour est pleine ! tu vas gêner la circulation ! Explique plutôt !
— Voici. Je connais tout ce qui est écrit sur les bases physiques de la musique ; je suis assez musicien pour parler de l’art sans trop de bêtises. Sache que les physiciens et les musiciens ne s’entendront jamais : ils discutent dans des plans différents. On peut composer de bonne musique, sans savoir un mot de physique ; un physicien peut raisonner juste sur ses principes sans être capable de discerner à l’oreille une quinte d’une octave. Naturellement, ignorant les uns les travaux des autres, ils discourent jusqu’à gagner la pépie. Vas-tu soutenir que la physique est nécessaire pour goûter la symphonie avec chœurs ?
As-tu médité l’optique physiologique d’Helmholtz ? Tu prétends t’y connaître en peinture. Sais-tu la théorie de la résistance des matériaux ? Tu prétends admirer les belles architectures. Les hommes qui soutiennent la nécessité de la science comme culture, ne sont ni cultivés, ni savants.
— Tu te moques de moi ?
— Mais non, mon ami, je prononce des choses banales ; et le triste, je t’assure, c’est d’étonner les gens avec d’aussi banales banalités. Les rapides progrès de la science, ses applications étonnantes par leur nombre et leur nouveauté, aussi le battage de quelques faiseurs, nous ont tourné la tête. Nous nous sommes imaginés que nous avions découvert l’arbre du bien et du mal. D’où notre fureur stupide quand un pamphlet célèbre nous a brutalement mais justement ramenés à la question, en proclamant la faillite de la science ; non dans son développement rationnel, non dans ses applications, comme feignent de le croire quelques imbéciles, mais dans les prétentions injustifiées de ses banquistes.
Le problème de notre destinée n’a pas changé d’assiette depuis le commencement des temps. La science a beau multiplier ses merveilles, nous n’en restons pas moins le dieu déchu qui se souvient des cieux, le condamné qui cherche en vain les motifs de la sentence. Que les êtres soient apparus les uns après les autres ou d’un seul coup, le pourquoi de la souffrance est l’éternelle énigme !