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Comment
nommer: Étoiles et astres nouveaux
Daniel
Kunth
Certaines étoiles brillent plus que d'autres,
et les plus brillantes ont des noms qui nous sont familiers. Nous avons
évoqué leur histoire dans une chronique précédente
(Alliage n° 29-30 page 149).
À première vue, les étoiles
se ressemblent toutes. Seules diffèrent leurs positions les unes
par rapport aux autres. Ainsi pense le profane. Les étoiles semblent
fixées sur la voûte céleste, à une même
distance. Aucune impression de profondeur ne s'en dégage et pourtant
! Les Grecs imaginaient les dimensions colossales de l'Univers par la
chute d'une enclume, qui pensaient-ils devait "tomber" pendant
sept jours pour atteindre ses limites ! On sait depuis à peine
plus d'un siècle, que les étoiles se situent à des
distances très lointaines, sont étagées en profondeur,
et que les plus éclatantes ne sont pas nécessairement les
plus proches.
Au fil des siècles on les a classées, on les a comptées.
Compter ! Pour en arriver là, il a fallu vaincre quelques réticences.
Après tout, les astres faisaient l'objet d'un respect quasi cultuel,
il ne fallait pas se montrer irrévérencieux à leur
égard, de là à les étudier comme de véritables
objets ! Ainsi existaient d'étranges croyances : dans les Vosges
et la Vendée si l'on admirait les étoiles, il fallait bien
se garder de les dénombrer, car tout homme qui comptait la sienne
risquait la mort sur-le-champ. À Marseille, à montrer les
étoiles du doigt, on s'exposait à être couvert de
verrues. Seul l'iconoclaste Rimbaud osait du " je pisse aux étoiles
avec l'assentiment des héliotropes " !
La Voie lactée a tellement d'étoiles qu'elle dessine un
chemin : dans l'Europe catholique, c'était le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle
et dans l'Antiquité, elle symbolisait la route des âmes qui
quittent ce monde.
La superstition selon laquelle chaque homme a son inaccessible étoile
est fort répandue. Pourtant seulement trois mille sont visibles
à l'il nu dans chaque hémisphère, de quoi nous
inviter à rester dans l'anonymat.
Aujourd'hui encore, qui ne rêverait de "posséder"
une étoile ? Et sans doute la plus prestigieuse, telle Sirius,
fidèle chien de chasse du chasseur Orion, l'étoile la plus
brillante du ciel. Cette étoile si resplendissante, inspiratrice
de la mythologie des Dogons, nous indique le sud par les belles soirées
d'hiver. Elle culmine, conservant une certaine distance sur les choses
du monde et sert de guide aux navigateurs, sans doute raison pour laquelle
Hubert Beuve-Méry ancien directeur du Monde prit ce pseudonyme.
Ma fille, il y a vingt ans, alors que je découvrais à l'Observatoire
européen du Chili des centaines de nouvelles galaxies, ces îles
cosmiques, riches de milliards d'étoiles fuyant à des vitesses
éperdues, me demandait : " Papa peux-tu appeler une galaxie
Anouche ? " Tel est le rêve des enfants : projeter son nom
dans le ciel à travers un astre lointain, dépositaire pour
l'éternité de son passage sur Terre.
Ce n'est donc pas un hasard, si des agences proposent à qui le
souhaite de nommer une étoile, et fournissent à cet effet
un certificat officiel. Une des plus connues, sous le nom de " International
Star Registry ", fut fondée en 1979 par un Canadien. Puisque
le ciel est à tout le monde, rien ne saurait empêcher quiconque
d'en baptiser de nouvelles et pourquoi pas, à cette occasion, de
faire quelques bonnes affaires ? Pour la modique somme de quelques centaines
de francs, vous pouvez choisir une étoile et lui attribuer le nom
de votre choix, alors, pourquoi pas le vôtre ? Le certificat atteste
que l'étoile sélectionnée porte le nom que vous lui
attribuez et précise sa position exacte, sa couleur et son éclat
dans le ciel. Inutile de dire que ces agences tirent de substantiels bénéfices
de ce commerce de rêves célestes, mais il n'en est pas moins
vrai qu'elles contribuent à leur manière à nommer
les étoiles !
Les catalogues d'étoiles
Le premier à lister les papillons célestes
fut Érathostène qui mesura la position d'environ sept cent
dix étoiles. Hipparcos constitua un catalogue qui ne nous est jamais
parvenu mais dont s'inspira largement Ptolémée. Son Almageste
en comporte mille vingt-deux et fait usage pour son classement de la méthode
inventée par Hipparcos, consistant à classer les étoiles
par ordre de brillance... Il sera suivi par d'inlassables observateurs
latins, arabes et chrétiens qui laissèrent de durables survivances
dans la généalogie des noms stellaires. Mais l'histoire
de la nomenclature stellaire fait un bond après la publication
de l'Atlas de Johannes Bayer, Uranometria.
Pour désigner les étoiles d'une constellation, Johannes
Bayer (1572-1625) utilisa les vingt-quatre lettres minuscules de l'alphabet
grec. Ainsi, Deneb, l'étoile la plus brillante de la constellation
du Cygne est-elle désignée alpha Cyg et ainsi de suite,
jusqu'à la moins lumineuse. Lorsque les vingt-quatre lettres furent
épuisées, Bayer employa les vingt-six lettres romaines minuscules
puis majuscules. Aurait-on pu en rester là ? C'était ne
pas compter avec les progrès fulgurants qu'allait inaugurer, dès
1609, l'usage de la lunette par Galilée. En 1712, l'atlas compilé
par Flamsteed, alors directeur de l'observatoire de Greenwich, comporte
déjà des milliers d'étoiles. Devant cette multitude,
à la suite des désignations littérales, on utilisa
de simples nombres, selon l'ordre d'apparition d'une étoile lorsque
la Terre tourne vers l'est. Louis de Lacaille ramènera du Cap un
nouveau butin de dix mille astres flambant neufs. Plus tard, au XIXe siècle,
nos confrères d'outre-Rhin, sous l'impulsion des astronomes de
l'observatoire de Bonn, vont tayloriser la profession. À l'aide
d'une petite lunette, un astronome enregistre le passage des étoiles,
note la brillance de chacune d'elles, estimée visuellement, sur
un morceau de papier demeuré près de lui, dans l'obscurité.
Ce faisant, il crie à un collègue demeuré dans une
pièce voisine la couleur de l'étoile et le top destiné
à marquer son passage exact au centre de la lunette. L'il
rivé sur une horloge son acolyte enregistre l'heure de passage.
Ainsi, furent recensées les étoiles du BD (Bonn Durch Musterung),
plus de cent mille, et qui des années durant serviront de référence
aux astronomes du monde entier.
Après la seconde guerre mondiale, l'avènement des grands
télescopes, associés à la photographie, permettra
de répertorier des milliers d'étoiles nouvelles dans les
deux hémisphères. Le catalogue SAO, compilé à
l'observatoire Smithsonian, aux États-Unis, contient deux cent
cinquante huit mille neuf cent quatre vingt dix-sept étoiles. Enfin,
de nos jours, le satellitte Hipparcos a fourni la position précise
de plus de deux cent mille étoiles. D'autres codages permettent
aux astronomes d'en savoir davantage sur la nature même d'une étoile
: par exemple, l'usage de lettres capitales romaines permit à l'astronome
allemand Friedrich Argelander de repérer avec précision
les étoiles d'éclat variable. Dans le cas de V1500 Cyg,
la mille cinq centième étoile de la constellation du Cygne,
V désigne une étoile dont l'éclat varie avec le temps.
Avec une rigueur toute scientifique, il commença sa nomenclature
par R jusqu'à Z puis RR jusqu'à RZ, SS à SZ pour
atteindre ZZ. Ensuite on recommença en A jusqu'en Q sans omettre
les doublements. Pourquoi commençer par la lettre R ? L'illogique
logique trouve son fondement en ce qu'une constellation de l'hémisphère
Sud s'était déjà arrogé les dix-sept premières
lettres de l'alphabet. Les voies de la science sont parfois impénétrables.
La spectroscopie
L'avènement de la technique spectroscopique
va permettre de décomposer la lumière de chaque étoile
en un véritable petit arc-en-ciel que l'on peut analyser. Le spectre
d'une étoile renferme des indices, véritables empreintes
individuelles caractérisant chacune d'elles. Les étoiles
sont alors classées selon leur taille, leur couleur, leur température,
ou les phénomènes étranges qui s'y déroulent
et les distinguent les unes des autres. L'il humain est d'ailleurs
sensible aux couleurs des étoiles et un curieux attentif les perçoit
facilement. Angelo Secchi proposa de classer les étoiles en quatre
groupes, des plus chaudes aux plus froides. Une tentative plus systématique
fut effectuée en 1890 par Edward Pickering, à l'aide d'une
nomenclature littérale, allant de A (les plus chaudes) à
Z (les plus froides). En pratique, seules quelques lettres furent utilisées.
Curieusement, les lettres W et O vinrent se placer en tête de liste
pour désigner les rares étoiles dont la surface dépasse
quatre vingt mille degrés, la lettre N devint avant-dernière
et la séquence se termina avec les étoiles S de 2500°.
L'étoile Sirius est une étoile A tandis que notre soleil,
de taille moyenne est de type G. Les étoiles forment donc la séquence
plutôt bousculée WOBAFGKMRNS. Pour mieux s'en souvenir les
astronomes américains eurent recours au slogan féministe
suivant : " Wow ! Oh Be A Fine Girl Kiss Me Right Now Sweetie ",
qui laisse préfigurer les déboires de l'actuel président
des États-Unis.
Les catalogues modernes
Chaque jour, sont découvertes de nouvelles
étoiles ! Les télescopes du monde entier sont de plus en
plus puissants, et enregistrent inlassablement des millions voire des
milliards d'étoiles. L'irruption de nouvelles techniques repousse
de jour en jour les limites connues de l'Univers. Nous sommes passés,
en un peu plus d'un siècle, des trois mille étoiles et planètes
visibles à l'il nu à des milliards d'étoiles
enregistrées sur d'innombrables plaques photographiques. À
la fin du XIXe siècle, c'est une véritable collaboration
internationale qui fut mise en place, avec pour objectif de cartographier
la totalité du ciel boréal et austral. Cette campagne, mal
coordonnée, échouera partiellement, mais plus tard, des
télescopes spécialisés concrétiseront cette
ambition. Dans les années 50, tout le ciel boréal sera disponible
sur quelques milliers de plaques photographiques, stockées à
l'observatoire californien du mont Palomar et reproduites au gré
des besoins des astronomes du monde entier.
Dès lors, où trouver les héroïnes, princes et
princesses, êtres mythologiques ou rêves célestes propres
à désigner ces astres nouveaux ? Très prosaïquement,
les astronomes s'accordent aujourd'hui à respecter un protocole
d'état civil cosmique digne de la Sécurité sociale.
Plus question d'état d'âme ni d'hommage muet à une
belle de son cur ou à un éventuel mécène.
Désormais, une étoile prend sagement sa place dans un catalogue
stellaire, au milieu de milliers, voire de millions de consurs.
Pour la retrouver, une étoile répond par exemple au doux
nom de
1237 + 0456.2
Ce moyen est infaillible pour la localiser dans
le ciel par ses coordonnées horaires (12 h 37 minutes) et angulaires
(4 degrés 56 minutes et quelques secondes d'arc). Les catalogues
stellaires deviennent des bottins célestes numériques, traités
par les ordinateurs modernes comme des listes de nombres qui s'ajoutent,
se retranchent ou compensent la précession des équinoxes
pour les besoins de télescopes avides de précision et d'éfficacité.
Les nouveaux astres
La découverte des astres qui composent notre
Univers sera la grande aventure des deux derniers siècles. Cette
aventure prendra au moins trois chemins différents :
- L'innovation technique des télescopes modernes dominera le début
de notre siècle, alliée à la technique photographique
et à la spectroscopie. C'est en Californie que sera résolu
le mystère de ce qui était pudiquement nommé nébuleuse.
Le mot même de nébuleuse traduit bien les limites auxquelles
se heurtaient les astronomes pour distinguer davantage. La plupart de
ces nébuleuses sont ces galaxies qui permettent de lire l'Univers
dans toute son immensité. Parmi elles, les astronomes découvriront
également des berceaux d'étoiles entourés d'un gaz
luminescent, qu'ils appelleront " régions HII ", ainsi
que de vieilles étoiles baptisées " planétaires
" par William Herschel, qui croyait deviner des systèmes solaires
en voie de formation. Ils verront également des étoiles
rassemblées par paquets de quelques dizaines, des milliers, voire
des millions, que l'on nomme " amas " ou amas globulaires, pour
ceux dont la forme régulière, quasi sphérique, évoque
celle d'un petit globe.
- L'exploration d'autres domaines de longueurs d'ondes sera le fait marquant
des années qui ont suivi la seconde guerre mondiale. L'astronomie
de l'invisible dévoilera peu à peu un ciel que notre il
ne peut "voir", et utilisera pour cela des récepteurs
sensibles aux rayons infrarouges puis aux ondes radio. Les années
50 verront la naissance de l'astronomie en rayons X. Ces techniques font
apparaitre un ciel totalement insoupçonné. Des astres, invisibles
auparavant seront découverts, d'autres, déjà connus,
deviendront aussi méconnaissables que l'est le Soleil vu aux rayons
X. Un même astre, re-découvert plusieurs fois, portera plusieurs
noms.
- L'astronomie spatiale, en hissant notre regard au-dessus de l'atmosphère
terrestre, prendra un véritable essor au cours des années
70 et permettra, entre autres, l'exploration systématique du Système
solaire et un cortège inédit de nouveaux noms de baptême.
Malgré l'adoption de noms génériques
de plus en plus numérisables, la poésie courtoise, le sens
de l'honneur ou de la métaphysique se retranchent dans un dernier
carré. Il est amusant de constater à quel point les avancées
nouvelles s'ancrent dans des héritages du passé. Comme les
mentalités progressent moins vite, la précipitation dans
un monde nouveau s'accompagne d'inquiétudes que l'on désire
raisonner. Ainsi, les astronomes ont baptisé Doigt de Dieu une
association de milliers de galaxies dont la forme dans le ciel des grands
télescopes modernes rappelle la représentation divine. D'autres
structures du même type renvoient aux épopées de la
science-fiction comme le Grand attracteur, ou déifie nos savants,
avec la Croix d'Einstein.
Parmi les astres qui se dévoilent, les galaxies
tiennent l'avant scène de cette fin de siècle.
Au XVIIIe siècle, Charles Messier, insatiable chasseur de comètes
avait titubé sur des nébulosités qu'il prenait pour
des comètes, mais qui n'en étaient pas. Pour détourner
les futurs astronomes de pareils errements, il décida de constituer
un catalogue exhaustif en recensant tous ces objets indésirables
devenus aujourd'hui les cent quatre objets de Messier et classés
de M1 à M104. Un siècle plus tard, William Herschel construisit
le plus grand télescope de son temps et s'en fut explorer ces mystérieuses
nébuleuses. Dans l'obscurité des froides nuits britanniques,
muni d'un carnet à dessins et d'un crayon bien taillé, il
fit de sompteux croquis de tout ce qu'il observait. La plaque photographique
n'existant pas, l'il de l'observateur devait témoigner avec
le maximum d'objectivité.
Deux sortes de nébuleuses appelèrent d'abord son attention
: des astres flous se présentant sous la forme de nuages indécis
ou d'un tourbillon de lumière, et des nébuleuses apparentées
à des ronds de fumée, avec parfois, au centre, une étoile
brillante.
Avec les progrès de l'instrumentation et l'avènement des
grands téléscopes du XXe siècle, la nature de ces
mystérieuses nébuleuses à pu être élucidée.
C'est l'astronome américain Edwin Hubble qui résolut cette
énigme, et l'on sait aujourd'hui qu'il s'agit des galaxies, ces
Univers-îles dispersés dans l'immensité de l'Univers
par millards et qui, semblables à notre Voie lactée contiennent
des centaines de milliards d'étoiles.
Parmi les objets de Messier, on trouve des galaxies, et parmi les plus
somptueuses, M31 la célèbre galaxie d'Andromède,
M33, M101 et d'autres astres caractéristiques, aujourd'hui astres
favoris des astronomes amateurs et les plus étudiés du ciel,
en dépit de Messier, qui les vouait à l'oubli, mais qui
ont contribué à le sortir de l'anonymat.
La région de l'Amas de la Vierge
L'astronomie moderne fait une place importante
à la constellation de la Vierge car dans cette région du
ciel, les plus grands télescopes ont révélé
le plus stupéfiant amas de galaxies qui soit. Situé à
plus de cinquante millions d'années lumière cet amas contient
plus de deux mille cinq cents galaxies réunies par le jeu de l'attraction
gravitationnelle. Cette région du ciel baptisée, "
le Royaume des nébuleuses " avait intrigué les premiers
observateurs du ciel - dont Charles Messier. Que l'Amas de la Vierge ne
soit pas très éloigné dans le ciel du Doigt de Dieu
me laisse perplexe. Mais cet état d'âme n'engage que moi.
Quelques objets de Messier, nichés au sein de l'Amas de la Vierge,
sont aujourd'hui devenus de véritables célébrités
parmi les galaxies. Citons M104, la galaxie du Sombrero, qui doit son
sobriquet à sa forme caractéristique et M87 une galaxie
elliptique, du cur de laquelle semble jaillir un puissant jet electromagnétique
radio. C'est également (devrais-je écrire forcément
?) dans la Vierge que brille le quasar le plus brillant du ciel, 3C273
situé à la bagatelle de trois mille années-lumière
de nous. Ces astres furent découverts par hasard, en 1965, alors
que rien ne permettait de les distinguer des étoiles, pas même
la formidable énergie qui s'en dégage. Dans "quasar"
l'on retrouve "quasi-étoile", quant à 3C273, il
pointe tout simplement la deux cent soixante-treizième source radio
du troisième catalogue de l'observatoire de Cambridge en Grande-Bretagne.
Aujourd'hui, nous en connaissons des milliers, et savons que les quasars
sont situés au centre même des galaxies et irradient une
formidable énergie provenant d'un trou noir massif.
Toujours dans la Vierge qui ne finit pas d'étonner ses zélateurs,
se trouve Porrima (nom latin), l'une des plus remarquables étoiles
doubles du ciel, tellement remarquable que l'éminent astronome
Smith lui consacra un poème de vingt-deux stances intitulé
" Adieu à l'étoile double gamma de la Vierge en l'époque
de 1858 ".
Supernovae et pulsars :
Dès qu'un nouvel astre est découvert,
il doit être nommé. La première phase consiste à
délivrer une série de nombres et de lettres permettant d'identifier
la nature de l'astre découvert, la date, et son numéro d'ordre.
Par suite, lorsque seront bien connues toutes les caractéristiques
de l'astre nouveau, ce nom sera validé par l'Union astronomique
internationale, seule habilitée à le faire.
Les supernovae qui résultent de l'explosion soudaine d'une grosse
étoile, n'échappent pas à la règle. Par exemple,
celle de 1987, découverte au Chili, à l'il nu, par
un astronome américain est connue sous le nom SN1987b, b désignant
la deuxième supernova découverte cette année-là.
Une supernova est l'un des phénomènes les plus saisissants
du ciel. En quelques secondes, une étoile ayant des dizaines de
fois la masse du Soleil implose et rebondit dans l'espace, en dégageant
une énergie aussi considérable que des milliards d'étoiles
réunies. En 1054, les Chinois aperçurent, à leur
grand étonnement, un astre nouveau, qui, dit-on, pouvait même
être distingué en plein jour. Ce n'est qu'au XIXe siècle
que l'astronome anglais lord Rosse identifia les débris de cet
astre, présentant la forme de filaments lumineux ressemblant à
des pinces de crabe. Depuis, la nébuleuse M1 (premier objet mis
au monde par Messier au siècle précédent) est devenue
la nébuleuse du Crabe.
Une fois le feu d'artifice achevé, il ne subsiste d'une supernova
qu'un astre hyperdense, à peine plus gros que la Terre, et qui
tourne sur lui-même à parfois plus de mille tours chaque
seconde, en libérant dans l'espace un rayonnement radio intermittent,
à la manière d'un phare.
Le premier pulsar fut découvert dans la constellation du Renard
en 1967 par Jocelyn Bell, alors étudiante à l'université
de Cambridge. Les péripéties de cette fabuleuse découverte
et les polémiques alimentant l'attribution de la paternité
de cette découverte à l'astronome Martin Ryle, seul à
recevoirle prix Nobel de physique, ont été depuis largement
commentés. Cet objet céleste s'est manifesté par
un émission radio d'une pulsation régulière de 1,33
secondes. La régularité du phénomène conduisit
certains astronomes à se demander s'ils ne venaient pas de capter
pour la première fois un signal intelligent provenant d'une civilisation
extraterrestre. Le pulsar fut d'abord désigné sous le nom
de LGM. Ceci n'était ni plus ni moins que l'acronyme de "Little
Green Men", les "petits hommes verts" tant attendus ou
redoutés selon chacun.
Notre prochaine chronique reviendra une dernière
fois sur les acquis de la conquête spatiale de ces dernières
décennies, qui a vu des centaines de noms de baptême attribués
aux nouveaux satellites des planètes, ou aux détails les
plus marquants de la topographie planétaire.
Bibliographie
- Astronymie, André Le Buffle, éd. Burillier, 1996.
- Dictionary of Astronomical Names, Adrian Room, éditions Routledge,
1988.
- Les Quasars, Daniel Kunth, coll Dominos, éd. Flammarion, 1998.
- Le folklore de France : le ciel, la nuit et les esprits de l'air, Paul
Sebillot, Imago, Paris, 1982.
Liste des figures:
La Voie Lactée résolue en étoiles
pour la première fois par Galilée à l'aide de sa
lunette en 1610 (Galileo Galilei, Le messager des étoiles, Seuil,
1992)
La galaxie spirale ESO 510-13 vue par le VLT (Very
Large Telescope) européen
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