Attention : chimique !
Plaidoyer pour une autocritique de la communication de la
chimie
Richard-Emmanuel
Eastes
« Savons
100 % naturels, sans colorant chimique ni
conservateur ! » annonce ce fabricant [1] ;
« L’usine chimique dont les solvants avaient empoisonné une
rivière d’Indre-et-Loire, en 1988, n’a pas retenu la leçon… »
informe ce magazine [2] ; « Ecotoxicité des substances
chimiques » titre ce site de l’Éducation nationale [3] ;
« Pollution chimique : trois millions de morts chaque
année ! » alerte ce guide santé [4]…
Sans même
considérer les sites des associations écologistes, une recherche
des occurrences du mot « chimique » sur le web
non-scientifique montre que, d’une part, il n’est quasiment jamais
employé dans un sens favorable et que, d’autre part, sa
signification est souvent éloignée de celle que lui donnent les
chimistes eux-mêmes. Dans le langage courant, ce qui est chimique
est en général connoté négativement : au mieux, c’est
anti-naturel et au pire, une source de dangers pour la santé et
l’environnement.
Figure 1. Sac de
caisse distribué par une chaîne de supermarchés suisse promouvant
le label biologique Naturaplan.
C’est d’ailleurs
les deux sens principaux qu’il convient de distinguer dans la
perception de ce terme par nos concitoyens :
« chimique » contient à la fois l’idée
d’artifice
(Bernadette
Bensaude-Vincent parlera de factice)
et l’idée de risque.
Ces deux conceptions se mêlant généralement pour conduire à une
vision simpliste, qui revient à donner à l’acception courante du
mot chimique le sens
de : c’est artificiel, donc potentiellement
malsain.
Les chimistes ont en général conscience de cette dificulté. Mais là
où ils se trompent peut-être, c’est lorsqu’ils croient percevoir
simultanément une critique ou un rejet général de la chimie, voire
de la communauté des chimistes tout entière (et donc de leur
intégrité). Car, comme le fait remarquer le didacticien de la
chimie, Roger Barlet, avec une grande pertinence [6], les termes
chimie et chimiste ne souffrent pas, dans la perception courante de
cette discipline, des mêmes a priori que leur cousin
chimique.
La
raison nous en semble relativement simple : les deux premiers
termes sont nettement moins ambigus que le troisième. La chimie,
bien qu’à la fois science de la nature et industrie, tout autant
descriptive de phénomènes naturels que productrice d’objets
artificiels, est avant tout une activité humaine bien
identifiée : celle qui a trait à l’étude et à l’exploitation
de la structure, des propriétés, de la réactivité et des
transformations de la matière. Le chimiste, quant à lui, est
identifié avec encore moins d’ambivalence, tout simplement comme
celui qui pratique la chimie, qu’il soit enseignant-chercheur ou
industriel.
Hélas,
le mot « chimique » est nettement plus difficile à
définir et à cerner dans ses multiples sens… Chimique, qualifie,
sans aucun doute, les produits et les objets de la chimie ;
mais désigne-t-il également ce qu’elle se contente de
décrire ? Certes le concept de molécule relève indéniablement
de la chimie ; mais la molécule d’eau, qui n’a pas attendu les
chimistes pour exister, peut-elle sans hésitation être qualifiée de
chimique ?
Là
pourrait bien résider la clé du problème. Car, comme tout concept
multiforme, l’adjectif chimique est sujet à des interprétations
maladroites et fallacieuses, au point même d’en devenir flou dans
certaines situations. Or, les chimistes eux-mêmes pourraient bien
porter la responsabilité de sa fatale ambiguïté…
Ce que les gens disent et ce que les chimistes
entendent
« Chimique = artificiel, donc potentiellement
malsain » : il convient ici de ne pas négliger
l’importance du mot « potentiellement ». Car les
détracteurs du chimique acceptent souvent bien volontiers de se
soigner à l’aide de médicaments ou d’utiliser des objets qui
contiennent des matières plastiques. Ce qui est en cause ici n’est
pas nécessairement de l’ordre du rationnel (et cela complique
encore la tâche des chimistes, rompus à l’objectivité et à la
logique scientifiques) : ce sont essentiellement des
valeurs
et
des peurs.
Des valeurs, au
sens où si l’on accepte d’ingérer des substances synthétisées et
purifiées dans des réacteurs d’usines quand l’objectif est de se
soigner ou de faire son ménage, on ne l’accepte plus nécessairement
au moment de choisir les ingrédients que l’on destine à nos petits
plats, l’alimentation revêtant un caractère sacré qui ne concerne
pas la pharmacopée ou les produits d’entretien. Des
peurs,
car si le fumeur accepte les risques bien identifiés liés au tabac,
il n’est pas nécessairement prêt à assumer ceux, peut-être moins
importants et bien moins établis, mais largement plus inquiétants
car justement incertains, que présentent la combustion des pcb,
l’exposition aux éthers de glycol [7] ou l’utilisation extensive
d’herbicides à la nocivité mal contrôlée [8].
Est-il
en outre nécessaire de rappeler ici le caractère de plus en plus
artificiel du monde dans lequel nous vivons ? Entraînés dans
une révolution éthique permanente par la bionique et la
bioinformatique, la peau et le sang synthétiques, le clonage ou les
ogm, nos habitudes et nos paradigmes sont constamment bouleversés
par les innovations techniques et leurs effets pervers, possibles
ou avérés. Dans un tel contexte, les peurs sanitaires et
environnementales, tout comme le renouveau de certaines valeurs
naturalistes, ne sont finalement que très
légitimes.
Figure 2. Sac de
caisse distribué par une chaîne de supermarchés suisse promouvant
le label biologique Naturaplan.
Or, que
percevons-nous lorsque nous entendons « Attention, c’est
chimique » ? Généralement pas ces peurs et ces valeurs.
Au contraire, faute d’avoir pris conscience des nuances de sens que
portent les termes « chimique » et « chimie »
dans leur perception collective, nostalgique d’un âge d’or où la
chimie n’avait qu’une image de science salvatrice et noble, nous y
voyons une attaque en règle de notre activité ; une attaque
irrationnelle et injuste, nous qui œuvrons justement
quotidiennement pour l’amélioration des conditions de vie de
l’humanité.
Nous
évoquerons plus loin comment il conviendrait de réagir. Mais
commençons par analyser de quelle manière nous le faisons
généralement et profitons-en pour nous instruire sur notre propre
perception de la chimie…
« Tout est chimique ! »
La première réponse observée chez les chimistes consiste à répondre
raisonnablement en deux temps à la confusion « chimique =
toxique » évoquée plus haut. Tout d’abord en faisant remarquer
à leurs interlocuteurs qu’ils emploient maladroitement le
mot chimique
au
sens de synthétique,
puis en leur expliquant :
—
que les substances synthétiques n’ont aucune raison d’être plus
toxiques que les substances naturelles ;
—
pour
preuve, on peut, par exemple, reproduire par synthèse et de manière
très contrôlée, des substances naturelles totalement
inoffensives.
Malheureusement,
si l’acceptation de la première affirmation dépend à cent pour cent
de la crédibilité de celui qui l’énonce, la deuxième est beaucoup
moins percutante pour le profane que pour le chimiste. Car si ce
dernier, en parfait spécialiste de la structure de la matière,
n’émet aucun doute sur l’identité (au sens d’identique) des
molécules naturelles et synthétisées, il n’en est pas
nécessairement de même du profane qui, sans être animiste pour
autant, est en droit de se demander si la matière n’a pas perdu
quelque chose dans ce passage du naturel à l’artificiel. Car contre
les valeurs les mieux ancrées, l’argumentation rationnelle est bien
souvent fort impuissante.
Et
d’ailleurs, les effets isotopiques, qui s’exercent de manières
différentes dans les processus biochimiques et dans les mécanismes
des voies de synthèse, ne conduisent-ils pas à des compositions
isotopiques différentes dans les substances naturelles et
synthétiques ? Certes, elles sont insignifiantes au niveau de
leurs propriétés, mais cette simple remarque permet de prendre
conscience du fait que la question n’est pas si simple… et que
l’acceptation de la réponse repose à nouveau sur la crédibilité de
celui qui l’énonce.
Figure 3. Eau
bénite et H2O :
deux conceptions de l’eau incommensurables.
Face à la
difficulté de convaincre à l’aide de ces deux seuls arguments,
advient souvent ce que j’appellerais un premier dérapage. Car il
est alors aisé, pour le chimiste désireux d’appuyer son point de
vue, d’ajouter :
— qu’il existe des
substances naturelles extrêmement toxiques (composants du curare,
toxine botulinique, digitaline…) ;
— que les
substances naturelles sont souvent non purifiées, c’est-à-dire non
contrôlées, contrairement aux substances
synthétiques.
Certes,
personne n’en doutera. Mais répondre ainsi à côté de la question,
c’est déjà faire preuve d’un certain manque d’honnêteté, puisque
ces arguments reviennent à cacher la toxicité de certaines
molécules de synthèse par l’évocation de la dangerosité de leurs
cousines naturelles.
En outre, tout
interlocuteur convaincu et un peu sensé aura beau jeu de répondre
que, si des millénaires de pratiques ont permis d’apprendre à
connaître et à gérer les substances naturelles dangereuses, il est
impossible d’en dire autant pour les milliers de substances
nouvelles élaborées chaque année dans les laboratoires de chimie et
introduites dans notre quotidien après seulement quelques mois de
tests épidémiologiques. Ajoutons que ses inquiétudes animistes ne
seront pas dissipées par le deuxième argument, auquel on pourra
répondre qu’une substance naturelle non purifiée sera peut-être
plus proche des besoins de l’organisme. Ne préfère-t-on pas le
sucre roux au sucre blanc ou le sel de Guérande au chlorure de
sodium pur ?
Face à ce
constat d’impuissance, qu’entend-on alors apparaître ?
L’argument choc, le parangon de la communication de la chimie,
l’imparable : « La chimie est partout ! Tout est
chimique ! L’air, l’eau et les mécanismes biologiques qui
gouvernent la vie ; je suis chimique, vous êtes
chimique. ». Sous-entendu : « Si nous deux, l’air et
l’eau, sommes chimiques, alors ce qui est chimique ne peut être
mauvais… »
Exemple :
« Tout ce qu’on trouve dans le monde physique qui nous entoure
est fait de produits chimiques. Le sol sur lequel nous marchons,
l’air que nous respirons, la nourriture que nous mangeons, les
voitures que nous conduisons et les maisons dans lesquelles nous
vivons sont tous faits de divers produits chimiques. Les organismes
vivants tels que les plantes, les animaux et les êtres humains sont
également faits de produits chimiques », indique ce site
canadien d’hygiène et de sécurité au travail
[9].
L’argument frise
la mauvaise foi… Car si dans une certaine mesure, la chimie est
partout (au sens où ses productions nous entourent et nous rendent
d’immenses services dans notre vie occidentale de tous les jours),
dire que je suis chimique, pour sous-entendre que la chimie ne peut
pas être mauvaise, est non seulement trompeur, mais également faux
du point de vue de la logique la plus élémentaire.
Bien plus :
si l’argument a toutes les chances de ne pas convaincre car il
esquive à nouveau la vraie question des peurs et des valeurs
évoquée ci-dessus, il risque, en outre , d’induire une idée
fausse des plus préjudiciables à la chimie
elle-même.
« Tout »
est chimique ?
Tout. Ainsi
donc, forcément, la pollution est chimique, d’où qu’elle vienne. Et
avec elle le pétrole, les poisons, les émanations des
incinérateurs, les déchets plastiques, les oxydes d’azote émis par
les voitures, si ce n’est même par les volcans, les toxines de la
cigarette. Difficile à croire ? Certes, mais davantage
lorsque, durant un cours sur les méfaits du tabac, à l’évocation
des substances contenues dans la fumée de cigarette, des enfants
vous demandent avec des yeux ronds d’étonnement : « Mais
pourquoi est-ce « qu’ils » les ont mis
dedans ? »
Je
retournerai la question et la poserai en ce sens : comment les
chimistes ont-ils pu si mal communiquer que les enfants croient à
présent qu’ils ont mis du benzène, du mercure et des cyanures dans
les cigarettes ? Peut-être en répétant à qui voulait
l’entendre que tout était chimique…
Et s’il est un
message qu’ils ont réussi à faire passer, c’est bien celui que la
chimie était partout, à tel point que dans l’inconscient collectif,
elle se retrouve à présent là ou, justement, elle ne devrait pas
être. Car évidemment, dans tous les exemples cités ci-dessus, c’est
l’usage fait des produits manufacturés qui est en cause, non leur
conception elle-même. Quand il ne s’agit pas tout simplement de cas
que la chimie a contribué à expliciter et à élucider, comme
l’illustre l’exemple de la toxicité de la
cigarette.
Bien
entendu, on ne peut plus se contenter de cette réponse et les
industriels qui lancent de nouveaux produits sur le marché sont
aujourd’hui tenus de réfléchir à la fois au devenir de leurs
productions et aux dérives potentielles des utilisations qui en
sont faites. Mais sous cet angle, l’industrie chimique n’est pas
dans une position différente de celles de l’agriculture intensive
ou des télécommunications, face respectivement aux questions
soulevées par l’élimination du lisier des porcs et le contrôle de
la nocivité des ondes électromagnétiques. Le problème devient une
question de société, au nom de laquelle tous les acteurs, du
producteur au consommateur, doivent s’unir pour trouver des
solutions durables.
L’Appel de Paris
et la procédure Reach
Si tout est chimique, ne nous étonnons pas, alors, de l’émergence
de manifestations apparemment hostiles à notre discipline, telles
que la récente initiative de l’Artac [11]. En dénonçant un contrôle
insuffisant des nouvelles substances mises sur le marché et en leur
attribuant entre autres la responsabilité de l’augmentation des
cancers infantiles, l’Appel de Paris déclenche
les foudres et les atermoiements des chimistes, convaincus de leur
côté de leur bon droit. Pourtant, les éminents signataires de cette
pétition (parfois membres de l’Académie des sciences) ne se font
que l’écho des peurs d’une partie du public et des valeurs qu’elle
défend. Et pas nécessairement celui des partisans de la
deep
ecology, des
soixante-huitards éleveurs de chèvres du Larzac et autres
éco-intégristes.
Figure 4.
Chimie : un visage rassurant pour les uns, inquiétant pour les
autres.
À ce titre, il est condescendant, et sans doute vain, de leur
opposer des fables catastrophistes décrivant soit des mondes
moyenâgeux où la chimie n’existerait pas, soit des sociétés soudain
en panne car les chimistes se seraient mis en grève pour ne pas
être chimistes, ils n’en sont pas pour autant ignorants des progrès
que nos sociétés doivent à la chimie.
En
revanche, ils ont alors beau jeu de reprendre à leur compte, à
l’envers cette fois, les arguments des prosélytes de la chimie, en
dénonçant : « Méfiez-vous, la chimie est
partout. »
Ne
nous trompons donc pas de combat. Comme l’évoque notre collègue
Paul Rigny [12], ce qui est remis en cause, c’est davantage
l’organisation des sociétés modernes, contre laquelle lutte une
partie grandissante de la population au sein de courants en
structuration constante, que la chimie qui, en l’occurrence, doit
voir plus loin que simplement midi à sa porte. À ce propos, les
industriels qui, de manière relativement compréhensible,
s’insurgent maladroitement contre la procédure Reach [13, 14] au
nom de leurs intérêts économiques, confortent seulement la
perception par le public d’une gestion du risque chimique qui
serait essentiellement gouvernée par la recherche du profit.
Bernadette Bensaude-Vincent soutient ces points de vue en
précisant :
« La
dichotomie « chimique ou naturel » […] ne procède pas de
l’ignorance ou de la crédulité d’un public assez ingrat pour rester
aveugle à tout ce qu’il doit à la chimie. Elle repose sur un trait
historique de l’industrie chimique, à savoir son développement dans
le contexte d’une économie visant la production de masse et la
société de consommation. […] C’est moins la chimie elle-même qui
est en cause que le système économique et social dans lequel elle
s’est développée. » [5]
Hélas, tous ces
éléments ont vigoureusement fait converger le débat vers
l’impasse : les partisans d’un monde plus humain s’appuient
sur la dénonciation des pollutions chimiques pour fustiger une
forme de dérégulation marchande et une course aux innovations
qu’ils estiment imprudente, les chimistes prennent leurs critiques
au pied de la lettre et s’enlisent dans une défense de la chimie
qui les décrédibilise et les isole toujours un peu plus ; les
premiers font alors fi de l’expertise des chimistes, qu’ils jugent
corrompue et partisane, ce qui entraîne les seconds à user
d’arguments non seulement inopérants, mais propres à peu à peu
opacifier le débat...
C’est
pourquoi nous proposons, pour éviter que soit qualifié de chimique
ce qui ne l’est pas, de commencer par mener nous-mêmes une
réflexion sur la question. Non pas seulement sur les formules
utilisées, la question n’étant pas que rhétorique ; mais sur
nos propres valeurs et sur ce que nous voulons réellement dire aux
gens en leur lançant maladroitement : « La chimie est
partout, pour votre plus grand bien. »
Sortir de l’impasse…
Chacun des
points évoqués dans ce qui précède permet d’imaginer des solutions
pour mieux communiquer autour de la chimie, et nous proposons de
regrouper ces dernières en cinq grandes catégories :
éducation, concertation, collaboration, information et
communication.
L’éducation :
une démarche très insuffisante
C’est presque un
truisme, bien des peurs du public relèvent d’un manque de
connaissance des ordres de grandeurs, de la signification des
normes ou des notions de dose, d’exposition et de toxicité, voire
des procédures industrielles de synthèse et de contrôle. Un effort
pédagogique constant est donc nécessaire sur ce plan pour que les
bases de discussion soient assainies. Par ailleurs, des
éclaircissements autour de l’opposition classique entre synthétique
et naturel ne sont certainement pas inutiles pour faciliter la
clarification des valeurs. Ces points sont en général bien perçus
– quoique mal gérés, comme nous l’avons expliqué plus
haut – par notre communauté, aussi n’est-il pas nécessaire de
s’y attarder davantage.
Toutefois,
se contenter d’actions éducatives reviendrait à demeurer cantonnés
dans un mode de communication simpliste inspiré de ce que le
sociologue Michel Callon nomme le « modèle de l’instruction
publique » [15] ou « modèle de la guerre froide »
[16]. Dans ce modèle, en effet, la tâche prioritaire et principale
est l’éducation d’un public atteint d’illettrisme
scientifique :
« Le modèle
de l’instruction publique repose sur l’irréductible opposition
entre connaissances scientifiques et croyances populaires. Aucune
discussion n’est possible avant que les superstitions, ces supposés
poisons de la démocratie, n’aient été éradiquées : l’ouverture
du débat politique est tout entière suspendue aux résultats du
contrôle préalable des connaissances ».
Or,
comme nous l’avons montré plus haut, le débat se situant davantage
au niveau des peurs et des valeurs que des connaissances,
l’approche strictement éducative ne peut que s’avérer très
insuffisante.
La
concertation : un premier pas vers la compréhension
mutuelle
Pour regagner la confiance des citoyens et assouplir les
discussions polémiques, seule une certaine forme de
démocratie technique semble
aujourd’hui avoir quelque chance de succès. Michel Callon parle
alors d’un « modèle du débat public »
[15] :
« Dans
ce modèle, la lumière ne vient pas d’une science rayonnante et sûre
d’elle-même; elle naît de la confrontation de points de vue,
savoirs et jugements qui, séparés et distincts les uns des autres,
s’enrichissent mutuellement. Les acteurs, au lieu de se voir
imposer des comportements et une identité dans lesquels,
éventuellement, ils ne se reconnaissent pas, sont en position de
les négocier. »
Figure 5.
Concertation, coopération et communication : des compétences à
développer dès le plus jeune âge.
Séance d’accompagnement scientifique à l’école primaire de
l’Arbalète, Paris 5e.
Du point de vue
du chimiste, la première étape en est simplissime : pourquoi
ne pas commencer par écouter les peurs de nos interlocuteurs, par
les inciter à énoncer leurs valeurs, littéralement « ce à quoi
ils tiennent vraiment », en laissant dans nos laboratoires nos
certitudes et nos affirmations péremptoires ? Et tant qu’à
faire, pourquoi ne pas en profiter pour nous interroger sur ce à
quoi nous tenons nous-mêmes, dans une attitude d’ouverture
prospective et critique, plutôt que de défiance et de défense
corporatiste qui semble relever d’un autre
âge ?
Car la
complexité du monde moderne ne peut plus se satisfaire de réponses
disciplinaires. La science elle-même (et a fortiori la chimie)
n’est plus à même d’apporter seule les solutions aux problèmes qui
se posent. Ces derniers, et notamment ceux que soulève l’Artac,
relèvent en effet de manière très générale de ce que le sociologue
Bruno Latour désigne comme la « gestion collective des
nouveaux êtres » produits par l’activité scientifique, les
« êtres » désignant aussi bien les concepts théoriques
que les objets matériels.
Or
justement parce que ces « êtres » influencent tous les
aspects de la société, de nos vies quotidiennes aux grandes
décisions politiques, cette gestion ne saurait plus être confiée
aux seuls spécialistes de la chimie. Cette forme de prise de
décision implique par suite une participation de tous aux décisions
qui concernent la société et ses modes de consommation. Il est à ce
titre légitime qu’à la fois la classe politique et les associations
de consommateurs s’en emparent.
Aux chimistes la
responsabilité de ne pas s’en offusquer et de ne pas se sentir pour
autant exclus des débats.
Car
« ce qui
est mobilisé, dans ce cas, c’est [simplement] la compétence
irremplaçable qu’ont les non-spécialistes d’apprécier les enjeux
politiques, culturels et éthiques de certaines recherches »
(Callon, [15]).
Et cette
mobilisation n’est pas exclusive.
Les conférences de citoyens organisées au Danemark et en Suisse en
témoignent [18,
19] : les clés du succès du dialogue science-société et d’une
confiance réciproque retrouvée relèvent autant des initiatives de
concertation individuelles des chimistes avec les profanes, que des
volontés politiques exprimées par les communautés scientifiques et
industrielles d’inscrire leurs prises de décision dans un modèle du
débat public.
La
collaboration : un idéal à
rechercher
Bien entendu,
les efforts ne peuvent être attendus que d’un seul côté, et les
citoyens ont eux aussi des efforts à faire pour faciliter la
gestion objective et raisonnable des objets techniques. En
particulier, l’exemple des pollutions dues à l’utilisation des
productions de la chimie par la société permet de mettre le doigt
sur un point central : si les industriels ne peuvent plus
lancer sur le marché de nouvelles substances sans s’inquiéter de
leur devenir à long terme, ils ne peuvent pas non plus mener cette
tâche sans la collaboration de leurs utilisateurs. Pour illustrer
cette affirmation, il suffirait de citer le recyclage et le
retraitement des matières plastiques, impossible sans un tri
préalable des déchets organisé à deux niveaux : celui des
consommateurs et celui des municipalités. De même, sans une bonne
gestion des engrais et des pesticides de la part des agriculteurs
(et des jardiniers amateurs), les efforts des producteurs de
l’agrochimie pour endiguer la pollution des sols et des eaux seront
sans effet.
Ainsi les
solutions doivent être imaginées non seulement en concertation,
mais également mises en œuvre dans le cadre d’une collaboration
optimale. Au mieux, cette collaboration pourra être déclenchée au
moment même de la conception des objets techniques et des prises de
décision relatives à leur mise sur le marché ou à leur contrôle.
Cela conduit Michel Callon à proposer un troisième modèle, celui de
la « co-production des savoirs »
[15] :
« Le savoir
produit par les laboratoires est aussi crucial que dans les deux
premiers modèles, mais il est encadré, nourri par les actions des
profanes, vascularisé par le flux des connaissances et des
questions que ceux-ci élaborent. Ce que [le laboratoire] produit
est d’autant plus riche et plus pertinent que ces relations sont
étroites et constantes. Participant à l’action collective de
production, de dissémination de savoirs et de savoir-faire le
concernant, le profane ne vit pas ses relations avec les
spécialistes sur le mode de la confiance ou de la méfiance,
puisqu’il est de plain pied avec eux. Il ne se contente pas non
plus de revendiquer une identité qu’il estimerait menacée : il
participe à la construction d’une identité nouvelle, reconfigurée,
et qui lui donne accès à la reconnaissance
sociale. »
Non seulement à
la reconnaissance sociale, mais également à la confiance envers les
découvertes scientifiques et les innovations techniques, puisqu’il
y a lui-même contribué. Vision utopiste ? Dans certains
domaines comme la physique des particules, certes. Mais pas dans
celui des maladies auto-immunes, où les patients peuvent déjà
contribuer à accroître les connaissances des symptômes de manière
extraordinaire, ni dans celui de l’informatique libre, où les
logiciels sont améliorés en permanence par les utilisateurs, à la
fois opposés à l’hégémonie de Microsoft et conscients de l’intérêt
que peut représenter la collaboration avec les internautes de la
terre entière. Dans le domaine de la chimie, gageons, par exemple,
que les scientifiques sauraient tirer profit du dialogue avec la
société pour développer les nouveaux matériaux et, de manière plus
spécifique et plus sensible peut-être, les
nanotechnologies.
L’information :
une remise en cause des pratiques
habituelles
Pour qu’un
dialogue d’égal à égal soit possible, nul besoin en revanche pour
le profane d’apprendre à utiliser les modèles raffinés de la
chimie, ses langages et ses concepts. Les expériences de
conférences citoyennes déjà citées plus haut le montrent, il n’est
pas nécessaire de connaître parfaitement la nature d’un gène pour
pouvoir décider en son âme et conscience de l’intérêt de la
génomique. Nul besoin non plus, cela va sans dire, de connaître la
théorie des orbitales moléculaires pour comprendre les enjeux d’une
amélioration des procédures de mise sur le marché de substances
nouvelles.
Autrement
dit, il n’est pas nécessaire de devenir un spécialiste pour pouvoir
discuter des sujets qui nous concernent ; les spécialistes
sont là pour cela, justement. En revanche, s’il est une donnée
indispensable, c’est l’accès à une information claire et
précise.
Pourquoi ?
Parce que le risque n’est accepté que si celui qui le prend le
connaît, c’est-à-dire s’il peut décider en son âme et conscience
qu’il vaut la peine d’être pris. Ainsi, paradoxalement, le fumeur
n’attaquera pas sa marque de cigarettes en justice si elle a pris
la précaution d’écrire « Fumer tue » sur le paquet
qu’elle lui a vendu. Par contre, les procès qu’ont intentés les
fumeurs en France et aux États-Unis portaient non sur le danger que
présente la cigarette, mais justement sur l’absence d’informations
données aux fumeurs à ce sujet. Dans un éditorial récent, le site
drogue-danger-débat [20] explique notamment :
« Pour ne
pas s’être tenue à l’obligation qui lui est faite d’informer le
consommateur sur le produit qu’il utilise, la Seita est aujourd’hui
sur le banc des accusés. La Seita devait en effet informer le
consommateur de la dangerosité de la cigarette. Ce qu’elle ne fit
qu’à partir de 1976. »
Figure 6. La
cigarette : un concentré de produits chimiques.
Campagne de publicité anti-tabac, www.je
veuxlaverite.com,
2003.
Il n’est bien
sûr pas question d’apposer les formules « Fertiliser son
jardin tue » ou « Repeindre son appartement tue »
sur les récipients de pesticides ou les pots de peinture, si
l’innocuité de ces produits a été démontrée. Mais, rechigner à ce
que la chimie soit mise à l’épreuve à travers une procédure de
contrôle des substances qu’elle met sur le marché, c’est sans aucun
doute contribuer à laisser croire qu’elle a des choses à cacher.
Informer et accepter les contrôles et les mises en cause relèvent
donc d’une « bonne pratique » des relations
science-technologie-industrie-société.
La
communication : accepter les zones
d’ombre
Partis de l’éducation puis passés par la concertation, la
collaboration et l’information, nous en revenons donc à une
problématique de communication. À ce niveau, informer sur les
dangers réels des substances chimiques ne suffit pas et l’on ne
peut que blâmer la répugnance de certains d’entre nous à évoquer
catastrophes industrielles ou sanitaires, armes chimiques et
drogues. La blâmer autant que s’en étonner d’ailleurs. Car,
considérés dans le
cadre
des modes de
concertation et de collaboration évoqués plus haut, ces
événements relèvent
évidemment
de la
responsabilité commune de tous les acteurs, qu’ils soient
politiques, économiques ou sociaux ; la
chimie,
en
tant que telle, n’est alors mise en
cause que de manière
très relative.
En tout état de
cause, peut-on vraiment se contenter, comme on le voit souvent, de
communiquer sur les avantages de la chimie pour faire oublier ces
accidents ? Là n’est pas la vraie communication de la chimie,
qui passe au contraire par une analyse systémique de tous les
enjeux sociaux, éthiques, économiques et politiques, liés, de près
ou de loin, à la production et à l’utilisation de ses nouveaux
« êtres », pour revenir à la formule de Bruno
Latour.
À ce stade de la
réflexion, la formule magique « Moi, vous : tout est
chimique » apparaît à présent extrêmement pauvre et peu
pertinente au regard des véritables questions posées par le rapport
de la société avec la matière, avec les substances naturelles et
synthétiques. Pour autant, ne nous privons pas d’y réfléchir et
tentons, juste pour le plaisir, de déterminer…
Ce qui est chimique… et ce qui ne l’est peut-être
pas
Compte tenu des
arguments développés plus haut, nous proposons en premier lieu
d’adopter un point de vue simplement constructiviste, revenant à
dire que ne peuvent être qualifiés de chimiques que les objets
matériels et théoriques postérieurs à la naissance de la chimie.
Dans le cadre de cette définition, il convient de considérer la
chimie comme une activité humaine, dont les objectifs sont, d’une
part, la compréhension de la matière et de ses transformations, et,
d’autre part, l’utilisation de cette compréhension pour agir sur le
monde. En vue d’atteindre ces deux objectifs, la chimie produit des
théories, des concepts et des modèles, dont l’application permet
d’imaginer et de produire de nouvelles substances et de nouveaux
matériaux.
Ainsi, à moins
que mes artères ne soient en téflon, la tête de mon fémur en
zircone, mes dents en résine polymère à base de bisphénol-A, mon
cristallin en polyméthacrylate de méthyle et ma poitrine emplie de
gel de silicone (Dieu merci, je suis un homme), je ne suis en aucun
cas chimique car je n’ai pas besoin de la chimie pour exister en
tant que tel. Cela signifie que les transformations que subissent
les substances qui me composent naturellement ne sont pas
intrinsèquement
chimiques. Il en va de même pour la molécule d’ozone choisie au
hasard dans la stratosphère, le nuage de dioxyde de soufre et de
chlorure d’hydrogène qui s’échappe du volcan Pinatubo, ou l’adn des
cellules gliales de mon chat.
En revanche, et la nuance est fondamentale, le mécanisme du cycle
de Krebs est chimique, en tant qu’élaboration théorique
descriptive d’un
phénomène naturel. Le concept de molécule est chimique, comme la
théorie des orbitales moléculaires, les descripteurs de la
chiralité, le formalisme de l’équation-bilan. Le procédé de
synthèse du chlore et de la soude l’est également, comme toutes les
industries dont le rôle est de transformer la matière. Que
l’Union des industries
chimiques soit rassurée, elle n’aura pas besoin de changer de
nom...
Même
si elle prétend reproduire les propriétés de la matière, la
classification périodique est également chimique, en tant soit de
catégorisation, soit de produit de la théorie des orbitales
atomiques, selon la période de l’histoire depuis laquelle on la
considère. Et enfin, le polychlorure de vinyle, le paracétamol et
l’héroïne le sont évidemment, puisqu’on ne les trouve pas
originellement dans la nature.
Ainsi donc, une molécule d’eau interstellaire n’a de chimique que
la caractéristique d’avoir été conceptualisée par les chimistes.
Pour le reste, en tant que brique élémentaire de la matière, elle
est tout à fait naturelle. Pourtant, ce discours n’est pas le plus
habituel, et les chimistes ont malheureusement pris l’habitude de
qualifier de chimiques, non seulement les concepts et les modèles
de la chimie, mais également les objets que décrivent ces
modèles.
La confusion
n’est pas propre qu’à la chimie et elle reflète peut-être le
lointain héritage d’un certain Monsieur
Jourdain (Molière, 1670).
On peut ainsi voir des enseignants s’étonner, à juste titre,
d’apprendre, après trente ans de pratique intuitive de
l’enseignement, qu’ils pratiquent une pédagogie
socio-constructiviste. Ou des responsables de communication
aguerris se voir affirmer que leur approche est mémétique… Certes,
le modèle socio-constructiviste décrit particulièrement bien
l’apprentissage des élèves dans certaines situations, parmi
lesquelles, peut-être, le cours de tel enseignant ; certes, la
mémétique, en tant que théorie de la contagion des idées fondée sur
une analogie avec la sélection naturelle, est capable d’apporter un
éclairage sur les raisons du succès de tel mode de communication.
Mais on ne peut pour autant prétendre que l’enseignement et le mode
de communication en question sont socio-constructivistes ou
mémétiques. À moins, bien sûr, d’être des applications directes des
modèles des mêmes noms.
Nuances
conclusives
Il en va point par point de même pour la chimie. Même s’il est des
cas, c’est vrai, où la frontière n’est pas si nette, et c’est le
sort de toute tentative de rationalisation. Car si la molécule
d’eau évoquée ci-dessus n’est plus interstellaire, mais provient
cette fois de l’océan, si en outre, par le plus grand des hasards,
il s’agit de l’une de celles que Lavoisier synthétisa en 1783, elle
devient un produit de
la chimie, et à ce titre,
mérite le qualificatif de chimique !
Dont acte… De
même que les photons pourront indifféremment se manifester comme
des ondes et des corpuscules, les molécules d’eau pourront être
successivement chimiques et naturelles, selon leur origine. Grâce à
quoi les pollutions seront bien moins souvent chimiques qu’on ne
l’a fait croire en affirmant que tout,
des productions de la chimie aux objets qu’elle se contentait de
décrire, était chimique. Car si les frontières des tentatives
de rationalisation sont souvent floues, c’est également de ce flou
que peuvent émerger de nouvelles richesses.
Ainsi, toutes les productions de la chimie pourront-elles être
qualifiées de chimiques, même si les molécules correspondantes
existent par ailleurs dans la nature. Plus subtilement, une
substance purifiée, même si elle n’a pas été synthétisée, pourra
être qualifiée de chimique : le sel de Guérande sera naturel,
mais une fois recristallisé et conditionné pour une utilisation en
laboratoire, il sera devenu un produit chimique.
Qu’en est-il des
polluants urbains ? À nouveau la question est délicate, car
leur caractère polluant est autant lié à une utilisation
individuelle de véhicules et de systèmes de chauffage… qu’à la
fourniture par la pétrochimie de combustibles raffinés destinés à
être brûlés. Peut-être faudra-t-il alors s’autoriser à considérer
que, comme la molécule d’eau évoquée plus haut, les polluants
urbains ont une double nature : chimique et
citoyenne.
Ce dernier
exemple dérange. En matière de pollutions, la recherche d’un
qualificatif qui ne mette pas la chimie en cause est-elle la
question la plus urgente à résoudre ? Car finalement,
chimiques ou citoyennes, les pollutions les plus préoccupantes sont
d’abord et par-dessus tout anthropiques, c’est-à-dire liées aux
activités humaines, quelles qu’elles soient. Par suite, c’est par
les humains tous ensemble que les solutions doivent être élaborées,
chimistes et profanes réunis.
Mais
c’est seulement lorsque les chimistes auront appris à écouter les
peurs et à respecter les valeurs des profanes qu’ils pourront leur
parler de leur discipline sans s’isoler et se décrédibiliser, et
auront une chance de les convaincre qu’ils ne sont pas des
apprentis sorciers. Gageons que les profanes retrouveront alors
leur confiance perdue et s’empresseront d’associer les chimistes à
leurs réflexions environnementales et sanitaires. Car finalement,
qui, mieux que les chimistes, connaît les propriétés de la matière,
qu’elle soit synthétique ou naturelle ?
Alors
seulement seront réunies les conditions d’une collaboration durable
dans la mise en œuvre de projets communs, pour le bien de
l’humanité.
Bibliographie
[1]
Site d’Aroma-zone :
http://www.aroma-zone.com/aroma/savons.asp
[2] Site
de L’Express :
http://www.lexpress.fr/info/sciences/dossier/pollution/dossier.asp?ida=429548
[3] Site de l’Académie de Nancy-Metz :
http://www.ac-nancy-metz.fr/enseign/physique/Bidon/ECOTOX/present-ecotox.HTM
[4] Site
e-santé.fr :
http://www.e-sante.fr/magazine/article.asp?idArticle=5062&idRubrique=4
[5] « Le
chimiste et le profane : partager, dialoguer, communiquer,
vulgariser, enseigner » L’Actualité
chimique,
n° 280/281, novembre-décembre 2004, sous la direction de R.-E.
Eastes et F. Pellaud.
[6] R. Barlet,
« L’espace épistémologique et didactique de la
chimie », L’Actualité
chimique, n° 4,
avril 1999.
[7] Site du
ministère des Solidarités, de la Santé et de la
Famille :
http://www.sante.gouv.fr/htm/pointsur/ethersglycol/
[8] « Le
Roundup n’intoxique pas que les mauvaises herbes »,
Le
Monde,
12/03/05.
[9] Site du
Centre canadien d’hygiène et de sécurité au
travail :
http://www.cchst.ca/reponsessst/chemicals/poisonou.html
[10] Bureau de
la Commission Chimie et Société, « Chimie et société :
quel dialogue ? », L’Actualité
chimique, n° 287,
juin 2005.
[11]
Site de l’Association pour la Recherche thérapeutique
anti-cancéreuse :
http://www.artac.info/
[12] P. Rigny,
« Pratiques scientifiques et maîtrise de
l’environnement », Les Cahiers
des clubs
Écrin,
Paris, 2004.
[13]
Site de la communauté européenne relatif à l’impact environnemental
des substances chimiques :
http://europa.eu.int/comm/environment/chemicals/index.htm
[14] J.-F.
Julliard, « Les caïds de l’industrie chimique ont fait la loi
à Bruxelles », Le
Canard enchaîné,
22 septembre 2004.
[15] M. Callon,
« Des différentes formes de démocratie
technique », Les Cahiers
de la sécurité
intérieure, 38
(1999).
[16]
M. Callon, « Plaidoyer en faveur du réchauffement des
relations entre science et société : de l’importance des
groupes concernés », L’Actualité
chimique,
n° 280/281, novembre-décembre 2004.
[17] I.
Stengers, Cosmopolitiques,
sept ouvrages publiés aux éditions La
Découverte.
[18] F. Pellaud,
actes en ligne de la journée d’étude de la Commission Chimie et
Société : Chimie et
société : quel dialogue ? Paris,
2004.
[19]
J. Testart, Réflexions
pour un monde vivable. Propositions de la Commission française du
développement durable (2000-2003). Les petits
libres, Mille et une nuits éditions, 2003,
Paris.
[20] Site non
officiel de débat sur la drogue :
http://www.drogue-danger-debat.org/edito/edito_courant1.htm
À lire également
—
B.
Bensaude-Vincent, Faut-il
avoir peur de la chimie ?, Les empêcheurs
de penser en rond, Seuil, 2005, Paris.
—
M.
Callon, P. Lascoumes, Y. Barthe, Agir dans un
monde incertain. Essai sur la démocratie
technique, Seuil, 2001,
Paris.
— B.
Latour, La science
en action, Folio, 1995,
Paris.