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Culture, Science et Technique

Le modèle alphabétique de l'atome ancien


Fernand Hallyn


Au XIXe siècle, à l'aurore de la deuxième révolution scientifique, James Clerk Maxwell croyait fortement à l'existence de lois mathématiques, à une régulation divine du monde. Il a posé, par exemple, une loi très précise, selon laquelle les molécules ou les atomes sont des " centres de force " pourvus d'une action répulsive (provoquant des déviations et des collisions) inversement proportionnelle à la cinquième puissance de la distance qui les sépare d'une autre. Pour lui, cette loi constituait en quelque sorte la règle mathématique du clinamen lucrécien. En même temps, vu le nombre immense de molécules et l'impossibilité de les observer individuellement, il estimait qu'une telle loi ne pouvait s'utiliser de manière déterministe, mais seulement dans des calculs de probabilité ; aussi, introduisit-il la notion de lois statistiques, qui suppose la coexistence de la prévisibilité d'un code mathématique et de l'imprévibilité des rencontres et des combinaisons des " éléments ". Tout cela l'emplisait d'admiration envers ce qu'il tenait pour les intuitions improbables d'un Lucrèce. Il est même allé jusqu'à écrire à l'éditeur du poète latin, pour lui demander des éclaircissements sur certains vers :
En particulier, les atomes lucrétiens ont-ils un mouvement originel, toujours le même et dans la même direction (vers le bas),