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ALLIAGE


Alliage, numéro 22, 1995


Les islamistes et la science


Farida Faouzia Charfi



J'ai choisi de parler du rapport des islamistes vis-à-vis de la science, parce que, d'une part, la montée des islamistes est aujourd'hui un phénomène politique majeur et que, d'autre part, la science est une composante de la culture et l'on ne peut pas espérer dans les pays du tiers-monde -la plupart des pays musulmans en font partie -atteindre un certain niveau de développement sans une maîtrise de la science.
Le développement de la science s'est traduit, au cours de ce siècle, par des avancées technologiques qui ont changé le monde, les modes de vie et de communication. Mais ce développement a aussi changé la représentation que l'on se fait du monde, le rapport à la nature. Ce nouveau regard sur la nature est le fruit de nombreuses révolutions scientifiques. C'est en Europe occidentale, à partir du XVIe siècle, que la pensée scientifique moderne a connu son essor avec la notion de lois de la nature ; ce changement a pu s'opérer à partir du moment où la science a commencé à prendre son autonomie par rapport à la religion. La nature est intelligible et régie par des lois.

Galilée inaugure l'ère de la mathématisation de l'univers, introduit la notion de relativité du mouvement, notion essentielle, car elle rejette l'existence d'un observateur privilégié. Newton formule mathématiquement les lois de la mécanique, et deux siècles plus tard, Einstein les reformulera en remettant en cause le caractère absolu du temps. Au XIXe siècle, se développent la science du complexe, la thermodynamique, la science de l'âge industriel ; la physique des phénomènes irréversibles réinvente le temps, et le désordre devient créateur d'ordre. D'autre part, l'avènement de la physique quantique au début du XXe siècle est une révolution au niveau de la représentation de la matière. Situations hors d'équilibre, désordres, défauts dans la matière, peuvent jouer un rôle positif, contrairement à ce que l'on a pu penser pendant longtemps... On est loin du monde intemporel et parfait de la mécanique classique, et l'histoire de la physique est loin d'être achevée...

Ces différentes ruptures, fruits d'une pensée libérée de toute contrainte, donc d'une pensée laïcisée, ont pu se faire en Occident. Dans les pays musulmans, la situation est différente à cause de la montée de l'intégrisme.
La plupart des pays arabo-islamiques traversent aujourd'hui une grave crise politique et culturelle. Après l'échec du nationalisme arabe et la perte de l'illusion d'un développement économique et social rapide, certaines franges de la population semblent trouver refuge dans le retour au sacré. Pour une société traditionnelle, accepter la modernité, c'est accepter le déchirement que provoque tout changement profond et radical. Ce déchirement est supportable s'il est le prix à payer pour le développement... mais à condition que celui-ci soit à portée. Du moment qu'il a tardé à venir, les milieux conservateurs en ont profité pour développer leur idéologie intégriste. C'est ainsi qu'ils ont pu diriger la révolution iranienne ou le coup d'Etat islamiste du Soudan. Ailleurs, ils tentent d'imposer leur idéologie par tous les moyens, y compris la violence.

Les assassinats d'intellectuels et d'étrangers en Egypte et en Algérie, les sentences de mort contre des écrivains relèvent de pratiques que l'on croyait disparues et qui dévoilent les véritables intentions de leurs auteurs. Par ces actes, ils montrent qu'ils sont enfermés dans un monde qui est étranger à l'homme moderne, et pourtant, pendant longtemps, -et malheureusement encore aujourd'hui pour certains -, ils ont donné l'illusion d'appartenir au monde moderne. Cette illusion est partagée par leurs crédules partisans mais aussi par certains observateurs occidentaux non moins crédules.

Dans les pays où s'est développé l'intégrisme, il est frappant que les institutions universitaires où les étudiants intégristes sont majoritaires soient des établissements scientifiques. Cette situation étonne les observateurs occidentaux ; car d'aucuns pensent que l'esprit scientifique est nécessairement moderne. à première vue, on s'attendrait plutôt à trouver une majorité d'intégristes parmi les littéraires ou les juristes, dans la mesure où les sciences humaines et sociales s'inscrivent dans une continuité avec le passé. Ce paradoxe n'est pourtant qu'apparent. Les sciences humaines, la littérature, la philosophie permettent d'avoir une vue globale des problèmes, dans le temps, à travers l'histoire des idées, et dans l'espace, à travers l'étude comparative des différentes civilisations. Ces disciplines favorisent une certaine ouverture d'esprit. Quant aux sciences dites exactes, elles peuvent évidemment assurer la même ouverture d'esprit, mais à condition d'être correctement enseignées et qu'on ne les ampute pas de leur contenu théorique au point de les réduire à la technique. D'ailleurs, les intégristes sont davantage présents dans les écoles d'ingénieurs que dans les facultés scientifiques. Ils sont ainsi plus utilisateurs des résultats de la science que créateurs.

L'observateur extérieur peut donc penser que les islamistes s'adaptent à la modernité. En réalité, ils veulent gérer la société avec les idées du passé, et leur lien avec le monde moderne se réduit à l'utilisation des moyens techniques. Ils prônent le rejet des valeurs occidentales et la reprise en main des pays qui ont été dominés par l'Occident : il faut donc affirmer son identité, retrouver ses racines. Comment concilier alors cette attitude de confinement et la nécessaire acceptation de la technologie actuelle, fruit des révolutions scientifiques nées en Occident ? On utilise la technologie, on en est consommateur ; les dirigeants intégristes algériens n'ont pas hésité, lors d'un meeting pour les élections de 1991, à dessiner au laser dans le ciel un nuage portant la formule sacrée " Allah est grand ", pour faire croire à la foule qu'ils dialoguaient directement avec Dieu.

Mais les intégristes n'admettent pas les fondements théoriques de la science moderne. Le discours identitaire rejette la culture scientifique moderne, qui s'est développée en Occident ; il génère une certaine méfiance vis-à-vis de cette science, dont le degré d'évolution actuelle résulte de chocs successifs. Le premier éjecte la Terre de sa position centrale dans l'Univers. Le modèle de Ptolémée, admis pendant près de quatorze siècles dans tout le bassin méditerranéen, fut d'abord débarrassé des sphères célestes fixes où se plaçaient les étoiles, évidemment immuables, symboles de la perfection et du divin. Copernic réduisit la Terre à une planète, astre errant au même titre que les autres planètes du système solaire, et Shapley, vers 1915, décentra le système solaire vers la périphérie de notre galaxie. Notre Soleil est une étoile parmi les milliards d'étoiles qui peuplent celle-ci et qui ont perdu le statut qu'elles avaient, immobiles et immuables. Ainsi, notre Soleil, né il y a cinq milliards d'années environ, est au milieu de sa vie, et la Terre aura du mal, dans cinq milliards d'années, à résister à la chaleur suffocante du Soleil devenu géante rouge. Que de moments de rupture a-t-il fallu traverser pour admettre la perte de tout système de référence privilégié ?

La société islamique n'a pas contribué à ces conquêtes de la connaissance. Elle est restée extérieure aux recherches qui sont à l'origine de la modernité scientifique. Une manière de réagir est de mettre en avant d'une façon excessive l'apport des Arabes dans le domaine des sciences, et de manifester une certaine réserve sur la contribution réelle des Occidentaux aux avancées scientifiques. Ainsi, on insistera, par exemple, sur le fait que les lois de l'optique énoncées par Descartes sont en totalité le fruit des travaux de Ibn al-Haytam. Certes, il est vrai que les sciences mathématiques ont progressé grâce à la contribution des Arabes, mais leur apport dans le domaine de l'astronomie est surestimé : ils ont développé les instruments d'astronomie, enrichi le répertoire des observations astronomiques dans la continuité de leurs prédécesseurs. Pour un scientifique moderne, cette contribution n'est pas négligeable, mais elle n'est pas décisive. Car les Arabes n'ont pas proposé de nouveaux modèles de représentation du monde, ils n'ont pas remis en cause le modèle de Ptolémée : leur contribution à l'évolution de la science du cosmos est donc restée modeste.

Ce que l'on peut relever de très significatif est le fait que les intégristes ne revendiquent pas la totalité de l'héritage culturel islamique, en particulier la philosophie rationaliste développée au XIIe siècle par Ibn Rochd (Averroës pour les Latins). Connu pour ses commentaires des écrits d'Aristote et pour son oeuvre philosophique, Ibn Rochd a contribué à la séparation entre foi et connaissance, religion et philosophie. Pour lui comme pour Aristote, le monde est éternel ; l'éternité du monde est une nécessité en raison de l'éternité de l'espace et du temps. Si Dieu et le monde sont éternels et leurs relations celles de cause à effet, le monde est conditionné par un ordre. La nature devient intelligible et la connaissance est celle des causes. Ainsi, pour Ibn Rochd, la raison doit chercher les causes. Nier la causalité, c'est nier la raison et ignorer la science. " Rien ne prouve mieux la sagesse divine que l'ordre du cosmos. L'ordre du cosmos peut être prouvé par la raison. Nier la causalité, c'est nier la sagesse divine, car la causalité est une relation nécessaire. La seule fonction de la raison est de découvrir la causalité, et celui qui nie la causalité, nie la raison et méconnaît la science et la connaissance ",1 c'est ce qu'écrivit Ibn Rochd dans son fameux ouvrage Autodestruction de l'autodestruction en réponse à l'ouvrage de Ghazali (XIe siècle) Autodestruction des philosophes. En affirmant que la loi divine appelle à étudier rationnellement les choses et qu'elle ne se trouve donc pas en contradiction avec la philosophie, Ibn Rochd répond à la pensée anti-rationaliste de Ghazali, pour lequel " tous les processus naturels représentent un ordre fixé par la volonté divine, que celle-ci peut rompre à tout moment. Toute idée même d'une norme intérieure à un être, d'une nécessité interne, est exclue. "2 Selon Ghazali, le monde n'est pas éternel, Dieu a existé sans le monde puis avec le monde, et sa volonté est libre et sans limites. Dieu est la cause exclusive de toute chose dans ce monde qui est une création permanente de Dieu. Dans Autodestruction des philosophes, Ghazali rejette ainsi toute soumission de la nature à des lois qui enchaineraient la volonté de Dieu : " Le cosmos est volontaire. Il est création permanente de Dieu et n'obéit à aucune norme... Le premier maître est Dieu et la connaissance se transmet par la révélation (...) et (...) par l'intermédiaire des prophètes... ".3 Il n'y a de connaissance que celle qui trouve sa source dans la révélation : " ...le principe des sciences naturelles est de reconnaître que la nature est au service du Tout-Puissant : elle n'agit pas par elle-même, elle est utilisée au service de son créateur. C'est ainsi que le soleil, la lune, les astres, les éléments sont soumis aux ordres divins : rien en eux ne saurait agir spontanément... Quoique sans rapport avec la religion, les mathématiques sont à la base des autres sciences. Celui qui les étudie risque donc la contagion de leurs vices. Peu s'en occupent sans échapper au danger de perdre la foi. "4

On retrouve actuellement dans le discours intégriste la pensée de Ghazali. Les intégristes refusent d'accepter la vision moderne de la science, d'admettre que l'homme ait élaboré une représentation de l'univers qui nous entoure en termes de lois fondamentales. Conférer un tel pouvoir aux hommes est inacceptable car, d'une part, tous les mystères de la nature sont expliqués dans le Coran, d'autre part, Dieu gouverne la nature, qui ne peut donc lui échapper par des lois. à cette pensée de Ghazali, Ibn Rochd a opposé sa conception : " La raison de leur négation de la causalité naturelle est due à la peur de savoir le monde né d'une cause naturelle, et pourtant, s'ils savaient que la nature est fabriquée et que rien ne prouve mieux l'existence du fabricant que la présence de cet objet organisé avec une telle perfection... "5 Persécuté à la fin de sa vie, Ibn Rochd fut condamné au silence, tandis que certains de ses livres étaient brûlés. D'autres furent retrouvés en Occident, traduits en hébreu et en latin. Pendant des siècles, dans le monde musulman, c'est la pensée de Ghazali qui régnera sur les esprits.

Aujourd'hui, face au choc de la pensée scientifique moderne, les islamistes opposent, consciemment ou inconsciemment, la pensée de Ghazali. On se trouve dans une situation paradoxale, où certains écrits datant de plus de dix siècles sont plus conformes à l'esprit rationnel que des développements formulés aujourd'hui par quelques uns de nos "scientifiques" islamistes. Ainsi, au VIIIe siècle, Jabir Ibn Hayyan définissait la démarche scientifique : " Le secret de la perfection dans cet art [il s'agissait des sciences naturelles, et particulièrement de la chimie] réside dans les manipulations et l'expérimentation (...). Cependant, mon enfant, garde-toi de le faire avant d'avoir acquis la science théorique ; il est nécessaire que tu prennes connaissance de l'objet de ton étude de A jusqu'à Z (...). Ce n'est qu'alors que tu pourras envisager l'expérience, que tu ne devras entreprendre qu'en pleine connaissance de cause. "6 La distinction entre le technicien et le savant rapportée par al-Tawhidi est à l'opposé de l'attitude dominante dans les sociétés islamiques : " L'arithméticien est l'égal de l'astronome, à moins qu'il ne se livre exclusivement à la pratique, auquel cas il ne mérite pas l'honneur dû au savant. De même, le géomètre, s'il ne s'intéresse qu'aux travaux, est semblable à ceux qui creusent les lits des cours d'eau ou construisent des hammams (bains). Mais s'il cherche à énoncer des hypothèses sur les grandeurs et s'il en parle, il devient un savant dégagé de la pratique. "7

Il est difficile, en cette fin du XXe siècle, de ne pas reconnaître les progrès de la physique ou ceux de la biologie, par exemple. Les islamistes n'admettent que ce qui ne risque pas de remettre en cause les affirmations contenues dans les interprétations classiques des textes religieux. Des progrès de la biologie, on peut se contenter de retenir les conséquences sur le développement de la médecine ; la théorie de l'évolution des espèces n'a pas à être enseignée.
Des progrès de la physique, on veut bien garder le formidable développement des moyens de communication, mais on est très gêné par la valeur finie de la vitesse de la lumière. J'ai entendu souvent, en particulier au cours des années 80, des objections de certains de mes étudiants, contestant la vitesse finie de la lumière et prétendant que la théorie d'Einstein est erronée. Ils ne s'attaquent pourtant pas à la théorie de Maxwell, dont les équations impliquent l'une des constantes fondamentales, la vitesse finie de la lumière dans le vide. On est ainsi amené à adopter partiellement une théorie, ce qui la rend totalement incohérente. Mais de la sorte, on préserve la vision que l'on avait du ciel ; les esprits sont troublés à l'idée que l'on ne pourra jamais voir le ciel tel qu'il est, que le physicien reconstitue l'archéologie de l'Univers à l'aide de télescopes de plus en plus performants. La lumière, merveilleux instrument pour communiquer avec l'Univers d'il y a quinze milliards d'années, nous a livré ses premiers instants de liberté à travers le rayonnement cosmologique qui remplit celui-ci. On accède alors à un domaine interdit, puisque l'on ose élaborer des modèles de formation de l'Univers, et qui plus est, des modèles du futur de l'Univers... Les islamistes sont bien loin de la cosmologie actuelle. Ils sont même réticents à admettre dans sa totalité une science plus classique, la mécanique céleste, qui permet de prévoir avec précision le début du mois lunaire : ce qui pose un problème pour la détermination du premier jour du mois de ramadan. Ils tiennent à le définir comme on le faisait il y a quatorze siècles, c'est-à-dire par l'observation directe de l'apparition du croissant de lune... Ils cherchent à réduire l'enseignement des sciences à leurs apports technologiques, malgré l'interdépendance de la connaissance scientifique théorique et de la technologie, et ne peuvent transmettre ces connaissances que de manière dogmatique ; ce n'est pas la raison critique qui les amène à remettre en cause certains principes de la physique, mais leur attachement à des certitudes qui sont aujourd'hui remises en cause par la science.

Admettre partiellement les lois fondamentales de la physique, c'est, comme nous l'avons dit plus haut, supprimer leur cohérence. Une démarche rationnelle consisterait à proposer une autre théorie qui soit logiquement cohérente, ce qui nécessite une analyse des principes qui sous-tendent les théories et de leurs relations, et non un simple rejet de certains d'entre eux. Pour entreprendre un tel travail, il faut avoir l'esprit libre, délivré de toute contrainte. Explorer, comprendre, critiquer, innover, créer sans s'interdire aucune question ni aucun domaine, et laisser l'imagination se réaliser sans limite, tout cela implique que l'on s'est affranchi de tous les dogmes. Ce n'est malheureusement pas encore le cas dans le monde islamique, où la référence au sacré est inévitable et où il est plus important socialement d'être en apparente conformité à l'Islam... que de croire en Dieu. C'est au nom de cette incontournable référence au sacré qu'on mutile la connaissance scientifique. Mais c'est aussi au nom de cette référence qu'on limite la liberté d'expression et d'imagination, au point de condamner à mort des auteurs d'écrits littéraires. C'est au nom de cette référence que l'écrivain égyptien Faraj Fouda, considéré comme un apostat parce que laïc, a été assassiné en juin 1992 et que, pour les mêmes raisons, un procès est actuellement intenté contre un professeur d'université, Nasr Hamed Abou Zeid, en vue d'obtenir sa séparation forcée de sa femme, sous le prétexte qu'une femme musulmane ne peut pas vivre avec un apostat. " L'intégrisme rabaisse l'intelligence au niveau des réflexes émotionnels et viscéraux. "8

Cette démarche irrationnelle constitue un frein majeur au développement culturel et scientifique des pays islamiques, dans lesquels, aujourd'hui, la pensée scientifique est d'une certaine manière moins libre qu'à certaines époques du Moyen âge. La modernité intellectuelle et scientifique implique un esprit critique libre, autonome, elle implique l'épanouissement de l'individu dans la société qui l'entoure... Elle s'est construite lentement, au prix de mutations douloureuses et profondes. Les Anciens ont contribué à son émergence, de même que certains philosophes arabes tels qu'Ibn Rochd. Mais celui-ci passa presque inaperçu dans le monde musulman, et l'on regrette qu'il n'ait été qu'Averroës. Car c'est en Europe chrétienne qu'à partir du XIIIe siècle, s'est développée cette pensée moderne qui a permis de passer du texte sacré au texte que l'on interprète, ce qui laisse une place à la raison. On peut conclure sur cette réflexion de Slim Laghmani : " L'histoire comparée des idées musulmanes et chrétiennes en matière de rapports entre la raison et la révélation mène à la conclusion, schématique certes, mais fondamentalement valide, de deux trajectoires opposées, le point de départ de l'une étant le point d'arrivée de l'autre. Histoire d'un verrouillage en Islam, histoire d'une ouverture pour la chrétienté. "9 Mais il n'est jamais trop tard. Cette ouverture est possible aujourd'hui pour les sociétés musulmanes : il faut la vouloir, et se libérer totalement d'un mode de pensée paralysant. Ibn Rochd a été vaincu mais, en son temps, Galilée aussi. Les Occidentaux ont réhabilité Galilée, pour le considérer aujourd'hui comme l'un des principaux contributeurs à l'émergence de la pensée libre. Les musulmans peuvent reprendre aujourd'hui les pensées de leurs philosophes éclairés et ainsi, Averroës pourra redevenir Ibn Rochd.

[Ce texte est celui d'une communication au colloque " Religion et politique aujourd'hui ", organisé par le Courrier de l'Unesco, World Media Network, et le Rajiv Gandhi Institue for contemporary studies, à New Delhi, en février 1994.]


1. Voir Mohamed Charfi et A. Mezghani, Introduction à l'étude du droit, p. 228, $ 395, CNP, Tunis, 1993 (en arabe).
2. H. Corbin, Histoire de la philosophie islamique, p. 258, NRF, idées, 1964.
3. Voir Mohamed Charfi et A. Mezghani, op. cit. $ 386, et S. Laghmani, Eléments d'histoire de la philosophie du droit, le discours fondateur du droit, tome I, pp. 167 et s., 188 et 202, Cérès et FNRS, Tunis, l993 (en français).
4. Al-Ghazali, Al-munqid min adalal : Erreur et délivrance, pp. 78 et 75, traduction française par F. Jabre, Commission libanaise pour la traduction des chefs-d'oeuvre, Beyrouth, 1969.
5. Ibn Rochd, Etude des méthodes de gouvernement selon la religion, p. 109, Maison de la bibliothèque de l'éducation, Beyrouth, 1987.
6. M. Bergé, Les Arabes, histoire et civilisation des Arabes et du monde musulman, des origines à la chute du royaume de Grenade, racontées par les témoins, p. 371, Editions Lidis, Paris, 1978.
7. M. Bergé, op. cit. p. 372.
8. D. Shayegan, Le regard mutilé, schizophrénie culturelle : pays traditionnels face à la modernité, p. 48, Albin Michel, Paris, 1989.
9. S. Laghmani, Le discours fondateur du droit des gens (approche historique), p. 203, Thèse de doctorat d'Etat en droit, (l990), Faculté des Sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis (université Tunis II).


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