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Valeur du principe
:
" Être en harmonie sans être identiques "
Tang
Yijie
Les conflits du monde d'aujourd'hui résultent-ils du choc des
cultures ? Sans que cette confrontation soit seule en cause, elle participe
à la difficulté de cohabiter, ce qui explique les nombreux
débats auxquels nous assistons actuellement sur le dialogue des
cultures à travers le monde.
Il est important de savoir si la dualité culturelle peut aboutir
à une meilleure compréhension et une tolérance plus
grande entre les peuples, ce qui serait source de paix, ou si, au contraire,
cette dualité conduit à des conflits politiques engendrés
par une volonté d'isolement et d'hégémonie, car il
y va de l'avenir de l'humanité pour le siècle prochain.
Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'éclatement des
empires coloniaux a peu à peu estompé " l'égocentrisme
occidental ", entendu sur le plan culturel, au profit d'une tendance
pluraliste, qui se manifeste à travers le rayonnement des cultures
du monde. Depuis près d'un demi-siècle, le développement
du commerce international et la circulation des informations ont contribué
aux échanges culturels, devenus de plus en plus fréquents,
entre les différents pays, peuples ou régions, ce qui incite
la communauté internationale à se transformer en une entité
inextricable.
Le développement des cultures du monde a conduit à l'apparition
de deux tendances opposées. D'une part, afin de défendre
les intérêts de leur propre tradition, un certain nombre
de théoriciens occidentaux tentent de renforcer " l'égocentrisme
occidental ". D'autre part, dans le but d'affirmer leur propre culture,
certains pays ou peuples, qui ont obtenu leur indépendance depuis
la fin de la Seconde Guerre mondiale ou qui ont commencé à
prendre un nouvel essor, exacerbent un nationalisme consistant à
défendre à tout prix la culture locale à l'aide d'un
conservatisme caractérisé par un retour à la tradition.
Il y a même quelques intellectuels orientaux qui, sous le prétexte
des conséquences catastrophiques de la domination de la culture
occidentale pendant deux siècles et de l'oppression infligée
à leur propre pays, se mettent à préconiser un "
égocentrisme oriental ", également entendu sur le plan
culturel.
Pour éviter un choc qui pourrait être violent, comment dissiper
l'antagonisme de ces deux nouvelles tendances contradictoires ? Dans le
même temps, l'observation des conflits actuels opposant les pays
occidentaux et des pays orientaux permet de voir que les différences
historiques entre leurs traditions culturelles restent sources de conflit,
indépendamment des récents durcissements.
Malgré tout, comment les peuples, les pays ou régions parviennent-ils
à progresser ensemble en dépit de leurs différences
culturelles, à puiser tout ce qui est utile dans la tradition des
uns et des autres, afin de permettre le développement du pluralisme
culturel à l'échelle mondiale ? En ce sens, on pourrait
se référer au principe " être en harmonie sans
être identiques ", qui, à mon avis, nous fournit une
valeur tout à fait positive.
Le livre intitulé Tsouo-tchoan, relatant les événements
qui ont eu lieu durant la période des Printemps et Automnes, contient
un chapitre, " Vingt ans de règne du duc Zhaogong ",
où intervient un dialogue entre le duc du royaume de Qi et l'un
de ses dignitaires, Yan Ying :
Le duc : " Seuls mon ministre Liang Qiuju et moi-même sommes
en harmonie. "
Yan Ying : " Comment peut-on vous considérer comme étant
en harmonie, puisque Liang Qiuju cherche toujours à se comporter
de façon identique par rapport à vous ? "
Le duc : " Mais existe-il une réelle différence entre
ce qui est identique et ce qui est en harmonie ? "
Yan Ying : " Oui, tout à fait. Être en harmonie, cela
ressemble à un mets de viande ou de poisson que l'on fait mijoter
sur un petit feu de bois en y ajoutant du vinaigre, du sel et des prunes.
Le travail du cuisinier consiste alors à mélanger les différents
ingrédients : il en ajoute quand il juge que le plat risque d'être
fade ; il en enlève quand il juge que le plat risque d'être
trop épicé. Le mets ainsi préparé permet au
prince, lorsqu'il le déguste, de trouver le calme. Il en va de
même dans les relations entre le souverain et ses sujets. (...)
Or, ce n'est pas le cas de votre ministre Liang Qiuju. Car ce dernier
répond par oui lorsque vous approuvez quelque chose, et par non
lorsque vous manifestez votre désapprobation. Une telle situation
est semblable à un plat, composé d'un seul et même
ingrédient. Qui a envie de le déguster ? Une telle situation
fait penser aussi à deux instruments de musique différents,
mais qui ne donnent que le même son. Qui éprouve du plaisir
à écouter cette note monotone ? C'est pourquoi, l'harmonie
ne résulte pas de ce qui est identique. "
Le livre intitulé Discours des Royaumes, qui raconte des faits
arrivés dans les principautés autres que Lu, contient, dans
le chapitre " Discours du royaume Zheng " une fameuse réponse
qu'adresse Shi Bo au souverain du Royaume Zheng : " Féconde
est l'harmonie, stérile l'identité. L'harmonie provient
d'un mélange de deux choses différentes, ce qui permet de
faire prospérer les êtres et les choses. Si l'on met ensemble
deux choses identiques, le résultat ne peut être que nul.
C'est pourquoi, les souverains défunts uvraient à
mélanger les divers éléments, tels la terre, le métal,
le bois, l'eau et le feu, afin de faire engendrer mille choses. "
On peut lire, enfin, au chapitre intitulé " Des sages Rois
" des Entretiens de Confucius, ce passage : " L'homme de bien
converse dans l'harmonie sans chercher à être identique ;
l'homme de peu cherche à être identique sans parvenir à
l'harmonie. "
Les trois citations ci-dessus nous montrent clairement que l'harmonie
ne germe pas de l'identique. Le principe " être en harmonie
sans être identiques " signifie alors qu'il faut commencer
par reconnaître les différences entre les uns et les autres,
et seule une harmonie (ou une cohésion) réalisée
à partir de ces différences permet la mutation de l'ensemble.
En d'autres termes, chercher à imiter l'autre conduit à
une dégradation de la relation. Ainsi, peut-on se demander si un
tel principe, régissant les relations interculturelles, ne contribuerait
pas au développement des cultures mondiales.
Les liens et les dialogues entre des cultures différentes permettent
d'aboutir à un certain consensus. Ce processus part de ce qui est
différent vers ce qui peut être, d'une certaine manière,
tenu pour comme identique. Cette identité commune ne vient pas
de l'élimination ou de l'assimilation d'une partie par une autre,
mais naît comme un confluent de deux cultures, qui permet en même
temps à chacune d'elles de se développer davantage. Là
est la véritable harmonie.
On peut illustrer cette logique à travers le développement
de la culture chinoise elle-même. Les confucéens préconisent
d'instaurer le rituel accompagné de musique et d'accomplir de bonnes
actions, afin de maintenir la cohésion sociale, tandis que les
taoïstes exigent de suivre la nature et prônent le non-agir,
afin de préserver le calme régnant sur la société.
Pendant quelque mille ans, les partisans de ces deux courants philosophiques
ont su établir un dialogue permanent, si bien qu'ils ont fini par
trouver un consensus. À l'époque de la dynastie des Jin
occidentaux, le fameux philosophe Guo Xiang essaya de concilier le confucianisme
et le taoïsme, car estimant que le fait d'accomplir de bonnes actions
signifiait également le non-agir.
On peut lire ce discours de Guo Xiang, cité au chapitre "
Eau d'automne " du fameux livre taoïste intitulé Zhuangzi
: " L'homme peut-il, dans sa vie, se passer de faire travailler les
buffles et les chevaux ? Peut-il ne pas percer le mufle du buffle et ne
pas atteler le cheval ? Si les bêtes lui obéissent, c'est
que cela est dans la nature des choses. Et même s'il s'agit du destin,
cela passe toutefois par une réalisation humaine. C'est que cela
correspond, au fond, au gré de la nature."
Selon Guo Xiang, le fait de percer le mufle du buffle et d'atteler le
cheval correspond au gré de la nature, même s'il s'agit de
deux actions volontaires, fruit d'une réalisation humaine. Une
telle conception est acceptable tant par les confucéens que par
les taoïstes, mais en même temps, elle n'est à l'origine
d'aucune de ces deux écoles.
Il existe, certes, une différence fondamentale entre le fait d'accomplir
de bonnes actions, volontaire, et le non-agir, statique, mais après
discussion, on peut aboutir à un point de convergence, à
un état d'harmonie où se trouvent intégrés
un certain nombre d'éléments de ces deux conceptions. Dès
lors, un tel point de convergence peut servir de base à l'établissement
d'un principe universel qui, garantissant les particularités de
chacun, peut être accepté par tous. Voilà le véritable
esprit du concept " être en harmonie sans être identiques
".
On peut aussi illustrer cette conception à travers l'évolution
de la culture traditionnelle chinoise qui s'est opérée après
l'arrivée en Chine du bouddhisme indien.
Au départ, la culture chinoise (comme le confucianisme et le taoïsme)
et le bouddhisme indien étaient complètement étrangers
l'un à l'autre. Mais durant plusieurs siècles, c'est-à-dire
de l'époque de la dynastie Han jusqu'à la dynastie Tang,
il s'est éffectué un double processus convergent, la culture
chinoise ne cessant d'intégrer et d'assimiler la culture exogène
qu'était le bouddhisme, tandis que le bouddhisme indien s'adaptait
sans relâche à la société chinoise. Presque
mille ans durant, la culture chinoise s'est donc largement nourrie du
bouddhisme indien après son introduction en Chine. Ainsi, trouve-t-on
de profondes influences qu'a exercées ce courant de pensée
indien dans les domaines de la philosophie, de la littérature,
de l'art, de l'architecture, ainsi que des murs et des coutumes
populaires. En même temps, le bouddhisme indien a pu évoluer
et se développer sur cette terre étrangère qu'était
la Chine. De l'époque de la dynastie Sui jusqu'à la dynastie
Tang, sont apparues plusieurs écoles bouddhistes sinisées,
comme celles de la Terrasse céleste et de Ch'an. Cependant, la
culture traditionnelle qui a su assimiler le bouddhisme indien n'en restait
pas moins chinoise.
Les échanges et influences mutuels entre ces deux cultures, chinoise
et indienne, sont une excellente illustration du principe " être
en harmonie sans être identiques ". À ce sujet, l'évolution
des cultures européennes ne fait pas non plus exception.
Dans le livre intitulé Comparaison des cultures chinoise et occidentale
qu'a écrit Bertrand Russell en 1922, le passage suivant illustre
notre propos : " Les échanges entre différentes cultures
se sont révélés, à maintes reprises, dans
le passé, comme des jalons dans l'histoire de l'humanité.
La Grèce s'est inspirée de l'Égypte, Rome a emprunté
à la Grèce, les Arabes se sont référés
à l'Empire romain, l'Europe médiévale a elle aussi
imité les Arabes, et l'Europe de la Renaissance, quant à
elle, a suivi l'exemple de l'Empire byzantin. "
Si une culture parvient à absorber des éléments d'une
autre culture, c'est que le principe " être en harmonie sans
être identiques " est pris en compte au cours des échanges
mutuels. Les civilisations européennes, qui sont ainsi parvenues
à absorber de nombreux éléments de diverses traditions
culturelles, n'ont pas perdu leur identité, bien au contraire,
elles s'en sont beaucoup enrichies.
Des cultures différentes ont toujours des aspects similaires à
partir desquels peut aisément se nouer le dialogue. Ainsi, trouve-t-on
impliquée dans la fraternité de la religion chrétienne,
la miséricorde du bouddhisme et l'amour universel du confucianisme
l'idée de l'amour peut donc être considérée
comme un principe acceptable par chacune de ces trois cultures. Mais en
même temps, la fraternité, la miséricorde et l'amour
universel ont chacun leur spécificité.
Dans un autre cas de figure, il peut manquer à l'une des cultures
des concepts présents dans une autre, sans pour autant que ces
concepts supplémentaires rendent les deux cultures incompatibles.
Lors des échanges entre ces deux cultures, les concepts nouveaux
peuvent être acceptés, et, après une certaine accommodation,
se fondre progressivement à la culture d'accueil, et l'en enrichir
d'autant. Par exemple, à l'origine, le concept de l'illumination
n'existait pas dans la culture chinoise. À l'époque des
Song et des Ming, les philosophes confucianistes ont tous, à des
degrés divers, recouru au concept de l'illumination, l'intégrant
au sein de leur système conceptuel.
Le troisième cas de figure est celui dans lequel au cours d'échanges
culturels, l'une des cultures en présence découvre l'existence
dans l'autre culture de concepts incompatibles avec ses concepts propres.
Par conséquent, lors des interactions de ces deux cultures, la
première ne pourra faire autrement que d'abandonner certains de
ses anciens concepts au profit des nouveaux concepts provenant de la seconde,
ce qui lui permettra de s'enrichir. Après l'acceptation par la
culture chinoise du concept occidental de démocratie, les Chinois
ont été forcés d'abandonner leur ancien concept confucéen
des trois relations cardinales régissant la hiérarchie sociale.
Le quatrième cas de figure est celui dans lequel, au cours d'échanges
culturels, émerge un nouveau concept absent de toutes les cultures,
qui s'avère tout à fait significatif, comme celui de coexistence
pacifique et celui de coexistence du pluralisme culturel. Fruit du dialogue
culturel, ce nouveau concept va faciliter les relations et bénéficier
à chacune des cultures.
Sans parler d'autres cas de figure, les exemples cités ci-dessus
permettent de montrer qu'il est tout à fait possible de trouver,
à travers les effets d'une harmonisation ou d'une conciliation
entre différentes cultures traditionnelles, un certain nombre de
principes communs, constituant la base d'une réelle harmonie.
Si l'on considère le principe " être en harmonie sans
être identiques " dans la perspective des échanges culturels,
on peut encore soulever deux points : le premier est la question du développement
d'une culture donnée dans des contextes géographiques différents
; le second concerne la question des alternatives culturelles.
Quand une culture se développe dans un lieu particulier (ou au
sein d'un peuple particulier), il arrive que, pour une raison précise,
elle connaisse à un moment de son développement, un certain
recul, voire une cassure, alors que dans le même temps, elle continue
à se développer dans un autre contexte géographique
(ou au sein d'un autre peuple). C'est le cas, par exemple, du bouddhisme,
qui, après s'être répandu en Inde jusqu'au cinq ou
sixième siècle, n'a pas connu par la suite d'épanouissement.
En revanche, en Chine, à l'époque des Sui et des Tang (du
septième au neuvième siècle), le bouddhisme, ayant
intégré certaines facettes de la culture chinoise, a produit
maints moines renommés. Plus encore, il s'est mué en véritable
branche du bouddhisme - un bouddhisme à coloration chinoise, qui
s'est ensuite propagé jusque dans la péninsule coréenne
et au Japon, intégrant alors des caractéristiques culturelles
locales. Au Japon, en particulier, il est devenu un courant bouddhique
unique en son genre. C'est pourquoi, je dis souvent : " La culture
chinoise a autrefois bénéficié de l'influence du
bouddhisme indien, mais c'est en Chine, que le bouddhisme indien a acquis
son rayonnement. "
Ce type de développement d'une culture dans des contextes différents
n'est pas seulement le fait de l'Asie, mais on le trouve aussi en Europe.
Comme l'écrivait Bertrand Russell, cité plus haut, la culture
européenne actuelle est née en Égypte, s'est ensuite
répandue en Grèce, puis dans l'Empire romain et dans le
monde arabe, avant de retourner en Europe. C'est justement ce type de
développement d'une même culture dans des lieux différents
qui a " constitué un jalon dans le développement de
la civilisation humaine ". Lorsqu'une culture donnée est transposée
dans une autre culture, la seconde ne manquera pas d'enrichir la première
d'éléments nouveaux, qui en étaient soit absents,
soit présents à l'état embryonnaire. Féconde
est l'harmonie, stérile l'identité.
En ce qui concerne les " alternatives culturelles ", il est
clair que n'importe quelle culture ne peut être transposée
et acceptée dans n'importe quel contexte, sous n'importe quelles
conditions temporelles ou factuelles. Par exemple, à l'époque
des Sui et des Tang, le bouddhisme n'était pas le seul courant
culturel à exercer une forte influence sur la culture chinoise.
Dans le Grand livre de la dynastie Sui , au chapitre de " Histoire
des canons ", il est écrit " Les canons bouddhiques sont
mille fois plus répandus dans le peuple que les canons confucéens.
" À cette époque, le nestorianisme (branche du christianisme)
ayant lui-même pénétré en Chine, n'était
pas resté sans influence. Cependant, il n'a pas réussi à
s'implanter durablement en Chine. Ceci illustre bien le principe de l'alternative
culturelle. Plus encore, même les différents courants du
bouddhisme indien n'ont pas joui d'un sort identique en Chine. Par exemple,
le tantrisme a connu une époque d'influence sur le territoire Han
vers le milieu de la dynastie Tang, comme le montrent les fouilles d'un
temple bouddhiste situé au district Fufeng, dans la province de
Shaanxi. Cependant, le tantrisme est par la suite tombé en désuétude,
et a pratiquement perdu toute influence sur le territoire Han. En revanche,
ce même tantrisme indien a pénétré au Tibet,
où il s'est fondu à la religion locale d'alors, engendrant
ainsi le bouddhisme tibétain, qui demeure la religion des Tibétains
à l'heure actuelle. Quelle est la raison d'une telle différence
? En ce qui concerne le bouddhisme répandu sur le territoire Han,
c'est le courant du Hinayana (Petit Véhicule) qui s'y est propagé
en premier lieu ; par la suite seulement le Prajã a pénétré
en Chine. À partir des Jin, le bouddhisme Prajã prévaut
en Chine, et non plus l'école du Petit Véhicule. Le Prajã,
en effet, était proche d'un mysticisme taoïste fondé
sur les doctrines de Laozi et de Zhuangzi. L'école bouddhique Ch'an,
qui s'est développée sous les Tang, ne relève pas
du tout de l'école indienne du Dhyâna, mais du Prajã,
si l'on regarde son système de base. En outre, elle s'est inspirée
d'un certain nombre d'idées taoïstes, mais aussi confucéennes,
afin de mieux s'adapter aux besoins de la société chinoise.
Le problème des " alternatives culturelles " est donc
tout à fait réel, ce qui constitue pour nous une autre illustration
du principe " être en harmonie sans être identiques ".
Un grand moine bouddhiste, Xuan Zang, prônait au début de
la dynastie Tang une doctrine d'inspiration indienne. Mais celle-ci ne
s'est répandue que pendant une trentaine d'années, avant
d'être écartée par les Chinois, car il s'agissait
d'un mode de raisonnement indien, incompatible avec la pensée chinoise.
En revanche, si l'école Ch'an a commencé à se répandre
à partir du milieu de la dynastie Tang, c'est qu'elle est fondée
sur un mode de raisonnement proche de celui des Chinois. Il s'agit d'une
doctrine bouddhiste sinisée, qui a exercé son influence
sur la philosophie néo-confucianiste des dynasties Song et Ming.
Les alternatives culturelles s'imposent lorsqu'il existe des éléments
différents dans les interactions de deux ou plusieurs cultures,
sinon le problème des choix ne se poserait même pas. Il est
donc inutile de dire que si une culture étrangère ne comportait
aucun élément nouveau ou différent, son introduction
ne permettrait pas de promouvoir le développement de la culture
locale.
Le principe " être en harmonie sans être identiques ",
qui doit permettre de promouvoir les échanges culturels et de stimuler
le développement des cultures, correspond à la tendance
actuelle caractérisée par le pluralisme et la coexistence
des cultures mondiales. Si nous espérons que la culture chinoise
apportera sa contribution aux civilisations mondiales, nous devons observer
ce principe à l'égard des autres cultures, et aussi puiser
dans la richesse des autres cultures afin de pouvoir renouveler notre
culture traditionnelle, et de l'adapter à la vie moderne.
Liste des figures
Homme et cheval, Chao Meng-fu.
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