|
LES
MOTS TOMBES DU CIEL
ASTROLOGUES ET ASTRONOMES
Jean-Claude
Guillon
Les sages d'autrefois, qui valaient bien ceux-ci,
Crurent, et c'est un point encore mal éclairci,
Lire au ciel les bonheurs ainsi que les désastres,
Et que chaque âme était liée à l'un des astres.
(On a beaucoup raillé, sans penser que souvent
Le rire est ridicule autant que décevant,
Cette explication du mystère nocturne.)
Or ceux là qui sont nés sous le signe SATURNE,
Fauve planète, chère aux nécromanciens,
Ont entre tous, d'après les grimoires anciens,
Bonne part de malheur et bonne part de bile.
Paul Verlaine
Poèmes saturniens
Depuis toujours, astres et planètes sont connus pour exercer une
influence sur la vie des hommes. Les Chaldéens nommaient les planètes
interprètes (interprètes de la destinée, bien sûr),
et les Grecs et les Romains appelaient Chaldéens les astrologues.
Et de nos jours, il n'est que d'ouvrir n'importe quel magazine pour y
trouver un horoscope plus ou moins détaillé. Depuis l'Antiquité
la plus haute, on lit dans les lignes de la main, dans les cartes, dans
les entrailles des animaux sacrifiés, on observe le vol des oiseaux,
le marc de café et la boule de cristal sont des supports encore
utilisés, mais c'est peut-être l'interprétation de
la position des étoiles au moment de la naissance qui a la vie
la plus longue parmi tous les arts de la divination. On continue à
dire : il est né sous une bonne étoile, ou une mauvaise...
Beaucoup de mots passés dans l'usage courant témoignent
encore de leurs origines astrologiques. Mais en devenant des mots de tous
les jours, il leur arrive la même mésaventure qu'à
beaucoup d'autres : ils perdent de leur force. La première fois
que l'on a osé parler de l'influence d'un homme sur un autre homme,
ou de son ascendant, on a utilisé volontairement une image forte.
Depuis, cette image s'est banalisée et aujourd'hui elle n'est plus
perçue comme une métaphore hardie.
Influence
Du latin fluere, couler. Il s'agit d'abord d'un écoulement matériel,
d'un flux, au moyen duquel le ciel et les astres exercent leur action
sur les hommes et les choses. Au XVIIIe siècle encore, Boileau,
dans sa première satire, n'envisage que ce sens :
" C'est par là qu'un auteur que presse l'indigence
Peut des astres malins corriger l'influence. "
Et dans son Art poétique, il dit au poète que :
" S'il ne sent point du ciel l'influence secrète... "
C'est au XVIIIe seulement, par sens figuré, que l'on commence à
pouvoir dire d'une personne, et pas seulement d'un astre, qu'elle peut
influencer quelqu'un. Au XVIIe, parler de l'influence d'un homme siècle
était une métaphore osée. On ne la perçoit
plus maintenant, le sens premier est oublié.
Ascendant
En astrologie, c'est le signe du zodiaque qui monte sur l'horizon au moment
de la naissance et qui, comme tel, joue un rôle capital dans la
détermination de la destinée. Le terme apparaît en
français dès le XIVe siècle et prend une valeur générale
seulement au XVIIe, Malherbe l'emploie dans un sens figuré, mais
il est encore tout proche du sens astrologique :
" Quel astre d'ire et d'envie,
Quand vous naissiez, marquait votre ascendant ? "
Ceux qui étaient nés sous le signe de Saturne, les saturniens,
restaient toute leur vie, tristes et tourmentés par le malheur.
Verlaine nous le rappelle :
" Tels les Saturniens doivent souffrir et tels
Mourir, en admettant que nous sommes mortels.
Leur plan de vie étant dessiné ligne à ligne
Par la logique d'une Influence maligne. "
Au contraire, ceux qui étaient nés sous le signe de Jupiter
étaient promis à une destinée heureuse, exprimée
par l'adjectif jovial. Le mot signifie d'abord : qui a trait à
Jupiter. Plus tard, capté par la proximité phonétique
de joie, le sens est devenu proche de gaîté forte, permanente
: C'était un homme d'humeur joviale. Quant aux lunatiques et aux
lunaires ils ne sont guère d'un commerce facile.
Ascendant connaît la même évolution que influence.
L'expression : avoir de l'ascendant, s'étend aux personnes. L'influence
exercée comme une domination n'est pas forcément perçue
comme positive.
Éphéméride
Encore un exemple d'un terme apparu avec un sens étroitement astrologique
et dont la valeur sémantique s'est étendue au cours des
siècles.
Emprunté au XVIe au grec ephêmeris biblos, journal quotidien,
par l'intermédiaire du latin, le mot est introduit comme nom féminin
pluriel au sens de tables astronomiques donnant pour chaque jour de l'année
la position des astres. C'est au XVIIIe qu'il prend par extension le sens
de journal intime, puis au XXe siècle, de calendrier dont on détache
chaque jour une feuille. Ce nouveau sens renoue avec le sens premier qu'avait
ce mot en grec, epi, pendant, et hêmera, jour.
Désastre
Au XVIe siècle, le mot est emprunté à l'italien disastro,
avec le sens de événement funeste. Disastrato, lui, voulait
dire : né sous un mauvais astre. Le mot s'inscrit dans l'opposition
astre, fortune favorable ; désastre, catastrophe irrémédiable.
Faut-il conter l'histoire (vraie) de cette institutrice qui, au cours
d'une leçon sur le préfixe dé, fut catastrophée
d'entendre un élève proposer devant l'inspecteur : "
Le soleil est un astre et la terre est un désastre. " Les
deux mots n'avaient pour elle aucune attache commune, elle ne voyait dans
la proposition de l'élève qu'un malencontreux mot d'enfant.
L'élève avait joué sur la forme, et appliquant la
leçon sur le préfixe dé, révélait,
à son insu, une symétrie sémantique à la pertinence
cocasse. On a vu, dans l'exergue, comment Verlaine emploie ces deux mots
pour en tirer une rime très riche.
Sidérer
En latin, sidus, sideris a le sens de constellation ; il s'oppose à
stella, étoile isolée. Stella a donné en français
étoile. Si étoile a conservé le sens qu'avait stella
en latin, il n'en va pas de même pour les descendants de sidus.
Dès l'époque latine, ce mot prend un sens très large
et désigne le ciel. L'adjectif correspondant, sideralis, signifie
: qui concerne les astres. C'est de cet adjectif que provient sidéral,
emprunté au latin en 1520. On le rencontre dans un usage didactique
: année sidérale, 1762 ; révolution sidérale,
1805 ; jour sidéral, 1835.
Le français sidéré (1530) est emprunté au
latin sideratus, qui subit l'action funeste des astres, frappé
d'insolation. Il a le sens de : influencé par les astres, jusqu'au
XVIIIe. Il est repris à la fin du XIXe siècle avec le sens
de : stupéfait, abasourdi. Sidérante se dit d'une planète
qui exerce une influence sur la santé ou la vie d'une personne,
d'après son horoscope (1871). Sidération, 1549, du latin
sideratio, désigne l'influence négative des astres et particulièrement
du soleil, puis en latin médical, la nécrose, la gangrène,
enfin, comme terme d'astrologie (1560), l'influence soudaine d'un astre
sur une personne. Depuis le XVIIIe, en médecine, il désigne
l'anéantissement subit des forces vitales sous l'effet d'un choc
émotionnel ou de la foudre. C'est sans doute cet emploi qui a pu
relancer sidéré à la fin du XIXe.
Sidérurgie n'a rien à voir avec sidéré, ni
avec sidéral. Il s'agit d'un dérivé savant (1820)
formé à partir du grec sidêros, fer, et ergon, travail,
sur le modèle de métallurgie, chirurgie, etc. On voit encore
une fois, comment une ressemblance formelle ne suffit pas pour établir
une origine commune, une parenté. En revanche, on ne pensera pas
facilement à rattacher sidéré des mots comme considéré
et désir. Et pourtant...
Considérer
Le mot vient du latin considerare (cum-sideris). D'abord, terme de la
langue de la divination et de la marine : regarder les étoiles,
il se généralise en prenant le sens de regarder attentivement,
réfléchir, ce que l'on fait lorsqu'on accorde beaucoup d'importance
à ce que l'on observe. Voici les mots dérivés de
considérer dans l'ordre de leur apparition en français :
Considération XII
Considérer XIII
Considérément XIV
Inconsidéré XV
Considérable XVI qui mérite d'être pris en compte,
XVII, important
Considérablement XVII
Déconsidérer XVIII
Considérant XVIII substantif, terme juridique, réflexion
motivant une loi.
Désir
Quant à désir, lui, il est bien éloigné des
étoiles, tant par la forme que par le sens. Du latin desiderare,
construit sur le modèle de considerare, il se prononçait
dessidéraré, comme s'il y avait deux s. Il signifiait, dans
le jeu de l'alternance des préfixes con, dé, non pas : regarder
le ciel, mais le : quitter des yeux. Quand on cesse de regarder les étoiles
on ne peut que constater une absence, un fort regret s'empare de nous
qui nous donne envie de... C'est de l'absence que naît le désir.
Dans sa forme, le mot a subi un raccourcissement phonétique. Deux
fois la syllabe de, c'était trop, il s'est simplifié en
désirer. Et comme sirer n'existe pas, le s a été
traité comme il doit l'être entre deux voyelles en français,
c'est-à-dire prononcé comme un z. Ce n'est pas le cas de
mots tels que désolidariser, où solidariser existe et permet
d'enfreindre la règle de la prononciation du s entre deux voyelles.
Désarmer, en revanche, permet le respect de cette prononciation,
tout en préservant dans notre mémoire l'existence de armer.
Et voilà notre désir attrapé par la queue.
Mais désidérata nous rassure, il a gardé toutes ses
lettres latines, et se prononce bien à la française. Le
mot a été repris au latin à la fin du XVIIIe siècle,
et n'est utilisé que dans des emplois administratifs. On vit bien
comment ces mots, qui avaient tous au départ un sens étroitement
astrologique, ont élargi leurs emplois à mesure se développaient
que d'autres domaines de la connaissance. Ils témoignent fortement,
aujourd'hui encore, de l'importance de l'astrologie.
Horoscope
Emprunté en 1512 par le français au latin horoscopus, il
signifie conjonctions astrales au moment de la naissance. Mais le mot
latin venait lui-même du grec horoscopos composé de hora,
heure et de skopein, examiner. Il s'agit de l'examen des influences astrales
au moment de la naissance d'un individu pour prédire sa destinée.
Tous les dictionnaires étymologiques indiquent que le scope du
français vient du grec skopein qui signifie, examiner. Dans la
composition des mots français, scope est normalement perçu
comme un élément signifiant, voir. Il se trouve, en effet,
que dans la majorité des cas, ce scope correspond à : examiner
avec les yeux. Magnétoscope, téléscope, microscope,
périscope, etc., en sont les témoins. Tout simplement on
regarde le petit, le lointain, on regarde à l'aide d'un enregistrement
magnétique, etc. La pression du regard est suffisamment forte pour
que stéthoscope nous intrigue. Que peut voir le médecin
qui s'introduit dans les oreilles cet élégant bi-auriculaire
en forme de lyre porté d'ordinaire sur sa blouse blanche comme
symbole direct de ses pouvoirs inquisitoriaux sur les corps et les âmes
? Voir, rien, mais examiner, oui, avec les oreilles. Laënnec connaissait
bien le grec, qui inventa l'appareil et forgea le mot en 1819. Sthêtos,
poitrine, et skopein, examiner.
Pour confirmer la polarisation de scope sur la vue, je ne résiste
pas au plaisir de citer cette inquiétante entrée lue dans
le Vocabulaire de la psychologie de Henri Piéron, PUF, 1951 :
scoptophilie, ce terme désigne l'obsession du voyeur, qui trouve
sa satisfaction dans le spectacle des ébats sexuels ; synonyme,
voyeurisme.
Quel psycho-pathologue a pu fabriquer un mot aussi barbare pour désigner
une activité aussi passive, dont le charme se satisfaisait bien
du mot voyeur, et qui se monnayait par l'achat d'un jeton à l'époque
des maisons closes ?
Zodiaque
Cette zone de la voûte céleste, large de dix-huit degrés,
située à cheval sur l'écliptique, est délimitée
par l'écart maximum du parcours apparent des planètes de
part et d'autre de l'écliptique (neuf degrés de chaque côté).
Le Soleil, lui, qui suit avec précision l'écliptique, traverse
en douze mois les douze signes du zodiaque, les planètes aussi,
et la Lune, avec des parcours moins linéaires.
Ce doit être un sacré zoo, ce zodiaque ! Pourtant, sur les
douze signes qui le jalonnent, sept seulement correspondent à des
animaux. Les autres représentent des êtres humains et le
septième, la Balance, est inanimé.
Le mot zodiaque nous vient du grec par le latin du Moyen Âge. Pour
les Grecs, zodiakos voulait dire : roue de la vie, ou encore roue des
animaux, c'est-à-dire le cercle des constellations représentant
des animaux. Le mot est entré en français au XIIIe siècle,
par l'intermédiaire du latin zodiacus : cercle contenant les douze
constellations à figure d'animal parcourues par le Soleil en un
an. Pour les Grecs, la racine zôon signifie aussi bien animal qu'être
vivant (on se souvient du film de Costa Gavras (1969), intitulé
Z, initiale de vie en grec). Mais il est certain que la notion de zoologie
créée au milieu du XVIIIe, a infléchi en français
les dérivés de zoo vers animal. Au zoo, on va voir des bêtes.
Ceci est d'autant plus vrai que les mots savants pour dire la vie sont
aujourd'hui construits autour de bio. C'est logique, bio dérive
de la forme passé (biônai) du même verbe grec, zên,
vivre. Et là, il y en a une quantité importante, depuis
amphibie (XVIe), aérobie (XIXe), symbiose (XIXe), antibiotique
(XXe), biologie (XXe), jusqu'à la multitude des composés
en bio qu'a multipliés la tendance actuelle à partir du
retour à la nature, jusqu'à la racine toute nue, bio. Les
rayons bio de produits bio des épiceries (qui ne vendent plus d'épices)
et des grandes surfaces en témoignent. À quand les bio-surfaces
ou le bio-surfing ? Mais là où l'affaire devient intéressante
c'est que ce couple zên/biônai grec vient d'une très
vieille racine indo-européenne, gwyé, qui a donné,
à côté du grec, le latin vivere d'où le français
vivre. Et là aussi, les termes sont nombreux de vivre à
vitamine. Pour la bonne bouche, remarquons que si quelques-uns de ces
mots français tournent autour du pôle sémantique,
vie (vivre, vivant, vital, etc.), pour un bon nombre, c'est autour du
pôle sémantique, nourriture (viande, convive, ravitaillement,
victuailles, etc.), vitamine faisant la jonction entre les deux.
Il est toujours surprenant de constater que des termes aussi différents
que zodiaque et victuailles sont finalement cousins germains. Il ne faudrait
pourtant pas, par des rapprochements trop hâtifs, penser que les
douze convives de la Cène étaient attablés devant
les douze signes du zodiaque, prêts à les dévorer.
Mais si nous quittons les mots pour revenir aux choses, il importe, dans
le cadre d'une réflexion sur la pratique actuelle de l'astrologie,
de ne pas oublier que la précession des équinoxes (l'axe
des pôles de la Terre décrit le tour complet d'une sorte
de cône en vingt-six mille ans) fait que le Soleil, de nos jours
n'est plus situé dans la constellation que lui assignait l'astrologie
antique. Maintenant, entre le 21 mars et le 21 avril, dates du signe du
Bélier, le Soleil se trouve en réalité dans la constellation
des Poissons. Pourtant les astrologues continuent à dire que ceux
qui sont nés entre ces deux dates appartiennent au signe du Bélier.
Il y a environ deux mille ans, il y avait coïncidence entre les dates
du passage du Soleil dans telle constellation et les dates du même
signe. C'est probablement à cette époque que se situe l'invention
du zodiaque astrologique à partir des observations du zodiaque
astronomique (cette bande de la voûte céleste où se
trouvent soleils et planètes... )
À regarder de près le symbolisme des signes du zodiaque,
on s'aperçoit qu'ils nous parlent davantage de l'homme, de nous,
que du ciel. Les symboles correspondent à des types de personnalités
humaines, à des tendances psychologiques et des comportements sociaux,
où chacun se retrouve :
Almanach
Avec sa première syllabe al (alchimie, algèbre), le mot
dévoile son origine arabe. Il s'agit de la transcription latine
d'un mot arabe d'Espagne, al (article) manah (calendrier). Le mot ne nous
vient donc pas directement de l'arabe, mais du latin médiéval.
Le français l'a adopté au début du XIVe siècle,
grande époque où se développe en Europe l'astrologie
et l'astronomie. Un almanach est d'abord un calendrier, mais au XVIe siècle
c'est aussi, un ouvrage proposant la divination de l'avenir accompagnant
le calendrier.
Rabelais écrivait des almanachs car c'était lucratif. Ses
malades, qui ignoraient ses livres mais connaissaient ses almanachs, vendus
par les colporteurs, l'interrogeaient souvent sur l'avenir, le confondant
avec un diseur de bonne aventure. En esprit libre, il se moquait des prévisions
astrologiques, mais ses livres se vendaient moins bien que ses almanachs.
De nos jours, le mot, dont on hésite à prononcer la consonne
finale désigne plutôt une sorte d'annuaire populaire, désuet
mais toujours vivant, à travers l'Almanach Vermot, célèbre
recueil de calembours et de bonnes recettes...
Malotru
Le mot dérive du latin populaire male astrucus, devenu malastru.
Il entre en français au XIIe par l'intermédiaire du provençal.
Quantité de personnes se nomment Astruc dans le midi de la France.
Une évolution phonétique atypique en fait malotru. Il signifie
d'abord, né sous une mauvaise étoile. Jusqu'au XVIe, il
se fixera sur le sens de malheureux, chétif. À partir de
chétif, il prendra le sens de disgracié physiquement. La
Fontaine (VII, 5) dit de la fille qui, tel le héron au long bec,
avait refusé plusieurs partis qu'elle se trouve finalement : ...à
la fin tout heureuse et tout aise /De rencontrer un malotru. Un mal foutu,
quoi. De là, le mot chemine pour désigner le disgracié
moral et le disgracié social, celui qui ne sait pas se comporter
dans la bonne société. Dès le XVIIe il a déjà
son sens actuel de grossier personnage, d'homme sans éducation.
La Bruyère observe que :
" Si le financier manque son coup, les courtisans disent de lui :
c'est un bourgeois, un homme de rien, un malotru. S'il réussit,
ils lui demandent sa fille. "
On peut donc être bourgeois et grossier, sans éducation une
sorte de nouveau riche, de bourgeois gentilhomme, de B.O.F. (beurre, ufs,
fromages), comme on disait dans les années d'après-guerre
de ceux qui s'étaient enrichis trop vite par le marché noir
pendant l'occupation. Un beauf, dirait-on maintenant. Le terme actuel
ne dérive pas du sigle des années quarante dont les lettres
étaient articulées séparément (bé-o-èfe).
Nomos et logos
Ces deux-là ne viennent pas du ciel, mais sont au centre de l'opposition
actuelle des deux usages du ciel. La dissociation astronomie/astrologie
que nous connaissons maintenant n'a pas toujours été aussi
nette. Voici une chronologie sommaire de l'apparition des mots concernés.
Les termes qui suivent ont tous été empruntés au
latin, mais celui-ci les avait déjà empruntés au
grec.
Étymologiquement, nomos désigne celui qui met en ordre
et logos celui qui parle de... mais les pratiques ont été
longtemps mêlées.
Astronomie
XIIe, d'abord avec le sens de divination.
Astrologie
XIIIe, description et prédiction sont confondues comme pour alchimie
et chimie. C'est à partir de Copernic (1543) que les deux domaines
se différencient.
Astrologue
XIVe, en moyen français, comme l'alchimiste, il mêle savoir,
ésotérisme et divination.
Astronome
1549
Astrophysique
1903 (astrophysics 1890, en anglais)
Astrophysicien
années 50
Bibliographie
Dictionnaire historique de la langue française, Alain Rey, Le
Robert 1992.
Dictionnaire étymologique du français, Jacqueline Picoche,
Le Robert, 1983.
Les mots français dans l'histoire et dans la vie, Georges Gougenheim,
A. et J Picard, 1966.
Peut-on penser l'Astrologie: science ou voyance ?, Édouard Collot
et Daniel Kunth, Le Pommier, 2000.
Liste des figures :
L'homme anatomique zodiacal, Encyclopédie de la divination, Cercle
du Livre précieux, Tchou, 1965.
Planisphère de Tycho Brahé (1545-1610), Atlas de Cellar,
1708.
|