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Une
rencontre délicate entre sciences humaines et sciences de la matière
Le concept de surface d'origine des objets métalliques archéologiques
Régis
Bertholon
Connaître
et préserver les vestiges archéologiques est l'objectif
de la conservation-restauration (M.-C. Berducou, 1990). Cette discipline,
dont le récent développement a accompagné l'essor
de l'archéologie, est un exemple de lieu de rencontre entre sciences
de l'homme et de la matière.
Rencontre indispensable, car l'identification et la signification d'un
objet archéologique sont basées à la fois sur l'étude
et l'interprétation de son contexte de découverte, et sur
l'examen approfondi de sa matière.
La matière du vestige est donc au cur de son rôle de
témoin d'une culture : cette matière assure la possibilité
d'une transmission du sens (ou des sens) de l'objet. Inversement, la reconnaissance
et l'interprétation du sens nécessitent la conservation
de la matière du bien culturel.
Une indissociable nécessité unit ici la connaissance du
contexte humain (sciences humaines) et celle de la matière ou des
matériaux altérés (sciences de la matière).
Cette situation fournit l'occasion d'aborder un problème d'interdisciplinarité
à travers un cas concret : l'émergence du concept de surface
d'origine des objets métalliques.
Matière
altérée et objet méconnaissable
Si la matière
est notre seule source de reconnaissance de l'objet, elle se présente
généralement très altérée. En effet,
du fait de leur long enfouissement dans des milieux naturels, les objets
métalliques archéologiques présentent souvent une
corrosion très profonde de leurs métaux constitutifs. Dans
pratiquement tous les cas, la surface métallique est remplacée
par des couches de produits de corrosion qui peuvent aussi la déformer,
comme la rouille défigure un objet en fer (figure 1).
Figure 1
: fichiers Bert-fig1a.jpg et Bert-fig1b.jpg
Figure 1.
Une boucle en fer d'époque médiévale lors de sa découverte
(photo a).
Ni l'anneau, ni l'ardillon ne sont visibles sur l'objet.
La radiographie X permettra l'identification (photo b). Un examen approfondi
de l'objet et de la radiographie permettra de découvrir que cette
boucle était recouverte d'un placage d'étain (étamage)
et de repérer des restes de cuir de la ceinture.
Site de Saint-Denis, photo R. Bertholon-UASD.
Par cette
corrosion, le métal peut être complètement transformé
en une masse de divers composés minéraux (oxyde, hydroxyde,
carbonate, sulfure, etc.). Si l'étude métallurgique des
matériaux métalliques d'origine n'est alors plus réalisable,
on peut encore envisager de retrouver diverses informations sur la forme
de l'objet et certains détails de surface comme la présence
d'un décor.
Cette découverte est possible sous deux conditions : les processus
de corrosion ont gardé la trace de la surface du métal avant
sa profonde altération, c'est-à-dire le plus souvent, avant
l'abandon de l'objet lors de son enfouissement, et, bien sûr, on
est capable de retrouver et d'identifier ces traces parmi les différentes
couches de corrosion, à savoir de localiser la limite de la surface
d'origine.1
Figure 2
: fichiers Bert-Fig02a.tif et Bert-Fig02b.tif
Figure 2.
Coupe d'un fragment du Rouleau de cuivre du site de Qumran (Palestine).
L'ensemble du matériau cuivreux est ici corrodé et il ne
subsiste donc plus rien du métal d'origine. Pourtant, il est possible
de localiser la limite de la surface d'origine des deux faces de ce document
au sein des différentes strates de corrosion constituées
d'oxyde cuivreux rouge (photo a) (Bertholon, R. et al. 1998).
Cette limite est aussi visible sous la forme d'une interface sub-rectiligne
lors de l'observation au microscope électronique à balayage
(photo b).
Photographies L. Robbiola(a) et EDF-Valectra(b).
Quand on
cherche à révéler la limite de la surface d'origine,
l'intervention dite de nettoyage consiste alors à éliminer
les couches de corrosion situées au-dessus de cette limite, tout
en conservant celles situées en dessous. Cette intervention permet
de rendre aux objets une forme proche de l'originelle et de mettre au
jour des inscriptions (figure 2) ou des décors qui ornaient la
surface de l'objet lors de sa période d'utilisation. Après
ce traitement, souvent long et difficile, notamment pour les objets en
fer, les vestiges découverts lors de la fouille deviennent des
données archéologiques étudiables et constituent
un patrimoine pouvant être montré au public (figure 3).
ici figure
3 : ici fichiers Bert-Fig03.tif
Figure 3.
Deux chaînes de suspension de fourreau d'épée de l'époque
celtique sur le site de Gournay-sur-Aronde (60) présentées
avant et après l'intervention de nettoyage. Ce traitement permet
d'étudier ces objets et de comprendre le système de la chaîne
employée pour maintenir le fourreau et éviter qu'il vienne
entraver la charge des guerriers celtes. Photographie IRRAP
Alors que
les conservateurs-restaurateurs s'efforçaient de retrouver ces
traces, l'existence même de celle-ci a longtemps été
mise en doute par les chimistes et les corrosionistes. On peut alors s'interroger
sur les raisons d'une telle mise en doute et se demander pourquoi ce problème
spécifique à la conservation-restauration a été
très peu étudié jusqu'à une période
récente.2
Sensibilité
et intuition
La connaissance
de la surface d'origine a commencé avec l'observation des objets
peu corrodés. Ainsi dans le cas de certains bronzes présentant
une patine très appréciée pour ses qualités
esthétiques, une surface lisse avec un relief correspondant à
un décor devait représenter la surface d'origine de l'objet.
Cette connaissance s'est poursuivie avec l'expérience du nettoyage.
De la diversité des situations est née l'idée d'une
conservation de la surface d'origine non seulement la ârtie externe
mais au sein de la matière corrodée dans le cas d'objets
déformés par la corrosion. G. A. Rosenberg semble l'un des
premiers à avoir pris conscience que la limite de la surface d'origine
peut être conservée au sein des couches de corrosion (G.
A. Rosenberg, 1917). L'intuition de la surface d'origine a progressivement
pris forme, rejoignant alors l'observation de la conservation de la forme
sur un objet comportant une patine.
La localisation de la surface d'origine est aussi liée à
la reconnaissance de certains caractères de la corrosion, et l'observation
visuelle de la surface d'origine ne représente qu'une partie des
moyens de perception à la disposition du conservateur-restaurateur.
Dans tous les cas, cette reconnaissance s'effectue par l'intermédiaire
de moyens sensibles (acuité visuelle, voire auditive, sensibilité
du toucher), qui représentent des capteurs dont les réponses
doivent bien sûr être interprétées en permanence
lors de la conduite du nettoyage. Les sensations perçues constituent
l'impression des particularités de la matière corrodée
sur la sensibilité du restaurateur. Par exemple, une variation
dans la dureté ou la cohésion des couches de corrosion est
décelée lors d'un contact physique avec la matière
corrodée et non d'une observation visuelle.
L'outil est ici un intermédiaire qui prolonge la main du restaurateur,
non seulement pour agir sur cette matière, mais aussi pour en ressentir
les réactions. La sensibilité du restaurateur est primordiale
et la maîtrise de l'outil indispensable.
En conséquence, la surface d'origine n'existait qu'en tant qu'elle
paraissait aux yeux ou aux mains du restaurateur, une sensibilité
particulière permettant à celui-ci d'en prendre conscience.
La surface d'origine n'était connue qu'à titre de phénomène.
Il est alors juste de dire que l'approche de la surface d'origine a été
(et est encore) essentiellement phénoménologique. Cette
approche phénoménologique se développera très
lentement en partie à cause du manque d'outils descriptifs pour
décrire le phénomène.
Conceptualisation
de la notion de surface d'origine
Vers le milieu
du XXe siècle, l'approche stratigraphique de la corrosion évolue
notamment sous l'impulsion de R. J. Gettens (R. J. Gettens, 1961). Cela
grâce au progrès et à la diffusion en premier lieu
des instruments d'observation (loupes binoculaires, microscopes électroniques),
puis des instruments d'analyse physique (fluorescence X et diffraction
X).
Les phénomènes liés à la conservation d'une
surface d'origine commencèrent à être rassemblés,
puis unifiés, en partie par le concept de surface d'origine sous
des noms divers (épiderme, surface originelle, etc.).
La conceptualisation fut une étape très importante, car
elle ouvrait la voie à une reconnaissance partagée des différentes
expériences sensibles (observation et auscultation pour le conservateur-restaurateur,
observation et analyse pour le chimiste). Mais ce partage nécessitait
un langage commun et celui-ci n'était pas disponible : les métaux
profondément corrodés n'avaient jusqu'alors que trop peu
appelé l'attention des chimistes et les outils descriptifs de la
corrosion étaient surtout adaptés à la corrosion
des métaux en milieu industriel.
On remarque tout de même la parution d'un article novateur publié
par H. Jedrzejewska, chimiste dirigeant le Laboratoire de recherche du
musée de Varsovie (H. Jedrzejewska, 1964). Mais cet article ne
suscite pratiquement pas d'écho, preuve que le milieu professionnel
n'était pas encore prêt à s'engager dans cette voie.
Le problème de la localisation de la surface d'origine n'était
pas résolu par la conceptualisation. On peut dire que celle-ci
posait l'existence de la surface d'origine, mais n'a pas indiqué
où la retrouver.
Subjectivité
Alors que
certains chimistes prenaient conscience de ce problème au sein
de laboratoires de recherche établis dans quelques grands musées
européens (British Museum, par exemple), dans le même temps,
cette notion de surface d'origine était soupçonnée
de non-scientificité par d'autres. Pourquoi une telle suspicion,
qui a ralenti le développement de ce concept ?
Levons tout d'abord une ambiguïté. Depuis la fin du XIXe siècle
des métallurgistes et chimistes se sont intéressés
aux métaux archéologiques, comme en témoignent les
travaux de Berthelot (M. Berthelot, 1894). Mais ils se sont davantage
intéressés au problème de la stabilisation des processus
de corrosion post-fouille des objets.
Nous avons vu que l'approche initiale du processus de la conservation
de la surface d'origine était essentiellement phénoménologique.
Basée sur la sensibilité des restaurateurs, sa reconnaissance
n'en réclamait pas moins une description. Or cette réduction
phénoménologique ne s'est pas faite par manque d'outils
de description ou défaut de communication entre conservateurs-restaurateurs
et chimistes. L'absence de description du phénomène perçu
grâce à une sensibilité autant qu'une acuité
visuelle a entraîné à la qualification de cette approche
comme subjective.
En effet, l'approche phénoménologique est demeurée
propre à chaque restaurateur, et l'on pourrait dire qu'elle est
restée personnelle. Parce que chaque individu a sa sensibilité
à lui, celle-ci est perçue comme subjective. L'approche
de la surface d'origine a donc été considérée
comme subjective, y compris au sein de la profession de conservateur-restaurateur
parce que les particularités de la corrosion sur lesquelles se
fonde la localisation de la surface d'origine n'étaient pas toujours
les mêmes et d'ailleurs pas toujours clairement identifiées.
L'absence de description précise tant des conditions de perception
des propriétés des couches de corrosion que des résultats
des observations ne permettait pas non plus un échange au sein
même de cette profession.
Comment pallier cette incertitude permanente dans la définition
des critères de localisation de la limite de la surface d'origine,
problème important pour retrouver la forme d'origine des objets
? En faisant appel aux connaissances déjà établies
sur d'autres objets archéologiques. Dans ce cas, le nettoyage est
opéré selon l'interprétation de la forme et des détails
observés en référence à d'autres objets déjà
connus, et non aux particularités de la matière altérée
de l'objet à nettoyer.
Ce mode opératoire n'est pas entièrement condamnable car
il offre des clés d'interprétation. Mais lorsque trop peu
d'indications sont données par la matière même de
l'objet, le nettoyage dépend tout entier de cette interprétation
alors subjective. Ceci explique les termes de sculpture ou de modelage,
employés de manière très critique à propos,
notamment, du nettoyage des objets en fer. La situation est alors inversée
: l'objet ne peut plus constituer une source première de connaissance
sur un site, mais en devient, au mieux, une simple illustration.
Non-scientificité
?
Les conditions
de perception de la surface d'origine, de même que les palliatifs
appliqués à la conduite du nettoyage, ont donc développé
le problème de la surface d'origine d'un brouillard malsain, qui
a découragé les plus aventureux chimistes, déjà
pris au piège de la conservation. En clair, la localisation de
la surface d'origine n'était peut-être pas un problème
scientifique.
Outre un soupçon de subjectivité, l'étude de la surface
d'origine d'objets métalliques archéologiques offrait bien
peu d'attraits pour l'étude. Car la démarche scientifique
aussi a ses préférences : expérimenter à partir
de situations contrôlables et reproductibles, découvrir les
lois générales d'un phénomène. Elle a aussi
ses bêtes noires : conditions inconnues sur l'historique d'un phénomène,
trop nombreux paramètres, grande diversité dans les objets
à étudier. Force est de reconnaître que le problème
de la localisation de la surface d'origine accumulait les mauvais points.
Les présupposés tirés des théories chimiques
ont également un large impact sur la conservation au sein des quelques
laboratoires de recherche consacrés aux objets de musée,
et l'on est tenté d'ajouter : pour le meilleur et pour le pire.
Le meilleur n'est plus à démontrer : l'un des fondateurs
de la discipline de conservation-restauration, F. Rathgen a cherché
à mettre en place une approche rationnelle de ces objets corrodés
(F. Rathgen, 1898). D'autres, comme C. G. Fink en 1925, ont tenté
d'expliquer certaines observations à la lueur des théories
sur la corrosion électrochimique tout juste découvertes
par U. R. Evans (C. G. Fink, et E. P. Polushkhin, 1936) (U. R. Evans,
1928).
Le pire réside dans les limites de la recherche indirectement imposées.
Par exemple, l'hypothèse de l'impossibilité d'une conservation
de la limite de la surface d'origine sur le fer, émise par R. J.
Gettens puis reprise par C. S. Smith sur la base de mécanismes
chimiques de corrosion alors proposés, ralentira la progression
des recherches (C. S. Smith, 1976).
De nombreux laboratoires travaillent sur la corrosion du fer et de ses
alliages en raison de sa grande importance industrielle, mais très
peu de travaux s'intéressent à la limite de la surface d'origine
dans le cas du fer. Or, pendant ce temps, des conservateurs-restaurateurs
nettoient des objets en fer et perçoivent des indices d'une surface
d'origine.
Vers des
recherches spécifiques en conservation-restauration
Les dernières
années du XXe siècle voient une progression.
Premièrement, progression de la connaissance fine de la corrosion
et notamment de sa topographie comme le montrent les études de
D. A. Scott, L. Robbiola ou T. Chase (D. A. Scott, 1991), (L. et al. Robbiola,
1998), (W. T. Chase, 1991). Ces chercheurs, chimistes de la corrosion
davantage que praticiens de la conservation intègrent le problème
de la localisation de la surface d'origine dans l'étude de la corrosion.
Ils ont appréhendé l'étude de la corrosion avec plus
de réalisme, en tenant compte que la surface d'origine n'est pas
toujours visible, ni facilement analysable. Si elle n'avait pas été
toujours reconnue auparavant, c'est aussi parce que la corrosion avait
été observée et analysée, mais peut-être
insuffisamment auscultée ou palpée comme l'aurait fait un
médecin. Il n'est pas sans importance de souligner que ces trois
auteurs ont aussi suivi des études de conservation et sont donc
bien informés et sensibilisés aux problèmes de conservation-restauration.
Secondement, progression de la connaissance des techniques de conservation-restauration
par un échange et une diffusion des observations réalisées.
Avant les années 1980, les publications sont très rarement
réalisées par des praticiens de la conservation-restauration,
mais plutôt par des chimistes et parfois des archéologues
ou conservateurs de musée n'ayant pas eux-mêmes une connaissance
aussi intime de la chose que celle offerte par le contact quotidien avec
la matière corrodée. À partir des années 1980,
les praticiens publient de plus en plus souvent les résultats de
leurs observations ou de leurs recherches, révélant ainsi
une approche restée personnelle ou confidentielle durant un siècle.
L'apparition de formations universitaires spécifiques à
la conservation-restauration dans les années 1970 et 1980 a certainement
favorisé ce développement.
Troisièmement, progression dans la connaissance de la chimie et
la physique des surfaces en partie grâce au développement
des méthodes physiques d'analyse. À la fin du XXe, émerge
une science des surfaces aux retombées économiques considérables.
Il en allait autrement il y a seulement un quart de siècle, et
les questions de surface ne bénéficiaient pas de théories,
ni d'outils d'analyse aussi élaborés.
Enfin, le problème de la localisation de la limite de la surface
d'origine a été dissocié du choix de la surface à
dégager sur l'objet (degré de nettoyage). Le choix de la
surface à dégager est par essence subjectif et orienté
par l'aspect final souhaité : conservation ou non des couches de
corrosion externes pour des raisons notamment esthétiques ou symboliques
(la corrosion étant perçue comme une manifestation de l'ancienneté
du vestige métallique). La conservation de la limite de la surface
d'origine dépend quant à elle des processus de corrosion,
et sa localisation n'est pas par essence subjective. Ces deux problèmes
ont longtemps été confondus, et la récente prise
de conscience de leur différence ouvre la voie à une véritable
recherche.
Vers une
véritable rencontre
Depuis quelques
années, se précisent les conditions d'une véritable
interdisciplinarité sur ce sujet. On ne saurait trop insister sur
la formation initiale des professionnels. Cette rencontre est maintenant
favorisée par l'ouverture aux autres domaines de la connaissance
tant des conservateurs-restaurateurs, pour la formation desquels la chimie
occupe une grande place, que des chimistes, dont des spécialisations
abordent directement les sciences humaines.3
Le spectaculaire développement de l'archéométrie,
grâce aux méthodes de datation, comme celle du carbone 14,
ou de caractérisation, comme récemment l'application de
l'identification ADN aux contextes archéologiques, a également
montré la richesse d'une démarche commune. L'archéométrie
a aussi ouvert la voie, dans le sens où elle a entraîné
les sciences de la matière dans des terrains difficiles où
l'expérimentation est confrontée à de multiples paramètres
et où l'historique des phénomènes observés
est loin d'être connu.
Les conservateurs-restaurateurs ont aussi dû modifier leurs habitudes
de travail. Il a fallu apporter davantage de rigueur à leur observation
ou, pourrait-on dire, à leur interrogation de la matière
altérée. Il a aussi été nécessaire
d'inventer des outils méthodologiques (protocole de constat d'état
d'altération, méthodes descriptives, méthodes d'évaluation
des résultats des traitements).
Les chimistes et métallurgistes, quant à eux, sont incités
à considérer d'un il plus curieux les métaux
profondément corrodés. Curiosité aiguisée
par l'observation de faciès de corrosion, qui s'écartent
nettement des prévisions établies à partir des modèles
théoriques proposés et qui les remettent en cause.
Peut-on aussi voir dans ces objets métalliques profondément
altérés, nous venant d'un lieu éloigné et
d'une époque peu connue, un intérêt pour " l'exubérant
paysage du détail singulier " dont nous parle Michel Serres
(M. Serres, et N. Farouki, 1997) ? (figure 4). Ces surfaces en perpétuelle
transformation nous renvoient autant à la complexité des
sociétés humaines qu'à celle des phénomènes
naturels.
ici Figure
4 : fichier Bert-Fig04.tif
Figure 4
: Ce paysage nous emmène sur les bords de la mer Morte. Le relief
situé au tiers inférieur de l'image correspond à
la limite de la surface d'origine du Rouleau de cuivre de Qumràn.
Sur cette surface autrefois métallique, était inscrit un
texte : c'était il y a deux mille ans.
(photographie Robbiola) (R. et al. Bertholon, 1998)
Bibliographie :
- M. C. Berducou,
dir., La conservation en archéologie, méthodes et pratiques
de la conservation-restauration des vestiges archéologiques, Paris,
Masson, 1990.
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- R. Bertholon, " La limite de la surface d'origine des objets métalliques
archéologiques, caractérisation, localisation et approche
des mécanismes de conservation ", Doctorat en archéologie,
UFR03 Art et Archéologie, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
Paris, 2000.
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98e année, (9), 2001a, pp. 817-823.
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during the first half of the XXe, in A. Oddy, S. Smith, dir. Past Practice-Future
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1998. James and James, pp. 125-135.
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