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Culture,
Science et Technique
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Développer
la culture scientifique
Pourquoi ? Et comment ?
Marcel Benarroche
Les deux articles parus dans Le Monde daté du vendredi 2 mars
2001 consacrés l'un à la Cité des sciences de La
Villette, l'autre au Forum des sciences de Lille appellent tout à
la fois une mise en perspective et quelques précisions. Premier constat : comme souvent en France, on a créé un monstre que " le monde nous envie " : la Cité des sciences et de l'industrie. Certes, il est bon qu'un pays ambitieux dispose d'un outil de prestige international. Cela légitime-t-il que quatre vingt-seize pour cent des aides publiques nationales à la CSTI soient concentrées sur la Cité de la Villette ? Et dans ces conditions, comment envisager un réseau national de centres de culture scientifique en prétendant faire collaborer, réaliser des coproductions entre la Cité et les centres régionaux ? Autant prétendre parler du partenariat d'une puce et d'un éléphant Aujourd'hui, les collaborateurs de la Cité qui choisissent le travail en région sont ébahis des médiocres conditions de travail et de production, de la modestie des moyens et de la précarité qui leur sont imposées Et en même temps, ils prennent conscience de la vanité, et souvent du faible rendement de l'arrogance parisienne ! Second enseignement : souvent, les décideurs n'ont pas bien compris la différence entre le Disneyland de la science et de l'image que constitue, par exemple, le Futuroscope, et un lieu culturel (scientifique ou non) ; le premier, lieu de spectacle et d'émerveillement, peut parfaitement, s'il est bien géré, être rentable. Le second est un investissement sur l'avenir, et rechercher sa rentabilité à court terme, voire son autofinancement, c'est d'avance courir à l'échec. Troisième leçon : on a confondu culture scientifique et animation scientifique. En même temps que des scientifiques professionnels et de formation, un certain nombre d'animateurs, d'acteurs, se sont engouffrés dans la brèche de la CSTI ouverte en 1982-83. Or, aujourd'hui, on sait que, de même que la didactique des sciences est l'affaire de scientifiques qui s'investissent dans la didactique, la médiation scientifique ne peut être que le fait de scientifiques désireux de devenir en plus médiateurs. La science ne se transmet pas de manière unique vers un scientifique, un élève ou un citoyen : pour enseigner on ne fera jamais l'économie de la transposition vulgarisatrice ; de même, la transposition vulgarisatrice s'impose pour faire comprendre aux gens où sont les véritables enjeux de société. Quatrième évidence : les CCSTI ont fait leur temps. Ce concept est vide et hétéroclite, il recouvre tout, rien et n'importe quoi. Certains centres sont au cur de grandes villes, d'autres en rase campagne. Certains centres créent, d'autres non. Certains présentent leurs produits et ceux des autres, d'autres non. Certains sont des animateurs, d'autres non. Certains sont des centres de ressources, d'autres non. Certains ont un salarié, d'autres plus de cinquante Leur difficulté à se mettre d'accord sur une charte des CCSTI est la meilleure preuve de leur hétérogénéité et de l'urgence de définir, enfin, leurs missions avec un minimum de clarté. Aujourd'hui, arrive le temps des bilans. Certes, les espoirs nés
au printemps 97 sont enterrés ; le mépris de Claude Allègre
pour les actions de culture scientifique prétendument sans contenu
scientifique a éclaboussé jusqu'aux structures qui mettaient
les contenus scientifiques au premier rang de leurs préoccupations
: le Conseil scientifique (!) de la culture scientifique n'a jamais vécu.
Et à un an d'une double échéance électorale
majeure, personne n'aura la naïveté d'attendre la mise en
place rapide d'une politique cohérente de la culture scientifique.
Il s'agit pourtant d'un enjeu majeur, qui dépasse, et de loin,
la question de la survie de telle ou telle structure, et il est urgent
de commencer à réfléchir à ces questions : En matière de culture scientifique, l'heure des bilans a sonné.
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