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des Auteurs du numéro 41-42
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Culture,
Science et Technique
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La brise pour entremetteuse Traduire les sciences en chinois moderne Georges Métailié Un des grands plaisir dans l'apprentissage d'une langue étrangère est de découvrir, à travers le vocabulaire, la marque de différences culturelles, même lorsqu'il s'agit de cultures très proches. Il suffit de penser aux connotations plutôt négatives des termes "anglais" et "French" employés comme adjectifs, respectivement en français et en anglais, ou encore au charme des faux amis entre l'italien et le français. Lorsque l'éloignement est plus grand, au jeu de la différence, "l'exotique est quotidien". Des Chinois et des plantes Si les Chinois, acteurs d'une vieille civilisation agricole, ont manifesté
très tôt un intérêt pour les plantes, attesté
tant par les mythes fondateurs (l'empereur Shen Nong, le "Divin Laboureur",
goûtant les herbes sauvages pour distinguer les inoffensives des
toxiques, et indiquant les grains pour se nourrir et les simples pour
se soigner) que par une abondante littérature (Voir Needham et
Lu, 1986, Li, 1959, Goody, 1994), ces savoirs ne se sont jamais construits
en science autonome, et le mot même de "botanique", zhiwuxue,
littéralement "science des plantes", créé
en 1858, est un emprunt. L'avantage de cette situation pour notre propos
est que l'introduction de cette discipline nouvelle, qui mit une cinquantaine
d'années à s'établir, alla de pair avec la création
d'une terminologie scientifique ad hoc en langue vernaculaire. La langue chinoise, bref rappel Rappelons tout d'abord quelques traits de la langue nationale en Chine, le putonghua, dont l'existence officielle date d'après 1949. C'est une langue dans laquelle chaque syllabe qui porte un ton possède un sens (ceci dans l'immense majorité des cas). En chinois, donc, les morphèmes sont monosyllabiques. L'écriture chinoise n'est ni alphabétique ni syllabique, mais utilise des signes, composés à partir d'un nombre restreint de traits (une dizaine). On appelle généralement ces signes caractères, et parfois sinogrammes. " Les caractères sont des formes graphiques indépendantes, isolées matériellement les unes des autres par un espace, et invariables en ce sens que leur tracé ne change pas, quelles que soient les formes environnantes " (Viviane Alleton, L'écriture chinoise). Les traits qui les forment sont tracés selon un ordre très strict et peuvent apparaître plusieurs fois dans un même caractère. On trouve des caractères d'un seul trait, et certains peuvent atteindre plus de trente. Quel que soit le nombre de ses éléments, chaque caractère s'inscrit dans un carré virtuel. On distingue formellement deux grands types de caractères, les simples et les composés ; les premiers représentent une forme graphique minimum ayant un sens. Les seconds peuvent être décomposés en au moins un caractère simple et un autre élément graphique (illustration 1). Au cours de l'histoire, ont été proposés divers systèmes destinés à classer l'ensemble des caractères selon des catégories sémantiques définies par des caractères simples, les "clés", entrant dans leur composition (illustration 2). La plupart des caractères composés possèdent aussi un ensemble de traits ayant une valeur phonétique. Chaque morphème est écrit à l'aide d'un caractère. Quand on parle de langue monosyllabique pour le chinois, il doit être bien entendu que ceci ne signifie pas qu'il n'y a que des mots d'une seule syllabe. La plupart des mots du chinois courant sont formés de mono-, di- et trisyllabes. Dans les terminologies scientifiques et techniques, on rencontre en outre un nombre significatif de termes de quatre syllabes et davantage. Quant à la structure la plus courante des mots nominaux, elle est du modèle déterminant-déterminé, où le déterminé est le plus souvent un nom, tandis que le déterminant peut avoir une valeur nominale, mais aussi adjectivale ou verbale. Ainsi, construits sur la base de ye, feuille, on trouve xiaoye (littéralement, petite feuille) : foliole, ziye (semence-feuille ou feuille de la semence) : cotylédon. Le terme nang, qui signifie sac, bourse, a permis de créer les équivalents chinois d'ascidie : buchongnang (capturer-insecte-sac), sporange : baozinang (spore-sac), loge de l'anthère : huafennang (pollen-sac), sac embryonnaire : peinang (embryon-sac). Les mots de la botanique En Chine, avant l'arrivée de la botanique scientifique au XIXe
siècle, on trouvait un vocabulaire technique pour décrire
les plantes dans les ouvrages de matière médicale, d'horticulture
et les traités de peinture. Pour la fleur, on nommait généralement
avec des termes spécifiques le calice, les pétales, les
points jaunes (anthères et stigmates) et les filets des étamines.
Ainsi, décrivant la fleur de coquelicot, Li Shizhen (1518-1593),
célèbre médecin, écrivait dans sa Matière
médicale classifiée (Bencao gangmu), publiée en 1596,
qu'une jarre (le pistil) se trouve en son milieu et qu'elle est entourée
de barbes, xu (les filets), et de points jaunes, rui (les anthères).
Alexander Williamson, missionnaire anglais, et un célèbre
mathématicien chinois, Li Shanlan, ni l'un ni l'autre botaniste,
composèrent le premier traité de botanique moderne Zhiwuxue,
Botanique, publié en 1858. Pour les diverses parties de la fleur
qui, auparavant, n'étaient pas toutes précisément
nommées, en particulier les éléments des organes
de reproduction, ils durent créer des termes ad hoc. Ainsi, l'organe
femelle, le pistil, fut-il appelé xin (cur), son sommet,
le stigmate, kou (bouche, ouverture) ; en dessous, le style fut nommé
guan (tube) et l'ovaire qu'il surmonte, zifang (maison des graines), tandis
que l'ovule devint peizhu (perle d'embryon). Pour l'organe mâle,
l'étamine, ils reprirent le terme xu (barbe), qui désignait
précédemment sa partie inférieure, le filet. Le filet
devint jing (tige) ou xu zhi jing (tige de l'étamine), l'anthère,
qui contient le pollen, fen (poudre, farine), fut baptisée nang
(sac) ou xu zhi nang (sac de l'étamine). Quant aux notions qui
pouvaient être assimilées à la conception traditionnelle
des végétaux en Chine, ils les traduisirent en reprenant
simplement les termes faisant partie du vocabulaire courant, tels que
racine, tige, feuille, fleur, fruit, ainsi intégrés dans
ce nouvel ensemble de termes scientifiques. Ce choix terminologique apparaît
d'abord fonctionnel, ayant pour but de décrire en expliquant. Il
n'y avait alors en Chine aucun botaniste moderne. Une terminologie économe Les quelques exemples précédemment cités permettent
de se rendre compte qu'une des premières caractéristiques
du vocabulaire scientifique chinois est son économie. Un nombre
restreint de morphèmes (moins d'une centaine) se trouve à
la base de l'ensemble de la terminologie d'un domaine. Ainsi, pour la
botanique, là où en français, on trouvera l'usage
de racines grecques, latines et françaises pour traduire la même
notion, par exemple, phyllos, folium et feuille, anthos, flos, fleur,
en chinois on utilisera le morphème ye, signifiant feuille dans
le premier cas, hua signifiant fleur dans le second. D'où yezhuangzhi,
"tige en forme de feuille", pour phylloclade, huabei, "couverture
de la fleur", pour périanthe, huaxu, "disposition des
fleurs", pour inflorescence. Cette économie est d'autant plus
grande que les traducteurs ne se sont pas contentés de faire des
calques, mais ont pu interpréter les termes à traduire et
en ont restitué le sens en partant d'autres référents.
Les dénominations de diverses parties de la fleur illustrent bien
ce fait : huaguan (chapeau de fleur) : corolle, huasi (fils de soie de
la fleur) : filet (de l'étamine), huageng (tige de la fleur) :
pédicelle, huaban (segment aplati de la fleur) : pétale...
On perçoit sans doute la plus grande transparence ou lisibilité
d'une telle terminologie. Un lecteur francophone non féru de grec
peut rester perplexe devant un "rhizome". Un lecteur sinisant
comprendra mieux ce qu'est gen(zhuang)jing, une tige (en forme de) racine.
Quant à la fleur anémophile, qui aime le vent, sans doute
dans la mesure où il favorise sa pollinisation, elle a en chinois
"la brise pour entremetteuse", fengmeihua (brise-entremetteuse-fleur).
Qui a pu hésiter sur le sens de monoïque et dioïque n'aurait
aucun doute en lisant respectivement cixiongtongzhu (femelle-mâle-même-pied)
et cixiongyizhu (femelle-mâle-différent-pied). Avec une seule
enveloppe florale, comme la tulipe, une fleur est tout de même bien
cachée sous "monochlamydée", tandis qu'en chinois
sa "couverture unique", danbei, la laisse mieux deviner. Le chinois, langue scientifique internationale ? Alors, pourquoi s'arrêter là ? L'exemple du Japon, qui adopta l'écriture chinoise (et donc les caractères) tout en continuant à parler une langue fort différente du chinois, et créa sur ces bases un vocabulaire scientifique et technique moderne, dont une grande partie se retrouve en chinois contemporain, pourrait inciter à rêver à une langue écrite internationale, où les caractères chinois ne seraient que des images chargées de sens, dont on pourrait ne pas connaître la prononciation. Le tableau des corps simples en chinois en est un bon exemple. On voit tout de suite la nature du corps chimique, indéchiffrable par contre derrière son nom écrit alaphabétiquement. En effet, les monosyllabes qui forment cet ensemble en chinois ont été créés au fur et à mesure des découvertes, à partir de trois clés graphiques désignant métal, pierre et gaz, complétées d'un ensemble de traits ayant généralement une valeur phonétique rappelant la première syllabe du mot original (illustration 3). Joseph Needham et Lu Gwei-djen (1986, 178-182) évoquaient l'emploi possible de caractères chinois comme un excellent moyen de lever les ambiguïtés de la nomenclature binaire utilisée pour nommer plantes et animaux. Ainsi, n'y aurait-il plus de place pour le doute, que leur avait signalé André Georges Haudricourt, devant Liparis, qui désigne à la fois un genre d'orchidée et un de papillon ; dans chaque caractère composé, la clé indique un classement de facto dans une catégorie, comme herbe, arbre, coquillage, insecte (illustration 4). Il suffirait de peaufiner le système existant. Et ils concluaient : " Peut-être, dans les siècles futurs, les sciences biologiques avanceront-elles si vite que les scanners des ordinateurs acquerront un goût pour les dispositions plutôt que pour les nombres ; s'il en est ainsi, on peut concevoir qu'alors, l'écriture idéographique pourra être utile à toute l'humanité. " Bibliographie - Viviane Alleton, L'écriture chinoise, Paris, PUF, 1971.
1. À gauche, quelques caractères simples, à droite, des caractères composés. 2. Tableau des 214 clés d'un dictionnaire contemporain : le Dictionnaire classique de la langue chinoise, par F.S. Couvreur, Pékin, 1947. 3. Tableau des éléments. Annexe au Dictionnaire du chinois
contemporain (Xiandai hanyu cidian, Pékin, 1980), composé
par le bureau de lexicographie du centre de recherches linguistiques de
l'Académie des Sciences sociales de Chine. 4. De gauche à droite:
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