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De la saisie informatique à la capture numérique des objets de musées Jean-Pierre
Mohen Depuis le
début des années 90, l'apport des nouvelles technologies
de l'information au domaine de l'informatique et du numérique permet
de réactualiser les données imprimées, ou consignées
dans des registres, celles contenues dans des clichés, des tirages
ou des rapports archivés et rarement consultés, puisque
non recensés et indexés. Le souvenir de ces documents dormants,
qui font partie de l'histoire des recherches menées depuis un demi-siècle,
s'efface avec le temps et le passage des générations. La nature des documents scientifiques et techniques du C2RMF Le Centre de recherche et de restauration des musées de France, dont la création remonte à 1931, possède un fonds exceptionnel de données sur la matérialité des uvres :
L'informatique
est un outil d'aide à la décision, au contrôle, à
la gestion, à la consultation et à l'édition des
activités et des informations produites par toute institution.
Elle facilite la programmation des activités et permet d'en extraire
des états utiles à la prévision. La base de données EROS (European Research Open System) du C2RMF Une banque
d'images numériques, qu'elle soit de nature iconographique ou technique,
doit être gérée à partir d'une base de données
comportant des informations structurées de nature historique, muséologique,
matérielle et analytique sur les uvres, sources sémantiques
de leur contenu iconographique ou technique. La base EROS
gère aujourd'hui cinq catégories d'informations :
Ces éléments ont été numérisés, en interne, entre 1996 et 2000, aux moyens des équipements développés dans le cadre de projets européens, dont les clichés grand format à l'aide du scanner Thomson, encore opérationnel malgré l'évolution des techniques, en particulier pour la gestion de la couleur.
Outre la numérisation des archives photographiques et radiographiques, nous avons, dès 1998, élaboré au C2RMF un système de numérisation directe en haute définition des objets archéologiques. La numérisation panoramique directe des objets en 2D Le C2RMF a développé, dans le cadre du projet européen ACOHIR, un nouveau système de numérisation panoramique et en haute définition d'objets archéologiques. L'objet placé sur une table tournante pilotée par ordinateur, est enregistré avec une caméra digitale 24 fois par rotation. Une mire MacBeth est préalablement enregistrée pour obtenir une image calibrée en couleur.
Ces images,
transformées au format pyramidal tuilé, restituent une vue
panoramique sur moniteur au moyen du viseur EROS ; elles permettent aussi
d'examiner des détails de sa surface. Ces images servent à
élaborer des animations pour le Web ou des reconstruction par traitement
d'image du développé du décor de sa surface afin
de l'imprimer sur un support grande largeur.
L'enregistrement panoramique de 24 images du décor gravé qui figure sur la partie supérieure de cet objet, avec une résolution de 30 points/mm, a permis de reconstituer une vue panoramique aplanie (développé) en prenant deux points communs sur des vues adjacentes et en recollant par traitement d'image, l'ensemble des vues. La haute définition du cliché final (8000 x 1200 pixels) a permis d'imprimer ce document sur un support de 1,27 m de large.
Le renouvellement de cet équipement dans le cadre du projet SCULPTEUR va permettre de construire des images 3D à partir de trente-six vues panoramiques prises dans un espace calibré. Un logiciel de modélisation développé par l'ENST permet de reconstituer la surface extérieure de l'objet par un maillage composé de triangles juxtaposés (appelé fil de fer). La texture est ensuite appliquée sur le maillage afin d'obtenir une vue 3D de l'objet. La numérisation 3D par camera laser Différentes
technologies articulées autour d'instruments à base de systèmes
optiques permettent de saisir de façon automatisée la morphologie
d'objets ou de scènes avec une très grande précision
et des temps d'acquisition extrêmement courts.
Pour les objets plus grands, la saisie est faite en tournant autour de l'objet avec le scanner. Les différentes vues sont prises en assurant entre elles un recouvrement de cinquante pour cent ; elles sont ensuite assemblées automatiquement par l'analyse de la morphologie des zones communes. La comparaison virtuelle et tridimensionnelle de deux bufs en bronze La numérisation des deux bufs (n° 20 865 et 20 866) ) a été réalisée à la demande de François Schweizer, directeur des laboratoires du musée d'Art et d'Histoire de Genève. Figure 6. Les deux bufs mis côte à côte avant leur assemblage virtuel Les deux pièces ont été numérisées à l'aide du scanner optique à balayage laser Minolta VI900 et d'un plateau tournant asservi par l'ordinateur de contrôle du scanner et permettant d'obtenir une vue 3D de l'objet mesuré tous les X degrés. Les différentes vues géométriques ont été ensuite assemblées automatiquement par le logiciel. Chaque objet a été pris en totalisant 159 760 faces pour le n° 20 866 et 163 605 faces pour le n° 20 865.
Les deux
pièces ont été superposées numériquement
et la cartographie des différences métriques a pu être
calculée. Les résultats bruts montrent que la distance moyenne
séparant les deux pièces est de 1,008 mm, avec un écart
type de 0,93 mm. Les différences les plus grandes s'observent évidemment
aux extrémités des cornes et de la queue, où elles
excèdent 5 mm. Par contre, la tête, le train avant et le
corps montrent que 85 % des points présentent des écarts
inférieurs à 1,2 mm et 50 % inférieurs à 0,6
mm.
Ces deux revêtements en or de gorytes ou carquois sont des pièces prestigieuses ayant appartenu, sans doute, à des personnages d'élite. Ils étaient vraisemblablement fixés sur un support en matériel plus épais aujourd'hui disparu : un cuir, peut-être, ou des éléments en bois fin et léger ? Ils consistent en une feuille d'or relativement épaisse et rigide, obtenue par martelage et planage du métal. Le décor historié pose le problème de son exécution : généralement ce type de décor composé de scènes figuratives organisées en registres et bordées de motifs géométriques est obtenu par estampage, procédé qui permet d'obtenir un motif en creux à la face interne et en relief à la face externe, par l'application en dessous de la feuille d'un modèle en relief, ou au contraire à partir d'une matrice en creux, dans laquelle on impressionne la feuille, pour obtenir un décor en relief. L'or en feuille étant malléable, il est le matériau idéal pour ce procédé décoratif, d'ailleurs très utilisé en orfèvrerie antique, dans de nombreuses civilisations. Les Scythes ont produit en utilisant cette technique des objets de grande dimension. Le problème posé par les deux gorytes que nous avons eu à notre disposition grâce à l'heureuse concomitance de deux expositions temporaires, était de savoir, s'ils pouvaient provenir du même atelier, étant donné leur très grande similitude apparente sur le plan de la forme générale et sur celui du décor, ou bien si l'un d'eux était la copie de l'autre, et de vérifier à l'occasion si l'orfèvre avait utilisé successivement plusieurs matrices ou s'il n'y en avait qu'une seule. Afin de comparer les techniques de fabrication de deux gorytes scythes en or, conservés à Rostov et à Kiev, nous avons procédé à leur numérisation 3D ; un troisième goryte est conservé à Thessalonique. Une cartographie complète en trois dimensions des gorytes a pu être dressée pour comparer globalement, mais aussi en détail, la surface de ces deux objets. Méthode d'acquisition des données La numérisation des objets a été effectuée sur place en toute sécurité avec le scanner laser Minolta VI 900, en respectant l'intégrité de ces objets. Une vingtaine de prise de vues, comprenant 320.000 points chacune, ont été réalisées sous plusieurs angles, afin de couvrir la géométrie complète des carquois. La fiabilité du scanner permet d'acquérir une résolution d'un point tous les 0,2 mm.
Simultanément
à l'acquisition laser, une acquisition numérique RVB en
très haute résolution a été effectuée
afin d'appliquer la texture drapée sur la surface du carquois.
Ces textures ont été enregistrées avec la caméra
Jumboscan de Lumière Technologie (150 millions de pixels par image).
Traitement d'image pour comparer les gorytes En raison du caractère novateur que représente la comparaison virtuelle de deux objets, nous nous sommes inspirés des techniques mixtes de géomatique (géométrie et de traitement d'images) pour obtenir des résultats fiables. Ainsi, la plupart des comparaisons ont été effectuées par superposition virtuelle locale des modèles selon un ajustement statistique, c'est-à-dire en minimisant l'écart entre ces deux modèles sans déformer leur structure ni leur géométrie.
Après avoir constaté que l'un des modèles présentait une courbure générale plus accentuée, la comparaison globale des objets n'avait plus de sens sinon de mettre en avant cette déformation probablement due aux incidents subis par ces objets.
Alors, au
vu de la grande similarité des formes et de leurs décors
en relief, nous avons découpé les carquois en plusieurs
scènes. Chacune a été ajustée sur la scène
homologue pour effectuer une comparaison points à points. La précision
du scanner alliée à la bonne restitution géométrique
de ces objets permet de mesurer et de comparer un nombre considérable
de points, en moyenne 400.000 par scène. Les résultats de
ces superpositions sont présentés sous forme d'images, où
la couleur traduit l'écart en millimètres point à
point entre les scènes. En l'occurrence, plus l'image est bleue,
plus l'écart moyen entre les reliefs est faible ; plus elle est
rouge, plus il s'approche du seuil, en général égal
à 4 ou 5 millimètres. Au-delà, les écarts
illustrent la déformation de la courbure générale
des modèles. *** La mesure tridimensionnelle réalisée à partir d'images numériques d'objets archéologiques va permettre de comparer avec précision les techniques de production utilisées dans l'Antiquité. Les technologies informatiques ouvrent de nouvelles perspectives pour la recherche et la documentation des collections de musées. Elles devraient s'intégrer plus largement dans le domaine des problématiques archéométriques et muséales, même si leur rapide évolution, sur le plan technique, les rend très vite obsolètes. Le problème
posé par les gorytes scythes similaires de forme et de décor,
trouvés dans des sépultures différentes, jusque dans
celle de Philippe, père d'Alexandre, en Macédoine, n'avait
jamais été abordé de manière précise
(mesure dans les trois dimensions). Les résultats rapportés
dans cet article permettent de répondre aux questions posées
par les archéologues sur la technique de fabrication de ces pièces
de prestige. Mais, il renvoie aussi l'archéologue à d'autres
recherches : si des matrices sont d'évidence utilisées,
en quelle matière étaient-elles ? En pierre, en métal,
en bois dur ? Qui les fabriquait ? Les Athéniens pour diffuser
leurs idées religieuses ? Ou les orfèvres scythes pour une
clientèle qui aimait cette référence grecque d'une
légende sans doute troyenne ? Bibliographie
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