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ALLIAGE


Alliage, numéro 35-36, 1998


Introduction


Baudouin Jurdant (5)


En avril 1996, un physicien, Alan Sokal, publiait dans une revue d'études culturelles, Social Text, un article intitulé"Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique" (6). A peine deux mois plus tard, dans le numéro daté de mai-juin de la revue Lingua Franca (7), l'auteur prétendait que l'article publié dans Social Text, n'avait été qu'un canular destiné à révéler le manque de rigueur qui caractérise, selon lui, divers champs disciplinaires en vogue aux Etats-Unis : principalement, les cultural studies et les science studies (8). Sous le couvert d'une approbation élogieuse de certaines idées"postmodernes"de la gauche académique américaine, Alan Sokal, Professeur de physique théorique à l'Université de New York, avait introduit dans son premier article toute une série d'énoncés qu'il considérait lui-même comme scientifiquement absurdes ou dénués d'intérêt. Par contre ces idées qu'il feignait de défendre étaient conformes à l'orientation générale de la revue.D'après Sokal, l'acceptation de cet article par les rédacteurs en chef de la revue Social Text, Stanley Aronowitz et Andrew Ross, témoignait non seulement du laxisme de leurs propres jugements éditoriaux, mais également de leur insondable ignorance des fondements les plus élémentaires de la physique. Ignorance parfaitement légitime puisque ni l'un ni l'autre ne sont physiciens. Mais, selon Sokal, une telle ignorance est quand même scandaleuse surtout lorsqu'elle se cache derrière une arrogance intellectuelle particulièrement insupportable dès qu'elle vise à critiquer les sciences modernes et la rationalité qu'elles mettent en oeuvre.

Cette arrogance, toujours selon Sokal, s'appuyait très directement sur l'autorité d'un certain nombre d'auteurs français dont le prestige surfait se dégonflait aussitôt qu'on en faisait une lecture critique sans complaisance. De nombreuses citations de François Lyotard, Jacques Derrida, Jacques Lacan, Gilles Deleuze, Julia Kristeva, Paul Virilio, Luce Irigaray, Bruno Latour, Jean Baudrillard, et autres, étaient censées témoigner du bien-fondé de ces accusations.

Le texte de Lingua Franca dévoile les véritables intentions du physicien. Son premier article faisait partie d'un"dispositif littéraire expérimental"dont l'objectif était de vérifier l'hypothèse suivante : les recherches sur la science et la culture telles qu'elles sont pratiquées dans de nombreux départements sur les campus universitaires américains témoignent d'une absence totale de rigueur qui les rend illégitimes. Hypothèse annexe : cette absence de rigueur est directement liée à l'influence de ces auteurs français à la mode aux Etats-Unis auxquels l'article de Social Text faisait abondamment référence pour illustrer, précisément, cette influence pernicieuse.

L'expérience est curieuse. Elle met en place un dispositif inhabituel pour un physicien. Comme Michael Lynch le laisse entendre avec beaucoup de finesse dans sa contribution à ce recueil, il n'est pas sûr qu'Alan Sokal maîtrise complètement ce dispositif littéraire dont les enjeux ne sont pas exclusivement scientifiques, mais également politiques et surtout, éthiques (9). Conduite néanmoins, selon lui, avec toute la modestie qui sied à la pratique des physiciens, l'expérience aboutit à des résultats qui, à première vue, vérifient l'hypothèse principale : ce nouveau champ des études culturelles n'est rien d'autre qu'une caverne d'Ali Blabla, où l'on trouve n'importe quoi. L'expérimentateur en est d'ailleurs tout retourné puisque cette malheureuse vérification affecte le camp de ses amis politiques, le camp de la gauche.

Cette description succincte des débuts de l'affaire Sokal nous permet d'y voir une première ambiguïté : les enjeux de l'expérience sokalienne sont, selon les intentions avouées de l'auteur, principalement politiques. Plusieurs contributions dans ce volume - celles de Jean-Luc Gautero, de Patrick Petitjean et de Michel Pierssens, notamment - visent explicitement à identifier ces enjeux ainsi que leur perception différenciée selon le côté de l'Atlantique où l'on se tient. Bernard Traimond, quant à lui, examine d'un peu plus près ce champ des études culturelles dont l'ouverture - très large en effet - a permis de lancer des recherches originales dont les orientations étaient difficilement envisageables dans le cadre des disciplines universitaires traditionnelles.
Cette dimension politique de l'"affaire"n'est pas qu'une histoire interne à la gauche universitaire américaine. Sokal a trouvé un écho international auprès d'intellectuels qui, dans des contextes très différents, militent depuis longtemps pour faire triompher la raison contre les intégrismes culturels, les fondamentalismes et nationalismes de toute sorte qui sont tentés de chercher dans le nouveau champ des études culturelles, une légitimité pour le moins douteuse (10)

En fait, comme en témoigne la variété des articles réunis dans ce volume, l'affaire Sokal a des implications ambiguës dans de nombreux domaines aux frontières mal définies et dont la reconnaissance, sujette à des négociations difficiles, est d'autant plus fragile que plus d'acteurs y sont engagés.
C'est peut-être le premier reproche que l'on pourrait adresser à l'auteur de l'article-canular initial : celui d'avoir brutalement remis en cause, avec son"expérience de physicien", des équilibres instables, des positions fragiles et des dispositifs subtils à travers lesquels se gèrent depuis longtemps les rapports entre sciences de la nature et sciences de l'homme, sciences"dures"et humanités, connaissance scientifique et connaissance idéologique, savoirs d'experts et sens commun, science et politique, rationalité occidentale et cultures traditionnelles, scientisme et idéologies intégristes, disciplines"pures"et spécialités hybrides, etc. Cette remise en cause des frontières multiples qui s'entrecroisent et se négocient en permanence grâce aux réseaux et aux"chaînes de traduction"qu'évoque ici Michel Callon dans sa défense des recherches sur la science (11) eu pour premier effet d'en raidir les tracés incertains, en radicalisant des oppositions latentes et en mettant explicitement en scène des perspectives apparemment inconciliables.

En outre, comment ne pas voir, avec Amy Dahan et Dominique Pestre notamment, dans le succès médiatique de l'affaire, le résultat d'une intention délibérée de simplification dont l'effet serait de réduire toutes ces frontières à celle qui sépare les producteurs et les consommateurs d'un véritable spectacle intellectuel ? C'est plus simple et plus rentable : mise en accusation spectaculaire de nouveaux champs de recherches en quête d'identité - les études culturelles et les recherches sur la science -, convocation du "sens commun"comme"témoin anti-intellectualiste"soutenu par des scientifiques de renom, désignation des boucs émissaires parmi des auteurs français à la mode aux Etats-Unis, tous les ingrédients d'une provocation sensationaliste sont là pour faire spectacle et inhiber toute envie de réfléchir sérieusement (12).

Ce fut d'ailleurs l'un des obstacles principaux rencontrés lors de la confection de ce recueil. Pour la plupart des auteurs qui y ont contribué en effet, l'article-canular initial d'Alan Sokal, sa dénonciation dans Lingua Franca, sa reprise démultipliée par de nombreux auteurs sur le réseau internet, sa continuation emphatique dans l'ouvrage de Sokal et Bricmont (13), avec les réactions de tout bord et parfois étonnamment violentes qui ont suivi cette publication en France, tout ce battage médiatique, constituent un amas d'événements désagréables à penser, un phénomène qui rend toute réflexion intelligente improbable ou, en tout cas, difficile. En montrant à quel point l'affaire Sokal peut ressembler à une autre querelle d'imposture ayant agité le monde de l'art et pareillement médiatisée, Allain Glykos témoigne de la nécessité de sortir de cette logique trop simple si l'on veut comprendre ce qui est réellement en question. La plupart des auteurs présents dans ces pages ont d'abord résisté à nos propositions d'intervenir dans le débat. Fallait-il vraiment répondre aux Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont et à tous ceux qui se sont mis de leur côté pour combattre ce nouveau spectre qui, apparemment, hante l'Amérique : le spectre du relativisme ?
Nous avons pu prendre la mesure de ces résistances au cours du séminaire informel et pluridisciplinaire qui fut organisé à Paris, le 4 juillet 1997, par Nathalie Savary et moi-même,"Autour de l'affaire Sokal" (14), séminaire qui est indirectement à l'origine de cet ouvrage collectif. Cette réunion mit en évidence de nombreuses tensions au sein du groupe et la présence d'une violence latente se traduisant par des attitudes et des comportements empreints d'agressivité. Il ne s'agissait pas d'un simple désaccord sur des contenus précis conduisant à l'une de ces controverses dont on a l'habitude en milieu scientifique. Les enjeux de la discussion semblaient beaucoup plus sérieux, bien qu'il fut impossible de les associer à des contenus spécifiques. Tout se passait comme s'il n'y avait rien - aucun objet, aucune idée, aucune thèse digne de ce nom - à quoi se rattacher pour éviter un face-à-face exaspéré mettant en scène des différences d'identité plutôt que des différences d'idées.

D'autres discussions ultérieures avec des interlocuteurs variés se révélèrent souvent tout aussi tendues, déclenchant même des mouvements de colère. Tout se passait comme si le canular de Sokal, au delà des cibles politiques et scientifiques qu'il visait, touchait à vif une sorte de"nerf social", un lien dialogique essentiel, provoquant une blessure dans des relations qui, en dépit de leur dimension souvent problématique, avaient le mérite d'exister.

Relativisme et vérité



Pour qu'il y ait tant de passion dans un conflit, il faut que l'enjeu soit de taille et, si l'on en juge par l'un des thèmes les plus récurrents de ces polémiques scientifiques, à savoir, le relativisme, il semblerait bien que ce soit sur cette question et sur celle de la vérité qu'il y ait les désaccords les plus virulents mais aussi les malentendus les plus flagrants.

N'en déplaise à Sokal, nous sommes tous relativistes dès qu'il s'agit d'erreur. Nos erreurs nous appartiennent complètement. Pour ce qui est de la vérité par contre, il n'y en a qu'une seule qui puisse prétendre être vraiment vraie, celle de la science. Cependant, contrairement à l'erreur, elle n'appartient à personne. Pas plus aux scientifiques qu'aux non-scientifiques. Alors que l'erreur a quelque chose à voir avec ce que nous sommes, la vérité est indifférente à notre identité. Toute appropriation de la vérité, qu'elle soit le fait d'une personne ou d'un groupe, définit une croyance et à ce titre, justifie, comme l'erreur, une attitude relativiste.

Le problème avec Sokal et Bricmont, c'est qu'ils mettent explicitement en débat nos erreurs et nos croyances, et donc nos identités respectives. Pour qu'une discussion soit possible, il faut sans doute que la vérité puisse relever d'un accord entre les interlocuteurs sur sa définition. Mais ce qui importe, c'est moins la définition de la vérité en elle-même que sa dimension implicite afin qu'elle puisse rester foncièrement impersonnelle - et donc sociale - et qu'elle puisse ainsi donner lieu à des négociations sur nos croyances. Il s'agit là d'un préalable indispensable au dialogue qui n'est généralement pas respecté dans les discussions provoquées par l'affaire Sokal. Cette exigence, on l'aura reconnu, renvoie à cette recommandation de la sagesse orientale dans la gestion des rapports sociaux : ne jamais faire perdre la face à quiconque dans un échange.

C'est cette exigence incontournable au dialogue que le canular de Sokal met à mal en forçant ses interlocuteurs à se situer par rapport à des erreurs et des croyances, indépendamment de tout enjeu de contenu. Car il suffit que, par ses énoncés, l'un des interlocuteurs se sente obligé d'expliciter ce qu'il entend pour vrai pour que le lien dialogique soit prêt à se rompre. Les frontières se bloquent. La négociation devient impossible. Pour ne pas perdre la face, chacun se protège derrière ses propres savoirs tout en camouflant ses manques derrière des frontières imaginaires qui ont alors tendance à se concrétiser en se fermant.
L'article initial de Sokal a eu en tout cas cet effet de blocage des dialogues en radicalisant les frontières épistémiques qui délimitent les différents champs du savoir à l'heure actuelle. Son amplification dans l'ouvrage en français qu'il signe avec Jean Bricmont témoigne d'une insistance qui alourdit la démarche en effaçant toute trace d'humour. C'est bien contre cet éléphant discursif et maladroit qu'il faut défendre cette chose délicate qu'on appelle la pensée dès que celle-ci est à l'origine d'une vision originale du monde qui nous entoure et de la manière dont ce monde peut avoir un sens. C'est de cette défense très large de la pensée, aussi bien dans les sciences de la nature que dans les sciences humaines, qu'il est question dans cet ouvrage.

La restauration d'une connivence



Disons-le d'emblée : beaucoup de scientifiques - mathématiciens, physiciens, chimistes, biochimistes, ingénieurs, etc. -, qui n'ont souvent été informés de l'affaire Sokal qu'à travers les échos de la presse et les éclats de rire, médiatiques ou non, de certains de leurs collègues, ont eu spontanément tendance à apprécier le fameux canular."C'est quand même bien joué", disent-ils,"et souvent, bien mérité !"Ils ont admiré la"finesse"de l'expérience sokalienne, la quantité, la précision et l'exactitude des références bibliographiques, l'immense travail de lecture qui semblait sous-tendre la rédaction de l'article original, l'ingéniosité du dispositif littéraire. Certains, parmi ces scientifiques, ont pu émettre de sérieuses réserves quant au véritable sens de l'expérience, mais ils n'ont pu s'empêcher d'exprimer, parfois très discrètement, le plaisir qu'ils en avaient néanmoins tiré même s'ils en ressentaient quelque trouble (15). Il n'est pas toujours facile d'être du côté des plus forts quand il s'agit de rire avec eux aux dépens des plus faibles.

On revient ici à ce qui pourrait être une"pensée spectacle", une mise en spectacle de la pensée à grands coups d'effets médiatiques dont le succès semble lié aux prétentions d'un discours à exprimer tout haut ce qu'un grand nombre de personnes pensent - ou croient penser ! - tout bas. C'est dans cette même perspective que fut évoqué, par Sokal lui-même, puis par Sokal et Bricmont dans Impostures intellectuelles pour ensuite être repris fréquemment dans la presse, le conte célèbre qui se termine par l'exclamation ravageuse"le roi est nu !", censée couvrir de ridicule les courtisans encore occupés à soutenir sa traîne imaginaire.

Mais n'y a-t-il pas quelque présomption à s'attribuer à soi-même ce rôle de démystification naïve ? Ne serait-ce pas plutôt un truc rhétorique destiné à nous faire croire, au détour d'une mauvaise métaphore - car, où est le roi dans cette affaire ? et à quoi sa nudité supposée pourrait-elle faire référence ? - au bien-fondé d'une démystification qui n'a en fait pas d'objet. Pour Sokal et Bricmont, la nudité fait sans doute référence à l'ignorance supposée de ces intellectuels français qui parlent de science sans savoir de quoi ils parlent. Jugement péremptoire ou condamnation sans appel difficilement conciliable avec cette naïveté particulière du sens commun qu'il faut supposer à celui qui s'exclame que le"roi est nu !"A moins, comme le disait Emile Durkheim, d'accorder au sens commun une autorité qu'il a perdu depuis longtemps, notamment en raison des progrès de la science moderne ! Or, Sokal et Bricmont s'appuyent en effet largement sur le sens commun quand il s'agit de ne pas comprendre les textes qu'ils citent. Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin.

En attendant, il nous faut bien constater qu'il y a eu, dans la réaction d'une grande majorité de scientifiques - et surtout de physiciens -, une jubilation à la fois mystérieuse et très évidente qui fait lien culturel tacite entre eux (16). C'est la jubilation manifeste d'Alan Sokal lui-même, ce sympathique farceur que toutes les photos nous présentent avec un large sourire de potache ingénu. Une telle réaction témoigne d'une connivence de base où se joue, non pas le maintien d'une idéologie positiviste ou scientiste, largement démodée, même dans les milieux scientifiques, mais la référence à une identité commune d'autant plus présente qu'elle est plus menacée par les forces centrifuges de la spécialisation. Quelles que soient les étiquettes qui pourraient nous aider à qualifier le phénomène, il paraît clair que le succès jubilatoire ici en cause résulte plus d'une restauration ou d'une réhabilitation de cette connivence identitaire, indépendamment de la couleur politique qu'on pourrait lui attribuer. Alan Sokal en effet, tout en se disant de gauche, voire militant au nom de son engagement sandiniste au Nicaragua, a trouvé des alliés dans tous les camps politiques, en particulier dans la droite conservatrice américaine (17). Ses revendications politiques pèsent finalement bien peu dans la balance de son succès. Autrement dit et avant même toute analyse plus détaillée, il faut comprendre ce qu'un tel succès doit au rétablissement d'une connivence tacite faisant lien culturel entre les scientifiques de tous les pays et de tous les temps.

De plus en plus spécialisées, de plus en plus pointues, de plus en plus fermées, les disciplines scientifiques et les pratiques qui les caractérisent sont de plus en plus éloignées les unes des autres. Leur unité devient problématique. Est-ce l'espoir de pouvoir restaurer celle-ci qui a poussé Sokal et Bricmont à intenter ce mauvais procès à la pensée les conduisant tout naturellement, à mettre en place un mécanisme d'exclusion identitaire. ?

La référence au sens commun



L'un des arguments essentielsde Sokal et Bricmont est leur référence au sens commun. On le trouve aussi bien dans l'article initial de Social Text que dans Impostures intellectuelles , pour légitimer l'existence d'une réalité objective indépendante de tout être humain et pour dénoncer, souvent de façon très caricaturale et grossière, l'absurdité apparente de certaines affirmations dites"postmodernes". Ce point est important car c'est également sur la base de cette référence au sens commun que Sokal et Bricmont réussissent à susciter la sympathie d'un large public. Il y a là un problème de fond qu'il est important d'aborder.

De quoi s'agit-il ? Dans leurs attaques dirigées contre le Bergson de Durée et Simultanéité (18), Sokal et Bricmont dénoncent la tentative du philosophe pour réconcilier la science et le sens commun."Bergson n'a rien compris !"disent-ils, en s'appuyant sur la dimension contre-intuitive de la relativité. Les auteurs admettent alors, conformément à l'épistémologie d'un Gaston Bachelard par exemple, que la science s'élabore non pas dans le droit fil du sens commun, mais bien contre lui, contre l'opinion, contre la doxa : ce n'est pas tant que l'opinion pense mal, disait Bachelard, mais plutôt qu'elle"ne pense pas." (19) Et pourtant, c'est bien au nom d'arguments directement tirés des évidences les plus triviales du sens commun que nos auteurs attaquent les orientations de la pensée française qu'ils prétendent associées au succès du postmodernisme. Il y a ici une contradiction que certains commentateurs n'ont pas manqué de relever, parfois avec humour (20).

Cette contradiction nous semble cependant mériter un peu plus d'attention. Amy Dahan et Dominique Pestre relèvent de façon très pertinente les rapports problématiques - et néanmoins très féconds - des fondateurs de la mécanique quantique avec le langage ordinaire tandis que Jean-Marc Lévy-Leblond accuse les physiciens de désinvolture dans les innovations linguistiques que leur impose la spécificité des notions qu'ils réussissent à inventer.

Depuis Galilée en effet, les sciences modernes n'ont réussi leurs avancées les plus spectaculaires qu'en inventant de nouvelles perspectives qui faisaient rupture avec le sens commun. Mais ces sciences n'en resteraient pas moins lettre morte si elles ne s'étaient pas ouvertes aux intérêts divers et aux préoccupations infiniment variées d'un public beaucoup plus large que celui, très restreint, des savants. C'est bien ce passage de l'ésotérisme à l'exotérisme qui définit le style de la modernité tel qu'il s'affirme déjà chez un auteur comme Galilée quand il préfère exprimer ses résultats expérimentaux en italien plutôt qu'en latin et sous une forme dialoguée plutôt qu'au travers de lourds traités savants.

Cette ouverture de la science galiléenne nous apparaît étrange dans la mesure où, depuis le XVIIe siècle, les disciplines scientifiques ont plutôt fait preuve d'une tendance contraire en se spécialisant de plus en plus. Et c'est à travers une fonction apparemment annexe, la vulgarisation scientifique, que les sciences d'aujourd'hui semblent se souvenir de cette modernité qui les associe à des stratégies d'ouverture sur une multitude d'intérêts variés. C'est également à travers cette vulgarisation que les sciences - dont l'efficacité créative est souvent associée à une attitude contre-intuitive - réussissent néanmoins à maintenir leur lien paradoxal avec le sens commun.

Considérée dans la multiplicité de ses formes, la vulgarisation scientifique procède à une reformulation des énoncés scientifiques en fonction de destinataires variés. Le contenu strictement scientifique de ces énoncés est censé rester inchangé malgré son passage à travers le prisme langagier des différentes couches sociales et milieux socioprofessionnels dont les scientifiques-vulgarisateurs et les journalistes tentent d'aiguiser la curiosité. Les exigences de ces reformulations diversement orientées sur le plan didactique impliquent l'usage de langages aussi simples que possible, le recours fréquent à des images et à des métaphores pédagogiquement ajustées aux publics visés, la confection d'illustrations nombreuses, la multiplication d'exemples tirés de la vie quotidienne, etc. La vulgarisation nous offre ainsi, sur les mêmes contenus scientifiques, une grande variété d'éclairages différents qui représentent chacun un point de vue pédagogique particulier selon qu'elle s'adresse à tel ou tel public.

En principe, cette multiplicité d'éclairages n'affecte pas le contenu factuel des énoncés scientifiques. C'est en résistant à la diversité des regards et des points de vue que les faits évoqués par la vulgarisation acquièrent ce fameux statut de"réalité objective"auquel Sokal, Bricmont, Weinberg et tant d'autres tiennent tellement. L'objectivité ici réalisée se déduit en quelque sorte d'une mise en équivalence de toutes les perspectives possibles, ce qui efface l'idée même d'un point de vue privilégié, même celui du savant. Autrement dit, ce qui disparaît des reformulations diverses programmées par la vulgarisation scientifique, ce ne sont pas seulement les éléments méthodologiques et/ou technologiques qui définissent la seule perspective du spécialiste, mais c'est aussi la pertinence de tous les autres points de vue possibles. Cette pertinence s'efface au profit d'une compréhension simplifiée par sa référence au réel.

N'oublions pas que ce qui définit la compréhension scientifique d'un énoncé scientifique, c'est bien évidemment cette appréhension juste des conditions méthodologiques et technologiques de production de cet énoncé. Le scientifique doit pouvoir se mettre à la place de celui qui lui propose un résultat selon les bons principes de ce que, en son temps, d'Espagnat avait appelé l'"objectivité faible" (21), c'est-à-dire une objectivité qui se déduit du consensus - ou de l'interchangeabilité - des spécialistes dans un domaine donné. Aucun profane - et, rappelons-le, ce terme désigne aussi bien l'homme de la rue que le philosophe ou le scientifique quand celui-ci a affaire à un autre domaine que celui dont il est l'un des spécialistes attitrés - n'a véritablement accès à cette place qui définit de façon très précise l'identité de celui qui peut légitimement se dire spécialiste.

On pourrait alors se demander par quel miracle, en l'absence de tels éléments, les reformulations multiples des énoncés scientifiques vulgarisés sont encore susceptibles d'avoir du sens. La réponse à cette question est simple : à défaut de pouvoir compter sur des références précises aux perspectives qui déterminent les conditions de production des connaissances aussi bien que leurs conditions d'acquisition, ces reformulations vont faire dépendre leur sens d'une référence massive aux réalités de la nature (22). Une fois détachées des spécificités inaccessibles du regard savant qui les"découvre", ces réalités deviennent des réalités"objectives". Mais cette objectivité auxquelles elles accèdent n'a plus rien à voir avec celle qui découle du consensus des spécialistes. C'est plutôt l'objectivité dont Lorraine Daston a esquissé l'histoire (23) : il s'agit d'une"objectivité sans perspective"(a-perspectival objectivity) qui fait exister la réalité comme"indépendante de tout regard humain", une réalité dont l'existence se laisse concevoir en dehors de toute référence à la présence de l'homme dans le monde. C'est également ce qui correspond à l'"objectivité forte"de Bernard d'Espagnat (24). On a alors affaire à une réalité"vue de nulle part"puisque détachée de tout ce qui, sur le plan méthodologique et technologique, fait exister le"regard"( très artificiel (25)) du savant.

En pratique, par contre, à travers leur vulgarisation, les notions scientifiques s'ouvrent à une polysémie de plus en plus exubérante que cette référence univoque au réel ne peut pas véritablement contôler. Bien que ce soit précisément cette polysémie qui se trouve à l'origine de la plupart des erreurs épinglées par Sokal et Bricmont, nous la croyons très utile : elle permet aux énoncés scientifiques d'échapper des mains de leurs producteurs sur un mode différent de celui qui les attache à des objets concrets. Nous la croyons féconde car elle nourrit la créativité littéraire d'une multitude de récits intéressants, notamment à travers ce qu'ils nous disent de leurs auteurs. Elle restaure la texture imaginaire de la pensée scientifique elle-même. S'opposer à l'existence de cette polysémie, vouloir la contrôler pour la réduire à ce que la science nous dit du monde concret des choses, est à la fois impossible et futile. Il s'agit là d'une tentative tout à fait analogue à celle qui préside au fonctionnement du novlangue de George Orwell.
"Vue de nulle part", la réalité objective a néanmoins un statut qu'il est intéressant d'interroger à la lumière de cette contradiction fondamentale que nous avons relevée dans l'argumentation de Sokal et Bricmont. Car une telle réalité ressemble étrangement à celle que nous désigne, dans la vie quotidienne, le sens commun.

L'effet"passe-moi l'sel"



Si je demande du sel à mon voisin de table, celui-ci ne va pas me demander au préalable de quel point de vue singulier je formule ma demande afin de pouvoir y répondre le plus adéquatement possible. Il est probable qu'après avoir entendu ma demande, il posera la salière à proximité de mon assiette. Ce faisant, il commettra un crime épistémologique majeur : celui de confondre le mot et la chose. Mais une telle confusion est parfaitement légitime tant que nous usons de la langue conformément au sens commun.

Qu'est-ce que le sens commun, en effet, sinon ce qui fait sens en commun, c'est-à-dire ce qui fait encore sens quand on néglige les différences associées à l'expression de nos points de vue singuliers sur le monde ?
Le passage de la science au sens commun nous désigne une sorte d'alchimie linguistique assurée par la vulgarisation scientifique et qui fait que les énoncés scientifiques, détachés de leur ancrage originaire dans des perspectives savantes et/ou socioculturellement situées à différents niveaux de la hiérarchie du savoir, peuvent adopter les déguisements appropriés que leur fournit le sens commun pour devenir l'expression apparemment directe - sans médiation techno-méthodologique - des réalités du monde.

Sokal et Bricmont n'entendent rien à l'existence de cette alchimie linguistique particulière associée au fonctionnement de la science moderne. Ils ignorent totalement que, dès qu'il s'agit d'entrer dans le monde des sciences humaines, des études culturelles et des recherches sur la science, les références du (et au) sens commun n'ont plus aucune pertinence puisque ces recherches visent précisément à réintroduire la présence de l'homme - sous la forme d'un projet, d'un regard, d'une intention, d'une perspective - dans un monde qui,"vu de nulle part", est"dénué de sens et d'intérêt"pour reprendre leur expression favorite quand il s'agit de fustiger les textes.

Pour remédier à cette surdité, nous ne pouvons que leur conseiller de pratiquer régulièrement l'exercice de lecture que leur proposent, sur deux modes différents, Andrée Bergeron d'une part, David Mermin et Daniel Fixari, d'autre part. On ne lit pas un texte littéraire pour s'initier à la géophysique, on ne lit pas Latour pour apprendre la relativité d'Einstein, pas plus qu'on ne lit Lacan pour s'initier aux mathématiques. Par contre, que les"réalités"de la tectonique des plaques puissent être vues d'une certaine manière par l'écrivain est intéressant, non pas pour ce qu'elles nous disent de la tectonique des plaques, mais pour ce qu'elles nous disent de Jean Echenoz et de la vision qui fait de nous ses lecteurs. La description relativiste de la relativité par Latour est intéressante, non pas pour ce qu'elle nous dit des contenus de la physique d'Einstein, mais bien parce qu'elle réussit à restaurer l'articulation de cette physique avec l'existence d'une perspective humaine sur le monde. On est ici à l'opposé du projet vulgarisateur qui est d'effacer la pertinence des perspectives sur les réalités décrites par la science pour que puisse apparaître cette"réalité indépendante de tout être humain"si chère à Alan Sokal.

On comprend mieux dès lors, pourquoi les recherches sur la science ou les études culturelles peuvent exaspérer beaucoup de scientifiques. Alors que ceux-ci font tout pour obtenir des résultats"purs","décontaminés"de toute interférence humaine,"objectifs", d'une exactitude et d'une précision confondantes, d'une beauté quasi-divine (non humaine), ne voilà-t-il pas que des sociologues et des historiens, bien humains quant à eux, se mettent à examiner ces résultats à la loupe de l'histoire ou des réseaux pour voir comment ils ont été effectivement produits, au prix de quelles ruses, de quels labeurs, de quelles négociations, de quelles querelles, de quelle ingéniosité aussi, il sont devenus ce qu'ils sont.

Il est bien évident, comme nous le rappelle Isabelle Stengers, que sociologues, historiens, philosophes, ethnométhodologues, critiques de science et consorts doivent rester attentifs à cette exaspération, la prendre au sérieux, la regarder comme une résistance des réalités auxquels ils s'adressent, la considérer comme faisant partie des risques qu'ils prennent quand ils s'intéressent aux sciences, aux pratiques qu'elles déterminent et aux acteurs qui s'engagent dans ces pratiques. C'est bien dans cette perspective que les contributions à ce livre ont été rassemblées. Il fallait répondre à Alan Sokal, Jean Bricmont, Steven Weinberg, et tous ceux qui ont ri avec eux.


Plan de l'ouvrage



Cette réponse collective ne met pas en oeuvre une cohérence d'école, de doctrine ou de discipline. Il s'agit bien de réunir des efforts d'analyse relativement épars afin de donner un cadre plus solide au débat lancé par les accusations d'"impostures"adressées par Sokal et Bricmont à certains textes et à certains auteurs. Nous voulons en effet témoigner de ce qu'une discussion large et intéressante peut exister. L'affaire Sokal aura donc eu ce mérite-là : provoquer une réflexion en profondeur sur les rapports entre identités et pratiques de langage, vérité et réalité, liberté et éthique, en tenant compte des dernières évolutions du monde actuel.

Nous avons réparti l'ensemble des contributions en quatre parties différentes. Les trois premiers chapitres de la première partie abordent la manière dont l'affaire Sokal met en scène un certain nombre d'abus de langage avec l'intervention de Jean-Marc Lévy-Leblond, d'abus"littéraires"avec l'analyse, par Michael Lynch, du dispositif textuel expérimental du canular de Sokal, et d'abus logico-sémantiques avec l'article de Jean-Luc Gautero qui montre aussi comment de tels abus peuvent conduire à des enjeux et des choix politiques et éthiques difficiles.

La deuxième partie regroupe cinq textes sous le titre"Sciences et pouvoirs : l'affaire de tous". Elle s'ouvre sur le texte d'Amy Dahan et Dominique Pestre qui, à partir d'une mise en évidence des trois grandes cibles de Sokal et Bricmont (le relativisme cognitif, les imposteurs français, la nébuleuse du postmodernisme), nous proposent une réflexion de fond sur la manière dont il est possible aujourd'hui de raconter les sciences, d'en appréhender les pratiques et les enjeux, d'en revisiter l'histoire de différentes manières et d'en construire les nouvelles orientations. Michel Pierssens expose ensuite les enjeux à la fois politiques, scientifiques et culturels de l'affaire replacée dans son cadre originel, celui des université nord-américaines, tandis que, à sa suite, Bernard Traimond analyse la constitution de ce nouveau champ des études culturelles en France. Le chapitre 7 est consacré à l'histoire récente des recherches sur la science dans le contexte politique et culturel de la France des années soixante-dix/quatre-vingts. Cette partie se termine avec la contribution d'Andrée Bergeron qui, en tant que géophysicienne, interroge sa propre lecture - avec les réactions épidermiques qu'elle entraîne - de ce qu'un écrivain, Jean Echenoz, fait dans un roman de ses connaissances"à elle"sur la tectonique des plaques dans un roman. Elle montre aussi à quel point les scientifiques ont tendance à faire un usage purement interne de leur propre culture scientifique alors que celle-ci devrait justement faire lien entre le monde des sciences et celui des arts, de la littérature et de la vie quotidienne.

Cette interrogation réflexive sur les enjeux littéraires d'une science ouverte nous introduit à la troisième partie. Celle-ci traite de ces questions en prenant la défense de quelques-uns des auteurs visés par les sarcasmes les plus moqueurs de Sokal et Bricmont : Gilles Deleuze, Jacques Lacan et Bruno Latour. Mais comme le lecteur s'en rendra compte par la lecture des interventions respectives de Jean-Michel Salanskis, Nathalie Charraud, David Mermin et Daniel Fixari, cette défense va bien au-delà d'un plaidoyer personnel pour les auteurs incriminés par Sokal et Bricmont. Ceux-ci prétendent en effet avoir lu les oeuvres de ceux dont ils se moquent et c'est bien leur lecture, tout à fait particulière, qui leur a permis d'épingler un certain nombre d'erreurs par rapport à leurs critères de physiciens. Mais, comme s'interroge Nathalie Charraud, cette lecture n'est-elle pas elle-même, une véritable imposture, au sens littéral du terme car c'est une lecture sans"posture", sans vision, sans perspective et donc, sans possibilité de véritable compréhension ni de véritable critique ? Comme le dit Jean-Michel Salanskis, il faut être bien sûr de soi pour déclarer qu'un texte est"dénué de sens"ou"sans intérêt"dans tel ou tel domaine dont on ne connaît rien."Il suffit d'être le maître"avait dit Humpty Dumpty à Alice. C'est la question que pose, indirectement, Joan Fujimura en liant la"guerre des sciences"aux problèmes posés par l'autorité à l'intérieur des disciplines et entre disciplines. La lecture que Joan Fujimura fait de l'affaire Sokal se nourrit d'une perspective historique à partir de la controverse qui a agité le monde des mathématiciens autour de la géométrie non-euclidienne.

La dernière partie de ce recueil s'intitule"Dépasser les préjugés". Elle commence par une mise au point particulièrement claire de Michel Callon sur l'objet, les méthodes et les orientations des recherches sur la science. Son but est de balayer les fantasmes associés aux dangers d'une montée d'irrationalisme à partir d'un bilan précis des recherches sur la science. Mais cette mise au point ne doit pas nous aveugler sur les enjeux éthiques du domaine, tels qu'Isabelle Stengers les décrit dans son article : si les scientifiques se sentent offensés par le regard que les sociologues portent sur leurs pratiques, cette offense ne peut pas être ignorée purement et simplement. Au contraire, c'est là que le défi vaut vraiment la peine d'être relevé pour donner une chance à la paix.

En conclusion, Allain Glykos reprend l'affaire Sokal à la lumière d'une autre affaire récente qui fut aussi largement médiatisée, l'affaire Jean Clair à propos de la"crise de l'art contemporain". Le parallélisme des deux affaires laisse penser que le rôle joué par les médias dans ces querelles d'impostures est beaucoup plus grand qu'on ne se l'imagine généralement.



5. . Professeur de Sciences de l'Information et de la Communication à l'Université de Paris 7 - Denis Diderot.
6. . Cf. Alan D. Sokal,"Transgressing the Boundaries : Toward a Transformative Hermeneutics of Quantum Gravity", Social Text, 46/47 (printemps-été 1996), p. 217-252. La version française de cet article a paru dans Alan Sokal et Jean Bricmont, Impostures intellectuelles , Editions Odile Jacob, Paris, 1997, p. 211-252.
7. . Cf. Alan Sokal,"A physicist experiments with cultural studies", Lingua Franca, 6 (mai-juin 1996) 4, p. 62-64. Contrairement à l'article original publié dans Social Text, l'article de Lingua Franca n'a pas été traduit par Sokal et Bricmont pour être intégré, en annexe, dans Impostures intellectuelles , alors que ce texte est bien entendu l'une des pièces essentielles du dispositif inventé par Sokal pour piéger les études culturelles.
8. . Dans la suite de ce recueil, nous traduirons systématiquement l'expression cultural studies par"études culturelles"et science studies par" recherches sur la science"sauf quand l'usage de l'expression anglaise nous a semblé ajouter quelque chose au sens visé.
9. . C'est aussi, semble-t-il, la perspective d'Yves Jeanneret dans L'Affaire Sokal et la querelle des impostures, PUF, Paris, 1998. L'ouvrage d'Yves Jeanneret propose des analyses beaucoup plus détaillées que celle de Michael Lynch dont le texte fut rédigé"à chaud"pourrait-on dire, c'est-à-dire assez vite après la publication de l'article original de Sokal et bien avant la publication en français d'Impostures intellectuelles .
10. Voir notamment Meera Nanda,"The Science Wars in India", Dissent, 44 (1997) nÝ 1.
11. . Dans ce volume, quatrième partie, p.
12. . Cf. sur ce point les remarques extrêmement pertinentes d'Isabelle Stengers, p. de ce volume.
13. . Sokal et Bricmont, op. cit.
14. . Ont contribué à ce séminaire Francis Bailly, Christophe de Beauvais, Jean Bricmont, Christiane Carolis, Guy Chouraqui, Amy Dahan, Pierre Guerlain, Dominique Pestre, Isabelle Stengers, Bernard Traimond, Loup Verlet et Georges Waysand. Le présent recueil réunit une sélection des textes présentés à ce séminaire ainsi que d'autres textes soumis pour publication dans la revue Alliage et quelques articles déjà parus ailleurs. Les critères de sélection des contributions furent les suivants : nous voulions que l'ouvrage constitue un ensemble de réponses nettes et bien argumentées aux attaques de Sokal et Bricmont sans pour autant renvoyer à une discipline ou une perspective particulière bien définie. Autrement dit, nous voulions que cette réponse de la bergère au berger - comme le titre du recueil le laisse clairement entendre -, soit aussi large que possible, incluant une grande diversité de points de vue. Notre seule exigence était que chaque texte puisse témoigner clairement d'une position sans équivoque par rapport à celle de Sokal et Bricmont.
15. . Ce fut le cas de plusieurs intervenants physiciens lors du séminaire du 4 juillet.
16. . Cf. notamment, dans ce recueil, l'article d'Isabelle Stengers qui commence par un excellent diagnostic de cette connivence physicienne.
17. . En France, l'éventail des obédiences politiques associées à un soutien de Sokal et Bricmont est très bigarré : on trouve aussi bien des scientifiques militants - ou anciens militants - de gauche, que des philosophes plutôt situés à droite, des chercheurs en sciences humaines opportunistes, ou encore diverses personnalités visiblement en accord avec les réactions populistes à l'affaire.
18. . Henri Bergson, Durée et simultanéité. A propos de la théorie d'Einstein, Librairie Félix Alcan, Paris, 1922.
19. . Gaston Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique. Essai de psychanalyse de la connaissance objective, Vrin, Paris, 1938, p. 14.
20. . Didier Nordon,"Analyses de livres", Pour la science, nÝ 243 (janvier 1998).
21. . Bernard d'Espagnat, A la recherche du réel. Le regard d'un physicien, Gauthier-Villars, Paris, 1979.
22. . Cf. Yves Jeanneret,"L'astronomie pour tous"in Bernadette Bensaude-Vincent et Anne Rasmussen (dirs), La Science populaire dans la presse et l'édition. XIXe et XXe siècles, C.N.R.S. Histoire, Paris, 1997, p. 69-85.
23. . Cf. Lorraine Daston,"Objectivity and the escape from perspective", Social Studies of Science, 22 (1992) p. 597-618.
24. . Bernard d'Espagnat, op. cit.
25. . C'est un regard qui dépend en effet complètement d'une multitude de prothèses technologiques très efficaces mais dont l'usage savant est généralement inaccessible au profane.



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