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Christine Heilmann " En 1829, Émile Littré écrivait : "La science de la médecine, si elle ne veut pas être rabaissée au rang de métier, doit s'occuper de son histoire, et soigner les vieux monuments que les temps passés lui ont légués." Ces vieux monuments ne sont-ils pas les livres, où, depuis les temps les plus reculés, toute notre science est enclose ? ". Parmi ces vieux monuments, il en est un qui allait
prendre une dimension particulière dans cette entreprise de mémorisation
du passé : il s'agit du De humani corporis fabrica [Sur la construction
du corps humain] de Vésale, gros volume in-folio (352 x 248) de
six cent soixante-trois pages contenant plus de trois cents gravures sur
bois (planches hors-texte et gravures de toutes dimensions intercalées
dans le texte), édité à Bâle en 1543, sur les
presses de Jean Oporinus. Par la plume de Georges Canguilhem, l'épistémologie résiste à cette tentation romantique du recours au précurseur à laquelle succombent les historiens qui veulent voir en Vésale le Copernic de l'anatomie. Restant plus circonspect quant à l'apport scientifique de la Fabrica, Canguilhem n'en souligne pas moins chez Vésale une élévation de l'il et de la main à la dignité d'instruments d'enseignement et de connaissance qui transforment le " concept traditionnel de science par la subordination de l'explication à la preuve, de l'intelligible au vérifiable ". C'est au titre de cette nouvelle structuration de la vision de l'homme et du monde qu'il considère ce traité comme un incontestable " monument de notre culture ". Pour autant, en y regardant de plus près,
c'est-à-dire en se tenant au pied de la lettre et de l'image de
l'ouvrage en question, surgit une autre réalité : celle
qui touche aux conditions historiques (idéologiques et matérielles)
requises pour qu'une proposition, un événement, une expérience,
un objet, obtiennent droit de cité dans un domaine de savoir. Le
chemin de traverse que nous suivrons ici nous conduira donc à examiner
puis à mesurer, dans la matérialité de son dispositif
d'énonciation et de représentation, les effets de la stratégie
"médiatique" de Vésale : à voir en quoi,
jusqu'où et comment, nonobstant la réserve épistémologique
qu'y apporte Canguilhem, la valeur paradigmatique que les historiens s'accordent
à reconnaître à la Fabrica peut s'y trouver (dans
tous les sens du terme) trahie.
La Fabrica est une uvre à trois mains : Vésale, l'auteur, Jean Oporinus, son éditeur bâlois, réputé pour la qualité de son travail, et Jan van Kalkar, compatriote flamand de Vésale et élève de Titien, que les historiens s'accordent à reconnaître comme, sinon l'instigateur, du moins l'artiste principal des illustrations. Quoique pour des raisons en partie différentes, Vésale et Oporinus sont également convaincus de l'importance à donner à l'illustration. Edgerton insiste avec raison sur l'originalité de la conception iconographique, aussi bien au niveau du recrutement du (ou des) artiste(s), que du choix judicieux des modèles de référence (la sculpture antique), ou encore de l'étroite coopération qui a été nécessaire entre anatomiste, dessinateur et graveur pour atteindre ce degré longtemps inégalé de qualité artistique et de précision anatomique. L'indiscutable intérêt pédagogique de Vésale, ses ambitions personnelles - il vise à l'époque le titre envié de premier médecin de l'empereur Charles Quint -, jointes à celles d'Oporinus, soucieux d'asseoir contre ses concurrents (éditeurs vénitiens principalement) la supériorité de son atelier, tout concourt à devoir faire de cette collaboration une réussite. Tous deux hommes du Nord, amis de longue date, fins lettrés acquis aux idées de l'humanisme, leur rencontre éditoriale n'est pas fortuite : l'éditeur comme l'auteur attendent beaucoup de la réalisation de ce projet. Ils s'accordent d'ailleurs sur une stratégie qui fait date en la matière : deux semaines après la parution du De Fabrica , un abrégé de l'ouvrage, l'Epitome , dédié au prince Philippe, fils de Charles Quint, sort des presses d'Oporinus. Selon les termes mêmes de Vésale, ce " raccourci (destiné aux) apprentis pressés de parvenir à une connaissance poussée de la distribution des vaisseaux et des viscères " ne contenait que le frontispice et neuf planches de la Fabrica spécialement agrandies. Moins coûteux et plus maniable, édité en latin, comme la Fabrica, l'Epitome fut également traduit en langue vulgaire (allemand, en l'occurence), ce qui permit à Oporinus d'accroître ses ventes et à Vésale de toucher un nouveau public : celui des chirurgiens barbiers (ignorant la langue savante, le latin) comme celui, extra professionnel, d'amateurs éclairés, désireux de s'instruire, ou simplement sensibles aux qualités esthétiques des gravures. Édition "promotionnelle", l'Epitome contribua pour une grande part au succès éditorial de la Fabrica . Si la Fabrica n'est pas le premier traité
d'anatomie illustré, elle va marquer la différence avec
les ouvrages médicaux qui l'ont précédée,
non seulement par les qualités techniques, esthétiques et
scientifiques de ses images, mais aussi par la quantité des gravures
comme par le format adopté. Dès le début du XVIe
siècle, en effet, et sous l'impulsion de nouveaux imprimeurs épris
d'humanisme, le livre se transforme. Le caractère dit romain remplace
peu à peu le caractère gothique et les formats se réduisent
: à l'exemple d'Alde Manuce, qui publie en 1500 un Virgile au format
de poche, les imprimeurs substituent aux in-folio et in-quarto habituels
un in-octavo plus maniable et moins coûteux (voire quelques éditions
en format in-douze et in-seize). À partir de 1525, cette réduction
du format gagne l'édition des traités médicaux, cependant
que l'in-folio reste en faveur pour la publication des uvres des
grands "pères" de la médecine tels Galien ou Hippocrate. La Fabrica : théorie et pratique d'une reconstruction du corps médical " Il est facile de faire une peinture qui ressemble à celle des Anciens ; ce qui est difficile, c'est de peindre de manière telle que ce soient les peintures des Anciens qui ressemblent à la nôtre. " À la lecture de sa Préface, l'image que Vésale veut donner de lui-même n'est pas celle d'un révolutionnaire, mais d'un réformateur-conservateur, voire d'un réactionnaire nostalgique d'une splendeur passée. Son discours est celui non d'un franc-tireur, mais d'un rassembleur qui se sent investi d'une mission supérieure. Alors que Paracelse brûle sur la place publique les uvres d'Avicenne et de Galien, lui ne songe qu'à raviver " l'ancien éclat de la médecine antique ", et c'est sous les auspices fédérateurs d'une " moderne école d'Athènes ", pour reprendre l'expression de J.-L. Binet, que s'ouvre, par son frontispice, la Fabrica. Au divin Charles Quint L'introduction de la Préface dénonce
le " sérieux préjudice " que causent à
" l'exercice des arts et des sciences " (à leur pratique
comme à leur étude), " la spécialisation excessive
des disciplines [et] la répartition fâcheuse des activités
entre divers praticiens ". Cette idée-force, d'une orthodoxie
à première vue tout aristotélicienne, Vésale
va la développer dans la première partie de son plaidoyer. Pour Vésale en effet, si toutes les sciences ont bien eu à subir les conséquences " pernicieuses " des invasions barbares, les responsables de ce " déplorable démembrement de l'art de guérir " ne sont pas les Goths, mais les médecins eux-mêmes, qui se sont petit à petit " dérobés aux servitudes du véritable exercice de la médecine ". " Se parant du grand nom de physicien " ils ont " écartelé le système thérapeutique ", en confiant son " triple instrument " à des mains serviles : institution du régime alimentaire fut laissée aux gardes-malades, l'emploi et la composition des médicaments déléguée aux apothicaires, et surtout, l'art et la technique de la chirurgie, " branche la plus importante et la plus ancienne de la médecine ", furent honteusement abandonnés à des barbiers, " qui leur tiennent lieu de domestiques ". Quant à l'enseignement à l'université, c'est à ces mêmes " fameux physiciens ", ces " pontifes pleins de répugnance pour le travail manuel [qui] plastronnent, juchés sur leur chaire " lors des démonstrations d'anatomie, que l'on doit l'abandon de la dissection à d'ignorants barbiers. (figure 1) Ainsi, la connaissance de cette " partie de la philosophie naturelle embrassant l'anatomie humaine et qui est regardée, à juste titre, comme le fondement le plus solide de l'art médical et le principe même de sa constitution (...) entra en décadence complète dès qu'ils déléguèrent à d'autres les opérations manuelles et perdirent toute notion pratique d'anatomie ". En ce qui concerne la pratique de l'art médical, et comme l'acte thérapeutique " ne supporte ni la division, ni le partage et intéresse un seul et même praticien ", les remèdes préconisés par Vésale sont les suivants : à l'exemple des Grecs et " conformément à ce que prescrit dans son fondement la nature et la raison d'être de notre art ", il faut donc que les médecins " contribuent de leurs mains au traitement de la maladie ". Qu'ils fassent enfin " judicieusement " appel au triple instrument thérapeutique dont ils doivent reprendre la maîtrise, sans mésestimer l'importance et l'efficacité avérée des interventions chirurgicales : ils échapperont ainsi aux " railleries qui éclaboussent un art très vénérable ". Pour ce qui est des réformes à apporter à l'enseignement, Vésale va les aborder dans la dernière partie de sa préface. S'il a stratégiquement choisi de mettre en avant la fonction du médecin au service de l'homme (rappelons-nous qu'il vise la charge de médecin personnel de l'empereur), fort jeune magister titulaire de la chaire d'anatomie de Padoue, il va maintenant prendre la parole pour proposer une restauration de la " connaissance perdue des organes du corps humain ". Une certaine idée de l'homme Reprenant l'argumentation qu'il vient de développer sur la pratique de " l'art de guérir ", il préconise de recentrer sur l'homme le savoir anatomique et son enseignement. Pour "l'humaniste Vésale", il s'agit bien en effet de faire " du corps humain le seul document véridique sur la fabrique du corps humain ", comme le dit Canguilhem. En tant que méthode démonstrative et descriptive, cette insistance sur la singularité anatomique de l'homme s'oppose aux conceptions généalogiques de Galien à qui Vésale reproche d'avoir méconnu les " multiples et infinies différences entre les organes du corps humain et ceux du singe ". Mais vouloir faire de la médecine une science de l'homme au service de l'homme ne signifie pas pour autant en faire une science humaine, non plus que de lui assigner un tel destin. L'anthropocentrisme de Vésale, loin de promouvoir une concrète (mais encore bien lointaine) anthropologie positive, participe au contraire, et pleinement, de cet " ethnocentrisme " (pour reprendre le terme d'André Leroi-Gourhan) propre à la pensée des sciences de la démonstration ou de la nature, et en constituera paradoxalement l'obstacle épistémologique majeur. Continuant de s'abreuver à la source revivifiante de la Grèce antique et après s'être montré plus Asclépiade qu'Asclépios, c'est le discours d'un maître plus aristotélicien qu'Aristote qu'il va désormais tenir. De la même façon que l'art du praticien repose sur sa maîtrise du triple instrument thérapeutique, la science médicale est un tout qui ne saurait souffrir ni la division du savoir, ni le partage du savoir faire. L'enseignement " utile ", et donc digne d'être transmis, doit être intégral, démontrable, et lié à un accroissement et à un perfectionnement des connaissances comme de la pratique. Et il ne peut se réduire ni au ressassement de doctrines non " critiquées " et " honteusement condensées en de méchants abrégés, ni à une pratique de la dissection éclatée entre différents assistants et le plus souvent "limitée aux viscères ". La connaissance anatomique, et donc la dissection - qui, pour Vésale, en est la seule théorie praticable et la preuve vérifiable -, ne saurait être distribuée entre différentes personnes : l'enseignant doit reprendre aux barbiers (souvent incompétents parce que toujours ignorants) le savoir-faire et les fonctions qui leur ont été abandonnés, et être à la fois son propre sector et ostensor ; à ces conditions, pourront lui être reconnues en vérité les capacités, l'autorité, la dignité et la fonction de magister. La seule place que vise véritablement Vésale est celle d'un maître moderne, celui qui a le pouvoir de transmuter le plomb en or : de transformer le savoir-faire en un art transmissible, c'est-à-dire en savoir théorique, au sens aristotélicien du terme. La Fabrica : l'image et la divulgation du savoir " La science la plus utile est celle dont le fruit est le plus communicable et, au contraire, est la moins utile celle qui peut le moins se communiquer. L'uvre de la peinture est communicable à toutes les générations de l'univers, parce qu'elle est soumise au sens de la vue, et que les choses ne parviennent pas à l'entendement de même façon par l'ouïe que par la vision. Elle n'a donc pas besoin d'interprètes de diverses langues, comme les lettres, et satisfait immédiatement l'espèce humaine, tout comme le font les choses produites par la nature. " Vésale n'est pas le premier auteur de traité d'anatomie à avoir accordé une place importante à l'illustration, ni à en avoir saisi la portée commerciale " ; mais on peut dire qu'il est le premier (à l'exception de Léonard de Vinci) à avoir pleinement compris et utilisé la force de preuve de l'image. Son intérêt pour l'instrument graphique se manifeste dès 1538, lorsqu'il fait imprimer à Venise six planches anatomiques sur feuilles séparées (les Tabulæ Anatomicæ Sex). Il réalisa lui-même trois planches consacrées aux systèmes veineux et artériel et confia à Jan van Kalkar le dessin de trois squelettes (très probablement inspirés de Vinci ) qui, regravés, feront l'ouverture des planches ostéologiques de la Fabrica. L'objectif pédagogique de ces feuillets volants destinés à ses étudiants n'est pas douteux, et, en dépit des critiques acerbes de Sylvius, le succès que remporta cet enseignement par l'image ne pouvait que l'encourager à poursuivre dans cette voie. (figures 2 & 3) Il est entre-temps devenu professeur titulaire
de la chaire d'anatomie de Padoue. Cette nouvelle fonction et l'autorité
qu'elle lui confère vont lui permettre de fixer ces figures errantes
dans le corps d'un livre, d'en revendiquer l'entière propriété
intellectuelle (il se plaint dans sa Préface que ses Tabulæ
anatomicæ aient été éditées comme les
leurs par des plagiaires allemands), et de confier à l'écrit
le soin de les articuler en un savoir construit. Cette vigoureuse affirmation
de son droit d'auteur confirme bien la primauté que Vésale
accorde à l'écrit : ni le corps, ni l'image ne parlent d'eux-mêmes.
Il leur faut un médiateur, un interprète, qui traduise leur
murmure incompréhensible en un langage articulé. La leçon de Vésale La Fabrica s'ouvre par deux gravures : le frontispice
et un portrait de Vésale, dont on a bien souvent souligné
la valeur symbolique. Mais ce n'est pas à cet aréopage distingué (et déjà convaincu) que s'adresse Vésale : alors que tous les visages se tendent pour observer la démonstration, son regard se fixe non sur le cadavre, mais sur le lecteur. C'est cette cible qu'il vise, c'est cet inconnu mais tout-puissant destinataire qu'il veut captiver par la mise en scène de cette réconciliation idéale. C'est son attention qu'il requiert de son index dressé. À son regard, est destinée cette figure, décollée de l'aplat par le travail du trait perspectif et ouverte à la lecture. Il suffit de tourner la page suivante, celle où figure le portrait, et le message devient explicite : les portes du théâtre se sont refermées, les figurants ont disparu, la représentation se poursuit en huis clos, dans un tête-à-tête privilégié auquel le maître invite son futur disciple. Un maître bienveillant mais au regard incisif, qui entre à présent dans le vif du sujet. Comme en un saisissant rappel de son exhortation aux étudiants de Bologne en 1540 (" Accordez foi à ce que touchent vos propres mains "), c'est une main disséquée qui repose à présent sur la table avec les instruments de sa démonstration : le scalpel qui tranche et découvre, dans l'encrier, la plume, qui consigne et décrit. (figure 6) De l'amour de la vérité ... Dissipons à notre tour ce qui pourrait être
un malentendu : si Vésale est, avant Galilée, l'un des premiers
hommes de science à se poser la question de la production du savoir
en termes de divulgation, la publication de la Fabrica ne peut à
aucun titre être assimilée à une entreprise de "vulgarisation"
de la médecine. Vésale est un homme d'action et de pouvoir.
Son dessein n'est pas de faire de la Fabrica un guide pratique à
l'usage de tous mais, au contraire, un ouvrage de référence
incontestable, inéluctable et indéformable. La Fabrica sera son cheval de Troie : sous ses abords séduisants (car il s'agit d'abord d'investir la place), se loge, au vu et au su des seuls initiés (les hommes de l'art qui se livrent " de leurs propres mains à la dissection "), une véritable machine de guerre. Son point d'appui principa, il le cherche donc chez ces esprits éclairés qui, " guidés par l'amour de la vérité, finissent par accorder plus de foi à leurs yeux et à des raisonnements non inefficaces plutôt qu'aux écrits de Galien ". Sous la haute protection de son impérial dédicataire, c'est à cette " foule d'hommes savants et lettrés " qui se pressent à son cours, à ces amoureux de la vérité qui, " dans leurs lettres, qui partent dans toutes les directions, (...) exhortent leurs amis à la connaissance de la véritable anatomie ", qu'il destine son ouvrage. Et c'est entre les mains de ces prosélytes qu'il place le destin public de la Fabrica. ...à la vérité effective de la chose Pour Vésale, " être utile au
plus grand nombre ", c'est réunir le plus grand nombre possible
d'alliés convaincus de la réalité (donc de la puissance)
de " ces vérités qui heurtent l'opinion commune "
et prêts à se battre pour leur établissement et leur
propagation. S'il choisit une relation de pouvoir qui met en jeu la circulation
et la redistribution du savoir, c'est d'abord parce qu'il sait qu'on ne
peut avoir raison tout seul. Ses préoccupations stratégiques, le lien vivant et actif qu'il conserve entre les leçons des Anciens (l'Histoire comme passé exemplaire) et les réalités de son temps (l'Histoire comme actions à accomplir), bref, sa posture politique, le rapprochent davantage de Machiavel que de Copernic. À ses yeux, la médecine est d'abord de l'ordre d'un pouvoir, et son exercice est affaire de gouvernement. Mais si c'est bien à l'établissement de la médecine comme fonction publique que tendent tous les efforts de Vésale, il n'est pas pour autant question de rendre la médecine (dans son enseignement comme dans son exercice) accessible au plus grand nombre. Pour lui, comme pour Machiavel, légitimité se confond avec utilité et efficacité : l'autorité institutionnelle de la médecine doit s'appuyer sur la reconnaissance et le respect d'un contrat social qui lui confère sa visibilité en la liant, en tant qu'art de guérir, à une obligation de résultats, et en tant que connaissance scientifique, à une obligation de moyens. Et tout naturellement, ce " matérialisme historique " le conduit, comme Machiavel, à instaurer, à l'exemple de la famille des Asclépiades, le régime oligarchique comme modèle de bon gouvernement. Fortune de Vésale S'il est une découverte à mettre
au crédit de Vésale, c'est bien cette affirmation pragmatique
de l'articulation du savoir (des relations de formes) et du pouvoir (des
rapports de forces). Soit " ce va-et-vient du point de vue au point
d'appui " qui aménage un " lieu du vrai ". Ce lieu
du vrai n'est pas à comprendre comme une entité physique
déterminée et cernable, mais comme une ligne de fuite, un
espace de projection, un dispositif perspectif qui donne à voir,
à parler, à imaginer et à agir. C'est une pure fonction
opératoire ; au pied de la lettre : une construction légitime.
En ce sens, la Fabrica est pour Vésale le support matériel
de son lieu du vrai. De l'entrelacement des mots et des images surgit
cette fiction productive qu'est le corps de l'homme, cette probabilité
qui n'est pas (encore) devenue un objet "scientifique".
Figure 1 : Figure 2 :
Figure 4 :
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