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ALLIAGE


Alliage, numéro 35-36, 1998


La méprise et le mépris

(1)

Jean-Marc Lévy-Leblond (2)


" Ce qui me fait rire, c'est la manière dont les scientifiques généralisent leurs résultats - ou s'y refusent. Amusant comme ils invitent les philosophes à tirer les conséquences de la mise en question de la causalité, en assurant d'autre part que le même phénomène ne se vérifie que chez eux, en physique atomique, et n'affecte pas la cuisson des rumsteaks chez les petits-bourgeois normaux. "
Bertolt Brecht (3)

Il faut bien l'admettre, des philosophes et des sociologues ont pu faire de la physique et des mathématiques des usages discutables. Mais est-ce bien nouveau, et la " postmodernité " est-elle vraiment en cause ici ? En vérité, l'histoire de la science contemporaine - pour s'en tenir à elle - est jalonnée de tels épisodes. Rappelons-en un, emblématique, et dont l'analyse éclairera les problèmes de fond posés par les imputations de Sokal et Bricmont (4) ; c'est délibérément que notre discussion commencera par un cas extérieur au champ de la polémique engagée par ces auteurs.

Les incertitudes de la physique



Un prétendu " principe d'incertitude " fut énoncé par Heisenberg voici bientôt trois quarts de siècle, comme élément essentiel de la théorie quantique naissante. Ce principe, dont l'énoncé banalisé affirme l'impossibilité de connaître à la fois la position et la vitesse d'une particule quantique, a donné lieu à d'innombrables exégèses, dont la suivante, due à un ancien président de la République (alors en exercice), est typique : " Déjà le principe d'incertitude de Heisenberg nous avait suggéré que l'information peut modifier l'état, et que la connaissance n'est pas neutre. [...] Il me semble en effet, que le système social doit être à son tour analysé avec un regard nouveau. " (5) On trouve des extrapolations analogues sous la plume de penseurs plus réputés, jusque dans la théologie vitaliste de Teilhard : " Dans un univers einsteinien ou heisenbergien, la quantité d'information (parce qu'alimentée continuellement par le jeu de chaque corpuscule) varie et est susceptible de croître indéfiniment par meilleur arrangement du système. Ne serait-ce pas alors tout justement, une sorte d'exutoire à cette masse sans cesse accrue d'Indéterminé sécrétée par l'Univers que vient fournir - partout où elle est possible - la vitalisation de la Matière ? " (6)

Aucun domaine de la pensée n'a échappé à la tentation d'exploiter ces résultats de la physique, de la métaphysique à l'économie, et de la sociologie à la critique littéraire - sans parler de la littérature elle-même. C'est ainsi qu'un écrivain qui se pique d'une certaine compétence scientifique n'a pas hésité à intituler l'un de ses ouvrages récents Le principe d'incertitude et à s'y référer (ainsi qu'à d'autres idées de la physique moderne) pour souligner les vicissitudes et les aléas de l'existence humaine ; par exemple : " La création artistique est une espèce de trajectoire folle, un système non intégrable par excellence. Il est regrettable que ses théoriciens, comme ceux du comportement humain en général, ne puissent pas s'inspirer des travaux de Poincaré, de Kolmogoroff, du fameux principe d'incertitude de Heisenberg, de Schrödinger et de la mécanique quantique. " (7)

Ce n'est pourtant pas du côté de la littérature, de la philosophie ou des sciences sociales, que sont apparues d'aussi imprudentes interprétations, mais bien au sein de la physique elle-même. Il serait fastidieux de compiler dans les manuels de physique quantique ou dans les articles de vulgarisation, et sous la plume des plus célèbres physiciens, les innombrables commentaires du " principe d'incertitude " le présentant comme la preuve (scientifique, évidemment) des limitations intrinsèques de nos capacités à connaître le monde. Le grand astrophysicien James Jeans (Sir) écrivait ainsi dès les années 30 : " Heisenberg nous montre que la nature abhorre par-dessus tout la précision et la certitude [...]. L'image de l'univers offerte par la physique nouvelle laisse plus de place que ne le faisait la vieille image mécaniste à la vie et à la conscience, ainsi qu'aux attributs que nous leur associons communément, comme le libre-arbitre et la capacité à modifier quelque peu l'univers par notre présence. Car pour autant que nous sachions d'après cette nouvelle science, les dieux qui jouent le rôle du destin des atomes de nos cerveaux pourraient bien être nos cerveaux eux-mêmes. " (8)

Et c'est dans une oeuvre de référence aussi prestigieuse que l'Encyclopaedia Britannica qu'un autre physicien réputé écrivait : " Ce principe énonce qu'il est impossible de spécifier ou de déterminer simultanément la position et la vitesse d'une particule aussi précisément qu'on le souhaite. [...] Le fait qu'il existe des limitations intrinsèques à la précision de l'expérimentation a de toute évidence de profondes implications philosophiques. [...] La conclusion la plus sûre est que l'homme devrait garder son humilité devant la nature puisque la précision avec laquelle il peut l'observer rencontre des limitations intrinsèques. " (9) En français dans le texte, maintenant, sous la plume d'un prix Nobel de physique : " S'il est vrai que toute observation en microphysique est par là même une intervention et donc une altération du phénomène observé, il devient impossible d'affirmer que nous pouvons atteindre une réalité objective indépendante de nous. [...] Pour ma part, poursuivant dans la même voie, j'irai jusqu'à dire qu'il en va encore de même de la distinction de l'âme et du corps, et qu'on gagnerait à penser en philosophie selon ce modèle de la complémentarité que N. Bohr a introduit en physique. (10)

Il serait donc infondé d'attribuer à une incompréhension systématique ou à une exploitation cynique des énoncés scientifiques les errements des littéraires en la matière. C'est bien la difficulté pour les fondateurs mêmes de la théorie quantique d'en discerner l'essence qui a entraîné une telle interprétation. Comme toute théorie nouvelle, celle-ci n'a pu émerger que prise dans la gangue de la conceptualisation qu'elle rendait caduque. Aussi l'énoncé originel de Heisenberg exprime-t-il l'inadéquation de la physique classique dans son propre langage - celui où position et vitesse d'une particule sont nécessairement bien définis -, au lieu de le remplacer par une formulation propre à la théorie quantique (11). Nous savons aujourd'hui que les " inégalités de Heisenberg ", comme l'on dit désormais de façon plus sobre et moins compromettante, expriment en fait la dispersion intrinsèque des grandeurs quantiques, leur nécessaire extension numérique, leur caractère " flou " (mais déjà pointe dans ce dernier terme le risque d'une métaphorisation abusive) (12). Rien là qui puisse être utilisé pour cautionner l'idée de limites infranchissables opposées par la nature elle-même à notre désir de connaissance, ni même de perturbations incontrôlables du monde dues à son observation.

Ces interprétations douteuses ont au surplus été confortées par l'introduction - due aux fondateurs de la théorie quantique eux-mêmes - de la terminologie inadéquate et infondée d'" incertitudes ", qui a permis depuis plus d'un demi-siècle tant d'exploitations aberrantes. à examiner de près l'histoire de cette formulation devenue canonique, on verrait qu'elle résulte d'abord d'un choix linguistique quelque peu ...incertain de la part de Heisenberg lui-même dans ses écrits en allemand, suivi de traductions mal contrôlées en anglais et français (13). Heisenberg utilise d'abord le mot Ungenauigkeit, qui correspond effectivement au français " incertitude ", avant de se rallier à un meilleur choix, du point de vue de la signification profonde de la notion qu'il introduit, à savoir Unbestimmtheit, soit " indétermination ". Malheureusement, ce dernier terme, largement utilisé en français dans les années trente et quarante, disparaîtra au profit du premier, largement sous l'effet de la terminologie anglaise consacrée, uncertainty.

Il ne s'agit pas ici de critiques ad hominem. Car les postures épistémologiques des créateurs de la physique quantique ne peuvent être séparées du contexte philosophique et politique de leur époque, celle des années vingt de ce siècle. Des historiens des sciences contemporaines, en des travaux aujourd'hui fort connus - sauf sans doute des physiciens eux-mêmes -, ont montré comment, par exemple, les idées de Bohr sur l'impossibilité d'une connaissance spécifique et autonome du monde quantique étaient profondément enracinés dans une philosophie du renoncement remontant à Kierkegaard, et comment la conception de Heisenberg sur l'indétermination essentielle du monde émergea de son idéalisme de jeune activiste réactionnaire après la première guerre mondiale (14). De façon plus générale, les formes souvent hâtives du nécessaire rejet critique des concepts de la physique classique sont trop proches des remises en cause culturelles propres à l'Allemagne de Weimar, où se développe pour une large part la jeune théorie quantique, pour qu'il soit possible de n'y voir qu'une coïncidence (15). Nul " relativisme " dans ces analyses, mais la simple démonstration de ce que la science, même la plus formalisée, et sans que la validité de ses énoncés soit révoquée en doute pour autant, ne saurait s'abstraire de son cadre historique.

Une science immature



Cet épisode met en lumière plusieurs caractéristiques négatives du développement (que, du coup, on hésite ici à appeler " progrès ") de la science contemporaine, que l'on retrouve de façon pratiquement systématique dans de nombreux domaines, et, en particulier, dans les situations discutées par Sokal et Bricmont.

Si la myopie épistémologique des théories scientifiques émergentes est inévitable, cette passagère maladie de jeunesse tend de nos jours à devenir chronique. Force est ainsi de souligner l'immaturité de la physique contemporaine. Certes, toute idée neuve naît dans une inévitable confusion ; elle n'accède à une relative (et jamais définitive) solidité conceptuelle qu'à la suite d'un travail de remodelage, plus long et plus complexe que la phase " révolutionnaire " inaugurale. Cette refonte, qui doit succéder à la rupture initiale pour valider et stabiliser la nouvelle doctrine, ne peut être que l'effet de patientes et collectives pratiques de mise en oeuvre et de partage du savoir. La physique classique, celle du dix-neuvième siècle, a su, en général, démonter les indispensables mais provisoires échafaudages nécessaires à l'édification de ses théories, pour faire apparaître clairement leur structuration et leur conceptualisation propres. Un exemple majeur de ce processus est fourni par l'émergence de la notion essentielle de " champ ", entre ses prolégomènes mécanistes chez le jeune Maxwell et son accession à l'autonomie dans le Treatise of Electricity and Magnetism de la maturité.

Mais notre siècle, s'il a vu la naissance de domaines théoriques d'une ampleur et d'un intérêt indéniables (relativités, quantique, etc.), n'a pas connu d'accomplissements aussi remarquables quant à leur maîtrise conceptuelle. Bien des questions fondamentales posées dès les débuts de ces investigations n'ont toujours pas reçu de réponses satisfaisantes, ou, pire encore, voient ces réponses largement ignorées de la plupart des chercheurs qui entretiennent des conceptions archaïques de leur propre discipline ; c'est le cas de la " non-séparabilité " quantique, comme de l'" origine de l'univers " en cosmologie. Ces défi(s)ciences résultent sans nul doute de la division du travail exacerbée qui marque les pratiques scientifiques modernes. La spécialisation toujours plus poussée des domaines de recherche, comme la séparation des tâches de recherche d'avec les autres activités scientifiques (enseignement, diffusion, valorisation), inhibent de façon drastique les processus de refonte et freinent leur assimilation collective (16).

Un aspect majeur de cette immaturité est la médiocrité de la pratique langagière de la physique moderne. Ce sont bien les physiciens eux-mêmes qui ont introduit sans guère de précautions dans leur champ théorique, pour formuler des concepts fort abstraits et spécifiques, des vocables lourds de confusions épistémologiques. On l'a vu à propos des soi-disant " incertitudes " quantiques. Mais c'est déjà le cas de la " relativité " einsteinienne, bien mal dénommée au regard de sa conception moderne, qui met l'accent sur les invariants (absolus) de l'espace-temps ; d'ailleurs, Einstein lui-même avait fini par reconnaître que cette formulation " relativiste " de sa théorie résultait d'un choix terminologique malheureux, et fort marqué, ici encore, par le contexte culturel - celui de la Zürich de 1905, où se croisaient nombre de futurs " déconstructeurs " dans tant de domaines : Einstein lui-même, Tristan Tzara, Lénine, et d'autres (17). L'évolution de la physique depuis cette époque n'a fait qu'aggraver la situation. L'usage actuel, pour désigner des phénomènes très éloignés de l'expérience commune, de termes d'une trompeuse familiarité et dotés d'une forte charge imaginaire, comme " big bang ", " trous noirs " ou " particules charmées ", relève de stratégies médiatiques délibérées plus que d'une conception créative mais disciplinée de la langue ; rappelons d'ailleurs que le terme de " big bang " fut inventé par un adversaire de la théorie, Fred Hoyle, pour la tourner en dérision, avant que d'être récupéré par ses promoteurs, suivant une stratégie caractéristique de la publicité (post ?)moderne. On peut faire des remarques analogues quant à la dénomination de domaines entiers, comme la " théorie du chaos déterministe " ou la " théorie des catastrophes ", dont le réel intérêt intellectuel est masqué et déformé plutôt que révélé et éclairé par ces appellations non-contrôlées.

Il est frappant à cet égard de constater la différence entre la politique linguistique de la science au siècle passé et aujourd'hui. Nos prédécesseurs du dix-neuvième étaient de grands créateurs de mots ; ils n'hésitaient pas, alliant raison et imagination, à inventer des mots nouveaux pour désigner des idées nouvelles, de façon à souligner leur spécificité et à mettre en garde contre un rabattement trop naïf sur le sens commun. Des termes comme " entropie " ou " électronique ", désormais passés dans la langue vernaculaire d'ailleurs, témoignent de ce travail. Et s'ils préféraient recourir au vocabulaire courant, ce n'était pas sans une explicite discussion critique (voir, par exemple, les réflexions de Maxwell sur la dénomination des opérateurs différentiels, comme " divergence " ou " curl "). Car, si l'on ne peut reprocher aux physiciens de " donner un sens nouveau aux mots de la tribu ", on doit leur demander d'expliciter ce sens nouveau et donc d'abord de le maîtriser. Nul doute qu'une pratique langagière à la fois plus déterminée et plus inventive réduirait considérablement les risques de dérive conceptuelle (18). Car l'usage métaphorique parfois douteux des notions de la physique dans d'autres domaines n'est souvent que l'écho second de la glossolalie incontrôlée de cette science elle-même. Sokal et Bricmont se méprennent donc lourdement sur les origines des malentendus qu'ils veulent dénoncer.


C'est çui qui l'dit qui l'est



Mais de cette méprise, ils glissent vite vers le mépris, comme trop de leurs collègues. La désinvolture et l'arrogance (anti)philosophiques de tant de physiciens aujourd'hui ne leur permet guère de procéder à l'indispensable élucidation (auto)critique de leurs formulations et de leurs conceptions ; leur présomption ici n'a d'égale que leur naïveté. Sans vouloir céder à la tentation d'un sottisier qui répondrait à celui laborieusement compilé par Sokal et Bricmont (aussi bien ce genre littéraire sombre-t-il presque systématiquement dans la bêtise qu'il prétend dénoncer ; n'est pas Flaubert qui veut...), on se permettra quand même quelques citations puisées chez les meilleurs physiciens du dernier demi-siècle.

Ainsi, Steven Weinberg (prix Nobel de physique 1979) n'hésite-t-il pas à intituler " Contre la philosophie " un chapitre de son livre (19). Il tente d'y montrer " qu'une connaissance de la philosophie ne semble pas utile aux physiciens ", et de mettre en évidence " la déraisonnable inefficacité de la philosophie ". Le réductionnisme naïf que Weinberg professe dans son ouvrage (un autre chapitre s'intitule " Eloge du réductionnisme "), dont le titre (Le rêve d'une théorie ultime) énonce tranquillement le projet, est pourtant si brutal qu'on en vient à regretter la version plus sophistiquée de son argumentation qu'aurait permise à l'auteur une meilleure culture épistémologique. Faut-il alors s'étonner que Weinberg ait apporté toute son autorité à l'appui de Sokal dans un article de la New York Review of Books qui a connu quelque retentissement. Ce que montre à l'évidence ce texte, c'est que Weinberg, loin de déplorer ce qu'il croit être l'" inefficacité " de la philosophie pour la science, se satisfait pleinement d'une séparation qu'il revendique comme symétrique : " Je pense qu'à deux importantes exceptions près, les résultats de la recherche en physique (contrairement au cas, disons, de la psychologie), n'ont pas la moindre implication légitime pour la culture ou la politique ou la philosophie. [...] Les conclusions de la physique pourraient devenir pertinentes pour la philosophie et la culture quand nous apprendrons l'origine de l'univers ou les lois ultimes de la nature, mais pas pour l'instant. La première de mes exceptions est juridictionnelle : des découvertes scientifiques révèlent parfois que certains sujets (comme la matière, l'espace et le temps) qui semblaient être des thèmes propres au débat philosophique appartiennent en fait au domaine de la science ordinaire. L'autre exception à mon assertion, plus importante, est le profond effet culturel de la découverte, qui remonte à l'oeuvre de Newton, que la nature est strictement gouvernée par des lois mathématiques impersonnelles. " (20) Ainsi, le seul rapport que Weinberg considère comme " légitime " entre science et philosophie est la dépossession de la seconde par la première. Qu'on laisse donc les physiciens chercher (ou plutôt trouver, Weinberg n'a aucun doute sur le succès de la quête) les " lois ultimes " de la nature, ce qui, certainement, fera basculer sous la juridiction de la " science ordinaire " toutes les questions philosophiques, culturelles ou politiques.

Quant à Stephen Hawking, l'un des maîtres de la cosmologie moderne, il partage ce rêve d'une théorie ultime, mais ajoute un fantasme d'omnipotence à celui d'omniscience : " [...] Si nous découvrons une théorie complète, elle devrait au bout du compte être comprise par chacun, et non pas seulement par quelques scientifiques. Alors, nous pourrons tous - philosophes, scientifiques et gens ordinaires [sic] - participer à la discussion sur les raisons d'être tant de l'univers que de nous-mêmes. Et si nous trouvons la réponse à cette interrogation, ce sera le triomphe final de la raison humaine, car nous connaîtrons alors l'esprit de Dieu. " (21) Il ne s'agit malheureusement pas là d'un exemple particulièrement pince-sans-rire d'humour anglais comme le montre amplement l'ensemble de l'ouvrage où Dieu est omniprésent (sans pour autant figurer à l'index) ; il est vrai que la culture anglo-saxonne répugne moins que la nôtre à invoquer le nom de Dieu (montrant ainsi, malgré son puritanisme biblique, bien peu de respect pour le troisième commandement) (22).

Richard Feynman, certainement l'un des esprits les plus libres et les plus originaux de la physique de ce siècle, n'avait pas, sur la question des lois fondamentales et des composants ultimes de la matière, une position aussi naïve, et critiquait la présomption des réductionnistes. Pour autant, il partageait l'arrogance de nombre de ses collègues à l'égard de la philosophie : " L'autre jour, je lisais, avec mon fils, qui est en train d'étudier la philosophie, un passage de Spinoza... Le raisonnement était absolument enfantin, mais c'était enrobé dans un tel méli-mélo d'attributs, de substances et autres balivernes, qu'au bout d'un moment nous avons éclaté de rire. Là, vous devez trouver que j'exagère. Quand même, rire d'un philosophe de la taille de Spinoza ! Mais c'est que Spinoza n'a aucune excuse. à la même époque, il y avait Newton, il y avait Harvey qui étudiait la circulation sanguine, il y avait des tas de gens qui, grâce à leurs méthodes d'analyse, faisaient avancer la science. Prenez n'importe laquelle des propositions de Spinoza ; transformez-la en la proposition contraire et regardez autour de vous ; je vous défie de pouvoir dire laquelle est juste. Les gens se sont laissés impressionner parce que Spinoza avait eu le courage d'aborder les questions importantes ; mais à quoi sert-il d'avoir du courage si ça ne débouche sur rien ? " (23) On croirait lire un commentaire de Sokal et Bricmont sur Derrida... On voit d'ailleurs que la liste des " imposteurs " selon Sokal et Bricmont est singulièrement incomplète. Puisqu'ils n'hésitent pas à chasser le gros gibier (Bergson et Hegel), ils auraient aussi bien pu, suivant Feynman, s'en prendre à Spinoza, qui tente de conforter ses analyses en empruntant sa méthode d'exposition aux mathématiques (more geometrico) ; sans oublier Kant (qui étaye sa métaphysique sur une compréhension assez douteuse de la physique newtonienne), ou Platon (qui utilise la géométrie des polyèdres réguliers à des fins cosmogoniques aberrantes).

Ne peut-on en définitive, devant tant de candide arrogance, douter que les physiciens soient bien autorisés, ès qualité, à exercer un contrôle de validité sur tout discours qui se réfère à leur discipline et à décerner des labels de scientificité ? Ne doit-on pas retourner à ces scientifiques qui prétendent exercer sur la philosophie une sourcilleuse censure, la vieille parabole de la paille et de la poutre ?

C'est la même naïveté dont font preuve Sokal et Bricmont à l'égard de la sociologie des sciences. Le " relativisme " qui leur fait si peur n'est qu'un moulin à vent qu'ils prennent pour un géant - ici en tout cas : donnons acte à Sokal que, aux tats-Unis, il existe bien un extravagant ultra-relativisme, qui, au nom d'un multiculturalisme ethnicisé ou féminisé, ravale la science au rang d'une simple croyance. Mais, de ce côté-ci de l'Atlantique, aucun des critiques sérieux de la science contemporaine ne revendique les positions caricaturales selon lesquelles une théorie scientifique serait " une pure production de l'idéologie " (comme le leur impute par exemple Michel Rio dans son article du Monde (24)). à l'inverse, ce qui est si difficile à admettre pour les néo-scientistes, c'est qu'une telle théorie ne saurait pas plus être une pure production de la raison. La réaffirmation ressassée de l'objectivité des savoirs scientifiques ne suffit pas, et de loin, à comprendre le statut du savoir scientifique dans notre société. Les défenseurs d'une vision abstraite et neutre de la science font d'ailleurs preuve d'un singulier manque de confiance en la validité des énoncés scientifiques quand ils confondent, comme c'est généralement le cas, une conception constructiviste avec une vision relativiste.

Que l'élaboration de la science soit un processus socialement et culturellement déterminé, les dénominations de ses objets, dans leur indéniable contingence, le montrent à l'évidence ; pour ne prendre que deux exemples, les électrons ne trouvent-ils pas leur étymologie dans l'ambre, et les galaxies dans le lait ? Mais si les mots gardent la marque de leur histoire, même si on ne l'entend plus, comment n'en irait-il pas de même des idées ? Ainsi de l'électron, justement : dégagé de la mythologie d'une découverte personnalisée et soudaine qui ne vaut que dans la légende dorée des physiciens, il fournit un excellent exemple de cette complexe élaboration, au point que l'on peut sérieusement affirmer que " personne n'a découvert l'électron " (25). Dans son canular initial, Sokal avançait l'idée d'une historicité des constantes de la physique, prenant pour exemple la constante gravitationnelle de Newton, aux fins de ridiculiser les thèses constructivistes. L'argument pourtant se retourne contre lui : pour qui n'entretient pas une conception purement opérationnaliste de la physique, une telle constante ne peut être réduite à sa seule valeur numérique, valeur constante, certes (mais non pas invariante pour autant, si l'on considère les unités et les appareils avec lesquelles elle est mesurée). Le statut conceptuel d'une constante fondamentale, qui assure son importance dans le système théorique de la physique, et sous-tend la compréhension que nous en avons, montre, quant à lui, une forte variabilité historique. C'est le cas de la constante gravitationnelle, qui a connu depuis Newton une importante et inattendue évolution (certainement inachevée d'ailleurs), et offre justement l'un des meilleurs points de vue possibles sur l'histoire et l'épistémologie des théories de la gravitation (26) (27). Qui, pour autant, nierait non seulement l'efficacité opératoire, mais la valeur cognitive de ces notions ? En d'autres termes la relativité historique de la production des idées ne les condamne pas à l'arbitraire, mais exige certes une conception de la validité des connaissances scientifiques plus subtile que celle d'une objectivité abstraite et absolue.

Au demeurant, l'évaluation de la validité d'une connaissance n'épuise pas sa signification ; se pose autant, et de façon indissoluble, la question de sa pertinence. Il y a pléthore de théorèmes mathématiques exacts, de mesures physiques correctes et d'observations biologiques vérifiables - mais sans intérêt, au sens aussi bien matériel qu'intellectuel du mot. En ces temps nouveaux pour la science où elle doit désormais travailler à ressources constantes, voire décroissantes, cette question devient même cruciale, et les plus acharnées controverses dans le milieu scientifique portent plus sur les priorités de la recherche que sur sa qualité. C'est pourquoi une " pure " réflexion épistémologique est désormais sans effet sur le mouvement réel de la science et doit s'incarner dans une prise en compte de son organisation sociale effective. Le contexte de la production scientifique ne peut être séparé de son texte.


Nécessaire métaphore



L'insistance de Sokal et Bricmont à ne considérer que comme des " métaphores ", dont il suffirait de mettre en cause l'usage abusif, les références à la science chez les auteurs qu'ils incriminent, montre qu'ils se méprennent également sur le statut des figures du discours dans l'élaboration du savoir. Faut-il vraiment rappeler ici qu'il n'est pas d'énonciation qui ne recoure à la métaphorisation ? Sans même revenir sur les exemples déjà évoqués de métaphores - souvent douteuses - dans la physique moderne, c'est toute la terminologie de la physique la plus classique qui est, de part en part, métaphorique : " forces " et " travail " en mécanique, " charges " et " champs " en électromagnétisme, " rayons " et " foyers " en optique, il n'est que trop aisé de multiplier les exemples.

On peut certes tenter de dénier l'ambiguïté constitutive de telles dénominations en arguant que, une fois définis et formalisés les concepts correspondants, la polysémie de ce vocabulaire disparaîtrait. Rien de plus aisé pourtant que de constater le jeu permanent d'aller et retour entre le sens commun et le sens spécialisé des termes scientifiques, avec ses effets positifs et négatifs, favorisant ou inhibant, suivant les cas, la compréhension intuitive ou la découverte heuristique. En d'autres termes, comme l'a bien montré Mary Hesse, la métaphore possède une fonction cognitive essentielle (28). L'analyse de cette fonction fait d'ailleurs litière de l'idée scientiste selon laquelle il serait possible de tracer une démarcation entre de " bons " (adéquats) et de " mauvais " (abusifs) recours à la métaphore, quelles que soient les particularités du discours scientifique : " Il n'est donc pas possible de contrôler l'usage ubiquiste de la métaphore en un sens littéral et idéal. La métaphore reste l'indispensable figure du discours, qui ne peut être contrainte que par les normes et valeurs en termes desquelles est interprété le monde humain, et sont structurées utopies, idéologies et religions. Le discours métaphorique doit être placé au centre du langage de façon que nous puissions le comprendre, et comprendre en même temps le discours littéral comme un cas particulier du discours métaphorique. De même, les mondes humains et leurs valeurs, ces mondes où nous conduisons nos affaires matérielles et spirituelles, doivent être placés au centre de la vie de façon que nous puissions les comprendre, et comprendre en même temps les mondes scientifiques et leurs descriptions, ces mondes construits à partir des mondes humains comme cas particuliers. " (29)

Obnubilés par la robuste positivité de leur science, Sokal et Bricmont oublient que c'est la simplicité des aspects bien limités du monde qu'étudie la physique qui, dans son très étroit domaine, lui permet le recours à un formalisme efficace, et lui assure une relative protection contre ses propres errements verbaux. Qui se contente de sarcler un petit pré carré bien protégé est mal venu de donner des leçons à ceux qui s'essaient à défricher des champs autrement plus vastes et plus exposés. C'est bien parce que les sciences humaines et sociales sont d'un ordre de difficulté sans commune mesure avec l'étude de la nature, que leur textualité est d'une tout autre nature, justement : il ne s'agit pas de résoudre des problèmes de terminologie ou d'inventer des figures de style, mais bien, en travaillant au coeur de la langue, de mobiliser toutes les ressources de l'imaginaire, toutes les références de la culture, pour tenter de faire émerger des effets de sens bien plus subtils que le plat accord entre une expérimentation et une théorisation toutes deux technicisées et instrumentalisées. Aussi ce pavé que Sokal et Bricmont prétendent jeter dans la mare est-il celui de l'ours : courant à la rescousse de ces pauvres sciences humaines et sociales qui leur paraissent faibles et menacées, et voulant écraser les parasites qui les défigureraient ou les masqueraient, c'est leur délicate et subtile construction qu'ils mettraient à bas si le coup portait.

Oui, la critique épistémologique est, plus que jamais, une nécessité, et - nous l'avons illustré dès le début de ces réflexions - on ne saurait laisser sans réponse les mésusages caractérisés des concepts scientifiques. Cette critique cependant doit commencer par être autocritique. C'est dans la production même du savoir qu'une pratique plus consciente de la pensée et de la langue doit s'instaurer. Certes, la physique a l'avantage d'être une science logico-mathématique et la rigueur de sa formalisation pallie en partie les carences de sa verbalisation, tout au moins dans ses démarches propres. Mais si tant de fausses interprétations surgissent dès que le savoir des physiciens leur échappe, ils doivent s'en prendre d'abord à eux-mêmes, et à leurs insuffisances dans l'élucidation des significations de leurs découvertes (30). Comment accepter pour les sciences de la matière cette singularité qui en ferait des productrices de savoirs purement formels, soustraits à l'exigence commune de l'élaboration d'un sens - là comme ailleurs, toujours élusif et mobile ?

Il est vrai que les métaphores abusivement tirées de la physique peuvent être, non seulement ridicules, mais pernicieuses, dès lors qu'elles tendent à conférer l'autorité de la science la plus " dure " à des assertions douteuses ou fragiles. Encore faudrait-il s'interroger sur la nature même de cette autorité. Et plutôt que de la mettre en cause, la démarche de Sokal et Bricmont tend au contraire à la conforter puisqu'elle aboutit à juger les sciences sociales et humaines, non en fonction de leurs critères propres de validité (et de pertinence), mais, à nouveau, au nom de ces sciences " exactes " - que l'on a parfois envie, du coup, d'appeler inhumaines et asociales. Le zèle puriste avec lequel Sokal et Bricmont pourchassent les références non autorisées risque d'ailleurs de se retourner contre l'intérêt même de leur discipline. Car ces abus qu'ils déplorent sont au moins la preuve que la science physique reste liée au discours social, et que, fût-ce sous des formes déformées, parfois dénaturées, elle continue à alimenter l'imaginaire collectif. Rien ne serait plus dangereux pour la survie même de l'aventure scientifique que de vouloir l'isoler par un cordon sanitaire : à vouloir exercer une prophylaxie absolue, les scientifiques risqueraient la stérilisation et même la stérilité. La communauté humaine ne s'établit qu'au risque permanent du malentendu, et cela est vrai dans le domaine intellectuel aussi bien. La fécondité des échanges demande plus d'attention mutuelle que de jugements péremptoires, plus d'écoute modeste que de condamnations sans appel.



1. . Une ébauche de ce texte est parue, sous le titre " La paille des philosophes et la poutre des physiciens ", dans La Recherche nø 299, (juin 1997) p. 9.
2. . Professeur de Physique Théorique à l'Université de Nice.
3. . Bertolt Brecht, crits sur la politique et la société, L'Arche, Paris, 1970, p. 227.
4. . Alan Sokal et Jean Bricmont, Impostures intellectuelles, Odile Jacob, Paris, 1998.
5. . Valéry Giscard d'Estaing, Discours à la Sorbonne, 24 septembre 1974.
6. . Teilhard de Chardin, La Place de l'Homme dans la Nature, Seuil, 1956, p. 49.
7. . Michel Rio, Le Principe d'incertitude, Seuil, 1993, p. 67. L'ironie est ici d'autant plus grande que Michel Rio a pris fait et cause pour Sokal & Bricmont (Le Monde, 11 février 1997, p. 15). Dans son dernier roman, La Mort (Seuil, 1998), le héros, un policier " républicain et intellectuel ", reprend d'ailleurs les arguments de l'auteur, dans une intervention au cours d'un colloque en Sorbonne (sic) où il rabat le caquet des universitaires bavards. On ne saurait mieux dire qu'il s'agit bien ici d'exercer une véritable police de la pensée. Mais, sur la quatrième de couverture de l'ouvrage, on peut lire : " Au milieu de cette relativité générale, un seul point fixe, visible de partout [...] : la mort, sans cesse la mort " ; faut-il donc interpréter l'article du Monde, où l'auteur critiquait vivement la " littérarisation des sciences " et les " emprunts décorativistes ", comme une autocritique par anticipation ?
8. . James Jeans, The Mysterious Universe, Cambridge University Press, 1930, p. 26-29.
9. . J. H. Van Vleck, " Uncertainty Principle ", Encyclop'dia Britannica, 1947, t. 22, p. 679-680.
10. . Alfred Kastler, Cette étrange matière, Stock, Paris, 1976.
11. . Jean-Marc Lévy-Leblond, Aux contraires, Gallimard, Paris 1996, cf. en particulier, le chapitre 6, " Certain/incertain ".
12. . Cf. Jean-Marc Lévy-Leblond & Françoise Balibar, Quantique (Rudiments), Masson, Paris, 1997 (Chapitre 3).
13. . Cf. Jean-Marc Lévy-Leblond et Françoise Balibar, ainsi que Gianni Battimelli, " When did the indeterminacy principle become the uncertainty principle ? ", American Journal of Physics, 1998 (sous presse).
14. . Lewis S. Feuer, Einstein and the Generations of Science, Basic Books ; trad. fr. : Einstein et le conflit des générations, Complexe, Bruxelles, 1978.
15. . Cf. en particulier les études classiques de Paul Forman : " Weimar Culture, Causality and Quantum Theory, 1918-1927 : Adaptation by German Physicists and Mathematicians to a Hostile Environment ", Hist. Studies in the Phys. Sciences 3, 1971 (p. 1-115) ; " The Financial Support and Political Alignment of Physicists in Weimar Germany ", Minerva 12, 1974, p. 39-66 ; " Kausalität, Anschaulichkeit e Individualität : ovvero, come i valori culturali prescrissero il carattere e gli insegnamenti attributi alla meccanica quantistica ", in Fisica e società negli anni '20, Milano, 1980, p. 15-30.
16. . Jean-Marc Lévy-Leblond, L'esprit de sel (science, culture, politique), Seuil, Paris, 1984.
17. . Cf. l'ouvrage de Lewis Feuer, op.cit., note 14, ci-dessus.
18. . Jean-Marc Lévy-Leblond, La pierre de touche, Gallimard, Paris, 1996 (" La langue tire la science ", p. 228-251).
19. . Steven Weinberg, Dreams of a Final Theory, Pantheon, 1992 ; trad. fr. : Le rêve d'une théorie ultime, Odile Jacob, Paris, 1997.
20. . Steven Weinberg, " Sokal's Hoax ", The New York Review of Books, 42 (8 août 1996) 13, p. 11-15.
21. . Stephen Hawking, A Brief History of Time, Bantam Press, 1988 ; trad. fr. : Une brève histoire du temps, Flammarion, Paris, 1991.
22. . Mentionnons par exemple le titre d'un ouvrage consacré à une défense et illustration tous azimuts de la physique des particules, dont la perspective ultra-réductionniste est très proche de celle de Weinberg : Leon Lederman & Dick Teresi, The God Particle, Houghton-Mifflin, 1993 ; trad. fr. : Cette sacrée particule, Odile Jacob, Paris, 1996. Dans un genre plus ésotérique, cf. le livre du physicien - par ailleurs honorablement connu - Frank Tipler, The Physics of Immortality (Modern Cosmology, God and the Resurrection of the Dead), Doubleday, 1994 ; l'auteur conclut sa préface par ces mots : " Il est temps que les scientifiques reconsidèrent l'hypothèse de Dieu. [...] Le moment est venu pour la physique d'absorber la théologie et de rendre le Ciel aussi réel qu'un électron. " C'est cependant chez un autre auteur américain, romancier il est vrai, que l'on trouve la meilleure réfutation des tentations d'un syncrétisme théologico-scientifique moderne : John Updike, Roger's Version , Knopf, 1986 ; trad. fr. : Ce que pensait Roger, Gallimard, Paris, 1988.
23. . Richard Feynman, La nature de la physique, Seuil, Paris, 1980, p. 285.
24. . Réf. 6.
25. . Benoît Lelong, " Personne n'a découvert l'électron ", La Recherche, novembre 1977.
26. . Jean-Marc Lévy-Leblond, Aux contraires, Gallimard, Paris, 1996 (Chapitre 5, " Constant/variable ").
27. . à propos des constantes, notons aussi le commentaire de Steven Weinberg appuyant Sokal : " La signification d'une quantité mathématiquement définie comme " pi " ne peut être affectée par des découvertes en physique " (réf. 19), ce qui est une absurdité, tant il est clair que la signification d'un concept quelconque est évidemment affectée par sa mise en oeuvre dans un contexte nouveau ! Toute idée mathématique, lorsqu'elle est utilisée par la physique, en reçoit ipso facto un enrichissement et une inflexion. Cf. par ailleurs, en ce qui concerne " pi ", l'article de Joan Fujimura dans ce volume.
28. . Mary Hesse, " The Cognitive Claims of Metaphor ", Journal of Speculative Philosophy, 2 (1988) 1, p. 1-16. Cet article contient de nombreuses références à d'autres importantes contributions à cette thèse, au premier chef le livre de Paul Ricoeur, La métaphore vive, Seuil, Paris, 1975 & 1997. Pour une introduction pédagogique, cf. Marc Bonhomme, Les figures clés du discours, Seuil-Mémo, Paris, 1998, p. 64-65.
29. . Réf. 27 (p. 13).
30. . Il est amusant de remarquer que Bricmont lui-même, avant que de partir chasser en terres étrangères, avait développé une très lucide et bienvenue critique interne dans l'un des domaines de la physique aujourd'hui à la mode, n'hésitant pas à incriminer certaines " impostures intellectuelles " jusque chez le prix Nobel Prigogine : voir Jean Bricmont, " Science of Chaos or Chaos in Science ? ", 1996, texte disponible via <http://www.lanl.gov/abs/chao-dyn/9603009>.



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