Ramifications

Martina Kramer


Il s’agit de remonter vers les racines pour dégager la forme initiale. Ou même, l’élement fondateur, d’avant la forme : d’où commence-t-elle ? Comme s’il y avait avant tout un mouvement insaisissable, d’où surgira, par une suite de coïncidences, un principe d’assemblage et de répétition qui deviendra la nervure d’un être, d’un espace. Mais avant de devenir, il n’est que dessin, que sens de propagation. Ou bien seulement la pensée d’un sens.
Par exemple : d’une ligne deux, toujours sous le même angle, un dédoublement symétrique, constant, rassurant. Pourtant, d’imperceptibles décalages induisent la déviation. Pourtant, certaines lignes s’arrêttent à l’instant imprévu. Comme s’il y avait une résistance dans cet air originaire. Du coup, ce qui allait emplir régulièrement l’espace devient incertain. D’un principe régulier, pousse une chose irrégulière, dont jamais d’avance on ne saura la forme.
Avant la forme, il y a l’esquisse de son projet. Elle annonce comment une impulsion traversera l’étendue informe. Comment cet informe se verra structuré par le courant à venir. De quelle manière un sens pénétrera un milieu indifférencié. Et comment ce qui était rien deviendra quelque chose.
Les ramifications ressemblent à une telle esquisse.
On ne peut déterminer s’il s’agit du vivant, ou d’une structuration cristalline, minérale. On ne peut savoir non plus si ce n’est qu’une projection mentale d’un secret de matière ou d’un réseau immatériel. On sait uniquement le caractère expansif de la poussée. On sait aussi que, d’ordinaire, cette structure interne nous demeure invisible. Que d’ordinaire, on ne peut extraire seule la forme du mouvement d’un devenir.
Il nous reste de tendre des pièges, des capteurs, qui saisiront un fragment, éclaireront un instant de la structuration. Et ce saisissement la rendrait immobile pour en faire l’objet de contemplation.
Les capteurs — métal, papier, peinture —, surfaces sensibles où s’impriment les traces d’une traversée plus vaste aux dimensions innconues. Si ce ne sont les lentilles agrandissantes d’un évènement plus microscopique ? Sinon, des espèces de filtres dont le rôle serait d’extraire de l’ensemble de courants entremelés dans l’invisible, un seul, celui qui obéit à la contrainte de dédoublement, sous un angle constant.

Toujours est-t-il, quelle qu’en soit la nature, quelles qu’en soient les correspondances, qu’un espace s’ouvre hors la surface, et hors la verticale et l’horizontale que forment le mur et la fenêtre, ou encore l’homme debout et son regard. L’empreinte d’eau ou de lumière révèle le dessin d’un mouvement possible. Il continue son arborescence dans la pensée...