Distanciation : une « bifurcation primordiale »
Prolégomènes à de nouvelles modalités de
l’attention
Jean
Raisonnier
Note.
Le texte qui
suit s’est nourri d’expériences très
diverses :
en
particulier, d’une pratique mathématique (d’enseignement et de
recherche) et d’expériences dans des domaines artistique (musique
et danse improvisée), psychothérapeutique (en tant que patient et
apprenti thérapeute), et à l’occasion de cérémonies traditionnelles
auxquelles j’ai participé (en Amazonie
péruvienne) ;
ces
dernières expériences — artistique, psychothérapeutique, et
cérémonielle — m’ayant ouvert à une qualité d’attention que l’on
pourrait sommairement qualifier de contemplative à laquelle la
pratique mathématique seule ne m’avait pas vraiment donné
accès.
Ce qui suit
est la tentative de mise en forme d’une intuition qui m’est venue
peu à peu à partir d’une distanciation, justement, d’avec cette
pratique et ces expériences.
«
(…) on continue à parcourir les déserts de l’exil, avec pour seule
oasis où se désaltérer le préssentiment, qui nous visite parfois,
qu’il suffirait d’un rien pour que, d’un coup, on soit chez soi.
Pour que reprenne l’aventure d’exister. La grandeur ou la petitesse
de notre vie tient à si peu de chose. Il suffirait d’un pas de
côté. Alors on serait beaucoup mieux qu’heureux, beaucoup mieux que
consolé. Mais faire un pas de côté, ce simple geste qui ne se
serait ni paresse, ni effort, est le plus difficile. » Olivier
Rey, Itinéraire
de l’égarement.
Du rôle de
la science dans l’absurdité contemporaine, Seuil,
2003.
« Regarde,
ami Sancho, voilà devant nous au moins trente démesurés géants
auxquels je pense livrer bataille (...)
Miséricorde !
s’écria Sancho, n’avais-je pas bien dit à votre Grâce (...) que ce
n’était pas autre chose que des moulins à vent ? »
Cervantès.
Où l’on décrit une modalité particulière de l’attention
humaine : une « bifurcation primordiale
».
Les êtres
vivants pourvus d’un système nerveux sont impliqués dans les
nécessités de l’existence à travers l’attention qu’ils portent aux
situations dont ils sont partie prenante.
Les êtres
humains ont — au moins — ceci de spécifique, en deçà des
particularités qu’on leur reconnaît habituellement — imagination,
cognition, langage, rapports sociaux codifiés etc. — que, pour eux,
l’attention n’est pas complètement collée aux exigences de
l’immédiateté ; elle en est peu ou prou distanciée, de telle
sorte qu’un jeu
apparaît entre
le contenu de la conscience, et les nécessités immédiates de
l’existence.
C’est
précisément grâce à ce jeu,
à travers cet écart,
qui est aussi une tension, que se déploie l’exubérance inouïe de
l’aventure humaine, et, en particulier, le langage et la
codification des rapports sociaux ; à l’inverse,
l’enracinement culturel — ou le déracinement — des êtres humains
contribue à spécifier pour chaque culture, pour chaque personne, la
façon dont ce jeu
s’élabore, et
s’articule à l’immédiateté, à la nécessité.
Or, cette
distanciation de l’attention d’avec l’immédiat se déploie,
semble-t-il, à partir de, et à travers une « bifurcation
primordiale » :
d’une part,
l’attention qui s’est distanciée peut se recoller sur un objet, un
peu comme si la vitalité un instant suspendue venait s’engouffrer
en excès, témoignant d’une résonance
entre un objet
et une configuration intérieure ; c’est le geste du
contempler ;
d’autre part,
l’attention qui s’est décollée de l’immédiat peut en profiter pour
tenir ensemble dans son champ deux (ou plusieurs) objets de
perception et reconnaître alors — et construire — une ressemblance,
ou différence, entre les objets, au prix d’une abstraction,
d’une réduction
de
ce qui est perçu à cela même qui soutient la reconnaissance de la
dite similarité, ou différence ; c’est le geste du
comparer.
Le
contempler
est
un relâchement de la tension de distanciation dans un
être
avec ; il y a dans ce
geste un excès : l’attention se colle à son objet plus que
nécessaire, plus que s’il n’y avait pas eu de distanciation ;
le contempler
exalte une
singularité en ignorant les similarités qui pourraient rendre
caduque cette exaltation.
Le
comparer
est
une résolution provisoire de la tension de distanciation à travers
une construction ; il y a dans ce geste une réduction, un
manque : l’attention distanciée d’avec l’objet manque à le
retrouver, elle le réduit à ce qui soutient la construction qui
établit une comparaison ; et elle engendre une acquisition,
un avoir ;
celui de la connaissance de la similarité, ou de la différence,
reconnue (et construite) ; le comparer
reconnaît et
construit des similarités et des différences en marginalisant
drastiquement, et en général à son insu, les singularités du champ
de perception, du contenu de la conscience, qui ne viennent pas
soutenir cette construction.
Le
comparer
et
le contempler
ne
cessent de s’influencer mutuellement : les similarités
reconnues informent et changent les résonances éprouvées ; les
résonances éprouvées invitent de nouvelles similarités à être
reconnues. Chaque mouvement de l’attention procède de la
bifurcation ; et chaque culture, chaque personne, tisse comme
elle peut, à partir de la configuration de l’espace de
distanciation dont elle hérite, et
avec
les deux brins toujours disponibles, en principe, du
contempler
et
du comparer,
sa
propre tresse, qui relie la modalité de son attention présente à
l’immémoriale immédiateté de sa participation
cosmique.
Où
l’on précise les attributs de la bifurcation et où l’on évoque très
schématiquement ses manifestations dans l’histoire
humaine.
Le contempler
a
une tendance naturelle à s’alourdir en fascination et à réclamer
d’être honoré et magnifié par une construction mythique. Le
comparer
inaugure la
possibilité de calculer, de combiner, de théoriser, d’agir en
fonction d’un projet. Le contempler
est
à la source du sentiment de l’un, de l’éternité, du temps cyclique,
et du développement de communautés fondées sur la communion et
l’appropriation collective d’un mythos.
Le comparer
génère
l’impression du multiple, et du progrès dans le temps ; il est
le fondement du logos
et
des communautés unies par des contrats. La joie, la communion, la
compassion, la patience, la plénitude et la grâce sont les grâces
du contempler ;
la
passivité, la fascination, l’exaltation, le sacrifice sont
ses pathos.
L’objectivité, l’organisation, la compréhension sont les fruits
du comparer ;
la
peur, l’avidité, la rivalité, l’impatience, l’accumulation sont
ses pathos.
Tous les
agencements humains , collectifs ou personnels, peuvent être
regardés, du moins en ce qui concerne la modalité de l’attention
qui les caractérisent, comme des sillons creusés dans l’espace de
la distanciation par les nouages pulsatoires du comparer
et
du contempler.
Si l’on devait se représenter la bifurcation
entre le
contempler
et
le comparer,
il ne s’agirait sûrement pas d’une patte d’oie, mais d’une forme et
d’un mouvement intrinsèquement dissymétriques : quelque chose
qui était une seule chose et qui se met, d’une part, à enfler et,
d’autre part, à se détacher d’elle-même ; la part qui enfle ne
cesse d’enfler encore jusqu'à ce qu’elle se résolve à bifurquer,
victime de son excès (ou de sa curiosité à sortir d’elle-même) ; la
part qui se détache ne cesse de tenter de rejoindre le tronc enflé,
mais elle s’y refuse tant qu’elle peut ; elle résiste, et se
perpétue, en engendrant sans cesse de nouvelles
bifurcations.
D’un côté,
l’attention, qui originellement colle à l’immédiat, continue d’y
coller, encore plus, surinvestie de la part de la vitalité
momentanément (ou potentiellement) suspendue par la
distanciation ; d’un autre côté, l’attention se détache de
l’immédiat et, suscitant ainsi une tension qui ne demande à la fois
qu’à se résorber et à se renouveler , inaugure des constructions
sans cesse menacées par la tentation du contempler
et
préservant l’écart distanciateur, à condition de se déployer sans
relâche selon son propre mode ; un sillon du
comparer
se
creuse par l’effort de l’attention à refuser la tentation du
contempler ;
mais en vain : le contempler
n’est jamais
vaincu, la bifurcation continue d’informer chaque mouvement de
l’attention ; et à l’inverse, le contempler
ne
peut durablement échapper à sa mise en cause — amicale ou violente
— par le comparer.
La sève de
l’attention distanciée ne parvient pas à se contenter du
contempler ;
elle
déborde dans le comparer,
pleine de
regrets et d’espoirs,
toujours
souhaitant et redoutant d’être réabsorbée dans le
contempler.
Il
n’en reste pas moins que certains nouages sont fortement informés
par le comparer
et
que d’autres sont profondément ancrés dans le contempler.
« [Il y a] des êtres dont la qualité est de reposer si
constamment en eux-mêmes, dans une disposition harmonique de toutes
leurs facultés, qu’ils répugnent à toute activité se proposant
quelque but. Ils ressemblent à une musique uniquement composée
d’accord longuement tenus, sans que s’y montre jamais ne serait-ce
que l’amorce d’une mélodie lestement articulée. Tout mouvement venu
du dehors ne sert qu’à redonner aussitôt à la barque un nouvel
équilibre sur le lac de la consonance harmonique . Les hommes
modernes sont d’habitudes pris d’une impatience extrême quand ils
rencontrent de ces natures qui ignorent tout devenir,
sans que l’on puisse dire qu’elles ne sont
rien. Mais, dans
certains états d’âme, on sent monter à leur vue cette insolite
question : À quoi bon une mélodie, après tout ? Pourquoi
ne nous suffit-il pas que la vie se reflète calmement dans un lac
profond ? » Nietzsche (Humain, trop
humain).
Le langage lui-même, en particulier, procède d’un nouage intime
entre le contempler
et
le comparer :
lorsqu’un
enfant, par exemple, s’approprie le mot eau, on peut supposer qu’il
y a une concomitance jubilatoire entre un
être
avec
une
vibration sonore, un être
avec une expérience
« aqueuse », la reconnaissance d’une similarité
avec
d’autres expériences « aqueuses », et quelque chose de
l’ordre d’une conviction intime d’une similarité
entre sa propre
expérience d’adéquation sémantique et celle
d’autrui.
Un mot est
entendu poétiquement
si
le contempler
est
informé par le comparer
mais
ne se laisse pas subjuguer par lui : si l’attention reste
ancrée dans l’être
avec une résonance,
et se désintéresse de la reconnaissance, de l’acquisition
proprement dite des similarités qui ont informé la résonance. Un
mot est entendu prosaïquement
si
le comparer,
l’acquisition des similarités reconnues, est plus important que
l’être
avec la vibration
éprouvée.
Le contempler,
dans son aspiration à renoncer à toute acquisition,
à
mettre la distanciation au service de l’immédiateté, peut aboutir à
l’extase mystique, au rayonnement de la grâce ; mais il ne peut
échapper définitivement au comparer
, à
l’histoire de la distanciation : les mystiques finissent par
s’exprimer, et leurs paroles sont loin d’échapper entièrement au
contexte culturel d’où elles émergent, et elles seront, sans doute,
commentées et comparées, tout autant que contemplées ; ainsi,
l’expérience de la grâce, de l’extase, loin d’être un point final
dans l’histoire de la distanciation est un point initial, le
commencement de nouveaux sillons.
Le
comparer,
dans son avidité à réduire, à abstraire, à construire, en est venu
à concevoir les nombres, et à déployer l’invention mathématique et
son langage, dans lequel les mots sont comme revêtus d’un costume
pour les protéger des affects, les empêcher de coller à des
situations éprouvées et les rendre ainsi entièrement disponibles à
l’aventure combinatoire, au jeu du comparer ;
mais le contempler,
forcément,
trouve le moyen de se faufiler sous les masques des mots costumés,
et de leur permettre d’entrer en résonance avec des choses
éprouvées.
Ainsi la mystique et la mathématique sont-elles comme en
miroir : chacune est fascinée par l’un des deux gestes
primordiaux, au point d’aller jusqu’à croire, dans ce qui devient
alors une sorte de folie, qu’elle a définitivement annihilé l’autre
geste. Mais la mystique se manifeste en plénitudes individuelles
renouvelées ; c’est dans la nature du contempler ;
et la mathématique se déploie en incomplétude, et en accumulation
collective ; c’est dans la nature du comparer.
En fait, tous
les nouages qui s’effectuent dans l’espace de la distanciation,
toutes les pulsations distanciatrices qui vibrent dans le temps de
l’humanisation (« humanisation » dans les deux sens du terme :
phylogénique et ontogénique), le font au travers d’innombrables
fécondations mutuelles, par des tissages , par des montages entre
les deux gestes primordiaux ; il y a des fécondations intimes
et fertiles, sources de joie, il y a des tissages plus ou moins
grossiers — et plus ou moins efficaces à satisfaire les besoins
humains — et il y a des montages pervers, aux effets
calamiteux.
Le
contempler
et
le comparer
peuvent être
fertiles dans leur fécondation (comme dans le cas du sentiment
esthétique ), ou efficients à se limiter l’un l’autre dans leurs
excès ; mais ils peuvent aussi se renforcer mutuellement dans
leurs pathos :
les nouages les plus calamiteux s’appuient sur un mélange grossier
de mythes exaltés et de calculs froids.
Dieux
et
nombres
peuvent être
regardé comme des manifestations (déjà très élaborées) de chacun
des deux gestes primordiaux, comme des sillons creusés dans
l’espace de la distanciation respectivement par l’essence du
contempler
et
par l’élan du comparer.
Notons avec
intérêt qu’au moment de l’apparition de la philosophie en Grèce
antique, le basculement du mythos
vers
le logos
—
d’un nouage ancré dans le contempler
vers
un nouage informé par le comparer
—
s’est accompagné d’un mouvement en quelque sorte inverse : une
divinisation des nombres (école pythagoricienne) : le
comparer
défaisait un
vieux sillon du contempler
et
commençait à creuser le sien, mais le contempler
ne
tardait pas à s’y réintroduire.
Où
l’on critique la modernité à la lumière des notions
précédentes.
En général, le contempler
et
le comparer,
surtout s’ils campent dans des sillons, ou des tranchées érodées et
durcies, se regardent en chiens de faïence ; ou plutôt, car il
y a bien sûr dissymétrie, le comparer
regarde
le contempler
de
haut,
ne voyant que ses excès, jugeant illusoires et dangereux les mythes
qu’il nourrit, et affligeante l’indolence qu’il peut
engendrer ; le comparer
se
croit le seul à manifester l’aptitude à la distanciation, et donc
le seul à porter véritablement la dignité de l’humain ; de son
côté, le contempler
regarde
le comparer
de
loin,
sachant bien tout ce que le comparer
perd
à son insu dans le geste d’abstraction, de réduction, et toute la
naïveté, l’arrogance et le danger d’investir principalement son
attention dans l’agilité combinatoire, de manipuler des similarités
reconnues, de mettre en œuvre des projets à partir de régularités
modélisées. Et ainsi, chacun en dénigrant l’autre se conforte-t-il
dans son bon droit de perpétuer des sillons univoques, chacun
continue d’ignorer superbement qu’aucun des deux gestes ne peut
être durablement refoulé, et que c’est précisément l’univocité des
sillons qui génère les pathos.
En particulier,
la modernité a déployé un nouage très spécifique, fortement informé
par le comparer
et
crispé sur un refoulement, sur une dénégation du
contempler ;
et elle prétend (ou a prétendu) que ce nouage avait une valeur et
une vocation universelles ; cette prétention est une
imposture, puisque le nouage est très
spécifique.
La science, en
particulier, confond, avec plus ou moins de bonne foi, ce qu’il y a
d’universel dans sa méthode, avec quelque chose qui pourrait être
susceptible de fonder une culture
universelle ;
or, cela, elle ne le pourra sûrement jamais, puisqu’elle repose sur
le déploiement systématique du Comparer,
sur un choix irrévocable à ignorer le Contempler
autant qu’elle
le peut ; une culture universelle devrait évidemment honorer
les deux modalités primordiales de l’attention humaine ; cette
prétention illégitime l’amène non seulement à poursuivre le
déploiement exacerbé du comparer
— ce
qui ne serait peut-être pas néfaste si cela était reconnu comme tel
— mais aussi, et cela est tragique, à induire une dénégation
massive du contempler,
sans doute, afin de perpétuer son illusion universaliste ;
mais le contempler
ne
peut disparaître ; simplement, plus il est refoulé, dénié, et
plus il se manifeste sous des formes pathologiques. Et le
déploiement univoque du comparer
a en
lui-même d’innombrables conséquences délétères.
La
fuite en avant dans le déploiement frénétique du
comparer
ne
pourra jamais assouvir le besoin de réhabilitation du
contempler ;
l’universalité est impossible, sauf à reconnaître l’inéluctable
intrication des deux gestes dans le déploiement de l’aptitude à la
distanciation. Examiner le contempler
à
partir d’un nouage crispé sur le comparer
ne
peut lui rendre justice ; seul la réhabilitation en acte de ce
geste pourrait contribuer à manifester les prémisses d’une culture
véritablement universelle : un libre jeu de la rencontre et de
la fécondation de divers nouages dont aucun ne prétendrait plus à
l’universalité.
« (...)
[les choses] se rendent mutuellement justice et réparent leurs
injustices selon l’ordre du temps. » Anaximandre (610-547 av.
J.-C.)(*)
Conclusion :
prolégomènes à de nouvelles modalités de
l’attention.
L’aventure humaine est l’apprivoisement héroïque de l’aptitude à la
distanciation, l’expérimentation hasardeuse de ses deux gestes
primordiaux ; du moins proposé-je, à ceux qui ont le privilège
d’en avoir la disponibilité, et qui en aurait la curiosité, de la
contempler ainsi ; et de regarder le mal
comme l’effet de
nouages dramatiquement maladroits entre les deux gestes :
ignorance ou dénégation de l’un des deux, renforcement mutuel de
leurs pathos, enfoncement dans des sillons éculés et morbides, ou
encore tentative imprudente d’en faire brutalement table
rase.
Et peut-être
cette contemplation pourrait-elle inciter à poser dans le mouvement
même de l’attention des actes audacieux et libérateurs, quoique
subtils : se réapproprier l’aptitude à la distanciation non
différenciée, en deçà même de la bifurcation, redécouvrir ce
jeu
spécifiquement
humain entre la conscience et la nécessité, et, à partir d’un tel
point nodal de renouvellement, de réconciliation, assumer sans
équivoque l’inéluctable intrication des deux gestes primordiaux et
poursuivre le déploiement de nouages inédits, manifestation d’un
équilibre vivant, d’une rencontre intime continuellement réinventée
entre le contempler
et
le comparer,
faisant en sorte que les deux gestes se fécondent l’un l’autre, se
protègent mutuellement de leurs pathos, et commencent, ou
recommencent, à se mettre au service d’une expression bienfaisante
de la puissance vitale.
[L’écriture de
ce texte ne peut sans doute échapper à la question de sa propre
position quant à la polarité contempler-comparer :
elle se situe délibérément du coté du comparer,
quoique nourrie
d’une certaine expérience du contempler,
et
souhaitant ne pas exclure une éventuelle lecture poétique. Je
remercie René Guitart pour un dialogue fructueux qui m’a stimulé
dans la réflexion et le désir d’écrire.]
(*) La citation
complète d’Anaximandre est comme suit :
« L’illimité
est le principe des choses qui sont. Ce dont la génération procède
pour les choses qui sont, est aussi ce vers quoi elles retournent
sous l’effet de la corruption, selon la nécessité ; car elles se
rendent mutuellement justice et réparent leurs injustices selon
l’ordre du temps. » Les
écoles
présocratiques,
édition établie par Jean Paul Dumont, Folio-essais,
p.47.
Légendes
(deux dessins à
disposer côte-à-côte)
Figure
1.
À
droite : dessin de l’auteur obtenu sur ordinateur en utilisant
un algorithme itératif.
À
gauche : dessin de l’auteur réalisé à main levé, en se
laissant librement inspirer par une contemplation du dessin
précédent.
Figur
2.
À
droite : dessin de l’auteur obtenu sur ordinateur en utilisant
un algorithme itératif.
À
gauche : dessin de l’auteur réalisé à main levé, en se
laissant librement inspirer par une contemplation du dessin
précédent.