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ALLIAGE


Alliage, numéro 37-38, 1998



La dérive du journalisme



De la transmission de la culture à la déculturation Le cas de la communication scientifique



Vladimir de Semir

Les journalistes et leurs nombreux dérivés actuels, dont les présentateurs-conducteurs d'émissions télévisées, ne sont pas uniquement aujourd'hui médiateurs de l'information, qui contribue à la formation de l'opinion publique, mais aussi créateurs de la culture d'une grande partie de notre société. Journalistes et médias dirigent la formation culturelle dans une société de masse qui a peu de temps pour la réflexion, et qui est soumise à une boulimie communicative constante. Aujourd'hui, on parle davantage de communication que d'information, ce qui signifie que nous, journalistes, sommes créateurs de valeurs sociales et culturelles, et non simples transmetteurs de faits divers et connaissances. Ce rôle que nous jouons comme créateurs de la réalité - d'une réalité - est loin de l'authentique rôle pour lequel nous sommes préparés ou devrions l'être. La réalité est créée surtout dans les studios de télévision sans que les journalistes puissent réfléchir sur la responsabilité acquise dans cette société culturisée par les médias. Je connais bien ma profession, avec une expérience de plus de vingt ans, et je peux assurer que le journalisme est l'une des activités dans laquelle on réfléchit le moins et où l'on pratique peu l'autocritique, bien que nous ayons l'occasion de tout critiquer. Nous, journalistes, introduisons de plus en plus la société dans une culture de l'éphémère et de la redondance. C'est ce que le sociologue français Pierre Bourdieu a baptisé " diffusion circulaire de l'information ", et qu'il analyse dans son livre Sur la télévision. L'emprise du journalisme :
" J'ai à l'esprit que les produits journalistiques sont beaucoup plus homogènes qu'on ne le croit. Les différences les plus évidentes, liées notamment à la coloration politique des journaux (qui d'ailleurs, il faut bien le dire, se décolorent de plus en plus...), cachent des ressemblances profondes, liées notamment aux contraintes qu'imposent les sources et toute une série de mécanismes, dont le plus important est la logique de la concurrence. On dit toujours, au nom du credo libéral, que le monopole uniformise et que la concurrence diversifie. Je n'ai rien, évidemment, contre la concurrence, mais j'observe seulement que, lorsqu'elle s'exerce entre des journalistes ou des journaux soumis aux mêmes contraintes, aux mêmes sondages, aux mêmes annonceurs, elle s'homogénise. Comparez les couvertures des hebdomadaires français à quinze jours d'intervalle : ce sont à peu près les mêmes titres. De même, dans les journaux télévisés ou radiophoniques des chaînes à grande diffusion, au mieux, ou au pire, seul l'ordre des informations change. "

Bourdieu parle aussi du " fast thinking ", qui, comme le fast food, nous empêche de penser, réfléchir et choisir, et évite donc que nous nous entourions et enveloppions de culture. Avec le " fast thinking " que nous, journalistes, imposons, la capacité d'élection culturelle et de développement d'un esprit critique social diminue de plus en plus et l'exclusion sociale d'un point de vue culturel est favorisée par la médiation de tous ceux qui utilisent la télévision comme source fondamentale de culture, et nous savons bien qu'ils sont majoritaires, de cette façon ils sont exclus de la possibilité de développer leur propre culture et leur sens critique. La cohésion sociale étant impossible en présence de l'exclusion, les conséquences négatives n'ont pas besoin d'être discutées, car elles sont évidentes.

Les principaux responsables de tout cela sont les médias. Un politicien dit aujourd'hui une chose, demain une autre, mais il est presque toujours à la Une. Un historien, un médecin, un scientifique..., un expert sont à la page 12, ou plus loin dans un journal. Je parle naturellement d'un point de vue général, car nous connaissons tous des exceptions à cette dérive du poids spécifique de l'information, mais en réalité le pouvoir politique et économique domine les médias. Avec le " fast thinking " que nous imposent les médias actuels et leurs journalistes, la capacité de choix culturel et de développement d'un esprit social critique - une valeur importante de la démocratie - diminue graduellement. On parle et on justifie constamment l'offre des médias, à la télévision principalement, en se fondant sur une supposée demande du public, qui, en réalité, est un leurre. De nombreux exemples montrent que les émissions éducatives et culturelles, avec des moyens et une périodicité régulière, finissent par être demandées par le public. Mais, apparemment, cela n'intéresse pas réellement. Le " fast thinking ", l'information manipulée, le spectaculaire dépourvu de contenu, et d'autres options similaires, sont une manière d'instiller la déculturation dans la société, par le biais de la communication (sorte d'imposition), et non par l'information (qui entraîne la possibilité de choix culturel et critique).

Et la situation continue de s'aggraver. Comme le manifeste Pierre Bourdieu dans son Žuvre déjà citée :
" L'audimat, c'est la sanction du marché, de l'économie, c'est-à-dire d'une légalité externe et purement commerciale, et la soumission aux exigences de cet instrument de marketing est l'exact équivalent en matière de culture de ce qu'est la démagogie orientée par les sondages d'opinion en matière de politique. La télévision régie par l'audimat contribue à faire peser sur le consommateur, supposé libre et éclairé, les contraintes du marché, qui n'ont rien de l'expression démocratique d'une opinion collective éclairée, rationnelle, d'une raison publique, comme veulent le faire croire les démagogues cyniques. Les penseurs critiques et les organisations chargées d'exprimer les intérêts des dominés sont très loin de penser clairement ce problème. "

Il semble clair que nous sommes malheureusement en train de substituer le " Cogito ergo sum " par un " communiquons, et nous existerons ". Tous ceux qui considèrent que la promotion d'une authentique culture libre et critique est menacée de transformation en une culture médiatisée et uniformisée par la communication doivent réagir. Lamentablement, je crois apercevoir un certain, mais progressif, conformisme de la société devant la dérive des médias vers un rôle pervers, qui prostitue clairement les authentiques objectifs du journalisme.

Et le journalisme scientifique n'est pas indemne de ces processus de déculturation. Dans un article intitulé " Journalistes scientifiques sous influence ", publié en octobre 1996 dans Le Monde diplomatique, Suren Erkman considère que :
" Dans des sociétés où la technologie impose chaque jour davantage ses choix au politique, le rôle des journalistes spécialisés est double : ils doivent vulgariser les développements de la science (fonction qui incombe également aux scientifiques), mais aussi mettre en évidence, de manière indépendante et équilibrée, ses enjeux économiques, politiques et sociaux. Ils socialisent ainsi l'activité des scientifiques, l'interprètent et en font l'objet d'un débat démocratique, c'est-à-dire, idéalement, de la confrontation, sur un pied d'égalité, de points de vue divergents. Or, dans ces domaines aussi, au lieu d'aider le public à se forger un avis éclairé, les médias contribuent souvent à la confusion, phénomène largement indépendant des compétences techniques des journalistes. Il s'explique en partie par les contraintes socio-économiques traditionnelles : publicité, tentation du sensationnalisme. Il tient plus encore aux contraintes culturelles et institutionnelles, moins évidentes mais plus fortes, résultant de l'hégémonie exercée par un petit nombre de canaux de diffusion de la recherche. "

En effet, comme nous pouvons le constater de plus en plus, les journalistes scientifiques de grands quptidiens suivent des hebdomadaires scientifiques, Science (Washington) et Nature (Londres), auxquels s'ajoutent, dans le domaine médical, les hebdomadaires anglais The Lancet et British Medical Journal, et d'autres, qui déterminent les thèmes atteignant le grand public à l'échelle mondiale. Et ce n'est pas par un choix aléatoire, en fonction de l'importance des nouveautés scientifiques qu'ils les publient, mais parce que ces hebdomadaires font parvenir aux rédactions un sommaire détaillé - communiqué de presse - du numéro à paraître, et assurent ainsi la promotion de certains articles, et en même temps que la leur comme revue de référence pour les médias généralistes, lesquels sont naturellement obligés de citer ces hebdomadaires scientifiques comme sources d'information. Nature a même une agence de presse d'articles de journaux qui assure sa présence dans les pages de journaux influents tels Le Monde ou El Pais. Une manière de rentabiliser son information scientifique, mais qui pourrait avoir des conséquences négatives pour le maintien de la revue comme référence scientifique fondée sur le système de validation par les pairs. Je ne crois pas que l'on puisse capitaliser la reconnaissance, être une revue de référence scientifique objective et en même temps chercher l'impact sur les médias généralistes par les communiqués de presse et la création d'une agence d'informations scientifiques. On peut discuter ultérieurement sur ce sujet assez épineux, sur lequel je crois que scientifiques et journalistes ne réfléchissent pas assez. Surtout quand il est évident que ces revues sont soumises à une forte concurrence pour être la plus influente dans le domaine de la communication scientifique : tous, nous connaissons l'actuelle rivalité - assez acharnée - entre The Lancet et The New England Journal of Medicine, ou entre Nature et Science... Le cas récent de Dolly en est un bon exemple. En plus, cette pratique des communiqués de presse par les hebdomadaires scientifiques de référence, qui arrivent aujourd'hui facilement par courrier électronique aux journalistes scientifiques du monde entier, a d'autres conséquences tout aussi discutables. Le célèbre journaliste médical du New York Times, Lawrence Altman, avec trente ans de profession, nous a dit dans une interview en décembre 1997 dans Quark (la revue que nous publions à l'Observatoire de la communication scientifique de l'université Pompeu Fabra de Barcelone) que les "press releases" favorisent " le journalisme paresseux et l'information homogène ". Presque tout le monde dit les mêmes choses dans tous les journaux et l'on voit apparaître une information scientifique presque anecdotique, de plus en plus sensationnaliste, avec ces gènes qui, chaque semaine, nous déterminent la façon dont poussent les cheveux, conditionnent notre hétéro ou homosexualité, et sont même capables de déterminer si nous avons une certaine tendance à l'infidélité conjugale ! Je souligne que toutes ces nouvelles scientifiques sont apparues dernièrement à travers ces communiqués de presse de Nature ou Science. C'est une sorte de pensée unique qui s'impose dans la vulgarisation des sciences, et induit de plus, un éloignement, dans certains cas, des sources d'information non strictement anglo-saxonnes ; les journalistes oublient que d'autres chercheurs, près d'eux, travaillent dans les mêmes domaines.

Le ton d'optimisme militant - réflexion issue de la lecture de l'article d'Erkman dans Le Monde Diplomatique, et de mon expérience personnelle - sur lequel sont présentés la plupart des projets scientifiques, médicaux et technologiques, est très souvent accompagné d'une bonne dose de spectaculaire, nécessaire afin que les responsables des rubriques de faits divers les prennent en compte dans leur publication. Naturellement il y a des exceptions. Des journaux ont compris que l'on ne peut pas publier dans un même espace rédactionnel, les catastrophes écologiques, la mort de Lady Di et la dernière découverte scientifique ou médicale. C'est le cas du Figaro (j'utilise des exemples français lors de mon intervention dans ce colloque...), où science et médecine ont leur propre rubrique. Ainsi, les vaches folles, les bactéries mangeuses de viande humaine dans les hôpitaux, les bactéries jurassiques qui ressuscitent, les raisins anticancérigènes, la météorite martienne avec vie bactérienne fossile ou, très récemment, les astéroïdes tueurs, oules tonnes d'eau lunaire qui permettront de construire des bases sur la Lune, sont des nouvelles scientifiques qui trouvent facilement leur place dans les journaux, même à la Une. Mais sans que la découverte scientifique soit située dans l'indispensable perspective qui nécessite une méthodologie scientifique, et sans que les expectatives scientifiques qui en dérivent soient convenablement analysées par les médias généralistes. Et je parle seulement des médias écrits, parce que le sujet de ce colloque est " L'écrit de la science "... Vous pouvez facilement imaginer que c'est pire dans les médias audiovisuels, où le " fast thinking " est encore beaucoup plus "fast" et moins "thinking"...

Ces nouvelles scientifiques ont presque toujours leur origine dans les communiqués de presse - parfois même c'est le communiqué de presse tel quel - je me rappelle, par exemple, le cas des fameux " raisins anticancérigènes " - mais aussi dans des sources qui ont une grande influence de communication, comme la Nasa américaine, qui utilise très habilement l'impact de ses réussites pour obtenir les budgets nécessaires à la poursuite de son travail. Souvenez-vous de l'annonce de la météorite martienne avec vestiges de vie bactérienne fossile dans le Herald Tribune... Je me souviens aussi d'un commentaire du Figaro du mois de décembre 1996, au sujet d'une autre découverte d'eau au fond d'un cratère de la Lune, une découverte n'a pas été confirmée : info ou intox ?... Mais tout ça n'a pas d'importance... Les médias oublient facilement, les journaux ont de quoi pour publier, jour après jour, des titres en gros caractères et, si la confirmation de la prétendue découverte n'arrive jamais, ou même si la nouvelle est démentie ultérieurement, on oublie tout simplement de le dire et l'on attend le prochain communiqué de presse de Nature, Science ou de la Nasa...

On se trouve donc dans une situation paradoxale : Pendant des années, scientifiques et journalistes se sont battus afin que les thèmes de la science bénéficient d'un espace adéquat dans les médias. Nous savons que la culture scientifique est indispensable aux citoyens pour comprendre et évaluer les progrès scientifiques, et développer l'esprit critique inhérent à la démocratie. Mais alors que les objectifs culturels si désirés se trouvèrent enfin dans la ligne de mire, la communication-spectacle fit son entrée en scène, avec ce qu'elle implique de dérives. Paradoxalement, les sciences offrent au monde de la communication-spectacle d'excellents thèmes. Certains parlent même de " The end of science writing ", (Jon Franklin, université d'Oregon) en considérant que " les nouvelles scientifiques sont en décadence, étant donné que la majeure partie de tout ce qui s'écrit sur la science dans les pages de nos quotidiens s'avère exagérement imprécis, non dans le contenu mais dans le ton, la forme et la contextualisation ".

La vulgarisation de l'information scientifique a-t-elle alors un effet pervers dans l'actuelle situation des médias ? La réponse a été donnée par la philosophe française Dominique Terré, qui a publié un livre sur Les dérives de l'argumentation scientifique. Dans le supplément " Eurêka " de Libération daté du 3 février 1998, elle assure : " Il me semble que l'une des conséquences inattendues mais naturelle de la vulgarisation est de nous immerger dans une vision enchanté du monde, avec des auteurs - scientifiques et journalistes - qui régulièrement nous proposent des voyages initiatiques et indolores aux pays des merveilles, des découvertes hallucinantes, des expériences étourdissantes. Le plaisir que peut procurer la connaissance n'est certainement pas condamnable, mais il lui arrive de dégénérer : par exemple, est-il légitime d'encourager notre croyance au miracle, comme ce fut le cas lors de l'affaire de la mémoire de l'eau ? " Je vous rappelle que ce fut Nature qui présenta ce thème en publiant l'article du docteur Benveniste... pourquoi ? pour l'impact qu'il allait avoir ? Madame Terré ajoute : " La vulgarisation scientifique navigue entre plusieurs écueils, qui peuvent s'additionner. Celui du réalisme naïf, lorsqu'il conduit à un certain réenchantement du monde. Ou encore, lorsque ce réenchantement entraîne une dissimulation des vrais rapports de force qui sous-tendent des découvertes ou des débats importants, tels que le budget de la recherche ou l'application des thérapies géniques. "

Si l'on ajoute à cet enchantement du monde, dont parle Dominique Terré, la croissante tendance au sensationnalisme et à la spectacularisation de l'information auxquelles j'ai fait référence auparavant, le résultat n'est pas très loin de l'enchantement, et même de l'émerveillement que produisent de plus en plus les parasciences dans le public. L'attente suscitée dans la societé par la publication de la découverte du gène responsable de nous faire pousser les cheveux, n'est-elle pas proche de la bêtise que nous dévoilent certains médias quand ils laissent faire les imposteurs du paranormal ? Je laisse de côté d'autres expectatives beaucoup plus dramatiques, telles certaines découvertes publiées par des revues comme Science ou Nature, découvertes qui en sont seulement à un stade préliminaire pour l'éventuelle guérison d'une maladie, mais qui, après transformation et translation hyperboliques, donnent un dramatique espoir à beaucoup de gens. Nous, journalistes, sommes les principaux responsables de cette dérive qui est en train de se produire. Dans la boulimie communicative croissante que nous subissons, il est plus facile d'avoir recours aux communiqués de presse des prestigieuses revues scientifiques de référence, et de laisser notre imagination se remplir des merveilles qui nous arrivent via les puissantes agences de communication... Parce que le vrai problème est le manque de capacité de discernement que nous impose le temps de la communication.

Vous pouvez imaginer ce que représente déjà l'internet dans tout cela. Pour le journalisme aussi, il représente un défi. Les nouveaux réseaux de la communication modifient en profondeur la recherche, la production et la diffusion de l'information. Nonobstant des considérations comme l'avertissement d'Umberto Eco, qui, sans préjugé à l'égard de la technologie, met en garde contre l'aggravation des inégalités d'accès à l'information, l'internet propose un outil très puissant au journaliste - je l'ai utilisé à plusieurs reprises en écrivant cette intervention à la recherche de certaines références... - mais, en même temps, est un nouveau défi : la boulimie communicative peut se multiplier par milliers, et notre capacité de discernement va devoir s'accroître considérablement.

Les temps sont durs pour la promotion de l'information et la culture scientifique, car le vrai problème est le suivant : sommes-nous des journalistes suffisamment préparés et formés pour faire face à tous ces défis et tous ces pièges ? Nos entreprises communicationnelles sont-elles conscientes de toutes ces difficultés ou bien immergées dans d'autres problèmes liés à la concurrence et aux interêts politiques et économiques ? Périrons-nous tous de l'épidémie de l'information-spectacle? └ vrai dire, je dois vous avouer que je ne suis pas très optimiste. En Espagne, nous avons une expression que je ne suis pas capable de vous traduire, et je ne sais pas si vous pourrez la comprendre : " No son los mejores tiempos para la lÝrica " (ce n'est pas le meilleur moment pour le lyrisme...). Cela signifie plus ou moins que les choses justes, rationnelles et la vérité n'ont pas leur chance en ce moment de mixité communicationelle. C'est dommage, mais je constate que la culture n'est pas l'objectif de la société que nous construisons. Toujours plus "fast", toujours moins "thinking"... Il faudrait lire des auteurs comme Pierre Bourdieu et réflechir sérieusement. Sinon, il est très possible que la noble profession de journaliste soit en péril...

Bibliographie

- Pierre Bourdieu, Sur la télévision. L'emprise du journalisme, éditions Raisons d'agir, 1996. ľ
- Dominique Terré, Les dérives de l'argumentation scientifique, PUF, 1998.





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