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ALLIAGE


Alliage, numéro 20-21, 1994


La dynamique des innovations


Sander E. van der Leeuw



Bien qu'éclectique et personnelle, ma réflexion sur les discontinuités du développement technique se situe dans une perspective anglo-saxonne. Mon point de vue est né de l'exercice et de l'intérêt que je porte au métier de potier, et des analyses technologiques de la fabrication de poteries anciennes que j'ai pu effectuer à partir de tessons dégagés lors de fouilles archéologiques. Cette double démarche - de l'acteur et de l'analyste - m'a permis d'aborder les différences de perspective qui caractérisent la création d'une part, et l'étude de la création d'autre part. Entre le créateur et le chercheur, les différences de conceptualisation et de langage sont fondamentales. Ma vision est celle d'un archéologue. Elle est donc forcément globalisante et inclut le développement des techniques sur le long terme. Cependant, la plupart des exemples avec lesquels j'illustrerai ici ma démarche proviennent d'une étude ethnographique que j'ai conduite au Mexique ; une recherche ponctuelle, au cours de laquelle j'ai essayé d'étudier l'interaction d'individus sur un court laps de temps. Quoi qu'il en soit, la réflexion qui va suivre ne constitue pas une démonstration complète et cohérente, mais plutôt les contours d'une recherche qui suit encore son cours.

Quand et comment l'intérêt social pour l'innovation est-il apparu ? Girard (1990) a montré comment, entre le XVIe et le XIXe siècles, la valorisation des traditions, qui sous-tendait la littérature et les sciences, avait été remplacée par une valorisation de l'innovation. En effet, ce n'est qu'à partir du XIXe siècle que l'idée d'innovation suscite un véritable intérêt social. Ce basculement est lié à la substitution du paradigme "scientifique" - un paradigme qui légitime le présent en faisant référence à la "nature" et au "naturel" - à celui, dit "historique", qui justifie le présent en faisant appel au "passé". Cela ne signifie évidemment pas qu'il n'y a pas eu d'innovations antérieurement au XIXe siècle, mais que les innovations n'étaient pas aussi valorisées qu'elles le sont aujourd'hui, et qu'elles étaient de ce fait peut-être plus difficiles à mettre en place.
Pierssens (1990) a montré que nombre de scientifiques renommés des XVIIe et XVIIIe siècles portaient un intérêt à la fois aux sciences (au sens moderne du terme) et à des occupations considérées aujourd'hui comme occultes. Ce phénomène s'explique par le fait que l'on ne peut généralement pas distinguer a priori les idées nouvelles qui auront du succès (et seront éventuellement admises comme des "découvertes") de celles qui seront jetées dans les poubelles de l'histoire, comme autant d'"erreurs". Ainsi, une perspective vécue (que j'appellerai perspective "a priori") est bien différente d'une perspective "a posteriori" (celle des historiens), qui juge le bilan d'une période et les résultats d'un processus en fonction du succès de ses résultats.
On retrouve la même distinction entre les perspectives du créateur et celles du chercheur qui analyse les innovations du créateur. Dans le premier cas, nous avons à faire à une perspective temporelle d'exploration - une perspective a priori. Dans le deuxième, il s'agit d'une perspective a posteriori, qui permet de distinguer les facteurs déterminants et les facteurs secondaires de la phase de création.

S'interroger sur la dynamique des innovations conduit nécessairement à s'interroger sur les rythmes et les processus de la transformation technique. Les rythmes de la transformation technique sont-ils ou non des rythmes humains ? Afin d'aborder ce problème, je voudrais faire quelques remarques sur la relation entre l'homme et la technicité. En étudiant une société de babouins d'Afrique, Strum (1987) a récemment montré qu'il s'agissait d'une société où les individus étaient socialement plus interactifs et interdépendants que les primates humains que nous sommes. Chez les babouins, toute relation sociale doit être sans cesse (re)négociée. Rien n'est jamais acquis. Les babouins n'ont ainsi aucun sens du temps. Ils vivent constamment au présent, sans mémoire et sans conscience du futur. La distinction qu'établit Shirley Strum entre les hommes et les babouins repose sur la possibilité que les premiers ont de créer des repères, des artefacts et des symboles. En créant des artefacts, les hommes ont trouvé un moyen de créer des repères et des symboles tangibles, qui leur permettent de "conquérir le temps". Dès qu'une négociation sociale est terminée, la société humaine a la possibilité d'en perpétuer les conclusions en créant des signes et des symboles auxquels la génération future peut faire référence, sans avoir besoin de les renégocier.
On conviendra aussi que la différence essentielle entre l'être humain et les autres espèces qui se trouvent sur Terre réside dans le fait que l'homme peut "apprendre" et "créer". Il peut intérioriser des perceptions et, étant pourvu de mémoire, se les rappeler. Il peut les associer à d'autres (afin de les comparer, par exemple). Il peut aussi extérioriser les conclusions qu'il a tirées de ses observations : soit en créant, soit en transformant de la matière en artefacts.
Bateson (1972) a notamment mis l'accent sur le fait que l'homme est l'unique créature qui peut apprendre comment apprendre. C'est-à-dire que l'homme a non seulement la capacité de conceptualiser et de manipuler des idées abstraites, mais également celle de les organiser de façon hiérarchique. Ainsi, l'être humain organise - à plusieurs niveaux d'abstraction - la conceptualisation qu'il a de l'ensemble de ses expériences : chaque phénomène perçu est retenu avec son contexte, et l'observation de plusieurs contextes est l'occasion de créer un "contexte des contextes" ; un méta-langage, en quelque sorte. C'est cette capacité à hiérarchiser qui permet, à l'homme, de concevoir des relations entre des phénomènes différents : par exemple, en concevant des structures semblables qui sous-tendent des résultats différents dans des conditions différentes.

Je voudrais maintenant introduire une conception du "temps" et des "rythmes" que je trouve particulièrement intéressante. Le temps n'est ni universel ni linéaire ni réversible. Nous vivons chaque instant de notre vie entre une mémoire du passé et une anticipation du futur. L'activité mentale humaine compare continuellement le présent au passé et le futur au présent, même si la première démarche a été bien plus utilisée dans nos modèles explicatifs que la deuxième. Nous avons vu que l'ambiguïté du processus de la transformation et de l'innovation résidait dans la manière dont les deux perceptions du temps - a priori et a posteriori - étaient combinées, chacune irréversible et de direction opposée.
Les recherches d'Annette et Rémi Langevin nous montrent bien que la perception du temps n'est pas universelle1. Elle est culturelle et individuelle, conjoncturelle, voire contingente. Elle indissociable de ce qui est collectivement pensé et vécu dans l'histoire. Elle est aussi liée à des facteurs biologiques, psychologiques, démographiques et sociaux. Il n'y a pas un temps mais des temps. Mais il est ici essentiel de faire la distinction entre la temporalité vécue et subie (éprouvée a priori), dont parlent Annette et Rémi Langevin, et la temporalité perçue et construite (éprouvée a posteriori). Cette dernière ne me semble rien moins qu'une construction socio-culturelle, négociée entre les membres d'un groupe afin de leur permettre de mieux communiquer. Avec l'histoire du groupe Ferranti, Fox2 nous donne un très bel exemple d'un autre aspect de la perception humaine du temps : sa relativité. Plus les choses vont vite, plus on a le temps d'en faire d'autres. La perception du temps apparaît alors comme une fonction de la fréquence de la perception du changement. Une période d'inactivité semble longue mais - faute d'événements mémorables - elle ne laisse pas de traces dans la mémoire. En revanche, une période d'hyperactivité paraît brève : on manque de temps ! Mais elle laisse beaucoup de souvenirs et semble, a posteriori, avoir été longue.

Il apparaît donc nécessaire de trouver une approche qui intègre à la fois l'étude de l'individu et celle de la société, l'étude de la stabilité et celle du changement, et qui permette d'intégrer l'étude et l'analyse des accélérations et des décélérations. Il faut donc nous placer dans une perspective qui nous rende aptes à analyser et à comprendre les relations qui existent entre des échelles différentes. Cela peut sembler évident, mais cette perspective n'existe que depuis très peu de temps, du moins pour des disciplines comme la physique, la chimie et la biologie ; tandis qu'elle est restée floue en ce qui concerne les sciences sociales. Aussi, ai-je été amené à utiliser les concepts de diverses écoles de pensée, qui tendent à concevoir le monde comme "auto-organisé", et, afin de pouvoir répondre aux questions qui m'intéressent, à concevoir la société humaine comme se construisant elle-même, selon une structure transactionnelle. Une structure dans laquelle collaboration et compétition jouent chacune leur rôle, et pour laquelle exploration et exploitation technique sont des activités, à la fois complémentaires et essentielles au maintien et à la reproduction de la société.
Le processus de collaboration est responsable à la fois de la genèse sociale des techniques, et de la genèse technique des sociétés. La continuité technique est une nécessité absolue, parce que les sociétés humaines sont fondées sur la cohésion des perceptions, sur la cohérence des techniques et sur la collaboration sociale qui se manifeste au cours de l'apprentissage. Mais transformer et innover étant aussi une question de reproduction sociale (la société ne peut surmonter avec succès les aléas de son environnement qu'en s'adaptant), la compétition (qui est finalement attachée au processus d'innovation) existe également. La reproduction du comportement social et technique ne peut donc être à l'identique. Il faut par ailleurs souligner qu'en l'absence de différences, la cohérence interne de la société se dissipe ; l'uniformisation devient inévitable en l'absence durable de transformation et d'innovation.

Dans la définition qu'il donne de la réalisation technique, Roy Rappaport conçoit la création comme une interaction du domaine de l'idéel et de celui du matériel : "Creation is the information of substance and the substantiation of form". ("La création consiste à la fois à donner forme à une substance et à donner substance à une forme", trad. S.E. v.d.L.) Autrement dit, la création humaine nécessite une conjoncture favorable permettant d'établir, momentanément, une connexion entre deux dynamiques différentes et fondamentalement indépendantes : celle de la matière (substance) et celle des idées (information). L'étude de la transformation et de l'innovation doit donc prendre en compte cette relation entre idéel et matériel. Nous avons trop longtemps considéré les actes techniques comme des actes de survie et d'adaptation à un environnement. Nous nous sommes imaginés que seuls le matériel et le naturel déterminaient nos décisions, nos choix et nos réalisations techniques. Mais on a récemment pris conscience de la sous-détermination des théories par les observations. Celles-ci sont généralement insuffisantes pour nous permettre de reconnaître la bonne théorie parmi la multitude des théories possibles. Henri Atlan (1992) a fort bien illustré ce problème par l'exemple de cinq unités interconnectées pouvant prendre chacune trois états : rouge, orange ou vert. Ces unités peuvent exprimer deux cent quarante-trois (35) combinaisons de couleurs différentes. C'est déjà beaucoup. Mais il peut y avoir vingt-cinq connexions différentes entre ces cinq unités ; le nombre de structures (ou théories) différentes qui peuvent alors connecter les différents états de ces cinq unités est de l'ordre de mille milliards (325). Toute théorie étant une structure de connexions reliant des observations entre elles, cela signifie que, dans le cas simple des cinq unités interconnectées, il y a mille milliards de théories possibles pour rendre compte des connexions entre leurs différents signaux. Mais les structures de connexions dont nous disposons pour rendre compte d'observations bien plus complexes sont en général nettement moins nombreuses (de l'ordre de quelques centaines). Force nous est de conclure que les interactions que nous entretenons avec le monde qui nous entoure sont probablement beaucoup moins déterminées par nos observations que par la structure cognitive que nous leur appliquons. Les actions que l'on pourrait entreprendre ou les compréhensions que l'on pourrait exprimer, à propos de ce qui se passe autour de nous, ne sont qu'un assortiment d'actions ou de compréhensions parmi une infinité d'autres non moins justifiables.

Il nous faut donc essayer de mieux comprendre la dynamique interne de l'aspect idéel de l'innovation, tant au niveau de l'individu qu'à celui de la société ; nous ne devons cependant pas oublier que le monde matériel et l'environnement sont contraignants. J'aimerais, d'abord, très brièvement présenter un modèle de cette dynamique cognitive individuelle, fondé sur les travaux de Kahnemann et de Tverski et al. (entre autres) - modèle que j'ai plus longuement développé dans van der Leeuw (1989, 1990).
Face à une matière première inconnue, l'artisan potier essaie d'améliorer ses connaissances par l'expérimentation et l'observation de cet "inconnu". Son incompréhension initiale est due au fait qu'il ne peut instantanément modifier les idées qu'il a du monde en fonction de ses observations. Petit à petit, il parvient cependant à comprendre et à intégrer ses observations dans sa structure cognitive. Comme il est incapable de transformer immédiatement le matériau auquel il est confronté, ce sont ses idées que le processus d'intégration modifie en premier lieu. On pourrait dire que le potier isole d'abord les dimensions cognitives qui vont lui servir à "comprendre" et à manipuler le matériau en question. Il construit ainsi mentalement un réseau incluant de nouvelles dimensions cognitives. Celles-ci sont en fait des images réduites des observations qu'il a effectuées. La réduction se fait en deux étapes :
1. L'artisan recherche d'abord une perspective qui inclue un nombre suffisant de régularités observables : il pose le problème. Parce qu'il traite de l'observation du changement, le processus cognitif impliqué est non-linéaire et multidimensionnel. On peut l'imaginer comme une observation a priori de phénomènes inconnus, depuis un grand nombre de points de vue ; ceci jusqu'au moment où une perspective permet d'intégrer, de façon cohérente, une grande partie des variations observées. Il est essentiel de se rendre compte que le processus n'implique que les variations observées. Autrement dit, les variations qui font appel à des dimensions cognitives pré-existantes. Ce qui est retenu est donc "appauvri" en dimensions, par rapport à ce qui a été observé. Cette sélection fait d'ailleurs appel à l'appareil cognitif acquis avant l'observation.
2. Puis l'artisan s'approprie l'explication - processus instantané de linéarisation "a posteriori" de certains aspects de la perspective découverte. Cette appropriation lui permettra d'expliquer ensuite d'autres observations. Ce qui se passe à ce moment-là échappe en grande partie à toute analyse. Les travaux d'Atlan (1992) nous offrent cependant un modèle utile. Une séquence d'événements vécus (avec un début et une fin) peut être mise en mémoire, avec son résultat comme "adresse". Cette possibilité permet d'avoir a posteriori un fil conducteur permettant de classer certaines des observations vécues comme "pertinentes", voire comme "essentielles", tout en écartant les observations jugées "inutiles". Ce fil conducteur relie ainsi des observations nouvelles aux dimensions de l'appareil cognitif pré-existant, tout en y ajoutant de nouvelles dimensions. Il se produit alors une seconde réduction de la complexité des observations. Mais elle n'est, cette fois-ci, que partiellement - et non uniquement - déterminée par l'appareil cognitif pré-existant.
On doit ici souligner que la chaîne de cause à effet, qui sert de base à une grande partie de nos réflexions et actions quotidiennes et innovatrices, est elle-même une construction cérébrale individuelle. Les conséquences de cette constatation sont très importantes quant à nos systèmes de raisonnement occidentaux, et plus particulièrement (comme nous le verrons plus loin) en ce qui concerne les rapports de l'homme avec son environnement.

Passons maintenant au niveau de la société. Je me référerai ici au modèle de Luhmann (1989). Ce modèle voit le processus de communication comme une négociation sociale qui permet d'introduire des points de vue plus ou moins partagés, et de réduire ainsi la complexité de l'interaction sociale. Cette négociation est auto-référentielle. C'est-à-dire que la société ne dispose alors que des perspectives et des concepts déjà négociés. C'est avec ces moyens restreints qu'elle doit tenter de trouver les nouvelles perspectives qui lui donneront une cohérence. Il en résulte que les relations entre la société et son environnement matériel sont dominées par les conceptualisations qui ont été négociées, plutôt que par les dynamiques, les contraintes et les potentialités de l'environnement. Comme l'explique Bednarz (1989, xii), dans son introduction à l'ouvrage de Luhmann Ecological Communication, "a society cannot communicate with its environment, it can only communicate about its environment within itself" ("Une société ne peut pas communiquer avec son environnement, elle ne peut que communiquer avec elle-même à propos de son environnement", trad. S.E.v.d.L.).

Je voudrais illustrer cette réflexion par un exemple d'innovation qui a eu lieu au sein d'une communauté de potiers - Los Pueblos - de l'Etat de Mexico, au Mexique (Papousek 1981, 1989). Dick Papousek a observé cette communauté pendant vingt ans, sans pouvoir noter un seul changement dans la chaîne opératoire de la fabrication des pots. Lorsqu'il demandait aux potiers - qui se plaignaient de ne pouvoir utiliser leurs fours pendant l'hiver à cause de la pluie - pourquoi ils ne construisaient pas un toit au-dessus du four, ceux-ci répondaient qu'"ils ne pouvaient pas, parce que ça donnerait des problèmes et des problèmes et des problèmes". Mais durant les années 1985 et 1986, après la mort du plus important des commerçants de poteries de la communauté, tout a commencé à bouger. Les potiers se sont mis à produire toute l'année - avec ou sans toit au-dessus du four. Ils ont transformé la construction de leurs fours. Ils ont acheté des camions ; certains font maintenant du commerce à longue distance, et pas seulement de poteries. Ils ont relégué la production à d'autres, etc. à la suite de ces observations, les recherches de Papousek ont montré que le chef des marchands contrôlait et maintenait une structure informelle stable de production et d'échange. Chaque fois que, pour tenter d'échapper à la misère quotidienne, un potier produisait plus de poteries qu'il en avait l'habitude, le négociant réussissait à faire baisser le prix auquel ses collègues auraient été prêts à acheter les produits du potier. Tout effort supplémentaire de la part du potier était donc vain. Mais quand le chef est mort, les autres négociants ont fait jouer la compétition au maximum. Pour les potiers, il était désormais possible d'exiger des prix de vente bien plus élevés. Tout a pu très vite changer. Cet exemple nous permet de conclure que notre façon de penser la transformation et l'innovation est généralement inexacte. Il ne s'agit ni d'un phénomène extraordinaire ni d'un début de séquence de transformation de l'état stable d'un système en un autre état également stable. Nous devrions plutôt considérer - de manière dynamique - la transformation comme "normale". C'est plutôt son absence qui devrait être l'objet de nos investigations.
L'étude de Dick Papousek nous met en mesure d'observer en détail comment fonctionne la dynamique d'innovation. Avant 1985, presque tous les potiers avaient des fours inspirés d'un type traditionnel circulaire. Durant la période de transformation qui a suivi, les potiers se sont presque tous demandé s'il leur était possible d'augmenter leur production ou de réduire les coûts du combustible en changeant leurs fours ; interrogation qui a conduit certains potiers à utiliser de nouvelles formes et de nouvelles techniques de construction. Il faut savoir que dans cette société, les maisons et leur cour sont entourées d'un mur suffisamment haut pour interdire tout regard indiscret. La compétition y est tellement féroce que celui qui croit disposer du moindre avantage économique veut le garder pour lui ; il évite même toute discussion à ce sujet. Ainsi, chacun a tenté, dans son contexte socio-économique particulier, et selon ses propres perceptions, d'améliorer son four, sans savoir exactement ce qui se passait chez les autres, sinon en repérant les signes révélateurs d'un soudain accès de richesse ou de pauvreté. Après un certain laps de temps, cependant, toute la communauté sembla avoir accepté deux nouveaux types de four, dits "meilleurs" ou "plus économiques". Nous ne savons pas ce qui a permis à ces potiers, vivant dans des situations et ayant des idées différentes, de reconnaître ces deux types de four. Mais nous pouvons éventuellement tirer la conclusion que la perception d'une "amélioration" n'est pas nécessairement objective. Si tel était le cas, chaque potier aurait développé son propre style de four. Il apparaît donc que la reconnaissance est également négociée entre les membres de la société.

Afin d'étudier cette négociation et de comprendre comment des façons de fabriquer des formes de poterie (et les formes elles-mêmes) peuvent changer, j'ai entrepris avec Dick Papousek et Anick Coudart une étude dans une région voisine du Michoac n, autour du lac de Patzcuaro. La première problématique que nous avons tenté d'aborder se définit en quelques questions : qu'est-ce qu'une tradition ? Comment s'établit-elle ? Est-elle l'objet d'un consensus négocié, du moins partiellement ? Qu'est-ce qui définit ce consensus ? S'agit-il d'une définition partagée par tous les potiers et les autres membres de la société ? La tradition correspond-elle à ce qui est acceptable ou à ce qui ne l'est pas ? Les potiers ont-ils conscience d'un consensus ? Un premier résultat de nos recherches est que - à l'opposé de toute intuition - ce sont les problèmes que les potiers ne se posent pas (ou dont ils n'ont pas conscience) qui déterminent le contenu de leur tradition. Si l'on ne peut parler de définition de la tradition stricto sensu, on peut néanmoins constater qu'un certain nombre de choses sont explicites et perçues, par tous, de la même façon. Mais si l'on touche à la racine conceptuelle de leur gamme de formes et de techniques, les réponses sont tout à fait confuses. Les réactions indiquent que les gens ne se sont jamais rendu compte de quoi il retournait. Ce qui détermine la variation des formes et des façonnages est, en fait, la distinction inconsciente que fait le potier entre l'intérieur et l'extérieur du pot (van der Leeuw, Papousek & Coudart 1992). Une distinction que l'on retrouve dans beaucoup d'autres aspects de cette société, régie (comme celle de "los Pueblos") par le mur qui entoure l'espace habité de chaque famille.

Où se situent les éléments "immuables" d'une tradition ? Pour appréhender la nature et la fonction de ce qui est immuable, il est nécessaire de considérer les options retenues au regard de celles qui ne l'ont pas été. Comme nous avons pu l'observer à propos d'un modèle de couvercle (voir plus bas), ce sont autant les choix retenus que ceux qui ne l'ont pas été qui définissent la tradition. Pour aborder ce problème, j'ai réalisé une étude comparative (intégrant diverses parties du monde et différentes périodes historiques et préhistoriques) de la façon dont six traditions de fabrication de céramique ont produit une forme similaire. Il s'agit d'un pot ordinaire à fond rond qui, dans la plupart des cultures que nous connaissons, sert à la cuisson du repas quotidien. Trois aspects semblent immuables dans chacune des traditions considérées (van der Leeuw 1993). Il s'agit de la conception de l'espace ou topologie des formes, de la conception du temps ou séquentialisation de la fabrication, et de la conception de la relation entre les différentes parties et l'ensemble du vase ou partonomie. Exception faite de ces trois contraintes, il apparaît que les choix sont ouverts.
Y a-t-il une raison inhérente particulière à ce que certains aspects d'une tradition soient stables et d'autres pas ? Je ne le crois pas. Il s'agirait plutôt d'accidents historiques et du renforcement de leurs résultats (positive feedback). Chaque action humaine implique des décisions et des choix à des niveaux très différents, dont une partie se réalise sans que l'individu en ait la moindre conscience. Les premiers choix déterminent les choix suivants, qui à leur tour déterminent les suivants, etc. Ainsi, l'investissement effectué au niveau des premiers choix devient rapidement lourd de conséquences. Les premiers choix deviennent difficiles à changer, et ce d'autant plus qu'ils servent de base à la communication entre les membres du groupe. Bien souvent, ce n'est que longtemps après qu'ils ont été pris que l'on se rend compte que certains choix ont été faits inconsciemment. Par exemple, lorsqu'un problème - qui se réfère à ces choix - se présente sous un autre angle ou dans un autre contexte. Ainsi, la plupart des conceptions fondamentales qui sous-tendent une tradition particulière sont-elles absentes de la connaissance technique, et de ce fait très difficiles à changer. Plus proches de la surface de la sphère cognitive, et donc plus souvent confrontés au monde matériel, certains choix techniques changent plus facilement. Mais ces transformations techniques sont déterminées par la tradition. Elles sont en fait inscrites dans la logique globale de la technique ; elles en élaborent ou en confortent le schéma structurel, sans le changer.

Au Michoac n, nous avons, par exemple, rencontré un type de couvercle conçu comme un petit bol posé à l'envers (sur une jarre, par exemple). Ce couvercle est moulé sur une matrice horizontale, comme le sont traditionnellement tous les bols. Mais la surface visible du couvercle est alors celle qui n'a pas été en contact avec le moule. Elle est donc rustre ou, du moins, irrégulière ; en tout état de cause, le potier la considère comme non ou mal finie. Celui-ci doit donc faire face à un dilemme conceptuel difficile à résoudre. En effet, si le couvercle pouvait être admis comme une forme "fermée", le potier pourrait conceptuellement envisager de le modeler dans les deux valves d'un moule vertical : la surface extérieure du couvercle - en contact avec le moule - serait alors parfaitement lissée. Mais comme la forme de l'objet est "ouverte", le potier préfère ou plutôt ne peut concevoir l'utilisation d'un moule qui ne serait pas horizontal. Le couvercle est alors modelé sur le moule ; c'est donc sa surface intérieure (la moins visible) qui - ayant été en contact avec le moule - présente le fini adéquat. Nous n'avons rencontré aucune des deux autres solutions qui nous paraissaient pouvoir aller de soi : 1. poser le couvercle sur la jarre, la partie arrondie vers le bas (comme on poserait un bol sur une table) ; 2. fabriquer le couvercle dans un moule horizontal. Ces deux solutions étant profondément contraires à la tradition, les potiers en ont trouvé une troisième : pour donner un fini acceptable au couvercle des jarres, ils en sont venus à recouvrir le sommet du couvercle d'un petit bouquet de feuilles ou de fleurs en terre modelée.

Avant d'explorer plus en détail les conséquences de ces réflexions quant à ma vision de l'histoire et de l'archéologie, je souhaiterais revenir sur l'interaction dynamique idéelle et dynamique du monde matériel environnant. Nous avons constaté que les dynamiques de ces deux domaines étaient indépendantes et différentes, et que leur rencontre n'était constructive que dans certaines conditions. La rencontre est notamment impossible, s'il n'y a pas suffisamment de résonance entre les observations et les idées qu'on a des choses ; car cette résonance est la condition fondamentale du processus susceptible de modifier notre conception des choses et/ou les choses proprement dites. Mais il faut distinguer entre rencontre résultant d'une modification d'idées et rencontre résultant d'une modification matérielle. Nous avons vu que, dans le premier cas, le résultat de la rencontre correspond à l'ajout, dans l'appareil cognitif, d'une image réduite des observations. Mais que se passe-t-il dans le deuxième cas - celui de la création d'artefacts et de l'innovation matérielle ? La "substantivation" ou l'"objectivation" d'une idée introduit des dimensions nouvelles, nullement préconçues et non nécessairement perçues au moment de l'opération. Les effets en sont forcément inattendus. Après un certain laps de temps, de nouveaux phénomènes émergent, qui demandent de nouveaux processus d'appropriation de la nature. Ce cycle ne peut pas être rompu par l'homme. Il s'agit d'un développement unidirectionnel, qui aboutit - du fait de ses conséquences - à une perte du contrôle que l'homme avait de sa relation avec son environnement (cf. van der Leeuw 1990). Plus l'homme transforme ce qui l'entoure, moins il en comprend les conséquences. Ainsi, ne pourra-t-il jamais restituer l'état naturel de son environnement. L'innovation force l'homme à innover d'avantage.
Une autre question se pose : à quelles échelles temporelles se manifesteront les risques introduits par de telles transformations ? Une partie de ces risques se révéleront à court terme. Cette révélation conduira l'homme à corriger, de manière consciente, son comportement, et à introduire inconsciemment de nouvelles transformations. Mais certains risques ne sont pas perceptibles à l'échelle d'une génération. Ils échappent ainsi à une modification immédiate et consciente. Les conséquences du comportement humain correspondent donc à une transformation des risques à court terme en risques dont les effets ne se feront sentir qu'après un très long laps de temps. Ainsi, une intervention humaine durable peut entraîner un cumul de risques à court et à long terme. Elle peut très bien - sans lien direct de cause à effet - être, par exemple, la cause première de la fin d'une période d'essor.

Avant d'en terminer, j'aimerais présenter en quelques mots une conception de l'histoire cognitive de l'humanité et du rôle des innovations que je trouve particulièrement intéressante. J'ai tendance à croire que nos capacités cognitives et notre pouvoir d'innovation s'inscrivent dans une lente découverte, et qu'ils correspondent à une construction de dimensions de perception négociables entre membres de différents groupes humains. Ce processus a permis à l'humanité de contrôler peu à peu l'interaction hommes / environnement physique et social. Ainsi, l'évolution cognitive des hommes du paléolithique supérieur serait en grande partie liée à un cumul de dimensions cognitives ayant dépassé un certain seuil, plutôt qu'aux seules transformations physiques du crâne, du cerveau ou de la perception. Une lente évolution cognitive est effectivement attestée durant le paléolithique ; en particulier, pour ce qui concerne le développement des techniques de taille de la pierre (Pigeot 1991). En étudiant le détail des différentes chaînes opératoires de ces techniques, il est possible d'observer l'enchaînement d'un nombre croissant d'actions dans une "logique de taille" de plus en plus longue et complexe. Cette évolution cognitive implique également la découverte d'approches servant à conceptualiser l'espace ; une telle conceptualisation permettant la fabrication d'objets aux formes de mieux en mieux circonscrites. De même, la révolution néolithique et l'introduction rapide des techniques agricoles qui lui sont généralement liées n'ont pas uniquement été mises en place pour répondre à des contraintes environnementales ou démographiques. J'ai plutôt tendance à croire à un développement quantitativement non-linéaire des ensembles cognitifs qui, à un moment donné, autorisent une société à accélérer sa transformation, et qui, à d'autres, le lui interdisent. La révolution néolithique pourrait correspondre à l'une de ces périodes d'activité innovatrice, souvent frénétique, que Fox appelle "achievement periods". Comme nous l'avons vu à propos des potiers de Los Pueblos, ces périodes sont caractérisées à la fois, par une instabilité sociale fondamentale et par de nouvelles approches sociales et techniques. Notre histoire ancienne et récente abonde d'exemples. Ainsi, en est-il, par exemple, de la Grèce des VIIe, VIe et Ve siècles avant notre ère, de la révolution industrielle anglaise au XIXe siècle, mais également de la Révolution française.
D'un point de vue externe et macroscopique, on pourrait dire qu'il s'agit d'effets de densité dans la matrice des connexions cognitives, ainsi que nous l'ont montré les simulations de systèmes de connexions réalisées par Huberman et son équipe (Huberman & Hogg 1987). On s'aperçoit que si la fréquence des connexions et leur durée restent en deçà d'un certain seuil, seul un petit nombre d'éléments connectés participe au réseau. Si l'on fait croître la fréquence et/ou la durée, une séquence de transitions de phases du système entier s'enclenche jusqu'au point où le réseau devient soudainement infiniment grand et interactif. Cette interactivité accrue entre les éléments qui constituent la sphère cognitive pourrait permettre la découverte de nouveaux modes de vie. Mais on peut également considérer le phénomène d'un point de vue interne et microscopique. Il faut ici souligner que les recherches menées sur la perception des risques semblent indiquer que la décision d'innover peut être prise en fonction d'un jugement négatif sur l'acquis : "on n'a rien à perdre". Elles peuvent également l'être à la suite d'une appréciation positive sur l'activité novatrice proprement dite. Il est donc probable que de telles périodes d'(hyper)activité innovatrice s'amorcent à un moment où les membres d'une société ont des difficultés à maintenir et à reproduire leur mode de vie au plus identique, et que ce mode est maintenu du fait que les premières innovations sont perçues comme des réussites, bien au-delà de leur durée objective. Il n'est, en fait, pas nécessaire que les innovations apportent de véritables améliorations, mais notre appareil cognitif a tendance à apprécier - après qu'elles ont été acceptées - les nouvelles catégories (objets, idées, symboles, etc.) de façon positive pendant un certain laps de temps (van der Leeuw 1989, pp. 314-5). Grâce à une dynamique sociale auto-organisatrice, et à condition que les innovations se succèdent avec une fréquence suffisante pour maintenir cette dynamique auto-renforçante, le processus d'innovation ne peut être socialement freiné.

Mais revenons au long terme. Des recherches expérimentales semblent indiquer que, dans son quotidien, l'homme utilise à la fois une dynamique cognitive universelle, et une forme de cognition acquise variant avec le contexte culturel de l'individu. La cognition serait donc à la fois individuelle - qui permettrait à l'individu de se rendre compte de ce qui se passe autour de lui - et de ce fait, créative, et collective - en tant que résultat des communications entre membres d'un groupe - et de ce fait, analytique. Dans le cas d'une population croissante (et donc d'un nombre croissant de participants potentiels à un réseau de communication), le rôle de la communication deviendrait de plus en plus important. Ce qui tendrait à stimuler les fonctions analytiques liées à la cognition collective. Nous pouvons en observer les résultats dans beaucoup de domaines.
L'exemple archéologique le plus classique est celui de la "révolution urbaine". C'est-à-dire l'émergence, dans des circonstances environnementales très différentes, de réseaux de villes dans un nombre important de régions et sur plusieurs continents. Pendant des années, les archéologues ont conçu ce phénomène comme déterminé par l'environnement, et l'ont perçu comme un réseau économique de distribution de biens organisé en différentes échelles. Mais dans la perspective que j'ai tenté de présenter ici, il serait plus approprié de concevoir l'émergence des villes comme la manifestation du déplacement des contraintes dominantes du domaine de l'énergie et de la matière vers celui de l'information et de la communication. Le savoir collectif ayant pris l'ascendant sur le savoir individuel, la société ne peut se maintenir et se reproduire sans recourir à des structurations de communication importantes en taille et très complexes - des structurations qui ne peuvent être réalisées sans une agglomération dense des individus (van der Leeuw & McGlade 1993). Avec l'émergence des villes, une spécialisation accrue des métiers et une institutionalisation formelle des mécanismes d'échange de matières (marchés, monnaies) et d'informations (écriture) se sont donc mises en place. Les données archéologiques que nous observons dans ce domaine semblent confirmer qu'il s'agit d'une délimitation plus précise, et donc plus étroite, des catégories et des dimensions cognitives dont dépend la capacité de l'être humain à vivre dans son contexte naturel et social. Et c'est justement cette définition plus précise des significata qui permet une accélération de l'activité novatrice.
En ce qui concerne les sciences, Thomas Kuhn (1959) nous explique que de telles révolutions ne peuvent démarrer que dans un contexte d'écoles scientifiques suffisamment bien définies pour pouvoir créer l'homogénéité théorique et méthodologique nécessaires à ceux qui veulent s'en distinguer.

J'ai ainsi implicitement tendance à concevoir le développement de l'humanité selon trois étapes fondamentales grossières. Une première étape, qui débuterait avec la conquête de la matière et de l'espace (fabrication d'outils et séquentialisation des gestes et des déplacements) - conquête qui implique une lente introduction de la temporalité et de la structuration spatiale, à un niveau microscopique. Une deuxième étape, où la sédentarité et l'agriculture conduiraient à la colonisation d'un espace macroscopique. Et, enfin, une troisième étape, où spécialisations, échanges commerciaux et institutions administratives se mettraient en place pour aboutir à l'urbanisme et à la conquête d'un espace "généralisé". Chacune des phases de cette "histoire" théorique de l'humanité aboutissant à la mise en place d'une nouvelle dynamique auto-organisatrice et complémentaire renforçant les dynamiques existantes.
Nous vivons aujourd'hui probablement le début d'un quatrième épisode, caractérisé par ce qu'il est convenu d'appeler la révolution informatique, voire également génétique. Nous franchissons de nouvelles limites. Beaucoup d'entre nous se demandent si la dynamique d'innovation pourrait s'arrêter un jour. C'est tout à fait improbable, car la tendance à l'innovation est la principale caractéristique de l'Homo sapiens ou du moins, de l'hominisation. Il est grand temps que nous nous donnions les moyens de mieux étudier ce domaine.


Références

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1. Séminaire du 17 novembre 1992, Clare Hall, Université de Cambridge.
2. Voir dans ce numéro l'article de R. Fox.


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