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ALLIAGE


Alliage, numéro 26, 1996


De la catégorie de style en histoire des sciences



Jean Gayon



Paysage

Depuis une dizaine d'années environ, l'usage du mot "style" s'est répandu comme une épidémie parmi les historiens des sciences. L'on ne compte plus les congrès et colloques comportant des sessions sur les "styles nationaux" ou "locaux" de recherche scientifique.1 L'on remarque aussi la prolifération d'expressions telles que "style de pensée", "style de raisonnement", "style d'argumentation", dans la littérature ordinaire d'histoire et de philosophie des sciences (Crombie 1982, 1992, 1994 ; Fruton 1990 ; Gavroglu 1990 ; Hacking, 1983, 1992a, 192b, 1992 ; Harwood 1993). Ces usages sont déconcertants, car il est rare qu'ils soient accompagnés de définition précise, ou de références à des auteurs qui auraient théorisé la catégorie de manière exemplaire. Les historiens des sciences ont adopté sans façons un terme qui leur a semblé exprimer un aspect important de leurs recherches actuelles. L'objet de cet article est de présenter une cartographie de ces usages, dans le contexte qui est le leur.

Qu'il me soit permis, pour situer mon propos, de prendre appui sur l'image que je viens d'employer. La carte dont il est question est celle des lieux du style en tant que catégorie interprétative librement appropriée par les historiens des sciences. On ne s'étonnera donc pas qu'il ne soit guère question du style des textes, ou même des oeuvres, mais d'une extension particulière de l'usage figuré du terme, illustrée par des expressions du genre : "style de recherche" d'un laboratoire ou d'une nation, "style de pensée scientifique", ou "style méthodique". Ces usages ne sont d'ailleurs pas nécessairement synonymes. Nous serons particulièrement attentifs à cet aspect des choses.

Ma carte est en trois dimensions : il est certains lieux d'où l'on aperçoit mieux le paysage, et ces lieux ne fournissent pas la même perspective. Un historien plongé dans le détail sociologique de quelque production scientifique contemporaine ne voit pas le "style scientifique" de même manière qu'un esprit de synthèse cherchant à construire une image de la science européenne de l'Antiquité à nos jours. Et un philosophe des sciences contemplant les théories du style de ces deux sortes d'historiens aura sans doute encore un autre concept du style. Notre carte nous fournit deux genres d'information : en deux dimensions, elle situe les uns par rapport aux autres des concepts plus ou moins spontanés du "style scientifique" ; la troisième dimension, qui définit des ensembles géologiques, nous renseigne plutôt sur les massifs ou bassins disciplinaires où tel ou tel genre de discours a des chances d'être tenu. L'image cartographique a un dernier avantage : en limitant l'enquête à l'usage de la catégorie de style dans les "études sur la science", je mets délibérément entre parenthèses la question de l'unité et de la cohérence de cette notion dans tous les emplois qu'on en peut faire. Il est possible, et vraisemblable, que l'usage épistémologique de la notion de style porte la trace de débats plus anciens ayant trait à la rhétorique, à la critique littéraire, à la philosophie de l'histoire, ou encore à l'histoire de l'art : les spectres de Cicéron, Buffon, Goethe, Gombrich ne sont pas loin.2 Mais ils ne font pas partie de notre paysage visible. Au mieux y sont-ils présents à titre de traces sédimentaires anciennes, ou de poussées tectoniques profondes. Des débats plurimillénaires sur le style en général, nous n'entendrons que les échos les plus caricaturaux, qui sont en fait les plus pertinents pour l'interprétation de notre paysage actuel.

Je laisse à plus tard toute discussion sur la ou les définitions possibles qu'il conviendrait de donner du mot "style", et invite le lecteur à pénétrer tout nu dans le paysage dont je lui ai parlé. Ce n'est point que je veuille à tout prix esquiver l'exigence élémentaire d'analyse. Mais en philosophe de terrain - très précisément en philosophe praticien de l'histoire des sciences - , je préfère aller de l'usage à la définition, plutôt que l'inverse. Je présenterai donc d'abord deux usages très différents de la notion de style chez les historiens des sciences contemporains. L'un de ces usages est caractéristique de ce que l'on pourrait appeler une histoire locale des pratiques scientifiques ; l'autre relève de l'histoire générale de la science. Une fois ces deux formations topographiques explorées, nous nous rendrons sur un sommet philosophique ou belvédère définitionnel récemment ouvert au public pour qu'il puisse mieux apprécier les deux lieux précédents.

De la catégorie de style dans une histoire locale des sciences

Dans la littérature récente d'histoire des sciences, la diffusion de l'idée du style comme catégorie interprétative est liée en grande partie au développement d'une approche résolument sociale et institutionnelle des événements. Les notions de "style de recherche" et de "style de pensée" scientifiques se sont progressivement imposées à deux niveaux d'analyse, qui sont deux niveaux de structuration des communautés scientifiques : les écoles ou groupes locaux de recherche, et les nations.

En toute rigueur, le parti pris de reconnaître des styles à ces deux niveaux de structuration du travail scientifique n'a rien de nouveau (voir, par exemple, Duhem 1906, 1915 ; Fleck [1935] 1979). Ce qui est caractéristique de l'historiographie contemporaine, c'est la rigueur méthodique avec laquelle elle s'efforce de donner un sens opératoire à ces supports institutionnels des styles de pensée scientifique.
Considérons d'abord le cas des "écoles de recherche". Les historiens d'aujourd'hui tendent à donner un sens technique à cette expression, en la réservant à des institutions étroitement localisées, et ayant fonctionné aux XIXe et XXe siècles comme de véritables "usines à connaissance". On parlera, par exemple, d'école de recherche pour les groupes de savants et d'étudiants formés autour de Liebig en Allemagne, ou de Pasteur en France. Ces écoles de recherche dépendent en général de "patrons", elles bénéficient d'un apport régulier d'étudiants, ont une certaine autonomie financière, disposent de moyens pour atteindre des lecteurs, et entrent en concurrence avec des unités semblables pour toutes ces ressources. Beaucoup les considèrent comme les unités naturelles élémentaires de production scientifique contemporaine. Façonnées par un ensemble de circonstances intellectuelles, techniques, institutionnelles, ce sont - dit-on - les matrices dans lesquelles se forment des méthodes et des concepts nouveaux.3

Dans un tel contexte, l'idée de "style scientifique" intervient comme désignation commode d'un ensemble de pratiques qui individualisent la production des connaissances. Le "style" ou "manière" inclura, outre certaines préférences intellectuelles, des techniques, des instruments, des matériaux caractéristiques d'un site de recherche, l'ensemble de ces éléments concourant à délimiter par avance ce qui vaut comme fait ou comme explication pertinents. Cette notion du "style" avait en réalité été très bien analysée par Ludwik Fleck dans une étude publiée en 1935 sur l'histoire du test Wasserman de détection de la syphilis (Fleck [1935] 1979), et sous-titrée : Introduction à la théorie du style de pensée et de la pensée collective.

Dans cette conception holistique, les styles de recherche scientifique sont d'autant plus faciles à identifier que les unités qui leur servent de supports sont plus petites et mieux localisées (Geison 1993 : 236). Mais rares sont les historiens qui s'aventurent à définir la catégorie même du style ainsi mise en scène. La plupart du temps, la justification se limite à une exemplification.

L'on peut cependant assez facilement identifier l'engagement théorique qui a porté la micro-histoire des sciences contemporaine à privilégier la catégorie de style. Dans un livre publié en 1993 sous le titre Styles of Scientific Thought, et portant sur la communauté des généticiens allemands au début du vingtième siècle, Jonathan Harwood a bien exprimé cet engagement théorique :
"Aussi longtemps que l'on se représente la méthode scientifique comme un ensemble de procédures guidées par leur seule logique interne, la notion de style scientifique semble paradoxale. Après tout, nous avons l'habitude d'associer le terme de style à des activités qui peuvent être accomplies de plusieurs manières, en particulier dans le cas du travail créatif de l'artiste. Cependant, au cours des années 1950 et 1960, l'émergence d'une tradition antipositiviste en philosophie des sciences a commencé à miner la conception unitaire de la science" (Harwood 1993 : xiv).

Le point qui me semble le plus significatif dans cette citation est l'opposition faite entre méthode et style. Une méthode consiste en des règles spécifiables. Or, les historiens qui ont fait valoir la notion de style local de recherche ont beaucoup insisté sur la "connaissance tacite" impliquée dans les écoles ou groupes de recherche scientifique les plus créatifs à l'époque contemporaine. En particulier, beaucoup se sont référés à la définition que le philosophe Michael Polanyi a donnée en 1958 de la "connaissance tacite" : un art ne peut pas être transmis "par prescription", mais seulement "comme exemple, de maître à disciple", ce qui "réduit le domaine de diffusion à celui des contacts personnels" (Polanyi 1958 : 50). On ne compte plus les historiens des sciences qui ont fait usage de cette notion, insistant, par exemple, sur l'importance du "tour de main", si important dans le succès des programmes de recherche expérimentale.4 Dans un tel emploi de la catégorie de style, on reconnaît l'une des significations les plus classiques du mot dans la critique littéraire ou artistique : celle qui met l'accent sur la fonction individuante des oeuvres de culture. Lorsqu'un historien parle, par exemple, du "style de recherche du laboratoire du professeur Montagnier à l'Institut Pasteur", cela me fait penser au "style de Stendhal" plutôt qu'à un "style stendhalien". Le style de Stendhal est inimitable, comme toute oeuvre individuelle, dans la mesure où elle est la signature d'un individu. L'idée d'un style stendhalien implique au contraire la possibilité d'une imitation, et donc d'une certaine universalité.

J'en viens maintenant à l'autre support social privilégié par les historiens contemporains lorsqu'ils invoquent la notion de style scientifique local : les nations. De nouveau, c'est une vieille affaire qui revient à la mode. Les "styles nationaux" de pensée scientifique ne peuvent manquer d'évoquer ce que le dix-neuvième siècle a désigné tantôt comme "esprit" ou "génie" du peuple, tantôt - déjà - comme "unité stylistique" d'une nation.5 La littérature de la fin du dix-neuvième siècle et du début du vingtième abonde en études sur la spécificité de la science anglaise, de la science française ou de la science allemande. Point toujours médiocre, mais assurément portée par l'exacerbation des nationalismes, ce genre d'étude est tombé en désuétude au cours du vingtième siècle, pour des raisons qui tiennent à la fois à la critique des idéologies nationalistes et à l'internationalisation de la production scientifique.

Lorsqu'aujourd'hui les historiens s'appliquent à établir l'existence d'un style national dans tel ou tel secteur de la science, il ne s'agit plus de plaider en faveur d'une poussée vitaliste de quelque génie ou esprit du peuple. Il s'agit plutôt d'identifier les traditions institutionnelles qui expliquent la persistance de styles ou stéréotypes nationaux de comportement scientifique. L'historienne américaine Mary Jo Nye, auteur d'un livre passionnant sur "la science française des provinces au XIXe siècle" (Nye 1986), a fourni récemment un bel exemple de ce genre d'approche (Nye 1993).
Mary Jo Nye compare les manières dont les Français et les Anglais ont pratiqué les sciences physiques et cliniques au siècle dernier. Elle dresse une liste d'oppositions caractéristiques : comportement abstrait/concret, individualiste/coopératif, fragmenté/centré, cosmopolite-urbain/puritain, chauvin/touriste, classique/moderne. Chacune de ces dichotomies se manifeste dans l'allure conceptuelle et méthodique de l'oeuvre individuelle des savants, mais il est aussi possible d'identifier les facteurs institutionnels qui entretiennent les stéréotypes.

L'opposition entre une science physique française "abstraite" et une science anglaise "concrète" est connue depuis longtemps (voir Duhem [1906] 1981, I, ch. IV) : les Français ont toujours valorisé la structure mathématique des théories et leur unification, tandis que les Anglais, plus pragmatiques, ont systématiquement privilégié les modèles, multipliant ceux-ci en fonction des besoins. Mary Jo Nye associe cette préférence méthodique aux traditions pédagogiques des deux pays. En France, les meilleurs savants étaient (sont...) en général formés à l'Ecole normale supérieure et dans quelques grandes écoles ; or, l'accès à ces écoles a été longtemps conditionné par des concours dans lesquels les examinateurs étaient en majorité de purs mathématiciens. Corrélativement, jusqu'en 1958, il n'existait pas de concours séparés d'agrégation en physique et mathématique. En Grande-Bretagne, ce biais institutionnel précoce en faveur des mathématiques pures n'a pas de correspondant. Les physiciens anglais ont en conséquence toujours exigé de leurs collègues les plus mathématiciens qu'ils sachent présenter leurs théories au moyen de modèles mécaniques de la nature.

Les autres dichotomies se laissent comprendre de façon semblable. Le côté très personnel des oeuvres des physiciens ou chimistes français est lié à leur valorisation des mathématiques : les mathématiciens travaillent de manière plus isolée que les autres savants. Les Anglais, quoique répugnant à toute idée de régimentation du travail scientifique, en ont eu cependant une vision plus "coopérative" .
La dichotomie entre caractère "fragmenté" et caractère "centré" des oeuvres est liée à ce que les savants français, particulièrement les parisiens, ont toujours tendu à cumuler des positions institutionnelles indépendantes. Ceci les a conduits à développer des oeuvres thématiquement dispersées. Les physiciens anglais, incités ou contraints à ne travailler que dans une institution à la fois, ont eu tendance à s'investir dans des programmes de recherche très spécialisés.

Le contraste entre des conduites "cosmopolites et urbaines" d'une part, "puritaines" de l'autre, a quelque chose à voir avec la politique. Du fait des liens entre l'Académie des sciences de Paris avec des conseillers gouvernementaux, les savants français ont eu une forte tendance à devenir des personnalités politiques de premier plan. Cette tendance n'existe pas dans la science anglaise du XIXe siècle.
L'opposition entre une science française "chauvine" et une science anglaise "touristique" est liée à l'attitude des jeunes chercheurs à l'égard de la mobilité. D'innombrables physiciens et chimistes anglais des XIXe et XXe siècles ont complété leurs études dans des laboratoires étrangers. Cette conduite est demeurée longtemps extrêmement rare chez les savants français ; le statut de fonctionnaire des agrégés ou des ingénieurs des grandes écoles y faisait à lui seul obstacle. De là, une moindre ouverture à des méthodes et idées venant de l'extérieur.

Enfin, la tournure "classique" des physiciens et chimistes français semble avoir été étroitement liée au genre de travaux demandés aux jeunes étudiants. En France, les classes préparatoires, suivies dans bien des cas de l'agrégation, maintiennent les étudiants dans le champ d'une culture scientifique générale. En Grande-Bretagne, en revanche, et jusqu'à une époque récente, les étudiants en sciences étaient quasiment dès la troisième année des chercheurs à plein temps. Ceci explique une spécialisation beaucoup plus précoce et une assimilation plus rapide des théories et techniques nouvelles par la communauté scientifique anglaise.

Je me suis quelque peu étendu sur cet exemple (Nye 1993 : 33-41), car il montre bien ce que les historiens d'aujourd'hui cherchent dans la catégorie de style lorsqu'ils parlent de "style scientifique national". D'abord, comme dans le cas des groupes de recherche locaux, il s'agit d'une voie majeure d'individuation historique de la construction de la connaissance scientifique. Toutefois, la notion de style a ici des caractères opératoires mieux définis. Il est clair, en effet, qu'il ne s'agit plus simplement de désigner des singularités, mais de tester une hypothèse interprétative de nature structurale. La notion de style utilisée est en fait très proche de celle que des historiens de l'art comme Shapiro (1953) ou Gombrich (1968) ont popularisé au milieu de ce siècle. Pour ces historiens de l'art, on peut parler du style culturel d'une société lorsque des pratiques culturelles différentes présentent de manière récurrente des éléments distinctifs. Si, par exemple, les mêmes éléments distinctifs Ax, Bx..., Nx, et Ay, By..., Ny, se montrent dans la poterie, la musique et les mythes de deux sociétés x et y, alors on est fondé à parler de "styles" culturels différents. C'est une méthode semblable que l'on voit se profiler dans le travail de Mary Jo Nye et d'un certain nombre d'historiens des sciences contemporains, qui parfois s'en réclament explicitement (par exemple, Harwood 1993 : ch. I). L'enquête se trouve toutefois restreinte au champ scientifique : l'on se demande s'il existe des éléments distinctifs pertinents susceptibles de caractériser de manière homogène des groupes de recherche locaux dans deux nations (dans le même champ disciplinaire), ou encore, à une échelle d'observation plus élevée, dans des disciplines distinctes. Si, par exemple, la physique, la chimie, la biologie présentent de tels caractères distinctifs dans deux pays, et si on peut le prouver par l'usage d'une méthode comparative, alors, l'hypothèse d'un style scientifique national est bien établie.

J'arrêterai là mon évocation de la catégorie de "style scientifique" dans le cadre d'une histoire locale des sciences. Je me suis concentré sur deux niveaux d'analyse, le groupe local de recherche et la nation, car c'est à ces deux niveaux que les historiens ont reconnu des supports vraisemblables pour ce qu'ils appellent style. Ou, plus exactement, c'est ces deux niveaux d'organisation institutionnelle du travail scientifique qu'ils ont spontanément catégorisés "style de recherche". Il est intéressant d'observer qu'à d'autres niveaux d'analyse, la catégorie du style ne s'est guère présentée à l'esprit des historiens. Par exemple, dans la science d'aujourd'hui, les chercheurs, intégrés dans toutes sortes de réseaux informels, circulent de manière incessante au fil des études post-doctorales des congrès. Dans un tel contexte, les collaborations transnationales de toutes sortes au sein des disciplines, sont au moins aussi importantes que les traditions rigides des laboratoires locaux, et des institutions qui les contrôlent au sein des nations. Même si les rapports personnels demeurent très importants, il devient en fait très difficile de suivre avec rigueur les lignes d'influence cheminant d'individu à individu, tant les itinéraires varient d'un chercheur à l'autre et se croisent ; une science dont l'unité naturelle de recherche est le "collège invisible" (Solla Price 1963) ne se laisse guère penser comme un assemblage holistique d'instruments, de contraintes institutionnelles locales et de traditions de pensée sédentaires. L'individuation collective des pratiques ne peut donc plus être décrite dans un langage de la tradition locale. Une science internationale et réticulairement organisée a en réalité toutes les chances d'être beaucoup plus homogène dans ses méthodes, ses concepts et ses normes. à un tel genre de science conviennent mieux les catégories de "science normale" et de "paradigme" élaborées par Thomas Kuhn (1962). On ne peut rien imaginer de plus opposé à une science stylisée que le paradigme : car lorsqu'un paradigme est véritablement installé, il n'y a plus place pour des styles concurrents. Dans la conception kuhnienne de la science, l'idée de styles scientifiques concurrents n'a de sens, au mieux, que dans des périodes de crise et de révolution scientifique. Il faut donc insister sur ce point : - parmi les historiens d'orientation sociologique, seuls ceux qui s'intéressent aux aspects locaux de leur objet utilisent la notion de style.

Je voudrais conclure cette première enquête en levant un coin du voile intempestivement jeté sur la question de la définition de la catégorie de style depuis le début de cette communication. Nous avons maintenant exploré un secteur de notre paysage. Trois conclusions s'imposent.
La première a déjà été formulée. Dans les usages que nous venons d'examiner, c'est l'aspect individuant du style qui s'impose (le style au sens de style de Stendhal, plutôt que style dorien ). Je dis "individuant" plutôt que "personnalisant", car dans les sciences, la dimension collective de la création est essentielle, et n'a cessé de se renforcer au cours des siècles. La science est sans doute devenue à notre époque l'une des manifestations les plus complexes de la sociabilité de l'homme. Il ne faut donc pas s'étonner que l'individuation s'y joue dans des formations sociales éventuellement complexes.
La deuxième conclusion est un corollaire de la première : lorsque le style colle à l'individu - fût-il collectif - , la question de sa définition catégoriale devient secondaire. Comme il s'agit de penser des singularités géographico-historiques, l'essentiel est, d'une part, de distinguer les supports du style (personnes concrètes, groupes de recherche, nations, cultures), d'autre part, d'en donner une explication causale (quels sont les facteurs psychologiques, techniques, intellectuels, institutionnels qui rendent compte de l'établissement et du maintien d'un style local ?).
La troisième conclusion touche aux limites de cette catégorie pour l'histoire des sciences. Après tout, la question majeure qui se pose à tout historien des sciences est celle des processus par lesquels la connaissance parvient à s'universaliser. Or, s'il y a toujours, en pratique, des styles locaux, le mouvement propre de la science est de les résorber dans des méthodes communément acceptées. De ce point de vue, la catégorie de style locale est foncièrement insatisfaisante. Il faut toujours en venir à se demander comment une connaissance formée et accréditée dans un contexte local en vient à s'universaliser.

De la catégorie de style dans l'histoire générale des sciences

Il est temps de nous diriger vers une autre contrée. En 1994, Alistair Cameron Crombie, peut-être le plus célèbre des historiens des sciences vivants, a publié un ouvrage monumental intitulé : Styles de pensée scientifique dans la tradition européenne histoire de l'argumentation et de l'explication, en particulier dans les sciences et techniques mathématiques et biomédicales. Ce livre est la somme d'une vie. En 2 487 pages, Crombie s'aventure à faire, avec érudition et davantage encore de talent, ce à quoi la plupart des historiens des sciences ont renoncé depuis longtemps : donner une vision d'ensemble de deux mille cinq cents ans de science européenne. Et c'est à cette échelle qu'il éprouve le besoin d'user de la catégorie de "style de pensée" pour ordonner son matériau historique.

Les styles dont il s'agit n'ont rien à voir avec les styles locaux évoqués antérieurement. Ce ne sont pas des styles culturels, spécifiques de périodes et de sociétés particulières. Crombie admet la pertinence de cette notion, et s'en sert à l'occasion, mais la classification des "styles de pensée scientifique" qui domine l'ouvrage ne relève pas de ce genre.

Crombie ne donne pas véritablement de définition analytique de sa catégorie de style. Comme la plupart des historiens des sciences, il se contente d'une définition ostensive, consistant à qualifier six styles "d'enquête et de démonstration scientifique" qui ont traversé l'histoire de la science européenne dans son ensemble. Suivons Crombie dans sa démarche extensive. Nous nous demanderons ensuite ce que "style" y veut dire.
Les six styles qualifiés par Crombie sont les suivants :
1. La méthode de postulation. C'est le plus ancien des styles scientifiques. Prenant pour modèle l'argumentation mathématique, il consiste à prouver déductivement à partir de principes explicites. De l'astronomie à la musique, il s'est étendu dans l'Antiquité et au Moyen âge à un nombre immense de sciences, non sans échecs retentissants (en astronomie ou en physique par exemple).
2. L'argumentation expérimentale . Elle consiste à contrôler les postulats, et à en chercher de nouveaux en s'aidant de l'observation et de la mesure. Rare chez les Grecs, cette attitude a été pleinement élaborée comme méthode de raisonnement à la fin du Moyen-âge et dans les débuts de l'Europe moderne. Elle s'est d'abord cherchée dans l'astronomie et dans les arts du commerce, pour s'étendre ensuite à la physique.
3. La construction de modèles analogiques. Ce style ou méthode consiste à utiliser les propriétés connues d'un artefact que l'homme connaît pour l'avoir conçu, en vue d'expliquer des propriétés inconnues des phénomènes. Un exemple légendaire est celui de la chambre obscure comme modèle de la vision. Rien n'impose que des modèles analogiques soient mécaniques, bien qu'ils l'aient souvent été. à l'époque moderne, les modèles sont souvent des algorithmes mathématiques, qui remplissent cependant le même rôle.
Ces trois premières méthodes, précise Crombie, ont permis de mettre au jour des "régularités individuelles" dans les phénomènes. Les trois autres méthodes concernent des populations d'objets.
4. La mise en ordre de la diversité par la taxonomie. Ce style d'argumentation a prévalu dans des sciences comme la zoologie, la botanique, la nosologie et le diagnostic médical. Bien qu'il ait des antécédents dans la pensée antique, il ne se développe pleinement qu'à partir de la fin de la Renaissance.
5. L'analyse probabiliste et statistique. Née à l'occasion des jeux de hasard et de pratiques de gestion et de contrôle des populations humaines (au dix-septième siècle), cette démarche s'est peu à peu étendue à l'ensemble des situations humaines ou naturelles que la logique médiévale qualifiait dans le langage de la contingence et de l'incertitude. Toutes les sciences sont aujourd'hui concernées par cette démarche, en particulier les secteurs les plus fondamentaux de la théorie physique (par exemple, la mécanique des quanta ou la théorie du chaos).
6. La méthode de la dérivation historique. Comme l'indique son nom, elle concerne toutes les sciences historiques, de la cosmologie à la géologie, de la théorie de l'évolution à l'histoire humaine. (Sur l'ensemble de cette classification, voir Crombie 1994, vol. I : 83-87.)

Laissons là l'énumération et essayons de comprendre ce que Crombie entend par "style". Cette classification nous suggère trois observations :
1o Crombie entend "style" en un sens très proche de méthode. En réalité il pose explicitement l'équivalence. Ses "styles de pensée scientifique" sont des "méthodes de recherche et de démonstration scientifique", ou "méthodes de raisonnement" (Crombie, 1994, vol. I: 83, 87). Sa classification revient donc à prendre acte de la diversité des méthodes de construction de l'objet scientifique ayant existé (et perduré) dans l'histoire.
2o Ces styles méthodiques sont des généralisations d'historien. Au demeurant, les styles en question sont grosso modo apparus successivement, comme le note justement le philosophe Ian Hacking, dans un article rédigé à partir du manuscrit (Hacking 1992a). Mais ils ne se sont pas succédés, ils ne se sont pas remplacés. Certains sont très anciens, d'autres plus récents, mais ils ont la propriété remarquable d'avoir traversé les temps. Crombie a une formule philosophiquement très intéressante pour qualifier leurs effets: "Chaque style [de pensée] a produit des genres de questions, et chacun a conduit à des réponses à l'intérieur de ce style. Chacun a introduit de nouveaux objets" (Ibid.: 85). La permanence des styles méthodiques, à la fin du point de vue des procédures de validation des connaissances, et du point de vue de la création d'objets nouveaux, est un caractère remarquable. Crombie n'oppose pas les styles à la méthode ; il préfère parler des méthodes comme étant des styles, tout à la fois historiques et permanents.
3o Les styles méthodiques de Crombie peuvent éventuellement s'exclure, mais la plupart du temps, l'histoire des sciences montre qu'ils se sont combinés. Par exemple, la physique mathématique combine souvent (1), (2), (3), (5) ; la théorie darwinienne de l'évolution combine (4), (5), (6).

En bref, nous sommes là devant une catégorie du style totalement différente de ce que nous avions trouvé dans l'histoire sociale et locale, très en vogue à l'heure actuelle. C'est le côté universalisant du style qui se montre ici. Crombie rejoint au demeurant la tradition des grands noms de l'histoire conceptuelle de la science, et parfois de la philosophie des sciences. On pense, par exemple, aux réflexions d'I. B. Cohen sur le "style newtonien", ou encore à Alexandre Koyré (ou Husserl) dans leurs méditations sur la "science galiléenne". Ce qui a toujours fasciné les historiens dans Galilée et Newton, c'est leur capacité à ouvrir de nouveaux espaces de connaissance universelle, dont la pertinence méthodique et la capacité heuristique ne sont pas moindres aujourd'hui que ce qu'elles étaient il y a trois siècles. Il y a plus dans le style "galiléen" de recherche scientifique que dans le style de Galilée.

Du style scientifique comme catégorie en philosophie des sciences

Je conclurai en m'aventurant dans le genre de questions que j'avais d'abord éludées : celles touchant à la définition des termes. Il nous faut ici dissocier "style" et "style scientifique", et répondre à deux questions :
1. Que signifie le mot "style" dans ces "styles scientifiques" que les historiens des sciences d'aujourd'hui s'efforcent de décrire et découper ?
2. Quel est l'intérêt de la notion historique de "style scientifique" pour la philosophie des sciences ?

Commençons par le "style" tout court. Est-il vraiment besoin de le dire ? Dans les deux emplois si différents que nous avons repérés de l'usage de la catégorie de style, l'on reconnaît sans peine les deux fonctions traditionnelles et antinomiques de la catégorie de style dans les beaux-arts : fonction universalisante et fonction individuante du style. Tantôt, le style est un système de règles appliqué dans la production d'une oeuvre ; tantôt, il est au contraire défini par la transgression de la règle, la singularité d'une production, la fonction individuante de celle-ci. Il ne faut point s'étonner de retrouver, une fois de plus, par-delà les siècles, une nouvelle manifestation de la double étymologie du mot : stylos, terme grec, désigne la colonne d'un monument, et connote au figuré l'idée d'un système de règles appliqué à la production d'une oeuvre ; stilus, terme latin, évoque un outil matériel d'écriture, et connote la singularité de toute expression.

Il serait au demeurant naïf de penser que les deux usages du style que nous avons rencontrés exemplifieraient chacun et de manière exclusive l'une des deux fonctions du style. La tension entre individuation et universalisation est présente dans les deux cas : le style d'un laboratoire de recherche doit pouvoir aussi se décrire comme un ensemble de règles encadrant cette recherche (même si ces règles ne sont pas explicitement codifiées par les acteurs). Quant aux "styles méthodologiques" de Crombie, ce ne sont pas des ingressions miraculeuses d'essences dans l'histoire : ils ont eu une genèse, ils sont nés, et ils se sont maintenus pour des raisons qui s'offrent à l'analyse historique. Ces réserves faites, nous observons que les historiens des sciences ont porté la bipolarisation traditionnelle du style à un point extrême. Ce n'est pas un hasard : la science s'est donnée, historiquement, comme connaissance de l'universel. Auto-proclamée depuis des millénaires comme la négation de l'un des pôles du style (le pôle individuant), donc du style lui-même, elle ne pouvait donner lieu qu'à une exacerbation de la bipolarisation, dès lors que des historiens la forçaient à entrer dans ce cadre d'analyse.

Reste alors la question philosophique : de quel intérêt la catégorie de style peut-elle être pour le philosophe des sciences ? Le philosophe, s'il prend au sérieux le mot "science", veut trouver un fondement à l'objectivité. Il veut comprendre comment l'objectivité est possible. Il n'y a pas si longtemps, du temps de Kant, ou plus récemment du temps du triomphe du positivisme logique, les philosophes ont cru pouvoir énoncer des conditions formelles de l'objectivité, indépendantes de l'histoire, et ayant trait soit à la structure de la raison humaine, soit à une sorte de grammaire générale qui surplomberait en droit toute connaissance empirique. Nous ne croyons plus guère en rien de tel aujourd'hui. Nous sommes convaincus que la raison et le langage scientifiques sont de part en part des produits historiques et collectifs.

Or, comme l'a fort bien dit le philosophe Ian Hacking (1993), c'est à ce point du débat que la catégorie de style peut intéresser le philosophe. Ce qui dans cette affaire intéresse le philosophe en propre, c'est le constat, fait par Crombie, que les styles culturels et locaux aboutissent parfois - du fait même de leur succès dans une entreprise de résolution de problèmes - à se rigidifier en des méthodes de justification et d'investigation, ou plus exactement, des conceptions générales de telles méthodes, qui traversent l'étendue des temps historiques. Il faut bien sûr que ces méthodes apparaissent, et, à ce titre, l'histoire causale de leur émergence n'a guère de privilège par rapport à l'histoire ordinaire des hommes. Mais une fois là, ce sont - dit Hacking - comme des structures semi-rigides susceptibles d'engendrer indéfiniment de nouvelles questions et de nouvelles réponses : le style de recherche caractéristique des mathématiques (celui que Crombie appelle "méthode de postulation") continue aujourd'hui comme à l'époque d'Euclide à engendrer de nouvelles questions et de nouvelles réponses. Hacking n'est donc pas loin de voir dans la catégorie historique la plus générale de style scientifique une solution de remplacement à l'a priori kantien dans le problème des fondements de l'objectivité.

Poussons un peu l'idée. Michel Foucault, dans ses écrits méthodologiques, en est venu à assumer l'idée paradoxale d'un "a priori historique" (pour le terme, voir Foucault 1984 ; pour le concept, voir Foucault 1971). à telle époque, une formation discursive se met en place, avec ses conditions matérielles et institutionnelles qui définissent les "conditions d'existence" de ce qui est dicible et prouvable. Cependant, Foucault laisse l'épistémologue sur sa faim lorsqu'il s'agit de comprendre la persistance, sur des siècles ou des millénaires, de certaines connaissances et des canons d'évolution et d'engendrement de ces connaissances. On peut estimer que les styles à la manière de Crombie sont de meilleurs candidats au statut d'"a priori historique". Car, précisément, ils laissent des traces assez durables pour que la science ne se dilue pas dans le tout-venant des croyances collectives. Chaque "style de raisonnement" se caractérise en fait par des techniques de stabilisation, souvent fort complexes et essentielles à l'accréditation sociale des théories. Ces techniques ne sont pas seulement langagières. Au cours de l'Histoire, elles ont acquis des dimensions matérielles et institutionnelles qui les ont toujours davantage historicisées, en même temps qu'elles sont devenues plus incontournables (Pickering 1989, Hacking 1992a). Un "style de raisonnement" est très exactement cela : c'est un sillon non exclusif d'exploration et d'accréditation de l'objectivité. De tels sillons apparaissent et se durcissent dans l'histoire des sciences. D'aucuns, beaucoup peut-être, s'évanouissent, mais c'est la pérennité de certains qui est impressionnante, et qui rend quelque peu dérisoires les interprétations relativistes de la science les plus radicales. Mais ce qui est remarquable dans les "styles de pensée scientifique", ce n'est pas seulement leur pérennité, c'est leur pluralité, et leur caractère d'ouverture à l'échelle de vastes périodes historiques. De nouveaux canons de production des objets scientifiques sont apparus au cours de l'histoire, et ont coexisté avec d'autres plus anciens. La méthode des modèles analogiques n'a pas annulé la fécondité de la méthode de postulation ou de l'argumentation expérimentale. Et rien ne s'oppose à ce que de nouvelles conceptions méthodiques de production des objets et questions scientifiques n'apparaissent dans le futur. Le philosophe pourrait bien sûr se contenter ici du mot "méthode". Toutefois, la tradition philosophique a rarement été dans le sens d'un usage de ce mot au pluriel. Le mot de "style", avec ses héritages divers et apparemment contradictoires, est sans doute à même d'exprimer le processus historique complexe par lequel des connaissances étroitement dépendantes d'un contexte viennent à s'universaliser. C'est tout le charme du mot que de pouvoir exprimer à la fois la singularité contextuelle et la vocation universelle de la connaissance scientifique. à la limite, si les styles d'investigation scientifique étaient irréductiblement contingents, s'ils connotaient une singularité indépassable de la production des connaissances scientifiques, il faudrait renoncer au concept même de science. Inversement, s'il existait des canons imprescriptibles et définitifs de production de la science, il n'y aurait plus d'histoire des sciences.

Bibliographie
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1. Par exemple : History of Science Society, Congrès de 1986, 1988, 1990 ; colloque "Style as a Category of the History and Philosophy of Science" (université de Bielefeld, Allemagne, 1987) ; colloque "National Styles in Science" (Dibner Institute, Boston, USA, 1988) ; colloque "Styles locaux en histoire des sciences" (Cité des sciences et de l'industrie, Paris, 1990). Les colloques de Bielefeld et du Dibner Institute font la matière d'un numéro spécial de Science in Content (vol. 4, no2, Autumn 1991), sous le titre Style in Science (Daston & Otte 1991).
2. Sur ce point, voir les analyses intéressantes de M. Otte, "Style as a Historical Category", et A. Wessely, "Transposing "Style" from the History to the History of Science", in Daston & Otte 1991.
3. Le premier historien a avoir usé avec rigueur de cette notion est J. B. Morrell (1972). L'on trouvera un bon état de la question dans Geison (1981), et dans le volume collectif édité par Geison et Holmes (1993).
4. Voir, par exemple, la belle thèse de J. P. Gaudillière (1991), tout entière mue par ce principe d'interprétation historique.
5. Sur ce point, voir les remarques pénétrantes et documentées d'Anna Wessely (1993 : 268-270).


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