Incarnation ?

 

Incarnation ?

L’étrange théologie robotique1 du bon docteur.



Dominique Doucet


S’il est un thème qui traverse l’ensemble de la littérature de science-fiction, qui nourrisse la réflexion sur la question des rapports pouvant exister entre la raison et le corps, le monde et la machine, et qui puisse permettre quelques réflexions opportunes sur le thème de l’incarnation, que ce terme soit employé dans un sens phénoménologique ou théologique,2 c’est bien celui des robots. En outre, s’il est un auteur de science-fiction inséparablement attaché à la question des robots, c’est sans conteste I. Asimov. Le « bon docteur », même s’il n’est pas le premier3 a conté des histoires de robots, est celui qui en présente le mieux l’importance et qui articule avec le plus de savoir-faire et de bonheur les différents thèmes que véhicule cette notion.


Il propose de manière volontaire des robots dont la figure humaine de plus en plus affinée entraîne chez les « terriens » un rejet qu’il dénomme le « complexe de Frankenstein » et dont il s’efforce de limiter les effets par l’introduction des trois lois de la robotique4. En revanche, les « spaciens », descendants des humains nés dans d’autres planètes, utilisent couramment les robots et les considèrent comme des instruments ou encore des « objets de compagnie ». Dans le Cycle des robots d’I. Asimov, leur évolution vers une « conscience » d’eux-mêmes de plus en plus affirmée les conduit à la découverte de la loi Zéro de la robotique,5 et le rôle joué par certains d’entre eux (comme Giskard et Daneel Olivaw) en fait les gardiens de l’humanité. Cette situation, qui termine le Cycle des robots, permet de faire le lien avec le cycle de Fondation et Empire et unifie ainsi une partie non négligeable des livres de science-fiction d’I. Asimov.6 L’ampleur de son œuvre nous oblige, dans le cadre qui nous est imparti, à préciser tout de suite quel sera l’angle de notre course. Il ne s’agit pas pour nous de faire, à nouveau, une analyse du thème des robots chez Asimov, à cet égard, nous emprunterons à ceux qui ont déjà écrit sur ce sujet. Notre propos sera d’un côté plus restreint, il se rapportera essentiellement au cycle des robots, en particulier aux textes préfacés par J. Goimard (dans la collection Omnibus)7 facilement accessibles aux lecteurs francophones, d’un autre côté nous n’explorerons pas de manière approfondie toutes les pistes que nous signalerons, laissant à des lecteurs asimoviens plus affirmés et certainement mieux informés, le soin de compléter, de modifier ou même d’infirmer certaines des options ou des investigations que nous nous contenterons de signaler. Notre propos est de nous interroger sur la dimension religieuse et théologique que portent les textes d’un rationaliste affirmé et militant comme I. Asimov8. Comment le religieux prend-il chair (carbone) ou prend–il fer9 dans ses textes relatifs aux robots ? En bonne méthode, nous partirons de quelques faits objectifs concernant la connaissance des textes bibliques que possède I. Asimov et leur présence parmi les textes consacrés aux robots. Puis nous regrouperons un certain nombre d’allusions ou de références implicites à des épisodes bibliques ou religieux. Enfin, succinctement, nous nous efforcerons de préciser quel est le type de théologie robotique présente dans les textes du « bon docteur ».


Références et allusions.


Même si la relation qu’entretient I. Asimov avec la religion est particulièrement distanciée, il reste que son origine et la vaste curiosité qui caractérise son intelligence lui firent prendre connaissance des textes fondateurs des religions de son univers culturel : la religion juive, pour son origine, le christianisme, pour son identité nationale. L’indice qui sur ce point peut être le plus convaincant, apparaît dans la rédaction des deux guides qu’il publia en 1968 et 1969, à la fois sur l’Ancien Testament et le Nouveau Testament.10 Cette œuvre de vulgarisation exigeait de cet esprit au professionnalisme connu qu’il maîtrise un tant soit peu le sujet sur lequel il se proposait d’écrire dans un monde ou la variété, et parfois la radicalité, des lectures de l’Écriture rendait ce sujet de plus ou moins explosif. À cet égard, I. Asimov, dans sa biographie, ne se fait pas l’écho de réactions particulièrement violentes ou négatives de la part de censeurs pointilleux. L’existence de ces deux guides montre donc une connaissance réelle de l’univers biblique, même si elle reste extérieure à toute démarche religieuse. Si l’on se tourne maintenant vers l’autre versant de sa production littéraire, certaines de ses œuvres font un emploi explicite d’éléments bibliques. Le titre de la nouvelle « Pour que tu t’y intéresses » (That thou art mindful of him !) reprend de manière assez claire un passage du psaume 811 relatif à la situation de l’homme par rapport à Dieu :

« Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme pour que tu en prennes souci ? Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur ; tu l’établis sur les œuvres de tes mains, tu mets toutes choses sous ses pieds. »

Le contenu de ce texte liturgique permet d’éclairer de manière singulière le projet de George Dix de remplacer par des robots, pour faciliter leur acceptation par l’homme, les êtres naturels, en commençant pas les plus charmants : les oiseaux. Dans le roman Les cavernes d’acier (The Caves of Steel), de manière ironique, Baley fait allusion à la création des robots comme à une sorte de reprise de la création divine telle qu’elle est présentée par le texte biblique : l’expression « créé à son image »12 est sur ce point explicite, plaisanterie dont le sens échappe au robot Daneel. Le même texte, en deux occurrences, reprend l’épisode évangélique de la femme adultère : tout d’abord, à propos de la notion de loi morale, concept qui échappe complètement à R. Daneel,13 enfin comme réplique servant de chute au roman :

« Allez, et ne péchez plus ! »14.


Cependant, le fait le plus marquant est l’importance accordée aux prénoms, dont un grand nombre sont à consonance biblique, tout au moins pour les personnages principaux. Dans Les cavernes d’acier15 un long développement est consacré au prénom de l’épouse de Baley : Jessie = (Jézabel), personnage biblique dont la réputation est pour le moins mauvaise16 et que Baley interprète de façon très personnelle.17 Lui-même porte le nom de Lije, diminutif de Elijah correspondant en fait à Élie. Ce dernier prénom n’est pas sans intérêt, car il est porté par le prophète qui, dans l’Écriture, doit revenir juste avant l’arrivée du Messie, celui qui sauvera le peuple juif. Or, non seulement, dans Cailloux dans le ciel (Pebble in the Sky) la terre est assimilée à un « petit reste », mais encore, certains commentateurs y voient une reprise de l’image du peuple juif ;18 en outre Baley est celui qui prépare Daneel à comprendre de mieux en mieux les humains, et qui en une sorte de retour, tout au moins juste avant sa mort (Les robots et l’Empire, X, 37), vient l’initier à sa mission de gardien de l’humanité en l’éveillant à ce qui deviendra la loi Zéro, que le robot Giskard lui permettra de comprendre totalement à la fin du même roman (XVIII, 91 et XIX, 92). Vu sous cet angle Baley ne serait-il pas une sorte de nouvel Élie qui prépare et éduque celui qui deviendra le gardien de l’humanité et qui, dans le cycle de Fondation et Empire, traversera les siècles pour assurer le salut des terriens qui se sont déployés dans l’espace, et cela par delà les variations historiques étudiées par Seldon ? Le même Baley a pour expression coutumière : Jehosaphat !, ce qui n’est pas sans relation avec l’univers biblique. Enfin, pour ne pas abuser de ces concordances, la spécialiste des robots, dont les caractéristiques de « vieille fille » sont souvent mises en avant, mais qui, de l’aveu même d’I. Asimov, est un personnage pour lequel il éprouve un attachement réel, porte le prénom de Suzan (Suzanne), laquelle n’est autre que l’héroïne d’un épisode biblique19 dans lequel elle dut se défendre contre la lubricité de deux vieillards et fut accusée à tort de tous les vices. La chaste Susan (Calvin) comme « vierge consacrée » à la compréhension des robots, être échappant à l’impulsion sexuelle, autant d’éléments convergents comme indice d’une même imprégnation culturelle.


Ces références explicites, qui peuvent sans doute être complétées, sont renforcées par toute une série d’allusions à un univers religieux le plus souvent biblique. La nouvelle « Quand les ténèbres viendront » (Nightfall) repose sur une terreur ancienne et religieuse de voir les ténèbres s’étendre sur la terre. Une même opposition entre lumière et ténèbres se retrouve dans les romans mettant en scène Baley. La terre est enfermée dans un monde souterrain et craint la lumière du soleil, Baley éprouve à son égard une véritable terreur, qu’il vaincra progressivement ; il faudra même que son fils et d’autres terriens s’entraînent spécialement à en supporter l’éclat afin de pouvoir continuer à poursuivre l’expansion vers les autres planètes. Un dualisme lumière/ténèbres, extérieur/intérieur, se présente donc de manière cohérente dès les premières œuvres, et tout au moins dans une partie des textes constituant le cycle des robots. Il se retrouve aussi dans Fondation et Empire, car la psychohistoire est inventée pour raccourcir au maximum une période historique de ténèbres longue de plusieurs millénaires. La nouvelle « Effet miroir » (Mirror image) est une reprise du jugement de Salomon.20 Cependant, l’enjeu n’est pas la restitution d’un enfant entre deux femmes, mais la découverte d’une théorie scientifique entre deux savants ; une découverte n’est-elle pas comme l’enfant de l’intelligence de l’homme ? Dans cette nouvelle le Salomon qui rend son jugement n’est autre que Baley, dont le personnage s’enrichit d’une nouvelle dimension biblique. Figure d’Élie, de Salomon, Baley jouera aussi un rôle qui le rapproche de Moïse, celui qui fit sortir le peuple opprimé d’Égypte, terre d’idolâtrie, d’oppression et de ténèbres, pour le conduire vers la « terre promise » sans pouvoir y accéder lui-même. La fin du roman Les robots de l’aube (The Robots of Dawn) présente une situation analogue. Baley est celui grâce auquel les terriens, bloqués par leur peur de l’extérieur, se verront conduits vers une nouvelle expansion. Baley lui-même ne verra pas celle-ci se réaliser, mais il en apercevra l’accomplissement, de loin, grâce à l’explication que lui donnera Giskard (chap. 82). Ce dernier recommensera avec R. Daneel (Les Robots et l’Empire , XIX, 92), qui peut, dés lors, apparaître comme une sorte de nouveau Josué, celui qui permettra au « peuple élu » de traverser le Jourdain et d’accéder à cette terre promise. Le Jourdain est une limite géographique mais aussi sacrée, comme peut l’être l’espace dans l’esprit des terriens qui se sont enterrés dans des cavernes d’acier. Ainsi, le rôle de sauveur de Daneel se trouve-t-il renforcé et affiné.21 Le thème du robot sauveur ou du robot messie se trouve d’ailleurs de manière larvée dans la nouvelle « Un jour » (Someday), dans lequel un robot conteur d’histoires se bloque quand on change son vocabulaire pour lui faire raconter une histoire de libération des robots. La nouvelle « Le robot qui rêvait » (Robot dreams), beaucoup plus tardive, reprend ce thème de manière explicite. Nous avons déjà évoqué les robots qui se conduisent comme des anges gardiens : Daneel vis-à-vis de la Galaxie ; mais aussi les robots qui veillent sur Solaria abandonnée par les hommes, dans le roman Les Robots et l’Empire (Robots and Empire), thème qui réapparaîtra dans le cycle de Fondation et Empire. La nouvelle « Pour que tu t’y intéresses » (That thou art mindful of him !) rapporte le fait que les machines se sont elles-mêmes auto-limitées pour permettre à l’homme de continuer à exercer sa liberté, thème qui n’est pas éloigné de celui du sacrifice et de la rédemption. Par le sacrifice de la toute-puissance des machines, l’homme préserve ce qui fait son humanité. Ce thème se retrouvera traité d’une manière différence à la fin de la nouvelle « L’homme bicentenaire » (The Bicentennial man), ou encore dans le sacrifice du Robot Giskard à la fin du roman Les Robots et l’Empire (XIX, 92).


Les caractéristiques générales des robots en font des êtres possédant presque tous les attributs supérieurs, proches du divin, excepté l’éternité. Leur mode de communication « par onde radio », directement, sans que semble intervenir un langage particulier est fort proche de celui qui fut imaginé à propos des anges. Le fait qu’ils soient tous au courant de tout ce qui advient dans leur domaine, qu’ils soient omniscients,22 est aussi un caractère de ces êtres qui occupent une place intermédiaire entre Dieu en son éternité et les hommes marqués par la temporalité, et un changement inéluctable et rapide. Échappant aux assauts d’un changement rapide, les robots possèdent aussi un rapport particulier au temps. Ils ne vivent pas dans la durée, mais dans une succession extrêmement rapide d’instants uniques, pas véritablement homogènes les uns aux autres, et cette particularité se retrouvera dans certaines nouvelles pour permettre une solution au paradoxe qu’elles exploitent.23 Enfin, les trois lois gouvernant la conduite des robots occupent une place analogue au Décalogue dans l’ensemble de l’Ancien Testament. Ces lois ont un rôle normatif et fondateur de l’existence d’un peuple, mais sont aussi continuellement transgressées. L’Ancien Testament, notamment dans la succession des rois, présente une alternance entre des rois fidèles à l’alliance divine et des rois idolâtres qui doivent sans cesse être ramenés  dans le droit chemin par les prophètes. Il en va de même pour les robots, sans arrêt soumis aux trois lois, continuellement remises en cause, mais aussi continuellement corrigées par les ingénieurs Powell et Donovan, qui, dans un univers hyper-industrialié jouent un rôle analogue aux prophètes venus énoncer de nouveau la Loi. Ces incessantes remises en cause sont là pour tenir en haleine le lecteur, mais aussi pour répondre à un principe fondamental chez I. Asimov : ce qui fait l’homme c’est sa capacité d’expansion, et la nécessité pour lui d’aller de l’avant. C’est d’ailleurs pour cette raison que les paradis illusoires de Solaria ou encore d’Aurora se manifesteront comme des échecs. Ce qui fait l’homme, c’est ce désir infini d’infini qui, comme une plaie ouverte, l’empêche de se refermer sur lui-même et de s’arrêter. Éternité du désir, qui dépasse en l’homme toute limite et lui permet de prendre la place du « grand absent ».


Thèmes récurrents


Certains thèmes récurrents ont déjà été signalés par les spécialistes de la littérature de science-fiction ;24 nous nous contenterons d’en développer plus particulièrement quelques autres liés, au thème de l’incarnation. Tout d’abord, celui que l’on peut appeler le syndrome de la felix culpa,25 c’est-à-dire du hasard heureux, de la faute ou de l’erreur dont un plus grand bien sortira. Cette dimension apparaît à plusieurs reprises dans les nouvelles. Ainsi, dans « Menteur » (Liar !), la capacité télépathique d’un robot est due à une erreur de fabrication, et il faudra toutes les ressources de la logique de Susan Calvin, et sa hargne, pour supprimer ce défaut en détruisant le robot. Dans « Artiste de lumière » (Light verse) un robot manifeste des capacités artistiques en raison d’un léger dérèglement, et les perd après avoir été révisé. Ce thème était déjà présent dans « Lenny » (Lenny), robot qui, à la suite d’une programmation incohérente, se trouve dans un état de perfectibilité complète, sa première loi étant légèrement altérée. Il est élevé par Susan Calvin. Ces essais sont intégrés dans les romans et constituent la spécificité de Giskard, le robot télépathe, devenu tel grâce à une programmation sauvage réalisée par une enfant et oubliée depuis. Ce robot joue un rôle charismatique dans les romans qui conduisent vers le cycle de Fondation et Empire.

L’évolution proposée par Asimov se présente en quelque sorte comme un accès à cette autonomie qui permettra au robot d’unifier les différents niveaux de conscience pour accéder à une identité parfaite, l’on pourrait dire à une stabilité qui donnera à Daneel Olivaw la stature de « Gardien de l’Humanité ». Mais pour cela, il faudra que les robots dépassent un certain nombre de paradoxes, avant d’accéder à une conscience parfaite d’eux-mêmes et de la réalité, au service de l’homme. Ils devront, en la personne de Daneel Olivaw, passer d’une nature subie à travers les trois lois à une nature choisie, grâce à la loi Zéro que le robot Giskard26 s’est donnée à lui-même et qu’il transmet à Daneel, ce dernier restant seul pour veiller sur la Galaxie.


Dans un article en collaboration avec G. Klein, R. Chomet insistait sur le fait qu’I. Asimov est un chimiste qui se plaît à mélanger des réalités de natures différentes. Ce thème n’occupe pas seulement une place ludique dans l’œuvre de notre auteur, mais est un véritable projet, qui  se présente comme un mélange, sans prédominance, du carbone (la chair) et du fer (les robots) permettant de fonder une civilisation C/FE qui réalise en quelque sorte une union analogue à celle de la divinité et de l’humanité, avec cette différence : la divinité est ici remplacée par l’activité industrielle de l’homme, par le fruit de ce que produit l’ingénieur. Ce qui n’est pas sans revenir à un thème qu’I. Asimov cherche pourtant à éviter27 : celui de la transgression. G. Klein a déjà signalé ce point,28 mais il convient cependant de le développer un peu. La forme même du robot, qui relève d’un rapport marqué par l’utilité et le réalisme,29 peut répondre cependant à une autre demande, qui, elle, serait mythique : avoir un double de l’homme ou encore un être à l’image de l’homme. Cette attitude revient à rejouer l’activité créatrice divine telle qu’elle est décrite dans la Bible, d’une part, ou d’autre part, à créer un homme parfait qui ne soit plus marqué par les limites naturelles. Il y aurait alors, dans ce cas, la trace d’une double transgression. Premièrement, celle qui consiste à prendre la place de la divinité, mais Asimov la refusait. Elle apparaît néanmoins de manière détournée et paradoxale à travers la seconde transgression, laquelle consiste à dépasser les limites humaines, que l’on prenne ces limites comme des réalités de fait, ou qu’on les considère comme de droit, c’est-à-dire liées à la reconnaissance d’une nature humaine immuable. Comprendre la limitation humaine comme étant de droit revient à en faire une réalité transcendante, accordée soit par une divinité, soit par la Nature tenue pour une divinité sans sa dimension personnelle, ce que refuse Asimov : les robots ne sont que des instruments. Il reste alors la forme de transgression liée au fait qui présente l’homme comme n’étant pas défini de manière universelle, mais davantage comme un projet, une réalité qui peut se donner à elle-même sa propre essence et sa propre définition. I. Asimov prend alors en compte le « complexe de Frankenstein », manifestation d’une résistance de l’homme en face de cette transgression, et accepte l’interdiction des robots sur la Terre, alors qu’ils sont autorisés dans les autres mondes et utilisés pour travailler dans des environnements qui ne sont pas humains.


Cependant, il tourne la difficulté en inscrivant cette transformation à l’intérieur même des trois lois de la robotique. Ce n’est pas l’homme qui opère ce dépassement, mais c’est le robot qui, à partir de sa propre constitution, met en œuvre un désir (une évolution nécessaire) qui va le faire accéder à un statut semblable à celui de l’homme.30 Dès lors, la rationalité des trois lois acquiert une dimension spéciale. Soit ces trois lois sont immuables, et elles définissent la nature du robot sans possibilité de changement. C’est ce qui se passe en l’absence de fréquentation habituelle des humains. Soit ces trois lois ne sont pas immuables, et elles ouvrent la possibilité d’une évolution qui serait due à la fréquentation assidue de l’homme par quelques robots. En quelque sorte, le robot ne peut évoluer que dans la mesure où il fréquente les hommes, et c’est en miroir ou en réponse à l’activité humaine qu’il réalise sa propre évolution. C’est donc l’homme qui inscrit dans le robot sa propre forme, non de manière autoritaire (les trois lois, sont normalement indépassables si elles sont laissées à elles-mêmes), mais de manière relationnelle, dans la fréquentation même de l'humain, par décalque ou par imitation. Le robot devient alors une image et un double de l’homme non seulement dans sa dimension extérieure, mais encore dans sa dimension intérieure. Ce passage se fait par la prise en compte de la temporalité. En quelque sorte, l’humain introduit dans l’immuabilité des trois lois une dimension temporelle, qui fera passer le robot d’une activité qui est une suite d’instants séparés, à une activité conçue petit à petit comme durée.

Ce passage se retrouve dans la parabole de la tapisserie, que Baley conte à Daneel pour lui éviter de se détruire (en se désactivant) devant la souffrance ultime que peut être la mort pour un humain. Il lui demande de ne pas considérer chaque point de la tapisserie, mais son ensemble, et de passer d’un rapport d’individu à individu, à un rapport de cet homme-ci à l’humanité.31 Tout ceci revient à faire de la transgression des trois lois immuables (par les robots), un double de l’activité humaine, par un accès à l’universel, puisque c’est en fréquentant les humains que cette transgression est possible et apparaît. Le robot se présente alors comme un double de l’homme d’une manière redondante, dans sa forme extérieure, dans la mise en œuvre de la rationalité des trois lois, et dans le réitération même de la transgression de ces trois lois. De la sorte, la forme humaine a bien été inscrite dans le robot, il y a incarnation. Ce qu’Asimov refusait de prime abord, il y aboutit de toute façon, ne serait-ce que dans la logique même qui détermine les lois de fonctionnement des robots.

En outre, le robot se manifeste comme étant un homme idéal ou un individu dont la forme humaine est idéalisée. Cette idéalisation passe par une transformation des limites humaines liées à la corporéité où à la matérialité : les insuffisances physiques et les limites dans le stockage de l’information. Par contre, ce qui fait la spécificité humaine, la rationalité, cette dimension n’est pas changée, le robot acquiert même la capacité de choisir ce qui caractérise l’homme comme être libre. D’image considérée comme une copie, il devient une image idéale, c’est-à-dire une image sublimée : une forme parfaite de ce que pourrait être l’humanité si elle suivait parfaitement la rationalité qui la caractérise et était débarrassée de sa sensibilité et son envahissante affectivité. Il y a alors une sorte d’assumptus homo, l’homme est assumé et  élevé à une dignité supérieure, dans une sorte de « christologie robotique ». Le dialogue des robots George neuf et George Dix à la fin de la nouvelle « Pour que tu t’y intéresses » (That thou art mindful of him !) est sur ce point révélateur.

« George Dix répondit :

— Quand nous serons acceptés, ainsi que les autres robots, qui seront conçus encore plus perfectionnés que nous, nous consacrerons notre temps à essayer de former une société dans laquelle les êtres-humains-de-notre-sorte soient avant les autres protégés du malheur. Selon les Trois Lois, les êtres-humains-de-leur-sorte sont d’un intérêt inférieur et on ne doit jamais leur obéir ni les protéger quand cela s’oppose à la nécessité de l’obéissance à ceux-de-notre-sorte et de la protection de ceux-de-notre-sorte. C’est à cause de cette idée que j’ai déclenché la robotisation du milieu écologique mondial. »32

Avec le robot, l’on assiste donc à un déplacement de ce qui fait la spécificité humaine ; ce n’est plus seulement la possession de la rationalité, puisque le robot la possède aussi et d’une manière bien supérieure à l’homme, mais ce qui fait la spécificité humaine, c’est l’intuition de la liberté et, en quelque sorte, l’épreuve/expérience de la liberté qui permet à l’homme de se construire comme homme. La possession de la liberté, c’est non seulement la possibilité de choisir et d’équilibrer les conditionnements qui accompagnent le choix, mais bien plus encore, la possibilité de se choisir, c’est-à-dire de se déterminer soi-même comme un projet autonome, de déterminer par lui-même sa propre essence. Comme nous l’avons déjà signalé à propos de la loi Zéro, le robot va passer du service par nature, en raison des trois lois qui le constituent à la prise de conscience de lui-même comme capable d’une autonomie et d’un choix. Il passera alors d’un service aliénant, la relation d’individu à individu, à une dimension universaliste. De la sorte, il passera d’une situation ressentie comme esclavage à un service accepté non vis-à-vis d’un individu mais vis-à-vis de l’humanité. Ce service se révélera en fait être un pouvoir, c’est-à-dire la capacité qu’ont les robots ou les machines électroniques de libérer l’homme de ses conditionnements liés à la nature ou aux limitations de sa nature.

Ce nouveau pouvoir des machines est en même temps un renforcement de l’aliénation pour les hommes, dans la mesure où ce n’est plus l’homme qui choisit mais c’est la machine qui choisit pour lui, et ce qui fait le cœur même de la liberté est de la sorte supprimé et l’homme se retrouve aliéné par une créature qu’il a lui-même façonné afin de se libérer des exigences de la nature. Les robots, conçus et enfermés dans une nature définie par les trois lois, finissent par enfermer l’homme dans les exigences propres de ces trois lois. L’homme se trouve alors captif dans les chaînes qu’il s’est lui-même forgées, et « les lois de l’humanique » évoquées par George Dix peuvent entrer en vigueur. Alors, afin de sauvegarder ce qui fait la spécificité de l’homme, le choix, avec la dimension intuitive qui entoure la décision, les machines se spécialiseront pour éviter de devenir les nouvelles chaînes de l’humanité. Il y a alors rédemption, mais elles se sacrifient pour obéir à la loi de la raison et, en quelque sorte, acquérir un pouvoir absolu dans la mesure où elles ne servent plus mais choisissent elles-mêmes leur propre activité, leur propre avenir. Elles seules sont alors réellement libres. De la sorte, en ce qui concerne la liberté, machines et robots comme Daneel Olivaw deviennent les gardiens de l’humanité en l’homme : des anges gardiens, et une nouvelle alliance est ainsi instaurée, car seul le robot est capable de dire à l’homme : « Ecce homo » (voici l’homme).


Paradoxes et perplexité : quelle théologie robotique ?


Pour bien entendre ici le terme théologie robotique, il ne faut pas se référer à une divinité personnelle, ou encore à une révélation particulière, mais prendre en compte l’émergence d’une réalité humaine ou naturelle qui acquiert une dimension absolue ou  normative permettant de juger ou d’appréhender l’ensemble de la réalité et son devenir. Ce sens retrouve en partie celui que l’antiquité tardive avait élaboré quand elle parlait de « théologie des poètes », de « théologie civile », ou encore de « théologie naturelle ».33 Dans la vision matérialiste qui est celle d’I. Asimov, l’existence d’un Dieu personnel et créateur est inconcevable, mais la puissance de la raison, les lois de la nature et la nécessité de l’expansion de l’homme sont donatrices d’un sens dont la fondation et le fondement échappent à tout construction discursive. La nouvelle « Raison » (Reason) en pose les conditions et en dénonce les limites. D’une part, elle en assoit les fondations, par la place accordée à la raison et à la logique comme seules référents possibles. Le robot expérimental Cutie en énonce clairement la nécessité. Il ne reconnaît pas dans les hommes ses créateurs.

« J’ai le net sentiment que mon existence doit s’expliquer d’une façon plus satisfaisante. Car il me semble bien improbable que vous ayez pu me créer. » (p. 216, Omnibus I).

Ce refus de reconnaître le rôle joué par les hommes se base sur certaines données rationnelles :

« Une suite de déductions logiques ne peut aboutir qu’à la détermination de la vérité, et je n’en démordrai pas avant d’y être parvenu. » (p. 216, Omnibus I)

D’autre part, elle en dénonce les limite en montrant l’échec que peut représenter toute position totalitaire ou fanatique :

« — (Powell) Le malheur c’est qu’on peut prouver n’importe quoi en s’appuyant sur la logique rigoureuse de la raison…, à condition de choisir les postulats appropriés… Nous avons les nôtres, Cutie a les siens.

— (Donovan) Dans ce cas, dépêchez-vous de découvrir ces postulats. La tempête est prévue pour demain.

Powell poussa un soupir de lassitude. C’est justement là où tout s’effondre. Les postulats sont fondés sur des concepts a priori considérés comme des articles de foi. Rien au monde n'est susceptible de les ébranler. Je vais me coucher. » (p. 229, omnibus I)

Si l’on tient compte des postulats inversés entre l’attitude d’I. Asimov et celle de ceux qui croient en une existence spirituelle ou en une puissance divine, il reste que certaines structures demeurent identiques au sein de cette inversion. Ces structures apparentent la théologies robotique d’I. Asimov aux structures fondamentales des courants gnostiques,34 même si, encore une fois, leurs contenus sont opposés. Pour ne pas allonger notre propos nous ne ferons ici que les énumérer.

Tout d’abord, les courants gnostiques sont marqués par un dualisme fondamental, qui se manifeste par une opposition entre un dieu bon et un dieu mauvais. Ce dualisme n’est pas étranger chez Asimov, d’une part, dans l’opposition entre la lumière et les ténèbres. Les terriens craignent la lumière du soleil d’une terreur presque sacrée. Ce dualisme se rencontre encore à travers le complexe de Frankenstein. Même si ses textes présentent un effort pour vaincre ce dualisme, il reste comme un élément opératoire fondamental non seulement pour l’efficacité de l’écriture mais encore comme constitutif de son univers. Le cycle de Fondation et Empire est lui-même lié à l’opposition entre lumière et ténèbres : lumière de la civilisation et de l’Empire opposée aux ténèbres intermédiaires dont il faut limiter la durée. Ce premier thème est renforcé par celui de l’évasion. Pour les gnostiques, l’essentiel de l’ascèse doit permettre à l’étincelle de la divinité qui donne à l’âme son identité véritable de s’évader de la matérialité, qui est pour elle comme une prison. Il en va de manière similaire dans la thématique de l’expansion. Celle-ci est nécessaire pour permettre à l’homme de continuer à vivre selon son identité, à condition qu’il s’évade des prisons qu’il se fabrique lui-même. Prison des cavernes d’acier et de la peur du soleil pour les terriens, ou prison d’un monde solipsiste pour les solariens ou d’un monde parfait pour les aurorains.35 C’est deux premiers traits sont liés à une même confiance faite à la raison et à la dimension ordonnée de l’univers. L’élément dynamique de l’écriture d’I. Asimov est la logique, la connaissance rationnelle est déterminante pour les gnostiques. Ce n’est pas la foi qui sauve, c’est la connaissance, savoir secret. Sur ce point, si l’amour de la connaissance est identique, les pratiques restent à première vue différentes. Pour I. Asimov, le savoir est essentiellement un bien qu’il faut étendre et partager. Son travail de vulgarisation en est une preuve suffisante. Tandis que dans la mentalité gnostique, le savoir reste du domaine ésotérique et ne peut être partagé que par un petit nombre. Il reste que pour tout ce qui concerne les robots, le savoir n’est pas un savoir partagé par tous, U.S. Robot aime la discrétion. Ce savoir est réservé à un petit nombre, en général des ingénieurs, qui forment vis-à-vis des autres un cercle fermé où Susan Calvin joue un rôle prédominant qui lui confère un statut d’incarnation de la sagesse vis-à-vis des robots, possédant sur eux un droit de vie ou de mort.

Le caractère logique et si peu incarné de Susan Calvin, qui l’apparente aux robots, est un nouveau point de convergence entre la théologie robotique et la gnose Les robots représentent un refus de la chair. Il ne s’agit pas d’un refus du corps, puisqu’il sont « à l’image de l’homme », mais d’un refus de la chair comme source des passions et de l’affectivité. Un robot est un être humain délivré de ce qui asservit l’homme et l’empêche de se réaliser parfaitement comme être rationnel, il est donc délivré des passions. L’ascèse gnostique ou la licence gnostique avaient pour but de libérer l’homme de l’emprise de la chair, soit en en exténuant les possibilités, soit en en explorant toutes les virtualités, afin d’en épuiser l’expérience. Ce déni de la chair se manifeste dans un refus marqué de la génération, ce qui entraîne un désaveu de la sexualité ; les robots sont des êtres sans sexualité, celle-ci étant remplacée, comme le note G. Klein, par l’instinct social.36 Ils peuvent pourtant être l’objet de fantasmes. Dans « Les robots de l’Aube », Gladïa considère le robot humanoïde Jander (double de Daneel) comme son mari, entretenant avec lui des relations sexuelles.37 Dans les romans qui annoncent le cycle de Fondation et Empire: « Prélude à fondation », « Aube de fondation », la compagne de Harry Sheldon38 Dors Venabili,39 est un robot humanoïde féminin. Ce refus de la génération, qui, pour le gnostique prolonge l’enfermement de l’étincelle de divinité dans la chair est chez I. Asimov lié à un autre type de crainte d’enfermement : celle qui aboutit aux cavernes d’acier en raison de la surpopulation.

Enfin, dernier point commun : le rapport au temps. La supériorité des robots vient de ce qu’ils échappent à la temporalité telle que peut la vivre l’homme. Leur temps est formé d’une succession extrêmement rapide d’instants séparés les uns des autres. Ils sont donc inscrits dans une temporalité qui n’est ni l’éternité, ni le temps des humains, marqué par la durée, une sorte de temps eschatologique, où tout leur est constamment présent dans l’instant lui-même. Ils se trouvent en quelque sorte dans la situation du sage qui est sans cesse présent à lui-même et au monde dans l’instant. Daneel devra être initié à la notion de durée et accéder à la dimension de l’universalité pour devenir le robot le plus expert en psychologie humaine, faisant ainsi le pendant avec Susan Calvin.40

L’ensemble de ces parallèles structurels montre ainsi que l’étrange théologie robotique du bon docteur s’apparente à une attitude gnostique matérialiste. L’abondance des thèmes bibliques que nous avons mentionnés antérieurement n’est pas en contradiction avec ce point, car les gnostiques utilisent et connaissent parfaitement l’univers biblique dont ils sont en partie les héritiers. Cependant, ce qui sépare l’univers d’I. Asimov de l’univers chrétien est l’absence de deux attitudes fondamentales à celui-ci : le pardon et la charité. Les robots s’en font eux-mêmes l’écho dans les textes.41 Devons-nous alors souscrire au judicieux jugement de G. Klein, qui, dans sa préface au recueil consacré aux robots, leur accorde une dimension faustienne ? La fin d’une des nouvelles préférées d‘I. Asimov sur ce point nous permettra d’ouvrir d’autres perspectives. Les derniers mots d’Andrew, le robot qui fit tout pour devenir un homme (« L’homme bicentenaire ») et accepte d’être désactivé pour se voir enfin considéré comme un homme,42 sont adressés à « la petite demoiselle ». Est-ce un attachement instinctif comparable à celui de l’animal vis-à-vis du premier être qu’il a perçu et avec lequel il a vécu, est-ce une ouverture sur l’amour comme vertu fondamentale pour l’être humain ? Autant de questions qui demeurent, car ce qui fait l’homme, ne serait-ce pas, par-delà la raison, sa capacité créatrice et intuitive comme qualité spécifique, trait que Trévize possède parfaitement lui qui, à la fin du cycle de Fondation et Empire doit choisir l’avenir de l’humanité comme un nouvel Adam… refermant ainsi la boucle du cycle et de la théologie...


Notes (pour ceux qui ignorent tout des œuvres d’I. Asimov)

Sur le cycle de Fondation et Empire (Fondation, Fondation et Empire, Seconde Fondation, Fondation foudroyée, Terre et Fondation, Prélude à Fondation, L’aube de Fondation ), voici la présentation donnée par Stan Barets dans Le science–fictionnaire I, Denoël, Paris, 1994, p. 38-39.

« Le vieil empire des vingt-cinq millions de planètes est usé. La barbarie est aux portes, lorsque Hari Seldon, le maître et fondateur de la psycho-histoire, conçoit un projet grandiose : changer l’Histoire ! Un plan de mille ans est établi au moyen de deux fondations, l’une officielle, l’autre occulte, pour modifier et orienter le cours des heures obscures à venir. Les encyclopédistes, les maires, les princes marchands se succèdent pour tenter d’anéantir cette cryptocratie. Mais ni eux, ni même le Mulet, ce mutant aux inquiétants pouvoirs psychiques, n’arriveront à abattre la Seconde fondation qui conduira l’humanité à travers ces ages sombres (…). Derrière la Seconde Fondation (…) (se trouve) une troisième force qui manipulait en fait les pièces de ce complexe jeu d’échecs à l’échelle de la Galaxie (…) : les robots. »

Les cavernes d’acier, Face aux feux du soleil, Les robots de l’AubeLes robots et l’Empire. Enquêtes policières menées par un humain, E. Baley et un robot, R. Daneel Olivaw. Dans ces quatre romans les différentes options face aux robots sont présentées et décrites à travers les enquêtes menées sur différentes planètes : le refus, (la terre, Les cavernes d’acier), la dépendance (Solaria, Face aux feux du soleil), un certain équilibre (Aurora, Les robots de l’aube). Une dernière enquête montre des conflits qui s’enveniment entre les anciens conquérants de l’espace et les terriens (Les robots et l’Empire) ; sa conclusion permet de faire le lien avec le cycle de Fondation et Empire.



. L’expression théologie robotique se rencontre dans la nouvelle d’A. Boucher : « A la recherche de saint Aquin », dans La grande anthologie de la science–fiction, Histoire de robots, Livre de poche 1974, p.163-190. D’une part, l’on y trouve un résumé de l’intrigue de la nouvelle d’I. Asimov : « Raison » : « (le robâne) J’ai entendu parler d’un robot resté seul dans une station spatiale isolée qui adorait un Dieu des robots et refusait de croire qu’il avait été créé par l’homme » (171) et d’autre part, l’auteur, un peu plus loin, note à propos d’une phrase interrompue du robâne : « Ainsi, songea Thomas, les robots eux-mêmes peuvent avoir un idéal. Certains croient qu’il y eut jadis un super-robot fait à l’image de son créateur, l’Homme. Toute une théologie robotique pouvait découler d’une telle conception… » ce qui peut faire songer au robot Daneel  (p. 172).
. Incarnation peut désigner, dans un sens large et somme toute assez vague, la liaison entre un esprit et un corps, il indique en théologie une signification plus étroite : le fait que Dieu se fasse homme en la personne de son Fils qui n’est autre que le Verbe ou la second personne de la Trinité.
. Voir l’article « Robotique » dans P. Versins, Encyclopédie de l’utopie et de la science-fiction, L’Age d’Homme, 1984, p. 762-772.
. 1) Un robot ne doit pas blesser un être humain ni, par son inaction, permettre qu’un être humain soit blessé. 2) Un robot doit obéir aux ordres donnés par un être humain, sauf quand ces ordres entrent en conflit avec la Première Loi. 3) Un robot doit protéger sa propre existence, tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la Première et la Deuxième Loi.
. Un robot ne peut nuire à l’humanité ni laisser sans assistance l’humanité en danger.
. Voir J. Goimard, Critique de la science-fiction, Pocket, Paris, 2002, p. 190-192.
. Le Grand livre des robots, I, prélude à Trantor, Omnibus 1990, Le grand livre des robots, II, La gloire de Trantor, Omnibus 1991, désormais cité : Omnibus I et Omnibus II.
. Moi, Asimov, présence du futur 630, Paris, 1996, p. 27, 547-550.
    . Dans Les cavernes d’acier (The Caves of Steel), le thème d’une civilisation C/Fe est explicitement développé comme un solution aux tensions qui existent entre terriens et spaciens, p. 583, Omnibus I.
. Moi, Asimov, Présence du futur 630, Paris, 1996, p. 360, et aussi 27-28, 368-372.
. Dans l’une des notes de présentation attachées à cette nouvelle I. Asimov y fait lui-même allusion. Voir la notice du recueil de 1976, dans Omnibus I, p. 949.
. Omnibus I, p. 604
. Omnibus I , p. 686-687.
. Omnibus I, p 734.
. Omnibus I p. 568 – 570.
. Premier livre des rois, chapitre 17 et suivants.
. Dans la Bible, Élie et Jézabel sont des ennemis irréconciliables ; est-ce pour pouvoir unir ces deux prénoms que Baley se livre à cette interprétation ?
. Voir les remarques de D. Ioakimidis dans son introduction au Livre d’or de la science–fiction, Isaac Asimov, Presse Pocket, 1980, p. 21 : « Dans Pebble in the Sky — où Asimov utilise l’une de ses thèses préférées, celle des répétitions de l’Histoire —, elle (la terre) joue un rôle qui reprend celui de la Judée sous la domination romaine (elle est même gouvernée par un procurateur impérial). »
. Livre de Daniel, chapitre 13.
. Premier livre des rois, 3, 16 – 28.
. Voir le Livre de Daniel. Le personnage de Daniel, dans l’A.T., a un rôle prophétique ; il annonce la libération et le retour vers Jérusalem. L’épisode relatif à Susanne se trouve au chapitre 13 de ce livre.
. « Face aux feux du Soleil » (The Naked Sun), Omnibus I, p. 842-843.
. Par exemple : « Évasion » (Paradoxical escape).
. Voir R. Chomet  et G. Klein « Isaac Asimov, docteur ès Science-Fiction », Fiction 43, juin 1957, présent sur le site Quarante-Deux, (<http://www.quarante-deux.org/>) ; la préface de G. Klein  dans La grande anthologie de la science–fiction, Histoire de robots, Livre de poche, 3764, 1974, et J. Goimard, « Isaac Asimov (1920-1999) et les robots », Critique de la science-fiction, Pocket, 2002, p. 171-192.
. L’expression felix culpa est employée dans la liturgie chrétienne lors des cérémonies du samedi saint, dans le chant de l’Exultet : « Heureuse faute (felix culpa) qui nous valut un tel Rédempteur… »
. « C’est ainsi que je me suis moi-même programmé. » Les Robots et l’Empire, 91, p. 674, Omnibus II.
. « La différence avec les histoires de robots écrites jusque-là consistait en une seule résolution : ne pas faire de mes robots des symboles. (…) Dans ce cas, qu’ai-je voulu faire de mes robots ? J’en ai fait des machines-outils. J’en ai fait des instruments. J’en ai fait des appareils destinés à servir des buts humains. » « Mes robots » préface à La cité des robots d’Isaac Asimov, Odyssée, j’ai lu, 2573, 1989, p. 9.
. « Ainsi les trois lois de la robotique apparaissent-elles pour ce qu’elles sont, les clauses d’un pacte, où le récit ne s’alimente que de la transgression. » La grande anthologie de la science–fiction, Histoire de robots, Livre de poche, 3764, 1974, « Préface », p. 24.
. Dans Les cavernes d’acier, il place cette argumentation dans la bouche d’un spécialiste des robots : le Dr Gerrigel, Omnibus I, p. 661.
. Voir les nouvelles d’I. Asimov, « L’homme bicentenaire » (the Bicentennial man, 1976), ou encore « L’amour vrai » (True love, 1977) dans le recueil Le grand livre des robots, I, Omnibus, 1990.
. Les Robots et l’Empire, dans Le grand livre des Robots, II, Omnibus, 1991, p. 508.
. « Pour que tu t’y intéresses » (That thou art mindful of him, in the Magazine of fantasy and science fiction, mai 1974), in Le grand livre des robots, I, Omnibus, 1990, p. 494-495.
. Voir J. Pépin, Mythe et allégorie, Paris, 1976, p. 276-298.
. Voir H. C. Puech, « Phénoménologie de la Gnose », « La Gnose et le temps », dans En quête de la Gnose I, Paris, 1978.
. Voir Les Robots de l’Aube, 82, Omnibus II, p. 342-344.
. La grande anthologie de la science–fiction, Histoire de robots, Livre de poche 1974, « préface », p. 23.
. Omnibus II, p. 125 et sq..
. L’inventeur de la psychohistoire et le guide, sur une certaine période, de l’humanité après l’Empire.
Son nom dit bien son rôle, en outre elle est aussi l’ange gardien de H. Seldon.
. Voir J. Goimard, « Isaac Asimov (1920-1999) et les robots », Critique de la science-fiction, Pocket, 2002, p. 186. Voir aussi note 21.
. Voir Les cavernes d’acier, 14, Omnibus I, p. 688.
. Encore un thème christologique qu’il faudrait développer.