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ALLIAGE


Alliage, numéro 35-36, 1998


Variations vocales et modulations morales d'un scandale littéraire

(1)

Michael Lynch (2)


L'un des attraits de la notion de " voix " est qu'elle établit des différences entre différentes instances d'énonciation dans un texte. Le sens d'un texte n'est plus à déchiffrer à partir d'un centre intentionnel, mais il émerge d'une conjugaison de " voix " qui ont pour but, selon les cas, de représenter, médiatiser, opposer ou dissimuler une responsabilité d'auteur (3). Telle que je la comprends, la figure littéraire de la " voix " est fondée sur une analogie : tout comme un locuteur peut élever, baisser ou infléchir sa voix en vue de personnifier un autre locuteur (une petite fille, un homme âgé, une célébrité, un robot, un personnage de " dessin animé ", lui-même sous un déguisement particulier, etc.), un auteur peut multiplier les personnages, les interlocuteurs ou d'autres agents dans, de et en tant que texte. La " voix " peut être utilisée pour moduler le degré d'engagement total (ou feint) vis à vis de ce qui est dit. Il existe, bien entendu, beaucoup de dispositifs connus pour identifier, différencier, diffuser et déplacer des voix textuelles. Peut-être bien que les plus clairs et les plus familiers de ceux-ci sont les dispositifs de citation, dialogue, remerciements et référence. Le plus explicite de ces dispositifs différencie clairement les sources de paroles, des passages et des histoires spécifiques.

Souvent, cependant, les voix d'un texte peuvent plonger le lecteur dans une certaine perplexité. Qui (ou quoi) dit cela ? Quelle est la position de l'auteur par rapport à chacune et à toutes les voix du texte ? Quelle est la voix qui parle pour l'auteur, et lesquelles agissent comme concurrents, interlocuteurs, informateurs ou autorités ? L'auteur est-il sérieux, ou bien y a-t-il ici un brin d'ironie ? Plus radicalement, un lecteur peut être conduit à mettre en question l'idée même qu'un auteur cohérent se tienne derrière les voix, comme s'il orchestrait leurs gestes et comme s'il les nourrissait de paroles comme un montreur de marionnettes. Considérée strictement à l'intérieur du cercle herméneutique du texte et du lecteur, la présence de l'auteur n'est pas moins contingente que n'importe quelle autre voix du texte.

Les ambiguïtés et les incertitudes de la voix ne font pas que confronter le lecteur à des problèmes analytiques ; elles fournissent aux auteurs des ressources pour exhiber ou cacher l'autorité et la responsabilité. Tout comme des meurtriers accusés ont recours au syndrome de la personnalité multiple pour fonder leur défense, les auteurs peuvent parfois échapper à leur responsabilité pour des offenses attribuées à leurs textes. " Ce ne sont pas là mes mots ; je ne voulais pas vraiment dire ce que j'ai écrit. " La voix peut être une figure grammaticale élusive, mais c'est en tout cas une figure intéressante en partie à cause de son caractère élusif. Des modulations de la voix sont en même temps des modulations de la responsabilité. Mettre en scène, qualifier, échanger, déguiser et personnifier des voix sont des gestes grammaticaux dans une partie de jeu moral. C'est en vue d'évaluer une telle modulation morale, ainsi que les enjeux d'une telle partie, que je vais discuter un scandale récent qui a eu un grand retentissement : le soi-disant article " canular " écrit par Alan Sokal, et publié dans une revue d'études culturelles.

Selon plusieurs récits qui ont été publiés et reproduits pour circuler largement sur le réseau internet, Sokal, un professeur de physique à l'Université de New York, a soumis un article à la revue Social Text. Dans l'article - " Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique " - Sokal se présente comme un physicien travaillant dans le champ de recherche de la " gravitation quantique " et qui a pris conscience d'un certain nombre de parallèles thématiques entre la physique théorique d'avant-garde et les écrits d'auteurs déconstructionistes éminents, d'épistémologues féministes et d'autres encore travaillant dans le champ des études culturelles et des recherches sur la science. L'article contient de très nombreuses notes de bas de page et une immense bibliographie.

Après une discussion sur les analogies entre la physique et les études culturelles, Sokal (4) nous montre la voie vers une physique émancipatrice qui incorporerait une critique sociale constructiviste de la science objective. Aussitôt que son article fut publié, Sokal (5) a dénoncé son canular dans un bref article publié dans la revue Lingua Franca.

L'histoire fut rapidement reprise par le New York Times, le Wall Street Journal, et autres sources populaires aux Etats-Unis et ailleurs. Le critique littéraire Stanley Fish (6) a écrit une réponse éditoriale à Sokal dans le New York Times, et les directeurs de Social Text, Stanley Aronowitz et Andrew Ross, ont écrit des lettres publiques pour défendre leur revue et le champ plus large des études culturelles. De nombreux autres auteurs ont participé à une kyrielle d'échanges et de messages par courrier électronique. Les réactions de la presse se cristallisèrent dans des titres du genre : " Des mandarins irrationnels avalent le saut quantique dans le charabia d'un farceur (7). " Des termes comme " charabia " suggèrent que l'article de Sokal était en lui-même absurde, illogique et incompréhensible. Les directeurs de Social Text ont sans doute échoué à reconnaître ces absurdités à cause de la manière dont Sokal a astucieusement flatté leurs préjugés. Cet aspect fut relaté dans le New York Times, de la manière suivante : " Pour une personne ordinaire, l'article semble être un méli-mélo impénétrable de jargon, de mots à la mode, de notes de bas de page et d'autres références savantes à des auteurs comme Jacques Derrida et le professeur Aronowitz. Des mots comme " hégémonie ", " contre-hégémonie " et " épistémologique abondent " (8). "

Un éditorial du Wall Street Journal, le dit encore plus carrément : " Bref, l'essai est constitué d'un non-sens délibéré du début à la fin (9). "

Les implications étaient évidentes ; Sokal avait écrit un article qui exploitait le " non-sens " et le " charabia" inhérents aux études culturelles considérées comme un genre ; en acceptant de publier cet article, les directeurs de la revue ont montré qu'ils ne disposaient pas de critères sensés. Les admirateurs du canular s'empressèrent de remarquer que l'absence de critères venait simplement de l'idéologie anti-objectiviste qui a cours aujourd'hui dans des cercles " post-modernes " ou autres de la gauche académique. Comme pour ajouter l'insulte à la blessure, Sokal (10) s'est déclaré lui-même gauchiste et en accord avec beaucoup des idées politiques et féministes défendues par les rédacteurs de Social Text. (11) Il prétendait être préoccupé par la manière dont l'hubris et la folie universitaires ont rendu à la fois obscurs et confus les enjeux on ne peut plus sérieux des gauchistes et des féministes. Kimball (12), qui ne s'est jamais proclamé gauchiste, a marqué ici un point : " Cela, évidemment, rend ce canular encore plus embarrassant pour la gauche universitaire ", et juste au cas où les lecteurs pourraient trouver cette dénonciation limitée dans sa portée, Kimball ajoutait : " Il est important de comprendre que le canular de M. Sokal est embarrassant pas seulement pour M. Ross, M. Aronowitz et consorts, mais également pour l'ensemble du projet des études culturelles (13). " Les caractérisations de ce " projet " et de la " gauche universitaire " par Kimball furent empruntées à Gross et Levitt (14), dont les attaques contre les études sociales et culturelles de la science avaient mis le décor en place. La dévastation fut d'autant plus grande que l'article offensant fut publié dans un numéro spécial de Social Text pour répondre à Gross et Levitt ainsi qu'à d'autres critiques.

Fish, Ross et d'autres défenseurs des études culturelles se sentirent profondément offensés. Contrairement à Sokal (15) qui définissait son article comme une " parodie satirique " et une " expérience assez peu orthodoxe ", Fish (16) en parlait comme d'une " mauvaise blague ", " un canular sophistiqué " et une " tromperie ". Il concluait son éditorial avec la citation d'un rapport de 1989 qui fut publié dans The Proceedings of the National Academy of Science (Volume 86 (1989), p. 9068). Selon ce compte-rendu, une fraude est diagnostiquée quand des scientifiques publient intentionnellement des résultats inexacts. La fraude va " au-delà de l'erreur pour saper les fondations de la confiance sur laquelle la science est construite. " Fish ajoutait : " Voilà ce que nous lègue le professeur Sokal, un leg qui risque de durer bien plus longtemps que la brève célébrité dont il jouit maintenant pour avoir prétendu avec succès être lui-même. " Ross, dans une lettre qu'il a fait circuler sur le réseau électronique, a dénommé l'acte de Sokal, " une rupture d'éthique ". Aronowitz, Fish, Ross et d'autres ont tenté de rectifier l'image donnée par Sokal et d'autres selon laquelle le constructivisme social impliquait une non-croyance dans la réalité des lois naturelles et dans l'efficacité de la science (17). Ross mentionnait que, contrairement à ce que Sokal et d'autres ont sous-entendu, le comité de rédaction de Social Text n'a pas été impressionné par la manière dont Sokal maîtrisait leur champ, mais qu'il a décidé de publier l'article parce que " nous y avons vu une tentative sérieuse de la part d'un scientifique professionnel, de donner quelque justification philosophique à son travail (18) "


Le défi et la réponse



Ainsi donc, comment la notion de voix éclaire-t-elle ce sombre incident ? Je crois qu'elle peut nous permettre de reconnaître que l'exploit de Sokal - décrit dans le compliment équivoque de Fish comme le fait " d'avoir prétendu avec succès être lui-même (19) " - lance aux études culturelles un défi intéressant que Fish, Ross, Aronowitz et autres militants de ce champ ont pour la plupart manqué de peu dans leurs réponses sérieuses. Le défi est articulé élégamment par Sokal lui-même : " Maintenant, il est vrai que l'auteur ne croit pas en son propre argument. Mais pourquoi cela aurait-il de l'importance ? ... Si les rédacteurs en chef de Social Text trouvent mon argument convaincant, alors, pourquoi devraient-ils être déconcertés simplement parce que moi, non (20) ? " C'est là une excellente question, qui n'est pas soulevée en citant la définition officielle de la fraude scientifique que l'on trouve dans The Proceedings of The National Academy of Science.

La citation suggère que Sokal " a transgressé " des normes éthiques en soumettant un article frauduleux à une revue scientifique ; un article qui contenait des résultats dont l'auteur savait qu'ils étaient inexacts. Cette définition pose la question de savoir si Social Text est une revue scientifique, une revue qui publie les résultats de recherches empiriques dont il est possible d'évaluer l'exactitude. Or je pense qu'il ne s'agit pas ici d'une revue de ce type-là. Les études culturelles constituent un champ académique qui inclut l'anthropologie, le féminisme, la critique littéraire et d'autres domaines encore. Beaucoup de ceux qui participent à ce champ ne se sentent pas tenus par des idéaux empiriques de représentation factuelle et d'exactitude quantitative. En effet, il est courant dans ce champ de contester les langages représentationalistes et de transgresser délibérément les conventions du discours universitaire " sérieux " pour problématiser des distinctions entre des expressions de sens et d'identité littérales, ironiques, fictionnelles, factuelles, ludiques et frauduleuses. Les canons de l'érudition universitaire s'appliquent néanmoins à la littérature des études culturelles : les jugements éditoriaux exigent que, sauf s'il y a indication contraire, les citations doivent être exactes et les sources pertinentes reconnues. Sokal (21) a prétendu que son essai était " entièrement fondé sur des sources publiquement disponibles, qui toutes ont fait l'objet de notes méticuleuses en bas de page. Tous les ouvrages cités sont réels, et toutes les citations sont rigoureusement exactes ; aucune n'est inventée. " Fish, Ross, et d'autres n'ont pas contesté cette assertion. (22) Selon Sokal, la seule inexactitude délibérée dans son article concerne la physique : " à travers tout l'article, j'utilise des concepts scientifiques et mathématiques d'une manière que peu de scientifiques ou de mathématiciens pourraient prendre éventuellement au sérieux. Par exemple, je suggère que le " champ morphogénétique " - une étrange idée New Age proposée par Rupert Sheldrake - constitue une théorie d'avant-garde dans le cadre de la gravitation quantique. La connexion est totalement inventée ; même Sheldrake ne prétend pas cela. J'affirme que les spéculations psychanalytiques de Lacan ont été confirmées par des travaux récents en théorie quantique des champs. Même des lecteurs non-scientifiques pourraient bien se demander par quel miracle la théorie du champ quantique a quelque chose à voir avec la psychanalyse ; en tout cas mon article n'offre aucun argument sensé pour soutenir l'existence d'un tel lien (23). "

Il résume en disant qu'il " a écrit l'article intentionnellement de telle sorte que n'importe quel physicien ou mathématicien compétent (ou même des étudiants en physique ou mathématiques) puisse comprendre qu'il s'agissait d'une blague (24) " En conséquence, ceux qui voudraient accuser Sokal de fraude scientifique sont confrontés à un paradoxe. Il serait coupable de fraude si son article avait été accepté dans une revue de physique, mais (tout au moins selon ce qu'il en dit lui-même) s'il avait soumis son article à une revue de ce type, celui-ci aurait été rejeté immédiatement par les rédacteurs en chef. La blague n'aurait pas été prise suffisamment au sérieux pour devenir une publication frauduleuse. Surtout, selon le compte-rendu de Sokal concernant ses propres motivations, son action était destinée à protéger et défendre la confiance en l'objectivité scientifique contre des attaques anti-fondamentalistes. Cela, évidemment, va à l'encontre de la suggestion de Fish selon laquelle la " fraude " porterait " atteinte au fonds de confiance sur lequel la science est construite ". En expliquant la motivation " sérieuse " de son article " satirique ", Sokal (25) dénonce la " prolifération, non pas tant d'absurdités et de pensées confuses pour elles-mêmes que d'une sorte particulière d'absurdité et de pensée confuse : celle qui dénie l'existence de réalités objectives, ou (quand elle se trouve mise au défi) qui admet leur existence mais minimise leur pertinence pratique ". Il ne va pas jusqu'à accuser ceux qui défendent le " relativisme épistémique " de fraude, mais il n'en est pas très éloigné en suggérant que la fausseté de leurs manières subjectivistes provient d'un mépris délibéré pour la vérité, consistant " précisément en tentatives d'estomper ces vérités évidentes (26) ".

Il se pourrait bien que l'argument le plus solide militant pour le fait d'appeler l'essai de Sokal une blague, une parodie ou une satire destinée à dénoncer (plutôt que promouvoir) des recherches bidon, est qu'il a dénoncé lui-même le " canular ". Du point de vue du constructivisme social, un déploiement plausible de la grammaire morale qui régit la " découverte ", " l'erreur ", " l'auto-tromperie ", le " canular ", la " fraude " et la " farce " n'est pas gouvernée par des propriétés inhérentes aux faits (ou actes) historiques en question. Au contraire, des questions contingentes d'ajustement temporel, d'intérêt, de réception du public et de négociation interactionelle peuvent faire toute la différence dans le monde pour ce qui compte comme découverte, réplication, canular, blague, ou fraude (27). Sokal n'a pas dénoncé son propre canular (28) pour avouer qu'il avait fait quelque chose de mal ; il l'a plutôt fait pour dénoncer les méfaits des rédacteurs de Social Text. Il a compté également sur le fait que la presse dominante reproduirait sa modulation de l'événement en tant que leurre justifié par sa dénonciation d'une erreur encore plus grande et plus pernicieuse. Or, de tous, Stanley Fish et ses collègues sont les moins susceptibles d'être surpris ou impressionnés par ce que je viens de dire. Le problème pour eux, comme ils le reconnaissent sans doute eux-mêmes, était qu'ils ont été mis dans l'embarras. En tant que problème pratique de politique médiatique, ils étaient confrontés à la nécessité de défendre les études culturelles contre des journalistes et des critiques pour qui des mots comme " épistémologique " ou " hégémonique " sont les pièces dénuées de sens d'un " jargon impénétrable ". Ils se sont attachés à réfuter des arguments en allant jusqu'à dire que les constructivistes sociaux réfutent leurs propres arguments relativistes dès qu'ils montent à bord d'un Boeing 747.(29) Ils ont défendu le sérieux, les normes rigoureuses et l'intégrité scientifique de la recherche dans le champ des études culturelles, et ont nié le fait que ce champ était peuplé de " relativistes épistémiques " qui mettent en question l'existence réelle des lois scientifiques. Dans ces circonstances, cela pouvait être une stratégie inspirée par la sagesse. Exprimer de l'indifférence envers le statut " scientifique " de la critique culturelle, célébrer le discours transgressif et poétique, mettre en question les idées mêmes de " norme " et d'" objectivité " et en conséquence accueillir Sokal comme un allié involontaire, n'aurait peut-être pas été admissible dans un tribunal d'opinion publique. Ainsi, au contraire, les herméneuticiens et les théoriciens critiques qui, par ailleurs, professent des conceptions antifondamentalistes et défendent les savoirs dominés contre l'hégémonie de la " science ", furent-ils mis en position de défendre les études culturelles contre une offense définie par l'Académie nationale des sciences comme une transgression délibérée des normes de l'exactitude empirique et une menace pour les fondements de la science.


L'analyse du non-sens



Dans son commentaire du canular paru dans Lingua Franca, Sokal démarre avec l'affirmation suivante : " Depuis quelques années je suis troublé par un déclin apparent des normes de rigueur dans certaines zones des humanités académiques (30). " Puis il poursuit avec cet aveu bien affiché de modestie : " Mais je suis un simple physicien : si je me sens incapable de trouver un sens à la jouissance et à la différance (sic), peut-être que cela ne fait que refléter ma propre inadéquation. " Toujours dans la même veine, il évoque son effort pour " tester les normes intellectuelles dominantes " en menant " une expérience modeste (bien qu'évidemment incontrôlée) ". Il propose de tester l'hypothèse suivante : " Une revue d'études culturelles nord-américaines de renom publierait-elle un article généreusement parsemé de non-sens pourvu (a)qu'il sonne bien et (b) qu'il flatte les préjugés idéologiques des rédacteurs en chef ? (31) " La forme de cette expérience doit être familière aux psychologues sociaux et aux conseillers commerciaux : présenter un stimulus dépourvu de signification en lui-même (ou conçu à la façon d'un leurre), suggérer qu'il s'agit d'un article authentique, et tester si les désirs, les espoirs et les préjugés du sujet prennent la haute main sur son jugement. Dans ce cas, Sokal a frappé juste. Sa modestie initiale renforce grandement l'impact de ses résultats : le canular réussi ne doit pas être considéré comme le résultat d'une tentative d'embarrasser un opposant politique. Au contraire, les victimes du canular se révèlent elle-mêmes comme leurs propres pires ennemis : " Le coup qui ne peut être effacé est celui qu'on s'inflige soi-même (32). " Après l'annonce du résultat de son expérience, Sokal reprend son ton modeste : " Je dis cela non dans la joie, mais dans la tristesse. " C'est à ce moment-là qu'il annonce qu'il est lui-même un " gauchiste ". De nouveau, la modestie renforce l'effet : Sokal n'est pas un type de droite en train de faire un sale coup à ses ennemis politiques, il est le témoin sympathisant d'un acte d'auto-destruction.

Cet effet ironique du canular est mis en place par le fait, dont la presse s'est fait l'écho, que l'article initial de Sokal est dénué de sens en lui-même. Mais quel est exactement ce non-sens ? Où ce non-sens commence-t-il et où finit-il, et qui est en mesure de le reconnaître ? La reconnaissance de ce non-sens dépend-t-elle d'une sagesse rétrospective ? Les implications morales et épistémiques de l'acte de Sokal dépendent de là où l'on situe le non-sens. Sokal et ses acolytes situent parfois le non-sens dans le traitement qu'il fait dans son article des maths et de la physique, à d'autres moments, ils estiment que ce non-sens imprègne l'ensemble du papier, et à d'autres occasions encore, ils pensent que ce non-sens infecte tout le champ des études culturelles. Examinons chacun de ces sites de production du non-sens.

1. Le non-sens scientifique : de son propre aveu, Sokal s'est appuyé sur le fait que les rédacteurs en chef de Social Text ne détecteraient pas les non-sens physiques et mathématiques de son article, et qu'ils n'enverraient pas l'article à des lecteurs dotés de la compétence requise en physique (une possibilité renforcée par le fait que Social Text n'est pas une revue à comité de lecture). Il reconnait également qu'il a déguisé de telles inexactitudes en les incorporant dans un article en tout point conforme aux normes académiques en usage.

Une grand part de l'attrait apparent de l'article provient de ce qu'il a été écrit par un physicien qui prétend que des développements récents dans la plus dure des sciences dures convergent avec des thèmes postmodernes généraux promus par des études littéraires et culturelles. Tout se passe comme si l'article conférait une authenticité scientifique à des arguments humanistes qui sont souvent considérés comme anti-scientifiques. On pourrait croire que la voix d'autorité scientifique de Sokal a trompé un groupe de critiques postmodernes à oublier leur propre suspicion vis-à-vis de méta-récits de type scientiste. à partir de là, le non-sens le plus parlant de l'article se situe dans ses descriptions de la gravitation quantique, et sa publication démontrait les risques qu'il y a à prétendre à une compréhension critique de la science sans en maîtriser les prérequis techniques. Il est important de garder en mémoire que, selon Sokal, les inexactitudes physiques et mathématiques auraient été comiquement évidentes à n'importe quel physicien ou mathématicien compétent. (33) En d'autres termes, le canular était fait pour tromper seulement ces lecteurs qui manquent de compétence (mais non l'hubris) pour évaluer des développements scientifiques.

2. Le non-sens littéraire : des commentaires journalistiques du canular ont traité le non-sens comme s'il imprégnait l'article en entier. Ils relevèrent l'usage par Sokal de " mots à la mode " et de " charabia " universitaires, d'arguments illogiques et de citations de passages impénétrables d'auteurs comme Derrida. En conséquence, le non-sens n'est pas limité à de fausses représentations techniques de la physique qui seraient passées en fraude dans un article qui, par ailleurs, serait un article raisonnable sur le plan académique. L'article lui-même était " du non-sens du début à la fin ", et les lecteurs qui ont échoué à reconnaître ce fait étaient tout simplement " illogiques " et embrumés par l'idéologie. Sokal a encouragé de telles appréciations quand il a avoué que même des non-scientifiques auraient dû reconnaître la folie d'un tel rapprochement entre la physique quantique et la théorie psychanalytique.

Si, comme Sokal l'a prétendu, l'article est rempli de prose sans signification, de revendications invraisemblables et de passages impénétrables, alors quiconque le trouve sensé est tout simplement trompé. Publier de tels non-sens révèle bien plus qu'une simple défaillance éditoriale - la négligence d'envoyer l'article à des lecteurs techniquement compétents - c'est un symptôme de folie. Remarquons, cependant, que les termes d'évaluation destinés à juger du non-sens se sont maintenant déplacés. Comme l'observe Sokal, le bénéfice d'un enseignement spécialisé est nécessaire pour pouvoir reconnaître le non-sens scientifique et mathématique de son article, mais un tel enseignement n'est pas nécessaire pour reconnaître que l'article est parsemé de jargon à la mode incompréhensible. Les tables ont tourné. Là où les rédacteurs en chef de Social Text furent initialement coupables de s'appuyer sur leur compréhension non-scientifique d'une physique ésotérique, ils sont maintenant coupables d'accepter le jargon ésotérique que des profanes jugent incompréhensible. Là où les rédacteurs en chef furent initialement coupables (sur la base de l'autorité de Sokal en tant que physicien) d'échouer à voir qu'il avait fabriqué du non-sens avec de la physique et des mathématiques, ils sont maintenant coupables (sur la base de l'autorité du profane) d'échouer à voir qu'il avait fabriqué du non-sens à partir du langage ordinaire.

3. Le non-sens philosophique : l'accusation de " non-sens " la plus dévastatrice déborde le jargon pour toucher au territoire plus large de la philosophie. Nous pouvons maintenant voir comment cela fonctionne en examinant un passage tiré de l'article canular que Sokal cite dans son exposé de Lingua Franca (34). Il s'agit là de sa caractérisation d'une " perspective intellectuelle occidentale " que les constructivistes sont censés désavouer : " ...qu'il existe un monde extérieur, dont les propriétés sont indépendantes de tout être humain individuel et même de l'humanité toute entière ; que ces propriétés sont encodées dans des lois physiques " éternelles " ; et que les êtres humains peuvent obtenir une connaissance fiable, encore qu'imparfaite et hypothétique, de ces lois en se ralliant aux procédures objectives et aux contraintes épistémologiques prescrites par ce qu'on appelle la méthode scientifique. "

Sokal (35) passe outre la possibilité que des problèmes philosophiques sérieux puissent être soulevés (et ont été soulevés pendant des siècles) sur le problème de savoir si les lois physiques sont " éternelles " et si l'adhésion à des procédures " objectives " garantit les prétentions absolutistes concernant la " connaissance ". Au contraire, il continue et demande, innocemment : " Est-ce maintenant un dogme dans les études culturelles de penser qu'il n'existe pas de monde extérieur ? Ou qu'il existe un monde extérieur, mais que la science ne peut en avoir connaissance ? " Tout se passe comme si les critiques des conceptions naïves (ou même pas si naïves que ça) d'un " monde extérieur " impliquaient nécessairement une non-croyance dans (plutôt qu'une reconceptualisation de) la possibilité d'une connaissance scientifique stable. Sokal (36) continue en expliquant les prétentions philosophiques absurdes auxquelles il a prêté une voix sans y croire : " Dans le second paragraphe je déclare, sans la moindre preuve ou argument, que la " 'réalité' physique [notez les guillemets] ... est au fond une construction sociale et linguistique. " Non pas nos théories de la réalité physique, attention, mais la réalité elle-même. D'accord. Quiconque croit que les lois de la physique ne sont que des conventions sociales est invité à essayer de transgresser ces conventions de la fenêtre de mon appartement. (J'habite au 21e étage.) (37). "

Une affirmation non expliquée, rappelant vaguement une position idéaliste classique, se trouve rapidement identifiée à de la folie pure et simple, et le fait que les rédacteurs en chef l'aient laissée passer milite contre leur bonne santé mentale. On pourrait peut-être invoquer le fait que les traductions de Sokal dégradent le degré auquel les passages originaux peuvent être lus comme des propositions philosophiques raisonnables, même si un peu crues et dénuées de preuve.

L'injection par Sokal de non-sens physiques et mathématiques infecte maintenant le texte tout entier, et en dernière instance, le projet des études culturelles dans son ensemble. Les transitions du non-sens physique, au non-sens littéraire, et ensuite au non-sens philosophique sont effectuées à travers une série de juxtapositions d'usage ésotérique et ordinaire du langage. Les rédacteurs de Social Text sont pris au milieu des références alternées et asymétriques de Sokal (38) à un savoir ésotérique et à des " vérités triviales ". Une bonne connaissance de la physique est suffisante pour dénoncer les usages absurdes que Sokal fait des termes comme " champ morphogénétique ", mais une bonne connaissance dans le champ des études littéraires et culturelles ne fait qu'obscurcir le sens commun.

Sokal a très certainement démontré qu'il est possible de publier un compte-rendu inexact de physique et de mathématique dans une revue sans comité de lecture consacrée aux études culturelles. Il a réussi à faire passer en fraude une physique " absurde " dans un texte dont il était vraisemblable de penser qu'il avait été lu par des non-physiciens. Cependant, dans les suites de cette contrebande réussie, le non-sens se trouve redistribué et commence à se métastaser. Pour Sokal, et pour d'autres qui ont célébré son exploit, le " non-sens délibéré " et le " charabia " envahissent maintenant l'article tout entier, et ils risquent de s'étendre à travers tout le champ des études culturelles.


Conclusion



Les modulations de la voix de Sokal ne sont pas annoncées par une annonce, un signal, un éclaircissement de la gorge, un changement de ton, ou un geste. Sokal -prétendant avec succès être lui-même devant les lecteurs de Social Text - parle de la même voix que (comme il le prétend) n'importe quel physicien ou mathématicien compétent doit reconnaître comme une parodie. Comme Sokal (39) l'admet, son article de Social Text induit en erreur de façon intentionnelle ; il représente ce que l'auteur croit. Dans son article de Lingua Franca, Sokal, à nouveau prétend représenter ce qu'il croit. La plupart des commentaires du canular acceptent la parole de Sokal (40) selon laquelle l'article original (41) est un canular, mais personne ne pose la question : " Est-ce que Sokal, une fois de plus, n'est pas en train de prétendre être lui-même ? " (42) L'absence de scepticisme est étrange, particulièrement à la lumière de la rhétorique flagrante que Sokal (43) utilise pour se présenter lui-même comme un témoin modeste du fiasco qu'il a contribué à créer. Sokal - prétendant de façon encore plus convaincante être lui-même dans l'article de Lingua Franca - parle d'une voix humble et effacée que n'importe quel analyste compétent de la rhétorique scientifique doit reconnaître comme une parodie ; un déguisement rhétorique pour une annonce triomphale.(44) Seulement, dans ce cas, il n'y a plus de révélation ironique pour embarrasser ceux qui l'ont pris au sérieux pour la deuxième fois.

Ce qui est dommage dans l'affaire Sokal, c'est que le " canular " offre une si belle occasion d'étude pour la communauté universitaire qu'elle embarrasse. La voix de Sokal nous invite à prolonger la série des parodies. La tendance à réagir sérieusement - à désavouer le relativisme épistémique, à affirmer sa foi dans la réalité objective et à dénoncer la fraude scientifique - est compréhensible dans de telles circonstances. De sérieuses questions sont en jeu et les auteurs du New York Times et du Wall Street Journal n'ont apparemment qu'une tolérance très limitée pour le jeu épistémique, l'irrévérence irréaliste et une pensée qui n'est guère policée. Mais, en ce qui me concerne, il me semble que c'est une erreur de capituler devant la manière dont " le canular " est mis en scène par Sokal et ses acolytes journalistiques. Bien qu'il puisse ne pas exister de manière d'éviter l'embarras des rédacteurs en chef, le canular ne devrait pas être vu comme une démonstration de ce que tout argument fondé sur un examen critique des interconnexions entre le langage et la réalité physique, n'est rien d'autre qu'une expression de folie. Le problème n'est pas que Sokal fut autorisé à s'en tirer d'une fraude, mais plutôt qu'il fut autorisé à s'en tirer d'un " test " ésotérique de " vérités triviales ". à la fois dans son article original, quand il cite la physique de la gravitation quantique pour soutenir un scepticisme radical sur " la perspective intellectuelle occidentale ", et dans son exposé ultérieur, quand il cite son " expérience modeste " pour affirmer un certain nombre de vérités triviales associées à cette perspective intellectuelle, Sokal offre un soutien " scientifique " fallacieux à des croyances métaphysiques. C'est ça, le canular de Sokal.


Traduit de l'anglais par Baudouin Jurdant

1. . Cet article a paru en anglais dans la revue History of the Human Sciences, 10, (1997)) 3, p. 11-23.
2. . Professeur au Département des Human Studies à l'université Brunel, Kingston Lane, Uxbridge, Middlesex, Grande Bretagne.
3. . Michael Lynch et D. Bogen, " In Defense of Dada-driven Analysis ", Sociological Theory, 9 (1991) p. 269-76.
4. . Alan Sokal, " Transgressing the Boundaries : toward a Transformative Hermeneutics of Quantum Gravity ", Social Texte, 14 (1996), p. 228. Cet article a été traduit et publié en annexe dans Alan Sokal et Jean Bricmont, Impostures intellectuelles, Editions Odile Jacob, Paris, 1997.
5. . Alan Sokal, " A Physicist Experiments with Cultural Studies ", Lingua Franca, 6 (1996) 4, p. 62-64.
6. . Stanley Fish, " Professor Sokal's Bad Joke ", New York Times, 21 mai 1996.
7. . E. Ferguson, " Illogical Dons Swallow Hoaxer's Quantum Leap into Gibberish ", Observer, 19 mai 1996.
8. . Janny Scott, " Postmodern Gravity Deconstructed, Slyly ", New York Times, 18 mai 1996, p. 1 et 22.
9. . Roger Kimball, " A Painful Sting within the Academic Hive ", Wall Street Journal, 29 mai 1996, A18.
10. . Sokal, 1996b, op. cit. p. 64.
11. Dans une " postface " postérieure à son canular, Sokal (1996c : 340-1) nous offre des citations pour illustrer des préoccupations gauchistes sur les effets corrosifs des textes constructivistes postmodernes et poststructuralistes. La " transgression " de Sokal a également suscité des réactions favorables de la part de quelques auteurs écrivant pour des revues américaines orientées à gauche comme The Nation et In These Times (Pollitt, 1996 ; Frank, 1996). L'un des rédacteurs en chef de Social Text a publié une objection à ce genre de critiques formulées par des camarades de gauche (Robbins, 1996). Cf. Alan Sokal, " Transgressing the Boundaries : an Afterword ", Philosophy and Literature, 20 (1996) p. 338-346.
12. . Kimball, 1996, op. cit.
13. Quand Kimball se félicite du canular qu'il considère comme un coup porté contre la " gauche universitaire " il réactualise cette même division droite/gauche que l'aveu par Sokal de ses sympathies pour la gauche rend problématique. Cette dichotomie (ainsi que la dichotomie " science vs humanités " qui lui est liée) est contredite par l'éloge enthousiaste de Sokal tel qu'il fut exprimé par de nombreux abonnés à la liste de courrier électronique PHIL-LIT. Dans son article " Textual Reckoning " (In These Times, 27 mai 1996, p. 22-24), T. Frank mentionne que de nombreux professeurs et étudiants diplômés de sa connaissance ont réagi avec légèreté quand ils ont eu connaissance du canular de Sokal. Les rédacteurs en chef de la revue " anti-pomo " (anti-post-moderne) Philosophy and Literature a publié ultérieurement la " Postface " de Sokal (op. cit.) tout en intégrant Sokal dans leur comité de rédaction (Cf D. Dutton et P. Henry, " Truth Matters ", Philosophy & Literature, 20 (1996) p. 299-304). Plusieurs de mes collègues en études sociales de la science, qu'on ne peut guère soupçonner comme faisant partie de la droite politique ou universitaire, m'ont tranquillement exprimé leur ap.réciation du canular de Sokal dans des communications personnelles. L'inscription de " lignes " de démarcation est tout à fait pertinente, cependant, car ceux parmi mes collègues qui ont exprimé de la sympathie pour la répugnance de Sokal envers l'hubris " postmoderne " sont également conscients des dénonciations sans discrimination des études sociales de la science qui ont été engendrées dans le cadre des soi-disant " guerres des sciences " aux Etats-Unis.
14. . Paul Gross et N. Levitt, Higher Superstition, Johns Hopkins University Press, Baltimore,1994.
15. . Sokal, 1996b, op. cit.
16. . Fish, 1996, op. cit.
17. . La réponse officielle des rédacteurs en chef de Social Text à la révélation par Sokal de son canular a été publiée dans le numéro suivant de Lingua Franca (Social Text, 1996).
18. . Scott, 1996, op. cit., p 22.
19. . Fish, 1996, op. cit.
20. . Sokal, 1996b op. cit., p. 64.
21. . Sokal, 1996b, ibid.
22. . Frank (1996, op. cit., p. 23) mentionne le fait que Barbara Epstein de l'Université de Californie à Santa Cruz (History of Consciousness Program) était une " collaboratrice de Sokal ". D'autres personnes (communications personnelles) m'ont dit que l'auteur virtuel de l'article était Epstein. Si c'est le cas (et je n'en sais absolument rien), l'accusation serait que Sokal a fait une faute en ne reconnaissant pas l'ap.ort de son co-auteur caché, et non en publiant des résultats scientifiques frauduleux.
23. . Sokal, 1996b op. cit., p. 63.
24. . ibid. p.63.
25. . Ibid., p 63.
26. . Ibid., p 63.
27. . Cf. Augustine Brannigan, The Social Basis of Scientific Discoveries, Cambridge University Press, Cambridge, 1981 et Malcolm Ashmore, " The Theatre of the Blind : Starring a Promethean Prankster, a Phoney Phenomenon, a Prism, a Pocket, and a Piece of Wood ", Social Studies of Science, 23 (1993) p. 67-106.
28. . Le mot le plus souvent utilisé pour l'article de Sokal a été " canular ", et j'en fait ici usage par commodité. Sokal et d'autres qui ont produit des textes sur l'affaire ont utilisé le terme " satire ", " blague ", " parodie " et " canular " de manière quasiment interchangeable. Sokal avait tendance à choisir des termes susceptibles de connoter l'humour. Fish a utilisé l'expression " mauvaise blague " aussi bien que " canular ", mais avait tendance à parler de " fraude ". Ce dernier terme n'a été promu que par les critiques les plus sévères de Sokal.
29. . Si les plans, la construction, la régulation et les contrôles de sécurité d'un tel avion de transport ne correspondent pas à une affaire de construction sociale, alors je ne sais vraiment pas ce que ça pourrait bien être.
30. . Sokal, 1996b, op. cit., p 62.
31. . Ibid..
32. . Ibid.
33. . Malgré la déclaration de Sokal (1996b) selon laquelle n'importe quel mathématicien ou physicien compétent devrait être capable de reconnaître sa " satire comique " pour ce qu'elle est, point qui fut repris en écho par Weinberg (1996), quelques collègues dotés de diplômes doctoraux en physique m'ont dit que cela ne serait pas aussi simple qu'il semblait le dire. Selon un étudiant en thèse de doctorat en physique, de nombreuses bourdes de Sokal exigent des connaissances sur gravitation quantique qui est un champ de recherches assez ésotérique.
34. . Sokal, 1996b, op. cit.
35. . Ibid..
36. . Ibid.
37. Le passage cité est de Sokal (1996a, p. 217), les parenthèses étant dans l'original. Il s'agit là d'un argument curieux. Conduire à gauche est une " simple convention sociale " en Angleterre (dans ce cas une convention qui bénéficie de l'autorité de la loi). Je crois que si je transgressais régulièrement cette convention, je ne serais pas en moindre danger que si je sautais par la fenêtre de l'appartement du professeur Sokal.
38. . Sokal, 1996a, op. cit.
39. . Sokal, 1996b, op. cit.
40. . Ibid.
41. . Sokal, 1996a, op. cit.
42. Ross a évoqué dans une lettre qu'il a fait circuler par courrier électronique (19 mai 1996) que l'un des membres de l'équipe éditoriale de Social Text " s'est demandé si la parodie de Sokal n'avait en fait rien à voir avec cela, et si sa confession ultérieure n'était rien d'autre qu'un changement d'avis, ou une hésitation de sa détermination intellectuelle " mais la plupart des commentateurs n'ont pas mis en question la bonne foi de Sokal quand il a avoué que son premier article avait été écrit de mauvaise foi.
43. . Sokal, 1996b, op. cit.
44. Steve Shapin et Simon Schaffer dans leur ouvrage Leviathan and the Air Pump, Princeton University Press, Princeton, 1985, ont identifié le thème du " gentilhomme modeste " dans leur étude de l'étiquette de l'argumentation dans le cadre de la Royal Society au XVIIe siècle, et Dona Haraway (1996) a dévelop.é l'idée du " témoin modeste " pour esquisser le portrait de la figure masculine dans le discours de la science moderne (Cf. Dona Haraway, " Modest Witness : Feminist Diffractions in Science Studies ", in P. Galison et D. Stump (dirs), The Disunity of Science : Boundaries, Contexts, and Power, Stanford University Press, Stanford, 1996.



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