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ALLIAGE


Alliage, numéro 28, 1996


Paul Feyerabend, un épistémologue hors norme




Paul Feyerabend a certainement été l'un des meilleurs mauvais esprits du siècle. Ses analyses critiques de la philosophie des sciences contemporaine ont plus fait pour rendre à cette discipline quelque intérêt que toutes les grandes théories méthodologiques proposées depuis quelques décennies. L'oeuvre (ce mot l'aurait sans doute fait ricaner) de Feyerabend a toujours assumé une négativité singulière qui la rend inclassable. Face à tous les complaisants constructeurs de systèmes, il fut un démolisseur sans pitié. Trop peu nombreux sont ceux qui font ainsi profession de nettoyer nos édifices intellectuels pourtant bien encombrés╔

╦ l'occasion de la publication aux éditions du Seuil de ses deux derniers livres, Dialogues sur la connaissance (réflexion maïeutique sur la nature du savoir scientifique), et Tuer le temps (autobiographie hors du commun par sa franchise), Alliage publie un texte de Feyerabend inédit en français. Ces -thèses sur l'anarchisme- furent écrites en 1973, à l'occasion d'un débat public entre Feyerabend et son ami/adversaire Imre Lakatos. Devant l'affaiblissement progressif des critères de scientificité (de la méthodologie positiviste à la réfutabilité poppérienne), Lakatos pensait qu'il existait quand même des normes, celles, plus sociologiques qu'épistémologiques, il est vrai, des -programmes de recherche-. Feyerabend considérait cette volonté salvatrice comme angélique, et prit un malin plaisir à la saper. La fin de ces thèses fait référence aux positions historicistes de l'autre grand nom de la philosophie des sciences contemporaines, Thomas Kuhn, qui vient de disparaître.

On trouvera à la suite de ce texte des contributions de John Krige et d'Alain Gras au débat qu'Alliage souhaite ouvrir sur l'oeuvre de Feyerabend, sa portée et sa signification. La soirée récemment organisée à la Maison des âcrivains par les éditions du Seuil et notre revue pour la parution des deux ouvrages cités (et dont proviennent les interventions qui suivent) a suffisamment montré, par la vivacité des affrontements d'idées, à quel point l'oeuvre de Feyerabend prête à controverse, sur des questions au demeurant fondamentales quant à la place de la science dans la société, le statut de la rationalité (sur ce point particulier, l'article de Bertrand Méheust, en pp. 15, verse un nouvel élément au dossier et appelle à la discussion), etc. Il se serait d'ailleurs fort réjoui de la vigueur de ces affrontements. C'est donc avec un vif intérêt que nous attendons toute contribution au débat - en particulier, bien entendu, de la part des adversaires des positions ici défendues.

J.-M. L.-L.

Bibliographie
Paul K. Feyerabend, Contre la méthode, Paris, le Seuil, 1979; Adieu la Raison, Paris, le Seuil, 1989; Dialogues sur la connaissance, Paris, le Seuil, 1996; Tuer le temps (une autobiographie), le Seuil, 1996


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