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Culture,
Science et Technique
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Environnement,
incertitude et risque :du pragmatisme aux développements contemporains
Émergence et difficultés de l'environnement dans la tradition française La notion
d'environnement est indissociable du terme environnement lui-même.
Ce terme n'est pas unique ni universel : il possède divers équivalents
dans les différentes langues, indissociables des univers culturels
correspondants. On se limitera ici aux registres français et anglo-américain.
Mais environnement
a surtout acquis un sens plus étroit, quoique lié au précédent
: celui donné à un secteur de la vie sociale ayant trait
à tout un ensemble de problèmes concernant à la fois
la nature, en ce que celle-ci est exposée, soumise à l'action
destructrice de l'homme et demande à être protégée
ou restaurée, les hommes eux-mêmes et leur univers collectif,
à la fois cause de et menacé par ces processus, et l'ensemble
des actions humaines liées à ce souci et à ces restaurations.
Cette notion d'environnement n'est pas stable, elle est apparue assez
récemment et n'a cessé d'évoluer, recouvrant des
domaines de plus en plus techniques et divers, y compris un secteur industriel
en plein développement et un champ scientifique très vaste
et en plein essor. On a affaire là à un ensemble complexe,
qui rassemble des éléments à la fois esthétiques,
éthiques, techniques, scientifiques, sociaux, politiques. En dépit
- ou peut-être à cause de - leur hétérogénéité,
ceux-ci possèdent un caractère dérivé, secondaire
du point de vue des canons culturels et sociaux en vigueur. Il s'agit
ici d'un univers axiologiquement faible, qui est aussi pour une part celui
du déchet et du rebut, univers de ce que l'on tendrait à
reléguer, à refouler, mais qui peut aussi être l'objet
de renversements considérables dans leur ampleur, leur portée
et leur soudaineté. Qu'est ce que l'environnement ? Et en admettant qu'il ait à voir avec la nature, quelle est la nature dont s'occupe l'environnement et quel est son rapport avec cette nature ? S'impose une distinction radicale entre la nature au sens classique du terme, aristotélicienne, par exemple, et la nature environnementale. Une bonne part du problème tient ici à l'utilisation d'un même mot recouvrant des réalités très sensiblement différentes. La nature est, pour Aristote, et dans l'antiquité de façon générale une force créatrice, organisatrice et rectrice, face à laquelle l'intervention humaine est perçue comme faible et défaillante. La nature est porteuse d'une réalité intrinsèque, elle constitue un modèle, un pôle d'identification (" Vivre conformément à la nature " est une maxime des stoïciens) face auquel le savoir-faire humain, l'ars, la technè ont peu de poids (Aristote). La nature s'impose à l'homme et le domine de toutes parts. Tout autre semble être la nature dont s'occupe l'environnement. Celle-ci constitue un réservoir de ressources massivement utilisées par l'homme. C'est une nature aménagée, récréative, mais aussi fragmentée, dégradée, résiduelle, une nature que la présence et l'usage qu'en font les hommes fragilise à des échelles toujours plus importantes. L'environnement recouvre, avec la nature, le champ des phénomènes qui lui portent atteinte ainsi qu'aux communautés humaines qui en sont tributaires. Il recouvre également les opérations de restauration ou de protection de cette nature, de régulation de l'activité industrielle et humaine en relation avec cette protection et la réflexion, à la fois sociologique, éthique, juridique et politique, qui les accompagne. L'environnement concerne donc en même cette partie des activités humaines qui utilisent et dégradent la nature et les opérations de protection qui y sont liées. Il désigne non pas tant la nature qu'une réalité intermédiaire que marque les interactions de l'homme et la de nature dans un contexte de développement technico-scientifique. Mais derrière cette première constatation, apparaît une réalité de beaucoup plus long terme qui donne à l'environnement une tout autre dimension et signification. L'interaction homme et environnement n'est nullement nouvelle, ni même propre à l'homme en tant qu'organisme, elle désigne un rapport inhérent à tout vivant en vertu duquel il ne peut exister seul, indépendamment d'un univers avec lequel il entretient un ensemble plus ou moins important de relations. En ce qui concerne l'homme, la néolithisation, l'émergence de l'agriculture et la structuration des sociétés qu'elle a rendues possibles, la constitution de villes et les différenciations sociales dont celles-ci ont été à l'origine sont des témoins anciens de mises en uvre très complexes et de la part de la technique dans cette relation, traduisant l'antériorité forte de l'aménagement par l'homme de son environnement et l'effort de très long terme pour en exploiter les ressources (en laissant ici de côté tous les problèmes moraux, sociaux et juridiques ou politiques liés à ce développement). Dans une telle perspective, on mesure mieux la portée très relative de l'opposition aristotélicienne entre nature et ars, entre nature et technè, et l'état particulier du monde à laquelle celle-ci renvoie. Dans la logique de ce développement, ce que la révolution scientifique a réalisé et progressivement poussé à son terme, c'est le renversement de l'antinomie entre nature et art, nature et technique, propre à la tradition grecque, au profit d'une greffe de la technique sur la nature, via une mise en uvre conceptuelle, en particulier mathématique, et une technique nouvelle, dont Galilée est l'architecte emblématique, mais dont la réalité parcourt l'ensemble de la Renaissance, avec des racines évidemment bien antérieures. Elle marque l'amorce d'une prise en charge consciente de cette relation. Ce qui est au centre de cette opération semble être la place centrale que prend la technique, avec sa dimension opératoire d'intervention finalisée, de transformation. La technique n'est pas neutre, elle n'est pas non plus de l'ordre du logos ou de la raison, mais relève d'abord du registre de l'action. En ce sens, elle est risquée et échappe par définition à la précaution : elle relève du " Nos uvres nous quittent ", avancé par Philippe Roqueplo pour indiquer le type de dépossession dont elle est aussi l'objet. Elle n'a pas la finalité de l'uvre d'art dont les registres sont directement corrélés à la signification. Cette émergence de la technique et sa caractérisation cognitive, à l'origine de la science moderne, auront à la fois nécessité et permis le découplage entre la nature et le religieux qui avait fourni jusque-là le système de références à travers lequel concevoir et appréhender le monde. C'est aussi dans ce processus, qui marque la fin de l'ontologisation du monde, que débute ce que l'on pourrait appeler son environnementalisation : l'environnement s'inscrit au cur du monde phénoménal, de la processualisation et de la sécularisation entamées avec la modernité à travers le rapport, la distance que la technique conjuguée au langage ont progressivement inscrite entre l'homme et le monde. Ici donc, ce que marque l'environnement et dont nous apprenons peu à peu à mesurer les conséquences considérables, c'est la fin de la dualité nature/technique avec son double, la dualité nature/société, au profit d'un rapport actif au monde individuellement et collectivement médié par la technique, et la conduite complexe de ce rapport. Cette médiation soulève la question de l'équipement cognitif humain individuel et collectif, qui la rend possible, et de sa compréhension. Elle renouvelle très largement la question de la science et de son rapport à la technique, qu'elle dégage de toute métaphysique et de toute téléologie, pour tenter d'en appréhender et d'en évaluer avec mesure les perspectives de long terme à travers leur inscription dans le collectif. Elle met en avant la part de la technique dans la construction scientifique, en tant que dispositif qui fait de la technique le tiers, le garant, le " témoin fiable " de l'avancée de la science, pour reprendre le terme utilisé par Shapin et Schaffer et repris par Isabelle Stengers. Il existe un autre terme important pour la compréhension de notre propos, dont environnement a progressivement pris la place, et à de nombreux usages duquel il s'est substitué, c'est le terme de "milieu". Il est important d'en évoquer rapidement la genèse pour situer l'apport d'environnement. On dispose à ce propos d'un remarquable travail de Georges Canguilhem, intitulé " Le vivant et son milieu ", publié dans le recueil de conférences La connaissance de la vie, qui est une analyse de la genèse et du parcours de la notion de milieu dans l'univers intellectuel et culturel français. On retiendra en particulier de l'analyse de Canguilhem l'enracinement de la notion de milieu dans la physique. La notion apparaît chez Descartes (1639), qui la définit comme " ce qui est interposé entre plusieurs corps et transmet une action physique de l'un à l'autre ". Elle est reprise par Newton, puis, en biologie, par Buffon et Lamarck, lequel désigne par circonstances les actions qui s'exercent du dehors sur le vivant, et réserve milieu à la désignation des fluides comme l'eau, l'air, la lumière. Comte, en proposant, dans la quarantième leçon de son cours de philosophie positive, une théorie biologique générale du milieu, donne précisément au terme le sens " d'ensemble total des circonstances extérieures nécessaires à l'existence de chaque organisme ", et donc le détache d'une perspective exclusivement physique. Ce remaniement s'accompagne d'un glissement de sens : " Circonstances et ambiance ( ) conservent encore une valeur symbolique, mais "milieu" renonce à évoquer toute autre relation autre que celle d'une position niée par l'extériorité indéfiniment. ( ) Le milieu est vraiment un pur système de rapports sans support. " Le prestige de la notion de milieu tient donc à ce qu'il devient un " instrument universel de dissolution des synthèses organiques individualisées dans l'anonymat des éléments et des mouvements universels. " Ce point de vue atteint son extrême chez les néo-lamarckiens, " qui ne retiennent des caractères morphologiques et des fonctions du vivant que leur formation par le conditionnement extérieur ", marquant ainsi la perte de toute autonomie, de toute spécificité et sa réduction au monde de la physico-chimie. Très différente est la vision darwinienne, même si l'historien de la biologie et exégète du darwinisme Ernst Mayr souligne les contradictions de Darwin concernant les influences de l'environnement sur les variations des organismes. Pour Darwin, ce qui caractérise le vivant, c'est sa relation à d'autres vivants, beaucoup plus que la relation à ce qu'il appelle conditions extérieures (Darwin n'utilise pas les termes de milieu et d'environnement), c'est-à-dire le monde physico-chimique mis en avant par les néo-lamarckiens. De ce point de vue, on peut considérer la conception darwinienne, qui met au second plan le déterminisme environnemental comme précurseur de la vision moderne de l'environnement. On peut souligner, comme le fait Mayr, la vision populationnelle, sociale, qui est celle de Darwin, héritier de la déjà longue tradition de la démographie anglaise promue par Petty et Graunt, via Malthus, qui l'a directement inspiré (et fortement contribué à donner une si mauvaise réputation en France à la théorie darwinienne). Ce détour par la notion de milieu fait ainsi apparaître ce que l'on doit à "environnement", à savoir échapper au réductionnisme physico-chimique, au système de contraintes, à l'encapsulement propre au milieu : alors que "milieu" situe un rapport de dépendance, de vassalisation, "environnement" manifeste une réalité ouverte, labile, interactive et évolutive, respectueuse de la spécificité et de l'autonomie du vivant. Nous allons chercher à en présenter plus en détail l'origine, à travers l'histoire du terme dans son univers culturel d'origine, le monde anglo-saxon. Environnement dans l'univers anglo-saxon. L'histoire
du terme environnement en anglais est bien différente de celle
du terme français. D'après l'Oxford Standard English Dictionnary,
le mot apparaît au début du XVIIe siècle, et reste
rare jusqu'au début du XIXe. Cependant, il est précédé
par la forme environning, participe présent d'environ, dérivé
du français environner, qui, compte tenu de l'usage qui est fait
en anglais du participe présent comme substantif, anticipe l'arrivée
d'environment. Environ possède plusieurs sens. Le plus ancien est
identique à celui du français, mais d'autres se développent
rapidement, autour de l'idée d'entourer. En particulier, on trouve
le sens d'entourer de tous côtés, essentiellement associé
à l'air et à la lumière, comme celui de parcourir
en tous sens, de voyager. Environ possède donc très tôt
une connotation de bain, d'immersion, c'est-à-dire d'un rapport
(physique) global entre un corps et un fluide qui l'entoure, en même
temps qu'un sens topologique, géographique. L'univers sémantique
d'environning en anglais est à l'opposé de celui d'environnement
en ancien français : là où l'un situe une réalité
circonstancielle précise (trajectoire, menace), l'autre au contraire
situe quelque chose de diffus, d'impalpable. En géographie, la thématique de l'environnement se développe d'abord dans une perspective de déterminisme environnemental, exprimant la façon dont la géographie, à travers de multiples facteurs physiques comme, par exemple, le climat, la structure géologique, imposerait leurs caractéristiques aux organismes vivants et aux sociétés humaines. Cette perspective se retrouve dans la géographie allemande, qui accède la première à un ancrage universitaire, avec en particulier l'anthropogéographie de Ratzel, mais aussi dans les géographies anglaises (Mackinder) ou américaines (Davis). L'historien de la géographie David N. Livingstone interprète cette mise en uvre comme une tentative pour donner une crédibilité scientifique, un fondement théorique à une discipline constituée d'une multitude d'observations disparates, mais sans structure causale précise, dans le contexte d'institutionnalisation universitaire de la seconde partie du XIXe siècle et d'émergence de la théorie de l'évolution de Darwin. Pour Livingstone, celui-ci conduit les géographes à concevoir la spécificité de la géographie dans le fait de réunir en une même perspective conceptuelle nature et culture, nature et société humaine. La théorie darwinienne, en perte de vitesse avant l'émergence de la génétique et la redécouverte des lois de Mendel au début du siècle, est réinterprétée d'un point de vue néo-lamarckien. Proche du darwinisme social et du courant dérivé de Spencer, cette perspective se traduit en termes de volonté et d'influence de l'environnement sur les organismes. À travers cette orientation, la géographie reprend un très ancien héritage, inspiré des théories d'Hippocrate et d'Aristote, selon lesquelles le milieu, en particulier le climat, entraîne des combinaisons différentes des humeurs, se traduisant à leur tour par des caractéristiques physiques et morales particulières. Dès 1888, cependant, l'anthropologue Frantz Boas rejette une telle conception. Mais c'est sans doute dans la toute nouvelle université de Chicago que les idées de déterminisme environnemental vont rencontrer l'opposition la plus déterminée, et de la part des biologistes. Le département de biologie cherche à se constituer de façon autonome face aux visées des géographes qui, dans la logique du déterminisme environnemental, témoignent d'un impérialisme marqué vis-à-vis d'une discipline qu'ils songent à vassaliser. Whitman, directeur du département de zoologie et de la division des sciences biologiques, défend la conception selon laquelle l'organisme témoigne à la fois d'un agencement propre et d'une histoire. Child, proche de Dewey, défend l'idée que la structure organique résulte " des relations et des interactions des éléments dans un environnement donné ". Mais en écologie se développent des résultats qui contredisent le plus nettement le point de vue dominant des géographes. Si Cowles apparaît comme un tenant du déterminisme environnemental dans la ligne de la physiographie prônée par Salisbury, directeur du département de géographie, les choses se renversent avec Shelford, promoteur avec C. Adams du développement de l'écologie animale. Shelford publie en 1913 un travail dont le but est précisément de récuser l'idée de déterminisme environnemental. Étudiant la succession de populations de poissons, il met en évidence que ce sont les murs et les comportements de reproduction, et non l'environnement en tant que tel, qui conditionnent la succession. Les espèces interagissent, chacune optant pour les conditions qui lui conviennent le mieux. Shelford rejoint ainsi la perspective de l'indéterminisme darwinien. Il affirme, dans un article paru en 1931, que c'est l'ensemble des interactions de l'ensemble des espèces végétales et animales qu'il faut prendre en considération. Ces orientations
de la biologie et de l'écologie animale à l'université
de Chicago portent l'empreinte déterminante de deux personnalités,
Georges Herbert Mead et John Dewey, dont l'influence s'est exercée
de façon profonde et durable sur les orientations intellectuelles
de l'université. G. H. Mead, arrivé à Chicago dès
1892, y travaillera jusqu'à sa mort, en 1931. Dewey, auteur d'une
thèse sur la psychologie de Kant et qui s'était lié
d'amitié avec Mead à l'université de Michigan, le
rejoint en 1894 pour occuper la chaire de philosophie et de pédagogie.
Il reste en poste à l'université de Chicago dix ans, jusqu'en
1904. Il y fonde l'École laboratoire, dont il assume la direction.
Figure majeure de la philosophie américaine, Dewey est d'abord
connu pour le rôle qu'il a joué dans le domaine de l'éducation
et son apport à la rénovation pédagogique. Dès
son travail sur l'arc réflexe, publié en 1896, Dewey, promoteur
du fonctionnalisme en psychologie, met au centre de sa conception l'idée
d'interaction organisme-environnement. L'organisme ne peut être
envisagé indépendamment d'un environnement avec lequel il
interagit, sur lequel il intervient et qu'il contrôle au moins dans
une certaine mesure. L'idée d'interaction est également
au cur de la conception philosophique de Mead, largement développée
dans son ouvrage La pensée, le soi et la société.
Dans un texte publié en 1904, intitulé " The Chicago
School ", William James lui-même s'est attaché à
résumer les traits majeurs à ses yeux de ce qu'il appelle
École de Chicago, dont il considère J. Dewey comme le chef
de file. Pour James : Dewey et
Mead sont deux figures majeures, avec Peirce et James, du pragmatisme,
dont le rôle dans l'émergence et le développement
ultérieur de la notion d'environnement apparaît central.
Né dans l'esprit de Peirce de la volonté de rendre nos idées
claires et de libérer la philosophie de l'obscurité conceptuelle
et de la gangue métaphysique où elle s'enlise souvent en
stériles discussions, le pragmatisme a pour caractéristiques
principales : le rejet du rationalisme et du cartésianisme par
Peirce, dont le travail annonce et prépare celui de Wittgenstein,
la place accordée à la subjectivité, à la
croyance et à l'action (James), à l'expérience (Dewey)
indépendamment de toute approche a priori et de réalité
en soi. James synthétise dans un ouvrage paru en 1909, Le pragmatisme,
les traits les plus typiques de ce tournant majeur de la pensée
philosophique américaine. Il y développe une théorie
de la vérité demeurée célèbre, qui
lie celle-ci à la mise en uvre du processus même de
sa " vérification " : " La vérité
arrive à une idée. Elle devient vraie, elle est rendue vraie
par les événements. " À travers sa théorie
de la vérité, James consacre ce qu'il appelle empirisme
radical, qui constitue une mise en évidence sans équivalent
de la dynamique cognitive liant les individus au monde, indissociable
de la compréhension de la variété et de la pluralité
de ses manifestations, et la part déterminante qu'y tient l'action. Et en France ? Qu'en est-il
de l'environnement en France de ce point de vue ? Son intégration
précoce dans le système institutionnel pose question. Un
mot ironique de Lucien Chabason, alors directeur du cabinet de Brice Lalonde,
selon lequel " on ne s'était jamais autant préoccupé
de problèmes d'environnement qu'avant la création du ministère
", caractérise assez bien la situation. En s'institutionnalisant
au sein de l'État à partir de 1971, l'environnement s'est
heurté à deux écueils également menaçants
et se renforçant mutuellement : la déconsidération,
du fait des moyens dérisoires qui lui étaient consacrés,
et l'endiguement technico-administratif consécutif à son
inscription dans le jeu réducteur des mécanismes de l'État.
Ainsi, les relations entre environnement et santé ont-elles été
longtemps absentes, à l'image des rapports entre leurs deux ministère
de tutelle, qui se sont longtemps ignorés. De même avec l'agriculture,
il a fallu que la récente crise fasse publiquement apparaître,
et de manière paroxystique, des dérives identifiées
de longue date, pour que la question de sa réorientation vienne
à l'ordre du jour, sans parler de l'industrie
La relation
entre le mouvement social autour de l'environnement et le ministère
est également ambiguë. On peut y associer l'absence de théorisation
sérieuse quant à la relation entre sciences sociales et
environnement. Celle-ci a été, jusqu'à très
récemment, massivement ignorée par les institutions de recherche
et prise en compte seulement par quelques personnalités isolées,
et souvent sur des points particuliers et limités plus que dans
sa généralité. Ces travaux n'ont guère donné
lieu à synthèses, alors que plusieurs des chercheurs de
premier plan impliqués ont maintenant quitté le champ. Plus
largement, si la recherche dans le domaine s'est récemment structurée
autour de quelques grands programmes, elle reste relativement erratique
faute de pôles spécifiques, de courants de pensée
et de personnalités véritablement reconnus, minée
par de nombreux conflits d'institutions qui grèvent les mises en
uvre, mais aussi faute d'une exploration concertée minimale
de la problématique environnementale en tant que telle. Quant à
l'Université, elle reste peu ouverte à un domaine d'application
transversal à son mode de structuration par disciplines et champs
disciplinaires.
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