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Alliage
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La mondialisation
des jours de la semaine
Dans une chronique précédente (n° 33-34) j’ai montré la
façon dont les jours de la semaine ont été nommés en français et dans les
langues romanes (issues du latin) en jouant sur les associations entre les noms
des planètes, les noms des divinités gréco-romaines auxquels s’ajoutent des
éléments d’origine chrétienne. Je concluais en remarquant que le recours aux
planètes pour nommer les jours de la semaine concernait près de la moitié de la
population mondiale.
Je voudrais ici, continuer l’exploration d’autres langues du
monde chrétien et non chrétien pour montrer comment des mots ont voyagé,
comment certaines nominations apparaissent comme des invariants et encore,
comment des termes venus d’ailleurs se sont associés avec des éléments de la
cosmogonie de telle ou telle civilisation.
Le latin a été un vecteur par lequel les langues non romanes
d’Europe ont été influencées avant même la christianisation.
Les langues celtiques
Les Romains ont prêté quelques mots aux langues voisines des
langues romanes. Pour le domaine celtique, ou du moins ce qu’il en reste (le
gaulois est disparu depuis le Ve siècle), j’ai réuni dans un tableau les trois
langues du far-west de l’Europe, le breton, le gallois et le gaélique. La lecture
de ce tableau montre que les langues celtiques ont eu recours aux termes latins :
lune, mars, mercure, pour nommer leur lundi, mardi, mercredi. Mais c’est
surtout la nomination de dimanche, jour du soleil, disul en breton, dyddsul
en gaélique et de samedi, jour de saturne dans les trois langues citées ici,
qui atteste que l’emprunt date d’avant la christianisation. À l’inverse de ce
qui s’est passé pour les langues romanes, ni dimanche ni samedi n’ont été
rebaptisés. Seul le gaélique, toujours très différent du breton et du gallois.[1]
avec domhnach pour dimanche est à
rapprocher des langues romanes (domenicus
jour du seigneur).
français breton 1 breton 2 gallois gaélique
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dimanche sul disul dydd sul an
domhnach
lundi lun dilun dydd llun an luan
mardi meurzh dimeurzh dydd
mawrth an
mháirt
mercredi merc’her dimerc’her dydd
mercher an
chéadaoin
jeudi yaou diriao dydd iau an
déardaoin
vendredi gwener digwener dydd
gwener an
aoine
samedi sadorn disadorn dydd sadwrn an
satharn
_______________________________________________________________________________________
lune loar lloer gealach
soleil heol haul grian
Le recours au latin est net si l’on compare la nomination de
lundi et de dimanche avec la nomination habituelle de la lune et du soleil.
Les langues germaniques
Nous présentons ici les langues germanique groupées en trois
domaines géographiques :
L’ouest : anglais, néerlandais, afrikaans (dérivé du
néerlandais)
Le centre : allemand, alsacien, luxembourgeois, yiddish
Le nord (Scandinavie) : danois, norvégien, suédois,
islandais
anglais allemand norvégien
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sunday Sonntag sondag
monday Montag mandag
tuesday Dienstag tirsdag
wednesday Mittwoch onsdag
thursday Donnerstag torsdag
friday Freitag fredag
saturday Samstag lordag
Comme les langues celtiques, les langues germaniques ont
adopté les noms des planètes du monde romain pré-chrétien pour nommer les jours
de la semaine. Mais au lieu d’emprunter les mots latins, elles ont utilisé le
calque, les mots latins ont été traduits dans les différentes langues. Par
ailleurs les langues germaniques ont assimilé les divinités gréco-romaines à
leur propres divinités.
Une traduction
Pour dimanche et lundi le calque est repérable partout. Les
planètes sont bien présentes, traduites dans les différentes langues
germaniques. Soleil se dit sun en
anglais, Sonne en allemand, etc. De
même Lune, moon en anglais, Mond en allemand, d’où sunday, montag, etc. Pour samedi, la présence de Saturne est bien visible
dans l’ouest, saturday, zaterdag, et même jusqu’en Afrique du
Sud avec l’afrikaans ! Mais l’allemand a fait comme beaucoup de langues
christianisées, il a abandonné Saturne pour le Sabbat, Satertag pour Sambaz tag
(le jour du sabbat) qui s’est réduit au Samstag
moderne. En yiddish la référence au sabbat est encore plus nette, très proche
de l’hébreu shabbat. L’allemand du nord
reste dans la tradition païenne en nommant Sonnabend
le samedi, c’est-à-dire : veille du jour du Soleil, veille du dimanche.
Nous retrouverons cet usage de nomination par la veille dans certaines langues
slaves.
Une assimilation
Pour les autres jours, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, les
langues germaniques ont tout simplement utilisé les noms de leurs dieux
assimilables aux divinités gréco-romaines.
Mardi
C’est le jour du Dieu Tiw,
dieu de la guerre comme Mars. En vieux haut-allemand on disait Zies tac, le jour de Ziu, dieu de la guerre. C’est l’équivalent
du Zeus des Grecs et l’équivalent
sanskrit dyaus, celui qui brille,
atteste de l’ancienneté de cette racine indo-européenne. D’une langue à l’autre
la forme se différencie à peine, tirstag
en danois et en norvégien, tys dagr
en islandais.
Mercredi
Il y avait dans la mythologie germanique un dieu belliqueux,
une sorte de fou furieux toujours en mouvement. Il avait tout ce qu’il fallait
pour être assimilé à l’agité des Romains : Mercure. Les germaniques de l’ouest
le nommaient woden c’est-à-dire le
furieux, les germaniques du nord (scandinaves) odin. Alors wodnes day
devient wednesday en anglais et odin’s dag devient onsdag en danois. Mercure est toujours là.
Pour mercredi, les Allemands ont adopté un autre système,
ils le nomment milieu de semaine, Mittwoch,
comme d’autres langues soucieuses de symétrie hebdomadaire.
Jeudi
Dans l’anglais thursday,
thur représente une évolution du
moyen anglais thuner (thunder, en anglais moderne, le
tonnerre) par confusion avec le Thor le dieu du tonnerre. Dans l’ensemble des
langues germaniques, jeudi est nommé le jour du tonnerre, ou du dieu Thor,
chaque langue à partir de son évolution phonétique spécifique, Donnerstag en allemand, torsdag
en norvégien, etc. Ici encore il s’agit d’une racine très ancienne qui
remonte à l’indo-européen. En latin, tonner se dit tonare et en sanskrit tan
veut dire faire du bruit. Rappelons que pour nous jeudi est le jour de Jupiter,
dieu tonnant.
Vendredi
En anglo saxon, vendredi était frige dag. Ce frige était
le génitif de frigu qui avait quelque
chose à voir avec l’amitié (friend)
mais représentait surtout l’amour et aussi la déesse de l’amour. Ici encore l’assimilation
avec les divinités romaines est nette. Frida[2]
la blonde est la Vénus germanique et Freitag est notre vendredi.
Les langues slaves
Elles représentent un troisième groupe de langues
indo-européennes, moins proches de nous géographiquement mais très importantes
en nombre de locuteurs, environ trois cents millions.
Sud serbo-croate, slovène, bulgare
Occidental polonais,
tchèque, slovaque
Oriental russe,
biélorusse, ukrainien
serbo-croate tchèque russe
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nedjelja nedele voskressienie
ponedjeljak pondeli poniedielnik
utorak útery vtornik
srjeda streda srieda
cetvrtak ctvertek tchetverk
petak pátek piatnitsa
subota sobota subbota
Les langues slaves ont établi un système très régulier.
Mixte, il utilise en partie la numérotation, le jour du milieu, le jour où l’on
ne fait rien et le jour qui le suit, enfin le sabbat. Voici, en prenant l’exemple
du tchèque, le système commun à toutes les langues slaves
dimanche nedele ne rien faire dele=faire et ne=négation repos
lundi pondeli après ne rien faire po=après
préposé après le repos
mardi útery deuxième
mercredi streda jour du milieu de
uprostred=milieu
jeudi ctvertek quatrième
vendredi pátek cinquième
samedi sobota sabbat
On reconnaît de langue en langue, les mêmes données compte tenu
des variations des racines d’une langue à l’autre. Une seule entorse à cette
belle cohérence : le russe pour qui le dimanche n’est pas le jour du repos
mais celui de la résurrection, voskressienie.
Plus mystiques les Russes ? Bizarres aussi car, malgré tout le lundi est
nommé le jour qui suit celui où on ne fait rien, comme dans toutes les autres.
On peut plus sérieusement penser que les Russes ont rebaptisé leur dimanche.
À côté du latin, un autre vecteur de diffusion pour les
jours de la semaine a été le christianisme. Dans l’Antiquité, les jours de la
semaine sont nommés d’après les planètes, puis les planètes sont associées à
certains dieux gréco-romains, lesquels sont assimilés à des dieux locaux dans
le monde germanique. Puis les religions monothéistes s’en mêlent en tirant vers
le pôle chrétien avec le jour du Seigneur (roman), du repos (slave), de la
résurrection (russe), de l’église (grec) et tire du coté judaïque avec le shabbat présent partout. On rencontre
des systèmes mixtes avec, soit un timide recours à la numérotation, à l’allemande
(milieu de semaine), ou presque totale avec le portugais qui conserve deux
éléments religieux. La langue la plus païenne est sans doute l’anglais, mais la
plus composite est le hongrois (langue non indo-européenne).
hongrois
_______________________________________________________________________________________
dimanche vasárnap jour du marché, vasr est un emprunt au turc qui l’a emprunté au persan
lundi hétfö tête de
semaine, hongrois
mardi kedd kettö=deux,
hongrois
mercredi szerda jour
du milieu, emprunté au slave
jeudi csütörtök quatre en slave
vendredi pentek cinq en
slave samedi
samedi szombat shabbat,
hébreu, sans doute par le slave
Tout se passe comme si les hongrois, à partir du mercredi
avaient sombré dans l’influence slave.
Week-end européen
Seul
le samedi met tous les européens d’accord pour mener un sabbat d’enfer, à l’exception
des Anglais qui préfèrent les saturnales.
Mais
le dimanche! Le dimanche chacun en fait à sa guise. Pendant que nous, Français,
prions le Seigneur en compagnie des autres chrétiens de langues romanes, les
Grecs et les Arméniens vont à l’église, les Russes fêtent la résurrection du
Christ, alors que les autres Slaves, eux, se la coulent douce. Quant aux
Hongrois, ils vont au marché tandis que les Anglais se dorent au soleil avec
les Allemands.
Sans les planètes
En dehors du recours aux planètes et aux dieux, le système
le plus fréquent pour nommer les jours de la semaine, consiste à numéroter les
jours. Parmi les langues qui utilisent ce système, la plus répandue est l’arabe.
Les jours y sont numérotés à partir du dimanche. Deux jours y échappent, le
vendredi, nahr el jamaa, jour de la
réunion, de la mosquée (djouma) et le samedi jour du repos, nhar es sabt. On remarquera la même
racine que celle de l’hébreu, shabbat.
Cette numérotation par les nombres arabes (on n’utilise pas nahr) s’est installée dans toute l’Afrique
islamisée et partiellement dans d’autres pays islamisés non africains,
Indonésie, Turquie. On la retrouve même dans des pays non islamisés, en
malgache par exemple, peut-être par apport des navigateurs ou par influence de
vieux textes arabes. La référence au jour de la mosquée pour vendredi est
constante, mais certains nombres sont parfois utilisés. Pas toujours, c’est au
persan que le turc a emprunté le jour 4, le jour 5, et le dimanche, pasar, jour du marché. Quant au dimanche
indonésien, minggu, il a été emprunté
aux premiers colonisateurs de la région, les Portugais. On y retrouve le domingo abrégé, la première syllabe n’étant
pas accentuée.
arabe indonésien turc persan malgache
___________________________________________________________________________
jeudi nahr
el khemis hari kamis alakamisy
vendredi nhar el jamaa hari jumat cuma djoma zoma
samedi nhar
el sabt hari sabtu asabotay
dimanche Nhar el had hari minggu
Il y a aussi des langues de l’Europe chrétienne qui
numérotent les jours, non pas partiellement comme les langues slaves mais
complétement. On peut y voir le résultat d’une tentative pour éviter les
références païennes.
À Byzance on consacrait le dimanche au Christ, le lundi aux
anges qui comme la Lune réflètent la lumière divine, le mardi à Saint Jean qui
s’identifie au dieu guerrier, le mercredi à la croix qui a porté le verbe comme
Mercure a porté la parole des dieux, le jeudi aux Apôtres, pères de l’église
comme Jupiter, père de l’Olympe, vendredi à la Vierge, image de la beauté
spirituelle comme Vénus de la beauté physique, samedi à Dieu le père puisque Saturne
était le père des dieux. Mais cette christianisation n’a pas eu de suite. En
revanche, la liturgie latine, elle, utilise depuis Tertullien (IIe siècle), le
système juif de numérotation pour éviter de nommer les dieux païens. Feria prima pour dimanche, feria secunda, pour lundi etc. Ce
système se retrouve en grec et en portugais.[3]
Les langues
asiatiques
Pour noter les jours de la semaine, le chinois, lui aussi,
utilise actuellement, un système numérique, par exemple : xing qi yi, lundi,
“semaine un”, etc.
Il s’agit d’un système régulier où xing qi, qui veut dire semaine,
est suivi du numéral cardinal. Lundi se trouve être le jour numéro 1. Seul
dimanche fait référence au ciel, à travers ri
(jour et aussi soleil), même si xing qi peut se décomposer en “planète-période”.
Mais l’ancien système chinois était fondé sur les cinq
éléments taoïstes, terre, feu, eau, bois et métal, auxquels on ajoutait le
Soleil et la Lune. L’existence de cinq éléments peut nous surprendre, nous qui
sommes habitués à en dénombrer quatre (terre, feu, eau, air).[4]
C’est que d’une civilisation à l’autre, d’une langue à l’autre, l’organisation
du monde change.
Une des premières choses qu’un étudiant en linguistique
apprend c’est que les langues ne constituent pas un calque du monde mais une
sorte de prisme, de filtre obligé à travers lequel les utilisateurs de telles
ou telles langues découpent le monde. Ainsi, l’espagnol distingue lena,
madera et bosque là ou nous ne
disposons que du mot bois, en
revanche il ne possède que le mot rìo
en face de nos fleuve et rivière. Les exemples sont multiples, l’indonésien
ne possède qu’un seul mot kambing
pour chèvre, mouton, bouc, agneau alors que notre riz est traduit par trois mots différents suivant qu’il est planté :
padi, en grains non cuits : beras, ou cuits : nasi.
Mais l’exemple le plus utilisé est celui des couleurs du
spectre de la lumière solaire. Le spectre de la lumière du soleil se décompose
en un continuum qui va du violet au rouge. Cela ne nous empêche pas de compter
sept couleurs dans l’arc-en-ciel. Un album scientifique pour les enfants de sept
à dix ans publié récemment l’affirme à nouveau. C’est que dans notre
civilisation judéo-chrétienne le chiffre sept est un chiffre-clé. Il l’était
déjà chez les Grecs.
Voici une liste d’expressions utilisant le chiffre sept.
Elle est présentée dans le désordre et bien sûr n’est pas exhaustive, chacun
pourra la compléter :
7 collines à Rome
7 merveilles dans le monde
7 péchés capitaux
7 notes dans la gamme musicale
7 nains avec Blanche Neige
7 planètes dans le ciel soleil,
lune, mars, mercure, jupiter, vénus, saturne
7 archanges (Ancien Testament)
7 couleurs dans l’arc-en-ciel, déjà chez Hérodote. Newton en distinguait 5 mais en ajoutait deux pour faire bonne mesure orange et indigo
et bien sûr 7 jours dans la
semaine
Le livre de Jean-Claude Bologne : Les sept merveilles qui recense les expressions chiffrées compte vingt-huit
entrées consacrées au chiffre sept et seulement neuf pour le chiffre cinq. Bien
sûr il y les trois grâces, les dix commandements, les neuf muses, les cinq
continents et un seul cheveu sur la tête à Mathieu. Mais ces listes sont
courtes à côté de celles du sept.
Dans la civilisation chinoise les éléments fondamentaux ne
sont pas les seuls références culturelles à s’organiser par cinq, et les cinq
jours de la semaine qui leur correspondent peuvent s’intégrer à un ensemble
plus vaste. C’est que, contrairement à notre civilisation judéo-chrétienne où
le chiffre sept est un chiffre-clé, c’est le chiffre cinq qui en tient lieu
dans l’aire culturelle chinoise. Les couleurs y sont au nombre de cinq :
rouge, noir, jaune, vert, et blanc. Mais surtout ces cinq couleurs sont parties
prenantes d’un réseau très cohérent de données culturelles, religieuses et
philosophiques, toutes organisées par cinq dans le cadre de la pensée taoïste.
En voici un essai de présentation dans lequel nous retrouvons nos planètes.
couleur élém. p. card. saisons planètes viscères yin
et yang
_______________________________________________________________________________________
rouge feu sud été
(solst.) Mars coeur yang
majeur
noir eau nord hiver
(solst.) Mercure rein yin
majeur
jaune terre centre centre
de l’été Saturne rate
vert bois est printemps
(équin.) Jupiter foie yang=yin
blanc métal ouest automne
(équin.) Vénus poumon yang=yin
Les notes de la gamme, fa, sol, la, do, ré, entrent
difficilement dans le même tableau. On trouve des échelles pentatoniques dans
beaucoup d’autres cultures. Mais l’existence de cinq degrés principaux est
spécifique aux pays d’extrême-orient. Les cinq degrés auxiliaires qui portent
les mêmes noms, sont représentés par les mêmes idéogrammes, mais prononcés
différemment. Les parfums aussi s’organisent par cinq. Les restaurants chinois
nous proposent le boeuf au cinq parfums.
De l’ancien système chinois, il ne reste, nous l’avons vu, que le Soleil pour dimanche. Cependant, cet ancien système s’est conservé intégralement en japonais et en coréen. Ces langues ont adopté les mêmes caractères, avec le même sens, mais elles les prononcent différemment.
Comme chez nous le dimanche et le lundi sont les jours du
Soleil et de la Lune, mais mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi sont
respectivement jours du feu, de l’eau, de l’arbre, de l’or, de la terre.
On retrouve ici les correspondances éléments/planètes. Cinq
éléments, cinq planètes. Il suffit d’ajouter les deux grands luminaires pour
obtenir les sept jours de la semaine internationale.
Voici le nom des planètes en japonais
Mars kasei planète
du feu
Mercure suisei planète de
l’eau
Jupiter mokusei planète du bois
Vénus kinsei planète de
l’or
Saturne tôsei planète
de la terre
On voit comment l’hégémonie culturelle chinoise s’exerce sur
le japonais et le coréen .Ces deux langues ont adopté à la fois la nomination
des planètes et celle des jours en empruntant au chinois ses idéogrammes.
S’il est surprenant de retrouver dans la civilisation
chinoise au sens large, les jours nommés de la même façon que dans le monde
chrétien, cela l’est tout autant de rencontrer le même phénomène dans beaucoup
de langues de l’Inde. Non seulement dans des langues indo-européennes du Nord
(telles que le bengali et le hindi) mais plus inattendu encore dans des langues
dravidiennes du Sud (telle que le kannada). Ainsi le dimanche, robibar en bengali, ravivâra en kannada, est jour du Soleil.
À l’exception de mercredi, associé à Neptune, il s’agit exactement de nos
planètes dans la même ordre. Alors ? s’agit-il d’une constante dans le
rapport langue/monde ? il faudrait bien sûr une investigation beaucoup
plus poussée pour l’affirmer.
En attendant, on peut essayer de décompter approximativement
les langues qui utilisent sous des formes diverses les noms des planètes pour
nommer les jours de la semaine. On parvient très vite à des chiffres “astronomiques”.
Environ 1 858 millions d’Européens et 190 millions de Japonais et de Coréens
nomment les jours de la semaine au moyen des cinq planètes et des deux grands
luminaires. Soit 2 348 millions, presque la moitié de la population de la
planète. Et encore, n’ai je pas compté les chinois et leur ancien système (1 000),
ni les autres langues de l’Inde (plus de 500), ni les locuteurs d’autres
langues qui ont ces dernières pour langues de communication. On arrive alors,
très vite à près de 4 000 millions d’êtres humains, c’est-à-dire les deux tiers
des six milliards récemment atteints.
[1] Le breton a deux séries de
jours, l’une avec di (type catalan) l’autre
sans di (type espagnol). Le gallois
est la langue du Pays de Galles, elle est parlée par un quart des habitants de
cette région de Grande Bretagne (environ un million d’habitants. Le gaélique
est la langue officielle de l’Irlande elle est parlée aussi en Ecosse.
[2] Le musée de Bayeux
accompagne la tapisserie de la Reine Mathilde d’une présentation de la
cosmogonie des Vikings. Odhin y est le Dieu de la guerre, Thôrr celui du
tonnerre et Freyr et Freyja ceux de la fécondité.
[3]
D’après Jean-Claude Bologne, Les Sept
merveilles, Larousse, Paris, 1994.
[4] Rappelons que la chimie
moderne, dans la classification de Mendeleïev en recense plus d’une centaine.