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Santé-environnement,
défis pour le troisième millénaire
André
Aschiéri
Sécurité sanitaire environnementale, l'expression est nouvelle.
Elle fait florès. Pourtant, ce risque nouveau dans ses termes est
aussi vieux que la médecine, le primum non nocere - d'abord ne
pas nuire - et que le serment d'Hippocrate. Depuis près d'un siècle,
les progrès de la médecine, le recul des grandes pathologies
nous avaient habitués à ne voir dans le système de
santé que des services de soins toujours plus performants. L'introduction
de la notion de sécurité sanitaire a changé notre
approche des choses et, d'une façon plus particulière, notre
définition de la Santé publique.
Nécessairement pluridisciplinaire dans notre conception occidentale,
la santé publique se heurte, en France, à divers savoirs
académiques qui s'estiment capables de répondre aux questions
qu'elle soulève. Pour la plupart des responsables des pouvoirs
publics, la notion de santé n'évoque, le plus souvent, pas
grand-chose. Au mieux, un problème est dit " de santé
publique " quand son importance et sa visibilité dépassent
à l'évidence la sphère de l'événement
individuel. Au pire, la santé publique s'oppose à la santé
privée pour désigner une tentative de collectivisation des
pratiques de soins.
La multiplication des sources d'exposition et de contamination de l'homme
par son environnement pourrait bien changer radicalement notre perception.
Entre le début et la fin de notre siècle, les enjeux sanitaires
ont considérablement changé. Si les morts dues aux maladies
infectieuses ont considérablement régressé grâce
aux progrès de la médecine, le nombre des cancers a dans
le même temps progressé de 4 à 30 % dans l'ensemble
des pays développés. En moins de trois ans, la notion de
sécurité sanitaire environnementale s'est imposée
comme une obligation collective, un objectif de la politique de santé.
Les anciennes crises sanitaires ont montré en effet que les manquements
à cette obligation peuvent ruiner les acquis d'un système
de santé réputé efficace et provoquer de véritables
tragédies. Nos sociétés ont appris à travers
ces événements que la sécurité sanitaire environnementale
ne se décide pas en fin de chaîne, ni ne se décrète
dans quelque cabinet ; elle dépend en amont de la capacité
des institutions à détecter les risques et à réagir
en cas d'alerte. Aujourd'hui, une politique de santé publique doit
être une politique d'avant-garde.
1. La sécurité
sanitaire environnementale : une nouvelle réalité
La sécurité
sanitaire environnementale doit permettre de répondre à
l'évolution rapide et majeure des systèmes de production.
Globalement,
- 90 % de la population vivront bientôt dans les villes et se trouveront
confrontés à la multiplication des expositions environnementales
;
- l'homme possède une capacité accrue à générer
de nouveaux facteurs de risques via l'environnement, notamment par l'utilisation
de substances chimiques ;
- la grande rapidité des modifications apportées à
l'environnement met à l'épreuve les capacités d'adaptation
de l'homme. Face à cette situation, la médecine curative
est, en dépit de ses progrès, largement impuissante ;
- enfin, les dégradations de l'environnement, dues à un
héritage industriel, et l'effet différé des pollutions
actuelles font peser, aujourd'hui et encore pour longtemps, une menace
sur la santé humaine.
Nous devons aujourd'hui affronter des enjeux multiples.
Des enjeux
sanitaires
Entre le
début et la fin de notre siècle, aux États-Unis,
la mortalité par pathologies infectieuses est passée de
32 % à 5 %, tandis que celle due aux cancers progressait de 4 %
à 30 %. Une évolution similaire a été observée
dans l'ensemble des pays développés. De manière plus
spécifique pour la France, cette évolution s'accélère
sur les dernières années avec l'apparition de 67 % des lymphomes
et de 46 % des tumeurs du cerveau depuis dix ans. Une évolution
aussi rapide sur une période de temps aussi courte plaide pour
l'implication de facteurs environnementaux, liés en particulier
aux substances chimiques, davantage que pour la responsabilité
de facteurs génétiques. Les populations migrantes adoptent
en moins de deux générations le profil de cancers du pays
d'accueil. Cette évolution plaide pour l'implication des facteurs
environnementaux. Au-delà des cancers, l'évolution rapide
d'autres pathologies plaide également pour la l'implication de
facteurs environnementaux.
Citons deux exemples :
- l'augmentation de la prévalence de l'asthme. Le Center for Disease
Control indique une augmentation de 52 % entre 1982 et 1992 aux États-Unis
et de la mortalité associée, qui apparaît également
liée à l'environnement, par une présence croissante
de virus et d'allergènes dans l'air intérieur et extérieur,
mais également par la pollution chimique liée aux transports.
- une enquête similaire effectuée en 1994 est particulièrement
révélatrice. Comparant l'état de santé des
populations d'Allemagne de l'Ouest et de l'Est, elle a montré la
nature et l'évolution des maladies, alors que les populations sont
génétiquement comparables. L'origine des pollutions : à
l'Ouest, pollution d'origine automobile et habitat moderne, à l'Est
pollution d'origine industrielle et habitat ancien, a permis de conclure
à la responsabilité des produits chimiques dans ces pathologies.
Des enjeux
sociaux
Ces évolutions
ont d'importantes conséquences sociales.
Les dégradations de l'environnement et les perturbations sanitaires
qui peuvent en découler touchent plus durement les couches moins
favorisées de la population, davantage exposées à
certaines nuisances environnementales telles que le bruit ; de la même
manière, ces populations peuvent, du fait d'un habitat insalubre,
être plus facilement atteintes par le saturnisme infantile.
La réduction
de cette inégalité apparaît comme l'un des défis
auxquels l'État, les États, doivent répondre, d'autant
que la société a des difficultés à s'adapter
spontanément aux changements environnementaux.
Les enjeux
environnementaux
Lors de la
conférence de Rio, en 1992, la commission " Santé et
environnement " de l'OMS déclarait :" Le développement
qu'implique la protection de la santé exige le respect de l'environnement
parmi, bien sûr, beaucoup d'autres conditions, alors qu'un développement
qui ignorerait l'environnement conduirait fatalement à porter atteinte
à la santé de l'homme. "
Une illustration de cette affirmation nous est donnée par la catastrophe
de la mer d'Aral. Entre 1970 et 1990, des pratiques agricoles désastreuses
ont provoqué l'assèchement partiel de la mer d'Aral et le
déversement de 118 000 tonnes d'engrais et de défoliants
dans l'environnement régional. Cette catastrophe écologique
provoquant un recul de la mer de 50 à 80 km et un passage de l'amplitude
thermique annuelle de 60°C à 100°C a entraîné
une catastrophe sanitaire, à savoir : augmentation de 60 % de la
mortalité infantile, incidence de certains cancers sept fois supérieure
à la moyenne soviétique, épidémies récurrentes
dues à la mauvaise qualité de l'eau.
Il faut donc
pouvoir évaluer de manière préventive le niveau de
pollution que peuvent supporter les écosystèmes sans subir
de modification significative pouvant, directement ou indirectement, nuire
à la santé de l'homme : c'est le concept de " charge
critique ", actuellement développé par l'Agence européenne
de l'environnement (AEE). Une politique de l'environnement visant à
améliorer la qualité des milieux (air, eau, sols) contribue
aussi à la prévention et à la réduction des
risques sanitaires. Cette prévention implique une approche globale
des milieux, pour éviter de transférer les problèmes
de l'un à l'autre. L'erreur commise dans le traitement des déchets
illustre cette exigence : l'interdiction à terme de la mise en
décharge (hors déchets ultimes), destinée traiter
un problème de pollution des sols, est à l'origine d'un
problème de pollution de l'air, car elle a conduit à un
développement systématique de l'incinération.
Des enjeux
internationaux
L'importance
des travaux à accomplir dans le domaine des risques sanitaires
liés aux perturbations de l'environnement les situe d'emblée
au niveau européen et international. Cependant, le manque de coordination
est flagrant dans le champ international. Les acteurs principaux comme
l'OMS, l'OCDE et l'Union européenne, les différents pays
européens ne travaillent pas de façon coordonnée.
Alors que des milliers de produits chimiques sont mis sur le marché
chaque jour, les impacts sur la santé de l'homme et sur l'environnement
ne sont pas évalués. Je crois que cette évaluation
est un des enjeux majeurs auxquels doivent faire face les pays développés.
Par ailleurs, au niveau européen, si le principe de précaution
en matière de protection de l'environnement et de la santé
des personnes (art. 130-R du traité de Maastricht) inspire les
directives et règlements, son utilisation reste dans les faits
très limitée.
2. L'évolution
des risques et le renouvellement de leur gestion
La relation de l'environnement et de la santé humaine
Revenons
à la définition de la santé donnée par l'Organisation
mondiale de la santé : " Un état de bien-être
physique, mental et social qui ne se caractérise pas seulement
par l'absence de maladie ou d'infirmité. " Nous considérons
que l'environnement de l'homme concerne les milieux naturels et les écosystèmes,
ainsi que l'ensemble des activités humaines.
Cet environnement est source de danger, notamment par le biais de :
- phénomènes naturels (climatiques, météorologiques,
géosphériques
)
- activités économiques (industrie, énergie, agriculture,
aménagements, transports
)
- lieux d'activité humaine (habitations, lieux de travail, moyens
de transport, lieux de loisir
).
Ces sources de danger atteignent dès lors les écosystèmes
et l'homme par différents vecteurs tels que les rayonnements ionisants
ou non-ionisants, l'air ambiant extérieur ou des lieux de vie et
de travail, les eaux, ou encore la chaîne alimentaire. Face aux
risques sanitaires liés aux produits de santé et aux produits
alimentaires, le concept de sécurité sanitaire a été
développé pour répondre à une exigence plus
forte des citoyens. La sécurité environnementale vise, elle,
à agir sur l'environnement en amont des impacts sanitaires liés
à la dégradation des milieux et des équilibres écologiques.
La mise en
évidence des risques sanitaires liés à l'environnement
n'est pas une nouveauté. La fin du XIXe siècle a vu se développer,
avec le mouvement hygiéniste, de nombreuses règles portant
sur les eaux d'alimentation, l'habitat insalubre et les établissements
dangereux et incommodes, afin de réduire des épidémies
fréquentes et une mortalité élevée. Depuis
les années 1960, la population peu à peu a pris conscience
du développement d'une pollution visible : à cette époque,
des mousses couvrent de nombreuses rivières et les décharges
sauvages se multiplient. De nouvelles organisations sont mises en place
au niveau national et surtout communautaire, avec la définition
de programmes européens de protection de l'environnement, dont
résulteront de nombreuses directives.
Des accidents comme celui de Seveso (1976) attirent l'attention sur les
risques collectifs liés à l'activité industrielle.
L'explosion récente du silo de Blaye (1998) montre que ces dangers
restent d'actualité. De même, des catastrophes sanitaires
comme celle de Minamata avec une pollution des eaux et des sédiments
par le mercure, ou de Love Canal aux États-Unis (pollution de sols
par les déchets ; 1978-1980), ont mis en évidence l'impact
retardé sur la santé humaine de l'imprégnation des
milieux par des substances toxiques issues de l'activité industrielle.
Dans ces situations, l'exposition, à des doses relativement fortes,
de populations peu nombreuses concentrées autour de la source du
danger permettait de démontrer l'existence d'un lien de causalité
incontestable.
Depuis, la
mise en place de mesures de prévention et de contrôle dans
les pays industrialisés a fait diminuer les risques biologiques
ou toxiques liés à des expositions à des fortes doses
de contaminants. Cependant, ce dispositif connaît une limite importante.
Ces règles ont fréquemment été élaborées
au coup par coup, en réponse à des problèmes ponctuels
et, en conséquence, sont souvent sectorielles : certaines réglementent
de manière distincte les pesticides, selon qu'on les retrouve dans
l'eau, dans les aliments ou dans l'air. Une approche transversale serait
pourtant plus efficace, car elle permettrait d'aborder l'ensemble des
expositions qu'un individu peut subir.
Les risques
liés aux faibles doses et aux longues durées d'exposition.
Actuellement,
la question des risques sanitaires liés à l'environnement
se pose de plus en plus pour des expositions chroniques et multiples à
des quantités de polluants faibles (pesticides), voire très
faibles (dioxines). Les sources de dangers sont également diverses,
mobiles et diffuses. Il en résulte plusieurs difficultés
nouvelles, telles que la mesure des quantités de polluants présentes
dans les milieux, l'estimation des doses auxquelles sont réellement
exposés les individus, l'étude des dangers et de leurs effets,
et surtout, la démonstration des relations de cause à effet.
Face à
ces difficultés, l'écueil à éviter est de
considérer qu'un phénomène, invisible parce que l'on
ne s'est pas donné les moyens de le voir, n'existe pas. La principale
nouveauté est que la question des risques sanitaires liés
à l'environnement se pose désormais pour l'ensemble de la
population, exposée dans son activité professionnelle comme
dans son activité privée aux substances présentes
dans l'air extérieur et intérieur, l'eau, les aliments et
les autres produits de consommation courante. Un risque individuel faible
peut, dans ce contexte, induire un risque collectif suffisamment important
pour être considéré comme un véritable enjeu
de santé publique.
Quelle méthodologie
d'analyse et de gestion des risques ?
Répondre
à cette question en quelques mots n'est pas simple. Aussi, me semble-t-il
nécessaire de choisir un modèle utilisé tant par
le Conseil national de l'Académie des sciences des États-Unis,
que par le Codex alimentarius (OMS, FAO) ou par l'Union européenne.
Un modèle
général d'analyse de risque a été établi.
Il distingue trois étapes :
1. la première est celle de la production de données,
2. la seconde consiste en l'évaluation des risques proprement dite,
c'est-à-dire la probabilité et la gravité des effets
de l'environnement sur la santé de l'homme. Elle se fonde sur des
données scientifiques, issues de différentes disciplines
(épidémiologie, toxicologie, évaluation des expositions...).
3. enfin, la dernière étape est celle de la gestion des
risques qui consiste à traiter les risques inacceptables. Dans
cette étape, l'élaboration de solutions alternatives est
une constante et certains scénarios sont récurrents : le
décideur peut choisir d'interdire, d'imposer certaines contraintes
réglementaires ou financières, enfin de laisser aux individus
la liberté d'agir, notamment en les informant de manière
plus ou moins détaillée des risques existants et des attitudes
possibles.
Deux principes
me semblent constituer la ligne conductrice de toute décision politique.
1. Le principe fondamental de la méthodologie que nous venons de
définir reste la nécessité de séparer évaluation
et gestion des risques. Sans ce principe d'indépendance les contraintes
politiques, économiques, ou sociales pèsent sur les décideurs.
2. le second principe est l'application dans les faits et dans la décision
politique du principe de précaution. Il constitue un cadre de réflexion
qui permet d'agir alors que la preuve scientifique fait défaut
ou qu'elle est encore insuffisante pour affirmer l'existence ou l'absence
de risque. Il permet d'organiser une riposte graduée, en fonction
de ce que nous savons du risque quant à sa gravité potentielle
et à son degré d'irréversibilité. Il ne doit
en aucun cas être un principe d'abstention.
3. La faiblesse
globale du dispositif français et les prémices d'une démarche
européenne
Les insuffisances
de la connaissance
La décision
en matière de santé environnementale doit s'appuyer sur
une recherche solide et une expertise reconnue et structurée selon
des principes éthiques. Sur chacun de ces points se dégage
un constat de carence. Les disciplines de base du champ santé-environnement,
qui relèvent d'une approche globale de l'homme et de sa relation
à l'environnement, sont marginalisées au sein de la recherche
publique ; c'est du moins le constat que nous pouvons dresser pour la
France. Ainsi, la toxicologie n'est pas suffisamment reconnue, l'épidémiologie
a vu son statut renforcé mais elle tarde à acquérir
une dimension comparable à ses homologues anglo-saxons, l'écotoxicologie
(ou toxicologie environnementale) ne se développe que de façon
récente.
Enfin, l'étude globale des facteurs de l'exposition humaine aux
dangers, que nous qualifierons d'expologie, est à développer
en France.
La recherche appliquée sur les risques du champ santé-environnement
est un domaine qui souffre depuis longtemps d'un manque de moyens par
rapport à ceux consacrés au risque nucléaire, de
moyens financiers et humains. De manière générale,
les approches interdisciplinaires indispensables ne sont guère
présentes dans les priorités des grands organismes de recherche,
en dehors d'initiatives ponctuelles.
Au sein des
organismes publics de recherche, deux grandes catégories d'organismes
apportent leur contribution à l'expertise :
- les grands organismes de recherche fondamentalement orientés
vers la production de connaissances et pour lesquels les travaux d'expertise
constituent une prolongation à la marge de cette activité.
- les organismes d'appui aux politiques publiques qui, sur la base de
leur potentiel de recherche fondamentale et appliquée, sont davantage
orientés vers la fourniture de l'expertise aux pouvoirs publics
et aux acteurs économiques.
Dans les deux cas, les experts sont avant tout des chercheurs, évalués
sur la base de leurs publications et non de leur participation à
l'expertise. Cette participation est peu ou pas rémunérée.
Elle devient même contre-productive pour leur carrière.
Les chercheurs ne sont donc pas incités à participer à
l'expertise au niveau national ou international.
Il y a, par ailleurs, unanimité sur les règles déontologiques
conditionnant la qualité de l'expertise : indépendance,
contradiction et organisation, selon des procédures transparentes
et stables. Un consensus admet que l'indépendance totale de l'expert
individuel n'existe pas. Celui-ci peut subir des influences diverses,
liées aux intérêts économiques, à la
carrière et au prestige. De plus, le statut de certains organismes
garantit mal leur indépendance. Une conception éthique de
l'expertise implique que celle-ci soit contradictoire et collective. Il
est indispensable que les points de vue marginaux soient documentés.
Dans le champ santé-environnement, la nécessaire pluridisciplinarité
renforce cette exigence d'une expertise collective, même si celle-ci
ne constitue pas une garantie absolue. Par ailleurs, le " lanceur
d'alerte " doit être protégé des pressions, voire
des menaces qui peuvent être exercées contre lui au cas où
les résultats de l'expertise iraient à l'encontre des intérêts
publics ou privés.
Les objectifs
de la veille environnementale visent à identifier les nouvelles
connaissances scientifiques qui nécessitent de reconsidérer
les dispositions retenues jusqu'alors vis-à-vis des pratiques ou
des risques, et à détecter les perturbations environnementales
susceptibles de préfigurer des risques sanitaires ou des effets
sur la santé pouvant être causés par des facteurs
environnementaux. La situation est d'autant plus difficile que l'évaluation
reste à développer.
Le recensement
des organismes intervenant, à des degrés divers, dans le
champ de la santé et de l'environnement a permis de mettre en évidence
l'existence de multiples structures. La plupart effectuent, de leur propre
initiative, des travaux d'évaluation des risques. Cette dispersion
des structures conduit à des redondances, voire des concurrences
entre elles. Rattachées à des ministères différents,
elles reçoivent une partie de leurs commandes de leurs autorités
de tutelle, l'autre partie de leur activité découlant de
leur auto-saisine. L'absence de coordination de la tutelle est source
de concurrence entre organismes, qui peuvent être saisis concomitamment
ou successivement de problèmes similaires.
Les carences de l'administration
Au sein de
l'administration, le lien entre santé et environnement demeure
à établir. Face à l'émergence de risques et
problèmes nouveaux, des évolutions ont vu le jour. Ainsi,
en 1992, des organes interministériels ont été mise
en place au sein du ministère de la Santé publique. Cependant,
les modes de fonctionnement des structures administratives ont peu évolué
; c'est sans doute une question de culture de cette haute administration.
Il est certain qu'il existe une absence de vision globale des enjeux et
un manque d'impulsion politique forte. La politique de santé publique
s'est d'abord manifestée au travers du mouvement hygiéniste
et du traitement des grands fléaux qu'il s'agissait d'éradiquer.
C'est l'origine de notre ministère de la Santé publique.
Malgré la réaffirmation de la nécessité de
prendre en compte la prévention, notre système de santé
reste encore largement centré sur le curatif et l'offre de soins
individuels, et marginalise certains aspects préventifs de la médecine,
comme c'est le cas pour la médecine scolaire.
Ce constat
doit toutefois être nuancé, car la politique de santé
s'est rapprochée des préoccupations de protection de l'environnement,
au travers notamment de l'hygiène des milieux. Les actions dans
le domaine de la qualité des eaux ou de l'habitat insalubre en
témoignent. La politique de l'environnement s'est pendant longtemps
donné comme priorité d'améliorer l'état de
l'environnement. Elle a contribué pour une part à la prévention
des risques sanitaires, mais elle n'a pas cherché à mesurer
précisément les impacts sanitaires des dégradations
de cet environnement. Son recentrage sur la prévention des risques,
au travers, par exemple, de la loi sur l'air, la rapproche des préoccupations
de santé publique. On constate une faible intégration des
considérations sanitaires et environnementales dans les politiques
des ministères, y compris parfois dans ceux de la Santé
et de l'Environnement.
4. Une nouvelle
politique
Face à ces contraintes, le parlement français a décidé
de refonder son système de sécurité sanitaire environnementale.
Celui-ci s'appuie sur cinq grands principes :
1. l'État est le garant de la sécurité sanitaire.
Si la recherche du risque zéro est bien évidemment très
souvent inaccessible et pratiquement inapplicable, il est de la responsabilité
des politiques d'ouvrir le débat sur une définition, qui
ne peut être que collective, des risques minimaux acceptables, techniquement
et socialement
2. les règles de droit, d'origine nationale ou communautaire, doivent
définir de manière suffisamment rigoureuse les conditions
dans lesquelles peut être assurée la sécurité
sanitaire environnementale.
3. le contrôle de l'application de ces règles doit être
effectué par une administration dont la mission est bien identifiable
et la capacité à mobiliser les compétences irréprochables,
de sorte qu'aucun conflit de préoccupation ne vienne entraver ni
son exercice, ni sa crédibilité.
4. le dispositif de veille sanitaire doit être en mesure de rassembler
toutes les informations pertinentes émanant d'organismes publics
et privés et de compléter les lacunes. Il doit être
organisé de telle sorte que les informations de base soient bien
connues, et que les procédures d'alerte des autorités compétentes
et les recommandations qui leur sont adressées leur permettent
de prendre, au moment utile, les décisions nécessaires.
5. Le principe de précaution est inscrit dans la loi du 2 février
1995 relative à la protection de l'environnement, il précise
: " En l'absence de certitude, compte tenu de l'état des connaissances
scientifiques et techniques du moment, la menace d'atteintes graves et
irréversibles doit conduire à l'adoption de mesures proportionnées
à un coût économiquement supportable. " C'est
un principe d'action et non d'inaction.
Mieux évaluer,
mieux gérer les risques pour éviter les crises, tel est
l'intérêt des organismes de sécurité sanitaire.
Le 1er juillet 1998, la parlement français a adopté à
l'unanimité une loi relative à la veille et à la
sécurité sanitaire des produits destinés à
l'homme. Cela a permis la mise en place des structures nécessaires
à l'évaluation et à la gestion des risques pour les
produits de santé et les aliments. La loi du 1er juillet 1998 a
prévu la création d'un institut et de deux agences, placés
sous une structure interministérielle, le Comité national
de sécurité sanitaire :
- l'Institut de veille sanitaire : cet établissement public, placé
sous la tutelle du ministre chargé de la Santé aura pour
mission de surveiller en permanence l'état de santé de la
population et de détecter tout événement susceptible
de l'affecter, d'alerter les pouvoirs publics compétents, et de
formuler des recommandations.
- l'Agence française de sécurité sanitaire des produits
de santé : dont la mission sera d'assurer le contrôle de
la sécurité sanitaire (autorisation, vigilance, police sanitaire)
de tous les produits de santé (médicaments, greffes, thérapies
géniques ou cellulaires,
) et de tous les produits cosmétiques.
-l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments
: assurant l'évaluation des risques dans le domaine alimentaire
entendu au sens large. Si l'agence n'a pas de pouvoir de police, elle
dispose de nombreux outils lui permettant d'avoir une influence considérable
sur les décisions prises. Formulant avis et recommandations, sa
consultation est nécessaire avant toute prise de position. Elle
dispose par ailleurs d'un laboratoire d'expertise intégré.
Ces trois établissements, effectivement créés, répondent
à deux des trois types de crises que nous avons connues en France
et auxquelles nous serons de plus en plus exposés. Le sang contaminé,
d'une part, la crise de la vache folle, d'autre part, illustrent les carences
auxquelles ces deux agences remédient désormais.
Mais ce texte,
bien que marquant une avancée certaine dans le domaine de la prévention
des risques, ignore totalement l'aspect de sécurité sanitaire
environnementale et plus particulièrement le champ immense des
toxiques présents dans tous les milieux de vie, qui peuvent avoir
de graves conséquences sur la santé humaine.
Des droits
nouveaux
Depuis 1998,
quatre principes cardinaux, qui sont autant de droits, structurent désormais
la méthodologie de la sécurité sanitaire :
- le principe d'évaluation, qui commande de connaître le
rapport bénéfice-risque ;
- le principe de précaution, qui impose d'intervenir dès
qu'il apparaît que les risques peuvent l'emporter sur les bénéfices
attendus ;
- le principe d'indépendance, notamment par rapport aux intérêts
économiques, des experts et des décideurs
- enfin, le principe de transparence, condition d'une alerte précoce.
Ces quatre principes, formant l'obligation collective de l'État,
sont ceux qui ont inspiré la loi.
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