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Métallurgie et textile L'émergence de la transparence métallique Philippe Colin Figure 1 L'utilisation de métal dans l'architecture, remonte à la plus haute antiquité : des agrafes en bronze du Parthénon (Ve siècle avant notre ère) aux tiges de fer de la coupole de Saint-Pierre de Rome (XVIe siècle), en passant par les renforts du fer forgé du péristyle de l'église Sainte-Geneviève à Paris (XVIIIe siècle). Mais il faut attendre le milieu du XIXe siècle pour que ce matériau soit utilisé à grande échelle, et de manière plus systématique, la structure métallique s'affiche alors de plus en plus comme symbole de progrès. Ce développement est inhérent d'une part, aux progrès technologiques, d'autre part, à des ingénieurs ou architectes novateurs. tel Viollet-le-Duc, et à des ingénieurs progressistes, tel Gustave Eiffel. Dans la réalisation de ce dernier pour l'Exposition universelle de 1889, à la fois la plus controversée et la plus admirée, la fameuse tour Eiffel, l'architecture en treillis métallique pèse sept mille tonnes, dont quarante de peinture antirouille, et constitue un véritable manifeste pour la construction métallique. Édités en 1872, les Entretiens sur l'architecture de Viollet-le-Duc auront une profonde influence sur les architectes à l'origine de l'Art nouveau. L'inauguration du Crystal Palace à Londres en 1851 pour ouvrir la première Exposition universelle avait marqué les débuts d'une nouvelle architecture. Pour la première fois en effet, on associait le verre et l'acier afin de construire un édifice transparent à partir de matériaux industriels. Figure 2 Depuis, les
architectes n'ont cessé de chercher la structure idéale
: invisible, mais néanmoins capable de protéger la construction
de la violence des éléments. Grâce au fer, puis à
l'acier, il est devenu possible de réaliser des structures légères
et élégantes, permettant d'envisager des façades,
des toitures ou des planchers pratiquement transparents. La Lorraine,
à la fin du XIXe siècle, participe activement à ces
bouleversements techniques et industriels, et s'ouvre progressivement
aux courants novateurs. Ce domaine industriel est en pleine expansion
pour différentes raisons : l'annexion de la Moselle et de l'Alsace,
après le traité de Francfort, a entraîné un
afflux de capitaux qui permirent de nouveaux investissements, en particulier
dans la métallurgie. Ainsi, le procédé Thomas, utilisé
dès 1894, permit une meilleure exploitation de la minette lorraine,
et de nouvelles mines, comme celle de Briey, furent ouvertes. Figure 3 En architecture,
le concept de transparence recouvre les solutions architecturales les
plus diverses, appliquées à des constructions très
variées, où l'acier joue désormais souvent un rôle
prédominant, et cela pour plusieurs raisons : Le métal tissé et perforé Figure 4 Dans le domaine de la transparence, la terminologie de la langue française est au moins aussi riche que celle de la gamme des produits apportés par les professionnels du métal tissé et perforé. Sans rechercher aucune correspondance entre produits et applications présentés, en voici un abondant florilège, non exhaustif : filigranes, membranes, résilles, treillis, tissus, tamis, trames, mailles, filtres, tentures, rideaux, voiles, filets Figure 5 À l'origine, les tissus métalliques ont été inventés pour les meuneries, papeteries et industries de la filtration. Ils furent réinventés pour l'architecture et le design en raison de leur attrait visuel dû à la réflexion lumineuse. Les toiles métalliques possèdent des propriétés dont on n'a pas fini de mesurer l'ampleur, ni d'élargir la variété pour répondre à de nouvelles demandes. Les champs d'applications architecturaux de ce produit, à l'origine destiné à l'industrie, ne cessent de s'élargir avec les tapis transporteurs. Leur entrée en force sur les façades des parkings aériens, où elles laissent passer l'air et la lumière tout en répondant à la sécurité des personnes et aux normes d'incendie, en est l'exemple le plus manifeste. Le créateur dispose d'une série de types de tissus extrêmement diversifiés. En effet, les différentes compositions de tissus constituent diverses familles permettant de multiples alternatives aux différents critères définis par les architectes et stylistes. Les dimensions du tissage, illimitées dans la longueur, atteignant huit mètres dans la largeur pour les tentures câblées et deux mètres pour les toiles métalliques, donnent au créateur une considérable liberté dans la conception de ses projets. Fruit d'un désir de transparence et de souplesse, voici une étoffe qui invite la lumière à appréhender finement la matière, à devenir scintillante, brillante ou argentée.
Les tissus métalliques sont constitués de fils tréfilés d'un diamètre de vingt microns à dix millimètres. Le tissage, à lui seul, configure déjà le fil de façon intéressante, et cette configuration influe sur l'effet que produisent les surfaces du tissu métallique. La lumière artificielle ou naturelle qui se brise dans les structures du tissu, fait naître constamment de nouvelles réflexions et moirages, voulus ou involontaires, et les mailles métalliques permettent aussi de contrôler la luminosité. Les fabricants offrent une gamme complète de fils disponibles dans plus de cent nuances, depuis les aciers inoxydables les plus courants jusqu'aux alliages réfractaires. Les câbles et fils de ces tissus sont en acier inoxydable nuances n°304, n°316 et n°316. Présence Métal propose des systèmes et des modes d'assemblage adaptés à chaque projet. Gantois, Gkd, Gondrexon, Haver et Bocker, Tissmetal, Saulas tissent les mailles. L'entrelacement offre une transition fluide entre reflet et lueur, délicatesse et protection, tel un voile au vent prêt à dessiner le contour d'une forme ou à servir de barrière. Pour les tentures, le choix du modèle détermine de façon essentielle la structure de la surface et son effet visuel. Chaque type de tissu peut être fabriqué selon différentes épaisseurs de fils, en fonction des exigences du projet. De concert avec le créateur, les tisseurs fabricants mettent au point des solutions individuelles liées à un projet défini, tant en ce qui concerne le choix du modèle de tissu que les possibilités de fixation et les éléments de montage. Le métal tissé et perforé dans la haute couture Du lamé proprement dit à la maille métal patiemment tissée, ou la broderie de paillettes métalliques, les créateurs ont utilisé le métal pour créer des ambiances. Paco Rabanne dans les années 60, a expérimenté les matériaux contemporains et présenté des collections de rhodoïd et métal dans son rythme du " Marteau sans Maître ". Puis ses collections se succèdent et cuir, métal et tissu tendent à devenir de plus en plus souples. Coco Chanel l'appelait le " Métallurgiste ", il restera l'inventeur de la cotte de mailles, référence auprès de bon nombre de stylistes. Les grands couturiers, tels Thierry Mugler, Christian Lacroix, Jean-Charles Castelbajac, ont depuis mis en uvre le métal et notamment le tissu métallique. Styliste et plasticienne Béatrice Gevedeau a utilisé des toiles de blindage (BG 50/40) en bronze, lors de sa collection de juin 2002, toile également utilisée dans l'industrie pour la réalisation de blindage électromagnétique de la carlingue des Airbus. Mais dans la haute couture, les toiles ne protégent absolument pas des coups de foudre
Les toiles métalliques et tôles perforées peuvent être utilisées comme brise-soleil et font aussi office de brise-vent (elles laminent les flux d'air) dans des zones urbaines exposées ou à proximité des aéroports. Elles protègent contre l'effraction, et leur capacité à contenir les projectiles en cas d'explosion, tout en laissant passer le souffle d'air, intéresse aujourd'hui les concepteurs de bâtiments à risques. Elles sont souples et peuvent résister à des vents forts ou au poids de la neige. Elles sont pourtant assez rigides pour former d'une seule pièce et sans armature intermédiaire des pans de façades de plusieurs mètres de haut. Non inflammables, elles résistent à des températures voisines de 600°C. En inox, avec addition de molybdène ou d'autres alliages d'installation facile, elles ne subissent aucune corrosion, sont légères, et demandent très peu d'entretien. Souvent utilisées pour revêtir les façades et les tentures de plafonds, les toiles font paraître les surfaces légères et transparentes. Figure 10 L'ouverture
de la maille, les diamètres de fil et le mode de tissage permettent
une multitude de compositions. Ainsi, les possibilités d'application
vont-elles des revêtements muraux aux plafonds cintrés et
de tous types (grâce à sa facilité d'ondulation),
de la scénographie de stands d'exposition aux revêtements
intérieurs, d'une utilisation comme tissu mobile apte à
la protection solaire et anti-effraction. La simplicité de la maille
facilite l'assemblage. La longueur des lés est presque illimitée
pour les câbles tissés (livrés en rouleaux). Les toiles
peuvent ainsi cacher gicleurs, gaines d'aération ou dispositifs
acoustiques, sans gêner leur fonctionnement. Elles peuvent être
colorées par des peintures Epoxy (leur dimension est alors déterminée
par celle des bains) et même sérigraphiées.
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