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Index
des Auteurs du numéro 43
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Alliage
43 courriel
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Culture,
Science et Technique
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La parole dite par un il Noël Dolla
(
) " Étant
donné " un trou dans une plaque noire (ou une porte de grange
de Provence), on trouve d'un côté Marcel Duchamp, et de l'autre
la " camera obscura " de la Renaissance, de chaque côté
le paysage est construit, l'un par la nature et l'autre par l'homme, et
décidé de toutes les façons comme ces trous dans
ma plaque d'acier. Ce sont des trous de couleurs, des fragments de paysage,
des points de vue qui jouent avec le déplacement du regardeur,
qui s'il s'éloigne voit plus que des couleurs (perte de la focalisation).
Comme en physique quantique le trou devient le lieu de l'interférence.
La relation entre vibration/onde/corpuscule nous intéresse au plus
haut point : que voient les fantômes eux du côté de
la lumière ? Petites notes Peintre en bâtiment, j'ai souvent constaté en peignant des plafonds au blanc gélatineux que j'étais mis en état de jouissance extrême par le seul fait de recouvrir et de faire propre. Chez le peintre en bâtiment (le roi du monochrome) il y a une fascination du recouvrement, la brosse décharge la couleur sur le subjectile, puis la croise et enfin la lisse, pour faire disparaître les cordes. Chaque coup de brosse s'accompagne d'un bruit de succion caractéristique, une queue de morue ne fait pas le même son qu'un vié de chien (vieille brosse de pouce aux soies effilées et usées uniformément par la rotation du manche dans la paume de la main). Le rythme syncopé des coups de brosse devient une musique étrange et langoureuse qui retarde l'épuisement physique du geste. C'est chez les bourgeois, en exerçant mon premier métier, que j'ai appris à aimer la musique, en écoutant le bruit que fait la virole d'une brosse courbée sur champ, jouant sur le plein blanc et le vide noir des radiateurs (souvent le peintre en bâtiment chante du haut de son échelle). Dans mes peintures " Silences de la fumée ", j'aime l'image de la fumée noire du flambeau qui monte du sol vers le ciel. J'aime que ce plafond de ciel soit une peinture qui deviendra la part belle d'un pan de mur. Écoute attentivement le bruit de la virole de cuivre de ta brosse de pouce sur la fonte des radiateurs. Le jeune peintre devrait apprendre à peindre un radiateur, peindre entre les allaites d'un radiateur relève de la musique Peindre en blanc au sol (vue de dessus) peindre en noir au plafond (vue de dessous) peindre en blanc sur noir au sol (vue de dessus) puis mettre au mur à la verticale (vue de face) et pourtant il n'y a pas de perspective autre que celle de l'élévation du sujet peintre. Lorsque je fais de la sculpture, de la photo ou même de la vidéo, pendant un temps assez long, je pose souvent quelques gouttes d'essence d'aspic ou de térébenthine sur un linge pour retrouver l'odeur de l'atelier de mon enfance. J'ai été
élevé à l'essence de térébenthine et
nourri À l'huile de lin par mon grand-père. L'acrylique a souvent une désagréable odeur acide de vinaigre et de transpiration rousse. En peignant les " Silences de la fumée ", j'éprouve une sensation douceâtre, écurante, presque mystique, due au mélange des odeurs, d'huile de lin, d'essence de térébenthine brûlées dans l'air par le flambeau de cire, cela confère à mon atelier un arrière-goût de sacristie connu dans mon enfance. Le premier point noir pour la peinture aujourd'hui est l'invention de la peinture sans odeur. Le second point noir est l'invention de la peinture thixotropique, le fait que cette peinture ne coule pas, autorise les mauvais peintres au retour à un face-à-face avec le tableau verticalement posé sur le chevalet comme un miroir de l'âme. Peintre en bâtiment j'ai souvent éprouvé un immense plaisir à la préparation de grosses quantités de couleur, cela me faisait saliver, ouvrir et fermer la bouche au rythme des mouvements du poignet et du bras malaxant la pâte onctueuse de la même façon que l'aurait fait la vue d'un plat délicieux après une longue diète. L'art comme la cuisine s'adresse à tous les sens, vue, odorat, goût, ouïe, surtout l'ouïe, lorsque le chef plonge le homard vivant dans l'eau bouillante. Le pêcheur sait que rien ne ressemble moins à une journée de pêche qu'une autre. Le peintre sait que rien ne ressemble moins à une séance de peinture qu'une autre. Ce qui était bon hier ne vaut plus rien aujourd'hui, à chaque séance il faut réinventer la juste solution du jour. Au bord de l'eau, je laisse mon attention flotter au gré de ma plume, c'est le meilleur moment pour l'auto-analyse. Il faut apprendre à bien se servir d'un couteau à enduire, pour pouvoir laisser briller les petites sardines à la surface de l'enduit, le ponçage est inutile, fastidieux, émollient pour l'esprit et de plus il produit une poussière nocive pour les poumons. L'uvre du peintre doit être aussi ouverte, inattendue, incalculable, chaotique, que le rebond de mille balles de tennis sur une plage de galets. Faire des fractures de paysage pour casser ce qui pourrait ressembler à une unité fausse. Ce qui fait peur, c'est la différence, l'écart, ce qui ressemble à du désordre : les tarlatanes et les croix, la sculpture, la peinture, la photo, la vidéo ou les cinq séries antagonistes d'Aldo Ollen, de Della Nolo, d'Allen Dool, de Lona Odell et de l'excellent O. Del Llano. Désordre en apparence seulement, ces pratiques complémentaires relèvent de savoirs différents, elles sont la part de schizophrénie nécessaire à l'homme, ce sont des pulsions de vie. Cette différence, c'est l'humus, la graine et déjà l'arbre, la forme est dialectique ne vous en déplaise, la résistance à la pensée plurielle n'est que la peur de perdre le nord, la main chaude de maman, ou d'apprendre que papa est plusieurs. Ma nuit a le poil huileux, des perles d'eau à sa queue et de petits yeux rouges. Ma nuit est un animal mouillé sortant d'un égout. Là-bas, tout au fond du trou brille pour lui l'éclatante lumière d'une lampe de laboratoire sur le mur de faïences blanches. Mon nom est Athénéos, fils des égouts. J'ai mis vingt ans avant de pouvoir manger des olives noires ces petits cafards des arbres de Provence. Je veux faire aussi une sculpture avec des bambous et des grelots (faire pousser les bambous serait bien). 14/10/1988. Je vais faire des sculptures avec des boîtes de conserves vides, du fil de nylon (pêche) et des petits cailloux, une sorte d'alarme militaire. 14/10/1988. Je ferme les yeux et je tente d'imaginer mon absence absurde du monde. J'imagine que je suis un moment de la relation espace/temps, l'éclair de l'organisation provisoire du monde, l'instant trop bref de la rencontre fortuite, le signe d'une collision. Ce qui fait peur, ce n'est plus le bleu et le rouge, c'est le rouge tout seul. À propos de supports/surfaces. Si on supprime la peinture, il reste la toile, si on supprime la toile, il reste le châssis et si l'on supprime le châssis, il reste l'art conceptuel. À propos des " 3 du Cap " il y a du Monet et un peu d'arbre de Mondrian, là?dedans (les plumes en plus). L'accent de ma langue
et ma façon de respirer d'homme des bords de la Méditerranée
me mettent dans l'impossibilité aujourd'hui d'user de la virgule.
Je laisse à votre souffle le soin de les poser où bon vous
semble dans mes textes. Avec les vessies à glace et la cire, " Hot Ice Cap " : faire une série d'autoportraits (polaroïds), de rage, de mal aux dents, de maux de tête, de névralgies, etc. 3/6/1994. En art, l'humour et l'ironie n'ont de juste place que devant la mort. J'ai trouvé au noir sa fonction, j'ai trouvé au jaune une fonction, j'ai trouvé au blanc sa fonction, et le rouge et le bleu et le vert et les autres ? " Les gants de toilettes à débarbouiller la peinture ", les " Hot Ice Cap " ou les " Serpillières de cire ", sont parmi mes uvres, celles que je considère comme les " Coins " oubliés de M. Duchamp. " À bruit secret " ce ready-made aidé évoque pour moi une bobine à induction, un transformateur, une sonnette, qui ne sonnerait qu'à bruit étouffé derrière une porte de grange sans judas. Pour savoir qui se cache derrière le double battant, il faut l'entrebâiller au moins une fois, alors, le dialogue aussi bref qu'il soit devient incontournable, faute de quoi on passerait vraiment pour un grossier personnage. On peut trouver dans une peinture toutes les questions et toutes les solutions qui se posent dans une " installation ", une installation n'est somme toute que la projection de la pensée d'une peinture dans l'espace. Mais sa faiblesse est de ne pas avoir été pensée en dehors de l'objet réel, ce qui permet tous les bricolages et l'inflation des connotations propres à chaque objet mis en scène. Ce n'est plus la rencontre " fortuite ". Récupéré, ready-made, imaginé et vu, c'est de la composition. Composer avec l'objet, c'est accepter la rencontre organisée, comme en amour, lorsqu'on cherche dans les petites annonces de Libération ou de Madame " je sais tout " qui prétendent connaître pour vous le compagnon ou la femme de votre vie. Peindre dans " l'esprit de l'abstraction " est une tâche bien rude, car peindre là, ne s'appuie plus sur le réel d'une forme vue ou aperçue, mais seulement sur la volonté conceptuelle du pouvoir de l'imagination et du respect ou de la contradiction, des lois que la matière nous impose. La matière est bien ce qui résiste au corps. Depuis 1967, j'ai toujours eu à l'esprit que tout ce qui ressemblait de près ou de loin aux slogans de la "bible" du publicitaire américain, David Ogilvy était sûrement bon pour le commerce mais certainement mauvais pour l'esprit. J'ai toujours peint à l'inverse des injonctions du genre : " Votre voix doit être différente de toutes les autres. " " On doit reconnaître la marque d'un seul coup d'il. " " Le fond est plus important que la technique. " Le rôle positif de la répétition : " Une belle annonce n'est jamais répétée assez souvent. " " Une campagne ne dure jamais assez. " L'impact relatif des illustrations : " Choisissez la photo de préférence au dessin elle vend mieux. " Dans mes textes, les virgules sont distribuées un peu au hasard comme les points sur mes toiles de 1969.
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