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ALLIAGE


Alliage, numéro 37-38, 1998



Bouvard et Pécuchet réécrivent les sciences



Claudine Cohen

Le roman du XIXe siècle réfléchit, applique, réécrit les sciences. De la Comédie humaine de Balzac, dont la préface nous invite à penser la composition sur le modèle de "L'unité de composition" de Geoffroy Saint-Hilaire, (1) à l'histoire des Rougon-Macquart de Zola, qui applique les théories de l'hérédité de Prosper Lucas (2) en passant par les portraits des romans de Hugo, qui illustrent les catégories de l'anthropologie physique de l'époque (3), des romans de Walter Scott, donnés dans les années 1820 pour la reconstitution la plus vraie de l'histoire (4), au roman préhistorique lequel s'épanouit dans toute l'Europe à la fin du siècle (5), tout se passe comme si la caution de la science apparaissait alors nécessaire pour valider l'authenticité et la pertinence du récit romanesque. Tout se passe comme si, au moment même où la littérature se constitue comme discours autonome, distinct de l'écriture scientifique et philosophique, le positivisme régnant envahissait la littérature même, et exigeait d'elle qu'elle s'appuie sur les savoirs sanctionnés de la science. "La littérature prendra de plus en plus les allures de la science", déclare Flaubert, demandant à l'écrivain la même objectivité, la même rigueur et la même ascèse que celles du savant dans son laboratoire. Cette formule s'applique d'abord à Flaubert lui -même, et il serait aisé de montrer combien dans l'écriture de ses romans, de Madame Bovary à Salammbô, il s'est efforcé de mettre en oeuvre cette exigence.
Pourtant, le dernier roman de Flaubert, Bouvard et Pécuchet, ne fait pas que décrire ou appliquer les sciences. Ce roman inachevé, déroutant, nous livre, à travers l'itinéraire de ses héros, en même temps qu'un regard critique sur les pratiques scientifiques et les formes de l'amateurisme du XIXe siècle, un parcours dévastateur dans l'encyclopédie du savoir de ce temps. Lorsque les deux compères se rencontrent sur "le boulevard Bourdon absolument désert", leurs regrets et leurs rêves les portent vers les sciences. Ils regrettent ensemble de n'être pas allés à l'Ecole polytechnique, et ensemble, ils errent aux lieux mythiques de la science, le Collège de France, le Conservatoire des arts et métiers, l'Académie, le Louvre, et le Muséum d'histoire naturelle... Ils finissent par s'installer, à la faveur d'un héritage, dans le village de Chavignolles, entre Caen et Falaise, pour se livrer tout entiers à leur passion tardive de l'étude et de l'expérimentation scientifique. Là, ils tentent de combler leur ignorance en se gavant d'idées reçues et en mimant les attitudes des savants professionnels.
Les deux anciens copistes, dans leur microcosme normand, mettent en place un laboratoire pour leurs expériences de chimie, un muséum pour conserver des spécimens de géologie et d'archéologie, organisent un réseau de correspondances avec des conseillers qui leur envoient livres, instruments et spécimens, et toute une caricature de sociabilité savante dans leurs discussions avec les notables de l'endroit, le curé, le médecin, l'aristocrate. Ils expérimentent l'agronomie dans leur jardin, partent en expéditions de fouilles aux environs de Chavignolles, entreprennent des cures médicales sur les habitants du village, s'adonnent à l'éducation d'enfants trouvés. Leur itinéraire parcourt successivement l'agronomie, la chimie, l'anatomie, la physiologie, la médecine, l'hygiène, l'astronomie, l'histoire naturelle, la paléontologie et la géologie, jusqu'à l'archéologie et l'histoire. En écrivant Bouvard et Pécuchet, Flaubert porte sur les sciences une critique d'autant plus aigüe et efficace, que l'accent est mis sur les particularités de chaque discipline, et sur les travers par où elle pèche, différents pour chacune d'elles. La chimie, l'agronomie, la médecine, la géologie, la paléontologie, le magnétisme et la phrénologie, vraies ou fausses sciences, sont tout à tour disséquées de l'intérieur, et congédiées chaque fois pour des raisons différentes, qui leur sont particulières.
Dans cette exploration des savoirs scientifiques, un sort particulier est réservé à la géologie et la paléontologie, qui, nées avec le siècle, ont fasciné toute la génération romantique. L'épisode, long et pittoresque, se trouve au troisième chapitre du livre. Sans doute, Flaubert portait-il un intérêt particulier à ces sciences. Les années de sa jeunesse sont marquées en France par la mode des sciences de la nature, qui, durant tout le premier tiers du siècle, se sont distinguées aux yeux du grand public par des découvertes spectaculaires, ouvrant de nouveaux et immenses espaces à la pensée et à l'imagination, ceux du temps et des mondes éteints. Le succès de ces sciences suscite un important mouvement de recherche locale et d'amateurs, qui prend une ampleur inégalée en cette première moitié du XIXe siècle. La fouille, l'exploration de terrain, la collection sont depuis longtemps pratiquées par les amateurs. Ce succès se traduit par l'essor de ces recherches au sein des sociétés savantes de province, et fait naître aussi, à côté des grands traités et des textes fondamentaux, toute une littérature de vulgarisation livres illustrés, traités à l'usage des amateurs, guides de voyages et même une littérature poétique, onirique, romanesque.
Nous appuyant donc ici sur des exemples essentiellement tirés de l'épisode où les deux héros s'intéressent aux sciences de la nature, singulièrement à la géologie et à la paléontologie, nous montrerons que c'est précisément à travers les différentes modalités de la réécriture des discours scientifiques que Flaubert met en oeuvre une critique forte et dévastatrice des sciences de son temps.

Flaubert écrit ce roman, resté inachevé, entre 1875 et 1880, année de sa mort (6). Mais les aventures de ses deux héros sont situées entre 1840 et 1850. Ce décalage de trente ans entre le temps de l'écriture et le temps du récit est significatif. Le premier tiers du siècle avait été en France une période brillante, de découvertes et de fondations spectaculaires. En 1870, l'enthousiasme retombe, les institutions végètent, les thèmes de la décadence commencent à s'affirmer dans la pensée historique et sociale. Moment sinistre de la vie politique, qui s'incarne dans l'épisode de la Commune, la défaite de Sedan. Période sinistre aussi de la vie de Flaubert, ainsi qu'en témoigne sa correspondance au cours de ces années. Cette fin de siècle voit se fonder de nouvelles disciplines dans le domaine des sciences humaines et sociales l'anthropologie, la sociologie, l'histoire visant à examiner de façon critique les comportements humains et sociaux. Elle constitue comme un observatoire d'où il est possible de mettre à distance critique les convictions des décennies précédentes, de juger avec un certain cynisme les espoirs révolutionnaires et romantiques mis dans les succès de la science et les progrès de l'esprit humain.
Pour écrire ce roman, fondé sur une documentation gigantesque, rassemblée pendant près de dix ans à partir de 1870, Flaubert se "crève de lectures" (7). Sa correspondance nous le montre, il s'abreuve, semaine après semaine, d'ouvrages de botanique, de philosophie, d'histoire, de chimie, de sciences naturelles ou de médecine... Le dossier de notes, de brouillons et de scénarios qui est conservé à Rouen nous donne de précieux éléments pour comprendre la manière dont il procède. Cependant, malgré de nombreuses lectures sans doute assez hétéroclites, les notes de Flaubert sur certains thèmes n'ont pas toutes été retrouvées.
Si l'on tente de réunir la bibliothèque de Bouvard et Pécuchet (donc celle de Flaubert), on se trouve devant une imposante liste d'ouvrages. Pourtant, des livres qu'il fait citer ou lire par ses héros, Flaubert semble avoir gommé les grands traités et ouvrages de référence.
Dans leur exploration solitaire du savoir, Bouvard et Pécuchet lisent, mais ne fréquentent guère les grands textes. Leurs lectures appartiennent surtout à la littérature de vulgarisation, qui abonde dès le début du siècle sur ces thèmes, quand il ne s'agit pas d'ouvrages déjà périmés ou démodés. L'Histoire naturelle de Buffon, qu'ils lisent et relisent, est très répandue au cours de toute la deuxième moitié du XVIIIe siècle en France, mais devient obsolète après la Révolution. Ils lisent aussi Les merveilles du monde de Depping et Les harmonies de la nature de Bernardin de Saint-Pierre, qui proposent une vision naïvement finaliste de la nature, fort dépassée au milieu du XIXe siècle. Tout juste prennent-ils connaissance du Discours de Cuvier, et plus tard du Système des montagnes d'Elie de Beaumont. Ils lisent aussi L'introduction à la géologie d'Omalius d'Halloy (8), le Cours élémentaire d'Alcide d'Orbigny (9) et dans les Lettres sur les Révolutions du Globe d'Alexandre Bertrand (10), qui vulgarisent la pensée de Cuvier, ils s'intéressent surtout aux premiers chapitres, rapportant les thèses diluvianistes des siècles précédents. Ils ne découvrent les thèses géologiques de Lyell, mal connues en France avant 1840, qu'au hasard d'un article de journal, un feuilleton assez confus, lu au Havre en attendant le paquebot, et intitulé "De l'Enseignement de la Géologie". "Cet article, plein de faits, exposait la question comme elle était comprise à l'époque." (11) Il en va de même de Lamarck et Geoffroy Saint-Hilaire, dont "ils apprennent quelque chose par des extraits et des biographies." (12).
Dans Bouvard et Pécuchet, Flaubert recopie, réécrit et stylise des pages entières de traités, de manuels et d'encyclopédies. Souvent, la citation ou la réécriture surprend par la rapidité, la précision, le mordant du trait. Ainsi, le raccourci mordant, "les excréments pétrifiés [sont] une raison de plus d'admirer la providence", dénonce sans appel la bêtise de cette "théologie des fossiles", encore invoquée (surtout en Angleterre, mais aussi en France) dans la première moitié du XIXe siècle. Ailleurs, Flaubert traduit en comédies d'austères disputes scientifiques ou théologiques, il incarne en des personnages stéréotypés telle idée ou telle opinion.
Reprenant les termes des Lettres sur les Révolutions du globe de Bertrand qui, exposant la théorie de Whiston (13) assure que "la pluie... dépassait les plus hautes montagnes, lesquelles mesurent deux lieues", Flaubert fait dire à Bouvard, s'adressant avec véhémence à l'abbé Jeufroy : "Très bien ! mais comment expliquer la pluie qui dépassait les plus hautes montagnes, lesquelles mesurent deux lieues ! Y pensez-vous, deux lieues ! Une épaisseur d'eau ayant deux lieues !" Et le maire, survenant, ajouta : "Saprelotte, quel bain !" (14).
Bouvard et Pécuchet sont surtout grands consommateurs de guides et de manuels de science pratique, qu'ils utilisent comme des livres de recettes : "Ayant feuilleté un des manuels Roret, ils cherchèrent des fossiles." (15). C'est dans ce guide, sorte d'encyclopédie pratique présentant, en de courtes monographies, les usages et les principes d'un métier (16), qu'ils trouvent des recommandations sur les "préparatifs nécessaires avant de se mettre en voyage" et sur les "règles de conduite à observer". Ils consultent aussi le Guide d'Amy Boué (17), dans lequel ils trouvent les instructions relatives aux vêtements et à l'équipement du géologue (18) Flaubert recopie presque à la lettre les recommandations du guide, et en tire une caricature irrésistible des pratiques d'amateurs. L'accumulation d'objets supposés indispensables ne fait qu'accentuer leur ridicule, et vire au grotesque :
"Il faut avoir, premièrement, un bon havresac de soldat, puis une chaîne d'arpenteur, une lime, des pinces, une boussole, et trois marteaux, passés dans une ceinture qui se dissimule sous la redingote, et vous préserve ainsi de cette apparence originale, que l'on doit éviter en voyage." Comme bâton, Pécuchet adopta franchement le bâton de touriste, haut de six pieds, à longue pointe de fer. Bouvard préférait une canne-parapluie, ou parapluie polybranche, dont le pommeau se retire, pour agrafer la soie, contenue, à part, dans un petit sac. Ils n'oublièrent pas de forts souliers, avec des guêtres, chacun "deux paires de bretelles, à cause de la transpiration" et bien qu'on ne puisse "se présenter partout en casquette" ils reculèrent devant la dépense d'"un de ces chapeaux qui se plient, et qui portent le nom du chapelier Gibus, leur inventeur." Le même ouvrage donne des préceptes de conduite : "Savoir la langue du pays que l'on visite", ils la savaient. "Garder une tenue modeste", c'était leur usage. "Ne pas avoir d'argent sur soi", rien de plus simple. Enfin, pour s'épargner toutes sortes d'embarras, il est bon de prendre "la qualité d'ingénieurs"! "Eh bien ! Nous la prendrons !"
Le Guide d'Ami Boué énumérait en son chapitre II les "Instruments nécessaires au géologue-voyageur" (19), au chapitre III les "Vêtements et autres objets de voyage" (20), le chapitre V était consacré aux "Passeports et renseignements à cet égard" (21), et le chapitre VI aux "Règles de conduite à observer en voyage". Flaubert a recopié ici presque littéralemment le texte de Boué : "Pour les voyageurs à pied, il faut avoir un havresac en peau (...). Pour porter le havresac, la meilleure méthode est celle des soldats."(22). "Les instruments [nécessaires pour casser les roches et échantillonner] se réduisent à divers marteaux et un ciseau, et quelquefois on peut y joindre une espèce de marteau en forme de pique et même une espèce de tenaille-pince." (23). "Certains géologues ont une espèce de ceinture ou un baudrier en cuir pour porter leurs marteaux, je pense que c'est se charger inutilement, s'embarrasser dans les pas difficiles, et surtout se donner un air singulier, chose si importante à éviter pour quelqu'un qui parcourt en détail un pays." (24). "Une lime peut être quelquefois nécessaire pour des essais au moyen de la râclure." (25). "Un bâton de bois solide et léger, ayant six à sept pieds de long, et avec une pointe en fer, est un objet indispensable pour les excursions alpines." (26). "En voyage, il faut une tenue modeste et sans recherche." (27)."Il faut tâcher, autant que possible, de savoir la langue du pays que l'on visite ." (28). "Il faut s'arranger de manière à n'avoir jamais de trop fortes sommes sur soi." (29). Outre le comique de la précision et de l'accumulation, l'application scrupuleuse de ces recommandations conduit à des effets grotesques : "Plusieurs fois on les prit pour des porte-balles, vu leur accoutrement." (30). Celui-ci devient dangereux, lorsque Pécuchet tente d'escalader à pic la falaise d'Etretat : "Au second tournant, quand il aperçut le vide, la peur le glaça (...) Il jeta son bâton de touriste, et avec les genoux et les mains, reprit son ascension. Mais les trois marteaux tenus à la ceinture lui entraient dans le ventre, les cailloux dont ses poches étaient bourrées tapaient ses flancs ; la visière de sa casquette l'aveuglait, le vent redoublait de force..." (31). Le texte, ici encore, met en scène (de manière tragi-comique) les instructions de Boué : "L'ascension des montagnes étant surtout pénible, il faut s'y accoutumer graduellement. (...) Il faut monter les pentes un peu raides en zigzag, et jamais tout droit ; il faut se reposer de temps à autre et regarder les objets au-dessous de soi (...). Si la vue des précipices a l'air de vouloir momentanément produire des vertiges, il faut aller s'asseoir et s'accoutumer ainsi à mesurer la hauteur où on se trouve (32). Il faut s'accoutumer à manger surtout le soir et le matin, et à ne pas faire un repas trop copieux au milieu du jour." (33). Et Bouvard, terrifié par l'imminence de la fin du monde, empêtré dans son équipement, finit par ressembler à une sorte d'animal préhistorique ; il y a comme une contamination du sujet et de l'objet de la quête... "Bouvard, en démence, courait. Le parapluie polybranches tomba, les pans de sa redingote s'envolaient, le havresac ballottait à son dos. C'était comme une tortue avec des ailes, qui aurait galopé parmi les roches."
Ni véritables savants, ni amateurs socialement caractérisés (ils n'appartiennent à aucune société savante), Bouvard et Pécuchet sont plutôt des marginaux, des curieux d'un autre âge, spécimens antédiluviens égarés dans le XIXe siècle. Emportés par leur désir de savoir, par leur curiosité et par leur impatience, ils se lassent vite de la science, de ses expéditions, de ses pratiques fastidieuses et parfois périlleuses... Leur passion pour la géologie, dans laquelle ils s'étaient engagés corps et biens, s'écroule en un fatras d'"idées reçues".

Le parcours de Bouvard et Pécuchet dans l'encyclopédie du savoir d'une époque, engagé dans l'enthousiasme, est décrit comme une suite d'effondrements, d'explosions, et l'on peut suivre ces thèmes tout au long du livre, de l'explosion des bocaux de conserves à l'effondrement de la falaise où ils croient découvrir un gigantesque fossile, de la mise en pièces de la soupière en vieux Rouen à l'explosion libératrice du ventre de la vache qu'ils tentent de soigner par le magnétisme.
L'épisode géologico-paléontologique est, de façon privilégiée, celui des catastrophes, des effondrements. Car l'objet même de ces sciences, ce sont les mondes en ruines, les restes morcelés, partiels, épars, de ce que furent jadis la Terre et la Vie. Le thème du cataclysme final, de l'écroulement de tout, est inscrit dès les premiers moments de l'épisode, dans la contemplation du ciel étoilé qui fait rêver à la disparition des mondes : "Et si le nôtre faisait la cabriole", dit Bouvard à Pécuchet. Au cours du chapitre, l'éventualité d'un écroulement devient plus imminente, jusqu'à faire naître une véritable terreur. Ce chapitre est ponctué de récits de Création empruntés à Buffon, à Cuvier, mais aussi de phases spectaculaires d'écroulement : la "féerie en plusieurs actes" de Cuvier est jalonnée de "cataclysmes", dont le dernier est le Déluge biblique. Et lorsque Pécuchet expose à Bouvard les principes du plutonisme huttonnien et la géologie du "feu central", il lui explique que la terre pourra soit "périr de refroidissement", soit être "anéantie par un cataclysme". Et il invoque pour preuve la formation et la disparition des îles et des continents par l'action des volcans. "Puisque l'île Julia a disparu, des terrains produits par la même cause auront peut-être le même sort ? Un îlot de l'archipel est aussi important que la Normandie, et peut-être que l'Europe. Bouvard se figura l'Europe engloutie dans un abîme." (34).
Autre hypothèse pour penser la fin du monde, celle des tremblements de terre, dont l'imminence terrifie Bouvard : "Etant seul, l'idée d'un cataclysme le troubla. Il n'avait pas mangé depuis le matin. Ses tempes bourdonnaient. Tout à coup, le sol lui parut tressaillir et la falaise au-dessus de sa tête pencher par le sommet. A ce moment, une pluie de graviers déroula d'en haut. Pécuchet l'aperçut qui détalait avec violence, comprit sa terreur, cria de loin : Arrête ! la période n'est pas accomplie ! la période n'est pas accomplie." (35).
Certes, nos géologues amateurs finissent par s'émanciper du catastrophisme et de ses résonances religieuses, en découvrant le transformisme de Lamarck et l'uniformitarisme géologique de Lyell. Mais le thème de l'écroulement n'en reste pas moins présent jusqu'à la fin du passage. En conclusion, Pécuchet déclare, réécrivant bizarrement l'aphorisme d'Héraclite : "Tout passe, tout croule."( 36). La perte de confiance dans la stabilité du monde emporte avec elle la confiance dans la science. "La création est faite d'une matière ondoyante et fugace. Mieux vaudrait nous occuper d'autre chose !" (37). La faillite de Bouvard et Pécuchet, c'est d'abord celle de la quête des certitudes. "Tout croule", et comme toutes choses, la science est périssable.

Flaubert, en présentant ces disciplines, a choisi de mettre l'accent sur les contradictions qui se font jour au cours de leur histoire. Par l'itinéraire de ses héros, lequel suit le développement historique des savoirs, il nous démontre qu'envisager la science sur le mode historique, c'est inévitablement mettre en évidence le caractère fragile, éphémère, relatif, de sa vérité.
Dans leur quête, Bouvard et Pécuchet parcourent en effet durant cet épisode le devenir historique de ces disciplines. Leur itinéraire dans les sciences de la nature se déroule en trois temps, qui en suivent le développement : après la contemplation du ciel étoilé, ils s'intéressent aux espèces vivantes ; de là, ils passent à l'observation de la Terre, à la question des fossiles, à la géologie, enfin, aux théories de l'évolution et à la question l'origine de l'Homme.
Et de fait, sur des questions aussi graves que l'origine et le devenir de l'homme et du monde, en l'espace de quelques décennies, ces sciences ont été soumises à des révisions spectaculaires : les dogmes d'hier sont aujourd'hui périmés. Le fixisme et le catastrophisme de Cuvier, dont les thèses avaient régné durant plus de trois décennies, se révèlent soudain caducs. Dès 1830, la géologie continuiste de Lyell s'affirme outre-Manche, tandis qu'en France, le fixisme de Cuvier s'affronte encore aux thèses transformistes de Lamarck et de Geoffroy Saint-Hilaire. La publication, en 1859, de L'origine des espèces de Darwin transformera considérablement le paysage intellectuel. Dans le même temps, des recherches menées en France, en Belgique, en Angleterre, aboutiront à l'acceptation de la très haute antiquité de l'homme et à la reconnaissance de l'"homme fossile", dont Cuvier avait nié l'existence. Il est difficile alors, dans toute l'Europe, d'échapper à la vague de débats, de controverses, sur l'évolution des espèces et sur l'origine et le devenir de l'Homme. L'idée de l'"homme fossile", longtemps rejetée comme impensable et blasphématoire, est acceptée à partir de 1859, ouvrant soudain un champ immense de spéculations et de recherches. A ce moment, l'emprise des dogmes religieux, qui ont longtemps régné sur la pensée de l'histoire de la nature commence à se défaire. Cette instabilité de la science est aussi celle de ses nomenclatures. La description et la nomination des espèces, des minéraux, des étages géologiques, constituent une activité primordiale dans les sciences de la nature, par essence descriptives et taxinomiques. Linné avait fondé la zoologie et la botanique, Haüy la minéralogie et Lyell la géologie scientifique, précisément en nommant les espèces animales et végétales, les minéraux, les étages géologiques. Certes, les nomenclatures des naturalistes sont fastidieuses, Bouvard et Pécuchet s'embrouillent à classer leurs cailloux et leurs fossiles : "Ce n'était pas une mince besogne avant de coller les étiquettes, que de savoir les noms des roches ; la variété des couleurs et du grenu leur faisait confondre l'argile avec la marne, le granit et le gneiss, le quartz et le calcaire." (38). Mais, plus encore, comment être sûr que les catégories désignées ne sont pas purement arbitraires ? "...La nomenclature les irritait. Pourquoi dévonien, cambrien, jurassique, comme si les terres désignées par ces mots n'étaient pas ailleurs qu'en Devonshire, près de Cambridge, et dans le Jura ? Impossible de s'y reconnaître." (39). C'est ce paradoxe de la nomination que Flaubert soulève à plusieurs reprises dans Bouvard et Pécuchet : les désignations de la science renvoient-elles à une réalité, ou construisent-elles un monde abstrait, de convention, coupé du réel ? Bouvard et Pécuchet découvrent avec inquiétude qu'en géologie, il n'est pas de vérité, pas de certitude. Seulement des désignations arbitraires, et qui ne recouvrent pas nécessairement une réalité.
Plus encore, s'il apparaît que "tout se transforme", que rien n'est stable, comment est-il possible de nommer les choses et les êtres du monde ? Lamarck, premier transformiste, avait nié la réalité de l'espèce. De même, dans le cadre d'une géologie mobiliste : "Ce qui est système pour l'un est pour l'autre un étage, pour un troisième une simple assise. Les feuillets des couches s'entremêlent, s'embrouillent ; mais Omalius d'Halloy vous prévient qu'il ne faut pas croire aux divisions géologiques. Cette déclaration les soulagea." (40).
Il s'agit ici non tant d'une preuve de bêtise que d'une interrogation fondamentale sur la vérité scientifique : les divisions et les nomenclatures des sciences doivent-elles être référées à la réalité du monde naturel, ou bien sont-elles de pure convention ? Dans son étude récente de "la controverse du dévonien", Martin Rudwick montre que les débats à l'oeuvre dans l'histoire de la géologie anglaise du XIXe siècle, qui ont abouti à la définition de cet étages géologiques, ne visaient pas tant à définir une réalité objective qu'à établir un accord entre "gentlemen geologists" (41): dans la construction de ces catégories scientifiques, les enjeux liés à la prégnance des milieux sociaux et des appartenances politiques ont pu jouer un rôle essentiel.
L'inquiétude de Bouvard et Pécuchet sur les nomenclatures renvoie donc aux débats de la géologie et de la zoologie de leur temps, mais, plus largement, à un problème essentiel, toujours actuel : celui de l'arbitraire des catégories scientifiques. Le problème que Bouvard et Pécuchet posent ici, ce n'est rien de moins que celui du nominalisme et du réalisme du langage de la science, qui est au fond même de toute interrogation sur la vérité scientifique.
L'interrogation sur les nomenclatures scientifiques dans Bouvard et Pécuchet a un autre versant. En effet, si le langage de la science est arbitraire, du moins peut-il être poétique. Il est possible de jouer avec les mots de la science, de se laisser fasciner par les vocables savants comme autant de sonorités poétiques et mystérieuses, musicales. Flaubert écrit : "Quand ils eurent vu des calcaires à polypiers dans la plaine de Caen, des phillades à Balleroy, du kaolin à Saint-Blaise, de l'oolithe partout, et cherché de la houille à Cartigny, et du mercure à la Chapelle-en-Juger près de Saint-Lô, ils décidèrent une excursion plus lointaine, un voyage au Havre pour étudier le quartz pyromaque et l'argile de Kimmeridge" (42), et cet entrechoc de mots aux sonorités étranges, qui font rêver Bouvard et Pécuchet, contient une charge poétique, onirique indéniable. Parce qu'elle nomme, parce qu'elle raconte, parce qu'elle fait rêver, la science est porteuse de poésie, c'est en cela aussi qu'elle peut être objet de littérature.
A côté des citations quasi littérales ou parodiques de manuels et de chapitres d'encyclopédies, il y a donc place pour une réécriture poétique des textes de science. Flaubert le montre en donnant corps à la vision suscitée par la reconstitution cuviérienne des "mondes antédiluviens":
"D'abord une immense nappe d'eau, d'où émergeaient des promontoires, tachetés par des lichens , et pas un être vivant, pas un cri ; c'était un monde silencieux, immobile et nu. Puis de longues plantes se balançaient dans un brouillard qui ressemblait à la vapeur d'une étuve. Un soleil tout rouge surchauffait l'atmosphère humide. Alors, des volcans éclatèrent, les roches ignées jaillissaient des montagnes ; et la pâte des porphyres et des basaltes qui coulait, se figea. Troisième tableau : dans des mers peu profondes, des îles de madrépores ont surgi ; un bouquet de palmiers, de place en place, les domine. Il y a des coquillages pareils à des roues de chariots, des tortues qui ont trois mètres, des lézards de soixante pieds. Des amphibies allongent entre les roseaux leur col d'autruche à mâchoire de crocodile. Des serpents ailés s'envolent. Enfin, sur les grands continents, de grands mammifères parurent, les membres difformes comme des pièces de bois mal équarries, le cuir plus épais que des plaques de bronze, ou bien velus, lippus, avec des crinières, et des défenses contournées. Des troupeaux de mammouths broutaient les plaines où fut depuis l'Atlantique ; le paléothérium, moitié cheval moitié tapir, bouleversait de son groin les fourmilières de Montmartre, et le Cervus giganteus tremblait sous les châtaigners, à la voix de l'ours des cavernes, qui faisait japper dans sa tanière, le chien de Beaugency trois fois haut comme un loup." (43).
Pour composer ce récit, véritable poème en prose, Flaubert paraît s'être librement inspiré, non tant de Cuvier lui-même que du poème de Louis Bouilhet, "Les fossiles". Son ami Louis Bouilhet (1822-1869), était en effet auteur d'un long poème intitulé "Les fossiles", publié en 1853-54 (44), pour la rédaction duquel Flaubert lui prodigua encouragements et conseils. Poème inspiré de Cuvier, mais surtout de l'évolutionnisme métaphysique de Boucher de Perthes, tel qu'il s'expose dans son traité De la Création (45). La rédaction de ce poème dédié, précisément, à Flaubert, avait fait l'objet de nombreuses discussions, lectures, correspondances, critiques, entre les deux amis (46). Dans le texte de Flaubert, on retrouve la même architecture en cinq actes, le même mouvement, qui conduit de l'eau primitive à la sauvagerie du monde où apparaît l'homme. Mais dans sa concision, dans son alternance de phrases balancées et brèves, de sonorités longues qui semblent des plaintes et de monosyllabes qui résonnent comme des cris, le poème de Flaubert paraît en fait bien plus inspiré que l'original... De Cuvier à Boucher de Perthes, de Bouilhet à Flaubert, circulent ici, entre science et littérature, les formes, les mots, les thèmes et les images.

Plus qu'une "application" des savoirs ou des méthodes scientifiques, il faut donc voir dans Bouvard et Pécuchet, ainsi que le voulait Flaubert lui-même, "une encyclopédie critique en farce". Toutes les interrogations et les critiques qui y sont à l'oeuvre conduisent à rendre suspecte la notion même de vérité des sciences. L'ouvrage, dans son itinéraire chaotique, paraît tendre au scepticisme, au relativisme. Mais Bouvard et Pécuchet brouille les cartes. On ne sait, pour finir, s'il faut y lire une critique radicale de la science elle-même, ou bien une critique des prétentions de ceux qui ne font que mimer ses attitudes, que colporter ses "idées reçues".
Image inversée d'un siècle fasciné par le développement des sciences, l'itinéraire des deux employés est une critique décapante des savoirs positifs une caricature de la foi naïve dans la science, classée désormais au rang des idées reçues. L'image finale des deux bonshommes "penchés sur leur pupitre et copiant" est comme un retour à leur point de départ ; elle semble aussi, au-delà de la foi moderne dans la rationalité et dans la science, un retour à des pratiques archaïques, pré-scientifiques, celles des copistes du Moyen åge et de la Renaissance consignant toute l'encyclopédie du savoir sur leurs "cahiers de lieux communs". Flaubert dit ainsi l'absurde de l'acte même d'écrire, ici identifié à la copie, ou à la réécriture.
Dans Bouvard et Pécuchet la question de la vérité et de l'objectivité dans les sciences dévoile des abîmes d'interrogations sur l'arbitraire du langage et de la nomination, sur l'historicité des savoirs, sur la circulation des idées reçues, sur le réalisme et le relativisme. Cette oeuvre ultime, inachevée, explosive, laisse toutes ces questions ouvertes, sans les résoudre. Avec Bouvard et Pécuchet, Flaubert a choisi d'écrire un anti-roman, où des anti-héros, parangons de la bêtise, se livrent à une quête de la vérité chaque fois recommencée et qui chaque fois s'achève en catastrophe. Il a choisi de dessiner dans l'encyclopédie des sciences un parcours qui souligne les failles et les faillites des savoirs, et dans le même mouvement, un parcours dans l'écriture qui fait exploser les formes de la littérature elle-même.


Légendes des illustrations

Reproduction du Fum. 22Vum. du Carnet II, Gustave Flaubert, Carnets de travail, édition critique et génétique établie par Pierre-Marc de Biasi, Balland, 1988. Avec l'aimable autorisation de la Bibliothèque nationale de France.

Gavarni, illustration pour Bouvard et Pécuchet, "Les géraniums". © Roger-Viollet.

Gavarni, illustration pour Bouvard et Pécuchet, "Mon cèdre du Liban". © Roger-Viollet.


1. . Voir Honoré de Balzac, " Avant-propos " de La comédie humaine, 1841.
2. . Voir Prosper Lucas, Traité de l'hérédité naturelle, Paris, 1850.
3. . Sur l'anthropologie de Victor Hugo, voir Claudine Cohen, "Une tempête sous un crâne, profils et fossiles chez Victor Hugo", in L'Homme des origines, savoirs et fictions en préhistoire, Seuil, 1999, pp. 178-198.
4. . Sur la revendication du roman historique par les historiens des premières décennies du XIXe siècle, voir Marcel Gauchet, La philosophie de l'histoire, Presses universitaires de Lille.
5. . Sur le roman préhistorique, voir Claudine Cohen, "Romans et romances de la préhistoire", op. cit., pp. 199-224.
6. . C'est en août 1872 que le projet du roman apparaît pour la première fois dans la correspondance. Le roman est publié de façon posthume en 1881.
7. . Voir Correspondance de Flaubert, lettre 3291 du 16 février 1879 à Georges Charpentier.
8. . O. d'Halloy, Introduction à la géologie, ou première partie des éléments d'histoire naturelle inorganique, Paris, 1833 et Eléments de géologie, Paris, 1839.
9. . Alcide d'Orbigny, Cours élémentaire de paléontologie et de géologie stratigraphiques, Paris, Masson, 2 vol. 1849-1852.
10. . Alexandre Bertrand, Lettres sur les révolutions, Paris, 1824.
11. . Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, Paris, éd. de Claudine Gothot Mersch, Folio-Gallimard, 1979, p. 153-154..
12. . Ibid. p. 153.
13. . Alexandre Bertrand, op. cit., p. 12 et 13.
14. . Ibid., p. 155.
15. . Ibid., p. 143.
16. . Les "Manuels Roret" constituaient une sorte d'encyclopédie pratique présentant en de courtes monographies les usages et les principes d'un métier. Bouvard et Pécuchet consultent probablement l'ouvrage de J.-J. N. Huot, Nouveau manuel complet de géologie, Paris, 1840. Le chapitre XXX est intitulé "Instructions préliminaires aux voyages géologiques".
17. . Ami Boué, Guide du voyageur géologue, Paris, 1835-1836, 2 vol.
18. . Dans ses notes de lectures pour Bouvard et Pécuchet ( Bibliothèque municipale de Rouen Fum.129, Vum.) Flaubert note : "Costume du géologue voir le manuel de d'Orbigny", il s'agit en fait du Guide... d'Ami Boué.
19. . Ami Boué, op. cit., pp. 28-68.
20. . ibid., pp. 67-75.
21. . ibid., pp. 77-87.
22. . ibid., p. 73.
23. . ibid., p. 28.
24. . ibid., pp. 32-33.
25. . ibid., p. 45.
26. . ibid., p. 75.
27. . ibid., p. 88.
28. . ibid., p. 89.
29. .ibid., p. 90.
30. . Bouvard..., op. cit., p. 149.
31. . ibid., p. 153.
32. . Ami Boué, Guide... op. cit., p. 94.
33. . ibid., p. 96.
34. . Bouvard, p. 152.
35. . ibid. p. 152.
36. . ibid., p. 159. Je préfère ici, à la lecture de C. Gothot Mersch ["tout coule"], celle, plus intéressante, d'Alberto Cento ["tout croule"].
37. . ibid.
38. . ibid., p. 149.
39. . ibid.
40. . ibid.
41. . voir M. Rudwick, The Great Devonian Controversy, Chicago Univ. Press, 1985.
42. . Bouvard..., pp. 149-150.
43. . ibid., p. 142.
44. . "Les Fossiles" paraissent dans la Revue de Paris le 15 avril 1854.
45. . Boucher de Perthes, De la création, vol. I-V, Abbeville, 1835-37. Voir C. Cohen et J.-J. Hublin, Boucher de Perthes, les Origines romantiques de la préhistoire, Paris, Belin 1989 ; voir aussi Claudine Cohen, "Le transformisme de Boucher de Perthes dans son traité De la création", in Boucher de Perthes, Société d'émulation d'Abbeville, Abbeville, 1998. Certains vers de Bouilhet reprennent presque littéralement des phrases de Boucher de Perthes : voir "Les fossiles", in Poésies, festons astragales, Paris, 1859, p. 153) :
"Toute forme s'en va, rien ne périt, les choses
Sont comme un sable mou, sous le reflux des causes.
La matière mobile, en proie au changement,
Dans l'espace infini flotte éternellement.
La mort est un sommeil, où, par des lois profondes,
L'être jaillit plus beau du fumier des vieux mondes.
Tout monte ainsi, tout marche au but mystérieux,
Et ce néant d'un jour, qui s'étale à nos yeux,
N'est que la chrysalide, aux invisibles trames,
d'où sortiront demain les ailes et les âmes."
46. . Dans une lettre du 19 mars 1854 (Correspondance de Flaubert, éd. Pléiade, II, pp. 534-535), Flaubert lui adresse des encouragements admiratifs : "Peki ! Taieb ! antiqua ! mamluk ! tu es dans une très bonne voie. Continue et ne te désespère pas, vieux melon ! Je suis enchanté de la correction : "Sentent courir la sève en frissonnant d'amour". Voilà donc déjà une strophe irréprochable."
Et plus loin : "Songe que ta pièce avait trente-trois strophes. Mes observations n'ont jamais porté sur plus de six ou huit tout au plus. Tu as fait cela en six semaines ! et tu gueules comme un âne ! tu es un misérable ! et un enfant gâté du Pinde ! (...) Quant à la fin, avec la meilleure volonté de blâmer, je ne vois qu'à admirer."





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