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Réflexions sur l'origine de la science
moderne à partir de l'Almageste
Par
Chen Fangzheng
Si les Chinois reconnaissent que la science moderne provient de l'Occident,
ils continuent de s'interroger : pourquoi n'est-elle pas née en
Chine ? Selon eux, dans l'Antiquité, la Chine et l'Occident avaient
le même niveau scientifique. C'est seulement à partir de
l'époque de la Renaissance que l'Occident a pris son essor, la
Chine ne faisant que stagner à cause de sa propension à
l'étude de l'esprit (ou du cur humain, Xin) et de la nature
innée (Xing). Depuis lors, l'écart n'a cessé de se
creuser.
Cette opinion correspond, au fond, à la vision de Joseph Needham.
Dans l'Histoire de la science chinoise, il semble montrer que la science
était très riche et développée dans l'ancienne
Chine, tandis qu'en Occident, le développement de la science s'effectuait
selon un processus, non pas continu et stable comme en Chine, mais discontinu
et avançant par bonds. Ces derniers siècles constitueraient
une période de phase ascendante qui a permis à l'Occident
de dépasser l'Empire du Milieu.
Ces deux hypothèses reflètent, au fond, la même conception,
selon laquelle la suprématie scientifique de l'Occident ne résulterait
pas de sa spécificité sociale et culturelle, mais serait
un phénomène accidentel ou transitoire. Une telle analyse
est certes séduisante sur le plan nationaliste, mais il s'agit
de savoir dans quelle mesure elle correspond à la réalité.
Il nous semble difficile de faire ici une étude comparée
et exhaustive de la science chinoise et occidentale, ne serait-ce que
pour décrire le développement d'une quelconque tradition
scientifique. Nous nous contenterons alors d'observer et d'analyser la
naissance de la science moderne à partir d'un traité d'astronomie
de Ptolémée, intitulé Syntaxe mathématique
(Almageste), ce qui nous permettra d'apporter quelques éléments
de réponse à la question de l'origine de la science moderne.
Sur les épaules des géants
On sait que l'émergence de la science moderne a été
marquée par la publication, dans la deuxième moitié
du XVIIe siècle, des Principes mathématiques de philosophie
naturelle de Newton. Certes, la mécanique classique et le calcul
infinitésimal de Newton étaient révolutionnaires,
mais ces découvertes n'auraient pas été possibles
sans les travaux réalisés par les générations
précédentes. Ainsi, tout le monde sait que les trois lois
de la dynamique de Newton sont fondées sur les travaux de Galilée,
recueillis dans Discours et démonstrations mathématiques
concernant deux nouvelles sciences (1638), traitant de l'inertie, de la
chute des corps dans le vide, de l'accélération, de la pesanteur
dans la chute selon un plan incliné, des relations entre l'espace
et le temps dans le mouvement accéléré, etc. La fameuse
théorie de la gravitation, elle, est en étroit rapport avec
les trois lois de Kepler relatives au mouvement des corps célestes.
De son côté, Kepler utilisa la documentation accumulée
par un astronome danois, Tycho Brahé, pour découvrir l'orbite
elliptique des planètes. Si l'on remonte encore plus loin, c'est
la théorie de l'héliocentrisme élaborée par
Copernic qui est à l'origine de toutes ces nouvelles découvertes.
Donc, Newton put commencer sa recherche à partir d'un héritage
scientifique accumulé pendant au moins deux siècles (voir
le schéma 1). En se tenant " sur les épaules des géants
", reconnaissait-il lui-même, on peut voir plus loin. Il faut
savoir aussi que cette tradition scientifique, inaugurée par Copernic,
provient d'un mouvement culturel qui a duré du XIIe siècle
jusqu'à la Renaissance proprement dite (XVe et XVIe siècles).
Schéma 1.
Galilée
(1564-1642)
Newton Copernic
(1642-1727) (1473-1543)
Kepler Tycho Brahé
(1571-1630) (1546-1601)
Ce qui se passe avant la Renaissance
En fait, l'origine de la science moderne remonte au XIIe siècle,
époque marquée par la traduction des textes de l'Antiquité
et la création des universités en Europe. Copernic, par
exemple, étudia à Cracovie, en Pologne, où il fut
grandement influencé par l'astronome Albert de Brudzewo, qui utilisa
dans son enseignement un ouvrage de Peurbach, astronome allemand, intitulé
Nouvelle théorie des planètes (publié en 1472). L'uvre
de Peurbach, très appréciée à l'époque,
était inspirée de la Théorie des planètes,
livre d'un auteur inconnu devenu à la mode à partir du XIIe
siècle. Mais de toute évidence, ce dernier est une synthèse
de l'Almageste dont la réapparition en Europe date de la deuxième
moitié du XIIe siècle. Par ailleurs, Copernic fut plus directement
influencé par l'Almageste à travers un ouvrage intitulé
Aperçu de l'Almageste, rédigé par Peurbach et Regiomontanus
(de son vrai nom, Johannes Müller), et la traduction latine complète
de l'Almalgeste de Ptolémée, publiée en 1515.
Dans son Commentariolus, premier manuscrit achevé vers le XVe siècle,
Copernic exposait déjà les idées fondamentales de
sa théorie de l'héliocentrisme, mais les calculs lui faisaient
défaut. De 1529 à 1532, il réalisa le Traité
du mouvement des corps célestes, l'une de ses uvres maîtresses,
dont de nombreux passages reflètent des traces d'influence du système
de Ptolémée, qu'il avait dû connaître à
travers la traduction latine complète de l'Almageste.
Il convient de préciser que les traces d'influence dont nous venons
de parler concernent essentiellement la structure et la méthode
de l'astronomie mathématique. Le double mouvement des planètes,
l'une des idées principales exposées dans le Traité
du mouvement des corps célestes, n'est pas non plus une conclusion
formulée sans aucune référence historique. D'après
le Commentariolus, la découverte de Copernic est inspirée
de théories remontant à Ptolémée et à
Aristote, voire jusqu'à l'astronomie de la Grèce antique
du IIIe au Ve siècle avant Jésus-Christ. Le modèle
de l'astronomie mathématique de Copernic, appliqué au double
mouvement des planètes, semble aussi inspiré de l'Aperçu
de l'Almageste et d'Ibn al-Shatir, astronome musulman du XIVe siècle.
Sur le plan des illustrations et des paramètres, on remarque des
similitudes particulières entre le Commentariolus et le Traité
du mouvement des corps célestes et les travaux antérieurs
sus-cités.
Schéma 2.
Tradition mathématique uvre originale Tradition de commentaire
Copie
et astronomique de la de Ptolémée d'Alexandre byzantine
Grèce antique (150 A.D.) (300-500 A.D.)
Diverses traductions
arabes
(800-900 A.D.)
Traduction
Sicilienne
(1160)
Traduction latine Tradition
de Gérard de Crémona astronomique
(1175) islamique
" Théorie des planètes "
(1200-1500) Ibn al-Shatir
(1305-75)
" Aperçu de l'Almageste " " Nouvelle Théorie
des planètes " Traduction latine de
de Peurbach et Regiomontanus de Peurbach Georges de Trébizond
(1460) (1454) (1451)
publié en 1474
publié en 1496 Volume annoté
d'Albert de Brudzewo
(1482)
publiée en 1515 publiée en 1528
Albert de Brudzewo
Copernic (1473-1543)
En résumé, les origines du système de Copernic s'avèrent
assez complexes, car liées à la fois au mouvement culturel
du XIIe siècle et à l'astronomie mathématique traditionnelle
du monde islamique et de la Grèce antique. Pendant mille cinq cents
ans, du IIe au XVIe siècle, l'Almageste de Ptolémée
fut la poutre maîtresse sur laquelle reposait cette tradition scientifique.
L'origine et la disparition de l'Almageste
Dans l'histoire de la science moderne, Ptolémée, le pape
et Aristote sont toujours vus comme des personnages négatifs. D'une
manière générale, le système géocentrique
de l'astronome grec n'est rien d'autre, aux yeux de beaucoup d'entre nous,
qu'un exemple de l'ignorance humaine. Cependant, il suffit d'analyser
les influences considérables qu'a exercées l'Almageste sur
des génies comme Copernic et Kepler - qui durent consacrer plus
d'un siècle à élaborer une nouvelle théorie
- pour apprécier l'impact et l'importance de l'uvre maîtresse
de Ptolémée. Tout le monde sait que la mécanique
quantique et la théorie de la relativité n'auraient pas
été possibles sans le fondement de la mécanique classique.
Il en est de même pour le Traité du mouvement des corps célestes
de Copernic et la Nouvelle astronomie de Kepler à l'égard
de l'Almageste.
De plus, le sort de l'Almageste a été bien plus mouvementé
que celui de ses successeurs. C'est un véritable miracle dans l'histoire
des sciences si cette uvre a pu être totalement conservée
depuis une époque si reculée. Le texte de la version anglaise
actuelle de l'Almageste comporte plus de six cents pages, soit environ
quatre cents mille mots. On y trouve également près de deux
cents illustrations, environ vingt tableaux, avec de nombreuses données
de calculs (plus de soixante pages), ainsi qu'une cinquantaine de pages
contenant des chiffres relatifs à la longitude, au parallèle
et à la luminosité de plus d'un millier d'étoiles.
Partant de quelques hypothèses et principes de base, Ptolémée
applique la géométrie et la trigonométrie sphérique
aux divers calculs, afin de déterminer sur l'axe de l'écliptique
les fonctions du temps relatives aux mouvements des planètes. Puis
il compare les résultats de ces calculs aux données accumulées
au cours des observations astronomiques du passé. Il y a donc,
dans le système de l'astronomie mathématique de Ptolémée,
quantité d'équations et de démonstrations complexes.
L'apparition de cet ouvrage, à la fois immense et très fouillé,
vers le milieu du IIe siècle, est le résultat de la tradition
vieille de cinq siècles incarnée à l'époque
par le fameux musée d'Alexandrie. Il y eut durant cette longue
période, inaugurée par Aristote, de nombreux savants comme
Archimède, Euclide, Appolonius, Aristarque et Hipparque. On sait
très peu de chose sur Ptolémée lui-même. D'après
ses propres uvres et les études réalisées par
les chercheurs, Ptolémée, astronome et mathématicien
grec, a vécu entre 100 et 165 de notre ère. Il est surtout
l'auteur d'un célèbre ouvrage, Syntaxe mathématique,
qui résume toutes les connaissances acquises et ses propres études
en matière d'astronomie mathématique.
Entre le IVe et le Ve siècle, de nombreux savants continuèrent
à annoter l'uvre de Ptolémée. Cependant, à
partir de l'époque de Ptolémée, en raison de l'annexion
des régions orientales de la Méditerranée par l'Empire
romain, l'esprit scientifique a commencé à décliner
et à perdre de sa créativité dans la Grèce
antique. Au début du VIe siècle, l'Empereur Justinien ordonna
de fermer l'Académie d'Athènes créée par Platon,
signe de la fin de la civilisation occidentale antique. Puis, au milieu
du VIIe siècle, des musulmans fanatiques détruisirent la
plupart des livres anciens en brûlant la Grande Bibliothèque
d'Alexandrie. Ainsi se sont perdues en Occident les traces de l'astronomie
et de la Syntaxe mathématique.
Transition par une période d'obscurité
La période allant du VIe au XIe siècle est tenue en Occident
pour une époque d'obscurité et de désordre, où
la civilisation grecque, notamment sa tradition scientifique, semblait
avoir disparu. Toutefois, il existait à l'époque une civilisation
orientale, présente jusqu'en Europe de l'Est et du Sud, initialement
hostile à la tradition scientifique de la Grèce antique.
Ainsi, grâce à la civilisation orientale, l'Empire byzantin
et le Califat, dont les centres se trouvaient respectivement à
Constantinople et à Bagdad, pouvaient procurer à la science
un lieu de transition jusqu'à la Renaissance.
Si Byzance a su conserver un grand nombre de manuscrits grecs, c'est que
l'Empire, profondément influencé par la culture grecque,
attachait une importance primordiale à la science et à l'éducation.
Il faut dire que Justinien 1er ne visait pas la civilisation grecque elle-même,
mais la fameuse Académie d'Athènes, symbole de la science
des païens.
Curieusement, les musulmans ont su conserver, voire promouvoir, la tradition
philosophique et scientifique de la Grèce antique. Les chercheurs
n'arrivent pas à prendre connaissance de la façon dont ils
y sont parvenus à l'époque, faute de documents historiques.
Néanmoins, on peut voir en ce fait une conséquence de l'hellénisation
des régions du Moyen-Orient (y compris la Syrie, la Perse, et les
régions comprises entre le Tigre et l'Euphrate), résultant
des deux événements historiques suivants : conquête
de l'Asie (334-323 av. J.-C.) par Alexandre le Grand et exode massif des
Nestoriens vers l'Est (au milieu du Ve siècle av. J.-C.), à
la suite d'un échec dans les querelles doctrinales religieuses.
Après la fermeture de l'Académie d'Athènes par Justinien
1er, de nombreux savants grecs, invités par Khorso 1er, roi assanide
de Perse, sont allés s'installer en Perse. Ils emportaient avec
eux beaucoup de livres et de documents. Plus tard, Jundishapur, ville
située non loin de Bagdad, se transforma en un centre de la civilisation
grecque, autre exemple, donc, de l'hellénisation de la région.
À partir du VIIe siècle, la religion islamique a pris son
essor et y conquis, en l'espace d'un siècle, tout le Moyen-Orient,
la plupart des régions de l'Afrique du Nord, de la Sicile et de
l'Espagne. À partir du VIIIe siècle, les imams musulmans,
épris de la civilisation grecque déjà très
présente au Moyen-Orient, se sont mis à traduire en langue
arabe les livres écrits en grec ou en syrien. Ainsi, la civilisation
grecque - notamment la philosophie, la mathématique, l'astronomie
et la médecine -, absorbée par les imams musulmans, et faisant
désormais partie intégrante de la culture islamique, fut-elle
transmise en Afrique, en Sicile et en Espagne.
Au XIIe siècle, si les savants européens ont pu redécouvrir
la culture de la Grèce antique, c'est que les pays de l'Europe
occidentale ont vivement réagi aux pressions militaires que faisait
peser sur eux l'Islam - la reconquête de la Sicile par les Normands
(1060-1093), les Croisades (à partir de 1099), ainsi que la reconquête
de la cité de Tolède par Alphonse VI en 1085, leur ayant
permis de rencontrer la culture islamique et de traduire en latin les
livres grecs écrits cette fois-ci en arabe. Comme la ville de Constantinople,
reprise par les croisés, fut tenue par l'Europe latine pendant
près de soixante ans (1204-1261), de nombreux manuscrits grecs
ont pu revenir en Occident. Presque à la même époque,
fleurissaient en Europe les études universitaires, la théologie
et la science médiévales.
Schéma 3.
Civilisation grecque Moyen Orient Civilisation islamique
(conquêtes d'Alexandre le Grand) (traductions du IXe siècle)
(Déplacement vers l'Est
des Nestoriens)
Empire byzantin
Bagdad
Palestine
Civilisation européenne Espagne
(traductions du XIIe siècle)
Afrique du Nord
Sicile
Le schéma 3 permet d'illustrer le parcours, si sinueux, de la
diffusion et du rayonnement d'une civilisation.
La première version arabe de la Syntaxe mathématique grecque
a été traduite de la langue syriaque, semble-t-il, par al-Hajjaj
Ibn Yusuf de Bagdad en 829-830. Le traité d'astronomie de Ptolémée,
la Syntaxe mathématique, a pris alors le titre de Kitab al-mijisti,
appelé aussi l'Almageste. Il y a eu, du IXe au Xe siècles,
plusieurs versions arabes de cette uvre, ce qui a permis de stimuler
le développement de la science astronomique dans le monde islamique.
Vers le milieu du XIIe siècle, un manuscrit grec de la Syntaxe
mathématique fut transmis de Constantinople à la Sicile,
où il fut traduit en latin. Un peu plus tard, Gérard de
Crémone, célèbre traducteur italien, traduisit en
latin, à Tolède, l'une des versions arabes du traité
d'astronomie grec. Au XVe siècle, à la veille de la conquête
turque de Constantinople, une version grecque de la Syntaxe mathématique
fut traduite en latin par le philosophe George de Trébizonde. La
traduction la plus connue de toutes, entre les XIIe et XVIe siècles,
est celle de Gérard de Crémone. La Théorie des planètes,
citée plus haut, serait un résumé de la Syntaxe mathématique,
écrit par Gérard de Crémone lui-même. Copernic
et d'autres scientifiques des XVIe et XVIIe siècles ont pu lire
les versions de Gérard de Crémone et celle de George de
Trébizonde, respectivement éditées en 1515 et en
1528. En raison de l'ampleur de ces deux versions fut édité
en 1538, à Bâle, le texte original en grec, lequel aurait
été acheté, à prix d'or, par l'Allemand Johannes
Müller. Celui-ci aurait voulu le traduire, mais la mort l'en empêcha.
Voilà, résumé ci-dessus, le parcours de la Syntaxe
mathématique grecque. On peut également voir cet itinéraire
à travers le schéma 2.
Après le XVIIe siècle, Ptolémée fut négligé
pendant deux cents ans. Il fallut attendre la fin du XIXe siècle
pour constater un regain d'intérêt envers l'Almageste, que
suscita la publication par le Danois Johan Ludwig Heiberg de la version
grecque, revue et corrigée, de cette uvre. De cette parution
résulta, indirectement, la traduction allemande très complète
publiée par K. Manitius en 1912-1913. Deux ouvrages en anglais
ont vu le jour dans les années 80. Le premier, intitulé
Guide de l'Almageste, publié par Olaf Pedersen en 1983, permet
de faciliter la recherche actuelle sur La Très Grande, tandis que
le second, publié par G. J. Toomer en 1984, contient nombre d'annotations.
Ainsi, peut-on dire qu'aujourd'hui, l'uvre de Ptolémée
est connue du monde entier.
Les hypothèses sur la naissance de la science
Revenons maintenant au problème de l'origine de la science moderne.
Tout d'abord, reconnaissons que, si la science est tenue pour une activité
académique définie par son caractère démonstratif
et systématique, la tradition scientifique est plus longue et plus
marquée en Occident qu'en Chine. À l'époque des Han
orientaux (25-220), seules deux uvres scientifiques chinoises, Traité
de la médecine interne et Essais sur la typhoïde, étaient
comparables à l'Almageste sur le plan tant quantitatif que qualitatif.
Ces deux livres sont, effectivement, à l'origine de la médecine
et de la pharmacologie chinoises. Dans le domaine des sciences exactes,
comme les mathématiques et la physique, on ne peut citer que Neuf
Chapitres sur l'art mathématique et Canon des calculs sur le cadran
solaire (ou Zhou bi suan jing) dont la valeur scientifique est insignifiante
par rapport à la Syntaxe mathématique grecque.
De plus, l'Almageste est le fruit de cinq siècles de recherches
effectuées à l'Académie d'Alexandrie, foyer de la
civilisation hellénistique. Avant l'apparition de cette uvre
considérable, pendant le premier siècle de cette période,
étaient déjà parus de nombreux écrits, de
valeur scientifique tout à fait comparable, dans les domaines des
mathématiques, de l'astronomie et de la physique. Pour remonter
encore plus loin dans la tradition scientifique hellénistique,
on peut citer l'Académie d'Athènes, créée
par Platon, voire l'école de Milet et celle de Pythagore, qui ont
existé du VIe au VIIe siècle avant notre ère. Par
contre, en Chine, seule la tradition confucéenne est comparable
dans la mesure où elle a perduré des siècles durant
et exercé une influence considérable. Il ne faut pas non
plus oublier que l'origine de la science hellénistique remonte
à la nuit des temps : les papyrus de l'ancienne Égypte et
les milliers de tablettes d'argile de l'empire de Babylone, durant le
règne d'Hammourabi, datent des XVIe et XIXe siècles avant
Jésus-Christ, période donc plus ancienne que celle de l'écriture
chinoise sur les carapaces de tortue. Et ces écrits, conservés
jusqu'à nos jours, font état de questions mathématiques
déjà aussi complexes que celles contenues dans les Neuf
Chapitres sur l'art mathématique.
Ensuite, la science s'est développée, semble-t-il, dans
différentes villes et différentes cultures, qui font cependant
partie de cette vaste zone que constituait la " civilisation occidentale
". Ainsi, les côtes occidentales de l'Asie mineure, Athènes,
Alexandrie, Bagdad, Tolède, ont-elles été tour à
tour le centre de recherches scientifiques. Au contraire, pendant très
longtemps, l'Égypte antique et la dynastie babylonienne, puissantes
et stables, n'ont pas vu leur science progresser, même si, au début,
étaient apparus des écrits mathématiques de haut
niveau. Leur véritable rayonnement n'a débuté qu'après
l'importation de cultures presque totalement différentes. Il apparaîtrait
que la science ait besoin d'un terrain riche et fertile, où l'on
puisse sans cesse explorer et confronter.
Chaque progrès de la science semble lié à un personnage
scientifique qui sort du rang et écrit un ouvrage remarquable.
Toutefois, les scientifiques ont toujours eu besoin d'être formés
dans des institutions académiques. Ainsi, y a-t-il eu l'Académie
de Platon et celle d'Alexandrie, l'école fondée par Pythagore
ainsi que Bait al-hikma du calife al-Mamum. Chacune de ces institutions,
animée par des hommes exceptionnels et soumise à des règles
de fonctionnement, a perduré des siècles, voire un millénaire.
Les universités, quant à elles, créées à
partir du XIIe siècle, ont joué un rôle encore plus
important, tout en contribuant au progrès de la science à
l'époque de la Renaissance et au XVIIe siècle.
En conclusion, on peut dire que, si la science moderne est née
en Occident, cela n'est sans doute pas par hasard, ni par accident, mais
bien grâce à un long processus spécifique d'accumulation
et de création.
Bibliographie
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Sir Thomas Heath, Greek Mathematics, 2 vols., Oxford UP, 1965.
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ch. 8 ; Carl B. Boyer, A History of Mathematics, Princeton UP, 1985, ch.
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A. Rupert Hall, The Revolution in Science 1500-1750, Longman 1985.
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Qian Baozong (annotation), Dix chapitres sur l'art mathématique,
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Histoire des mathématiques en Chine, sous la direction de Qian
Baozong, Édition de la science, Pékin, 1964.
Tradition scientifique et culture, sous la direction du " Bulletin
d'information de la dialectique ", Éditions de la science,
Province de Shanxi, 1983.
Liste des figures
Schéma de la théorie de Ptolémée sur les
mouvements des planètes supérieures (Mars, Jupiter, Saturne)
et de Vénus. Georg Peuerbach, Theoric Nov Planetarum,
1472.
Carte du fuseau Tsse-Wi-Houan
Cette miniature du XVIe siècle montre des astronomes au travail
dans la tour de Galata à Istanboul.
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