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Mots
tombés du ciel Le thème majeur de la dernière campagne électorale pour les présidentielles a été (est) celui de la violence, de l'insécurité. Deux mots sont revenus très fréquemment dans les propos de chaque candidat, délinquance et incivilité. À travers leur référence commune à la notion de "manque", l'un nous rappelle le ciel, l'autre pas. Incivilité n'a rien à voir avec le ciel. C'est un mot de la terre ou plutôt de l'homme, de la vie en société. Un peu désuet, il a été remis à la mode récemment avec une allure d'euphémisme, un petit air de politiquement correct, comme si l'on n'osait pas parler de vandalisme, de viol ou de racket. Jusqu'à maintenant, le mot signifiait simplement oubli des convenances, manque de savoir-vivre. Dans les silences du colonel Bramble, André Maurois remarque que certains " accusent les Anglais d'incivilité parce qu'ils s'abordent et se quittent sans porter la main à leur chapeau. " On ne peut être plus soft. Le cheminement du sens de ce mot ne manque pas de piquant puisque, fabriqué sur la racine latine civitas, cité ou encore mieux, condition de citoyen dans la cité il avait, il y a plus de cinq siècles, (bas latin, incivilitas), le sens de violence, de brutalité. Intéressant retour aux sources. Délinquance, lui, a à voir avec le ciel, indirectement. Il est à rapprocher de éclipse. La délinquance est un manquement aux règles sociales, civiques et morales et c'est justement un manquement que nous signale le mot éclipse. Le soleil nous fait défaut. Délinquance
est devenu très fréquent seulement vers le milieu du XXe
siècle. La première trace écrite semble dater de
1946 dans un ouvrage traitant du caractère des jeunes gens. Chaque
fois qu'un élément de notre entourage prend de l'importance,
devient un objet d'intérêt, de préoccupations, la
langue crée un nom pour le nommer, ou remplace un adjectif par
un nom. Pour y comprendre
quelque chose il faut reprendre l'histoire des mots dans son déroulement. Ils viennent
du grec par le latin. Pendant ce
temps là, le latin faisait sa propre cuisine. Il reprenait la racine
grecque leipen et la prononçait à sa façon: linquere,
tout en lui gardant le même sens, laisser, abandonner. Ce verbe
n'a pas eu grand succès mais il a reçu quelques préfixes
et ces mots-là sont venus jusqu'à nous. Les voici : Ce joli balancement
sémantique qui va de manquer, faire défau, d'une part à
laisser, rester d'autre part donne une homogénéité
à cette famille de mots. Mais pour ce qui est des formes, la famille
de éclipse réserve quelques surprises. Écliptique
on pouvait y penser, ellipse pourquoi pas, mais relique et délinquant,
c'était tout à fait imprévisible. Seul le noyau dur
li se retrouve partout, c'est un peu mince. Remarques |