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ALLIAGE


Alliage, numéro 19, 1994


Science et multilinguisme*


Philippe Lazar




Le problème des langues de communication scientifique peut être posé en termes passionnels ou rationnels.
La première option n'a rien d'incompréhensible ou de répréhensible en soi. Chacun de nous a pu constater dans son expérience personnelle, avec quelle désinvolture, voire quelle arrogance, certains de nos compatriotes récusent l'importance essentielle du refus d'aliénation que représente notre attachement inconditionnel à la langue française - qu'elle soit notre langue maternelle ou l'une de nos langues véhiculaires préférentielles - en tant que vecteur de notre pensée scientifique et de nos échanges internationaux. Aucun de nous ne saurait accepter de renoncer à cet enracinement fondamental dans notre histoire partagée et dans notre fonds culturel commun. Et l'on comprend donc que certains réagissent avec une saine violence quand ils ont le sentiment d'être incompris ou rejetés lorsqu'ils expriment ce sentiment profond d'appartenance et, en quelque sorte, ce refus de perdre leur âme au profit du seul principe de réalisme.
C'est toutefois la deuxième option - celle que j'ai qualifiée de rationnelle - que je voudrais développer ici, convaincu que je suis qu'en fin de compte, la raison finira un jour ou l'autre, dans ce domaine comme dans bien d'autres, par l'emporter sur la passion.

Commençons par un truisme : communiquer, c'est établir une relation entre soi-même et... d'autres ! On ne communique pas de façon unilatérale, pas plus qu'on ne peut, à soi seul, être unitaire pour deux. Communiquer c'est donc d'abord se mettre d'accord sur un mode d'échanges qui convienne aux deux parties. Et de ce point de vue, force est de reconnaître, quoi que nous en ayons, que dans le monde scientifique international - je veux dire, spécifiquement, dans celui de la recherche scientifique de haut niveau, principalement destinée à accroître le potentiel de connaissances de l'homme - , rares sont ceux qui acceptent de communiquer avec nous en français, et le plus souvent tout simplement parce que nos interlocuteurs ne parlent pas ou maîtrisent mal notre langue. Sans doute est-ce un grand tort de leur part, mais ils sont nombreux à être affectés de ce défaut rédhibitoire, nous sommes bien obligés d'en tenir compte !

Un espace scientifique purement francophone ?

Serait-il raisonnable de consacrer, dès lors, une part essentielle de notre effort de communication à l'espace des seules nations francophones, ou plus précisément des pays et des peuples qui ont en commun - partiellement ou totalement - l'usage du français ? Une telle attitude, qui s'apparenterait, peu ou prou, à une philosophie protectionniste de la science, serait au moins aussi contestable, à mon sens, que le protectionnisme économique.
Je voudrais aussi souligner que renoncer, par principe, à tout protectionnisme ne signifie pas pour autant renoncer à toute règle, mais seulement à la dangereuse illusion que nous pourrions, au fond, vivre "entre nous", dans un espace autosuffisant. La science évolue trop vite aujourd'hui pour qu'on puisse impunément faire un tel pari.

Cependant, pour être bien assuré de la légitimité de cette affirmation qui ne fait pas nécessairement d'emblée l'unanimité, il faut pousser plus loin l'analyse. Après tout, ne pourrait-on se dire : "Lisons en anglais ce que produit le monde scientifique non francophone, et publions en français ce que nous produisons nous-mêmes" ? Ce serait, en quelque sorte, du tout gagné, puisque nous tirerions, tels les marrons du feu, toutes les informations utiles de la littérature mondiale anglophone et que nous "protégerions" les nôtres en les rendant plus difficiles d'accès, du fait de la barrière linguistique du français, vis-à-vis de nos compétiteurs. Une idée que pourraient reprendre, par exemple, les Japonais en publiant en japonais, ou encore les Chinois en chinois ! Or il ne semble pas qu'ils soient, les uns et les autres, tentés par cette perspective ; pourquoi donc ?

Les quatre motivations de base de la communication scientifique

Partir d'un point de vue aussi naïvement cynique que celui esquissé ci-dessus témoignerait, en réalité, d'une assez grande ignorance des motifs de base de la communication scientifique, en tout cas de celle qui concerne la science "naissante" - je reviendrai ultérieurement sur la pensée scientifique en restructuration et à l'enseignement supérieur.
Les chercheurs publient essentiellement pour quatre raisons :
1. pour affirmer la réalité de leurs compétences à la face du monde ;
2. pour tirer, notamment, en retour, de leurs publications les fondements matériels du soutien apporté à leurs travaux et à leurs carrières ;
3. pour contribuer à l'avancement des connaissances, dans le grand jeu de "coopération-compréhension" qui constitue le coeur même de l'aventure scientifique de l'humanité ;
4. pour ce que j'oserai appeler d'un nom très fort : la gloire ! - élément qui, de façon plus ou moins intense, fait partie des préoccupations des scientifiques : même s'ils n'espèrent pas tous avoir le prix Nobel, ils ne peuvent partir du principe que toute grande découverte leur sera a priori interdite.

C'est à la lumière de ces impératifs (qui peuvent bien entendu intervenir dans un ordre et à des degrés divers, selon les circonstances et les individus) qu'il convient de réfléchir à l'hypothèse, émise ci-dessus, d'une restriction de fait de l'espace servant à la diffusion potentielle des résultats d'une recherche à celui de la francophonie (ou de la lusophonie, ou de la sinophonie, etc.) Un rapide examen de chacune des quatre composantes évoquées suffit à montrer qu'aucune elles ne trouve son expression optimale sous cette hypothèse.

Je voudrais insister tout particulièrement sur la première d'entre elles : "affirmer (pour les chercheurs) leur autorité à la face du monde". Il serait gravement simplificateur d'imaginer que les scientifiques francophones puissent se passer de la reconnaissance de leurs pairs non francophones - et cela du point de vue de la qualité même de leurs travaux à venir. Il est en effet vital d'être reconnu, par ceux qui en font partie, comme membre à part entière du collège invisible de ceux qui, dans un champ spécifique de la connaissance en évolution, sont à la pointe du progrès. Faute de quoi, on n'est pas tenu au courant en temps réel de ce qui se passe, on n'est pas invité à prendre part aux réunions décisives, en petits comités, où s'échangent les informations véritablement importantes - bref, on n'est pas vraiment "dans le coup". Or, la carte d'entrée dans ce "club", non identifiable avec précision mais néanmoins très fermé, c'est évidemment la reconnaissance internationale de la qualité éminente des travaux effectués, c'est-à-dire des publications dans les revues scientifiques de haut niveau - et elles sont très majoritairement en langue anglaise.

J'ajoute que, si nous renonçons à tout faux-semblant dans notre discours et dans notre attitude, force est aussi de reconnaître que les trois autres raisons sous-évoquées militent dans le même sens :
- "la reconnaissance de la valeur de la recherche effectuée", parce que la capacité de publication dans des vecteurs de portée mondiale est à soit seul un gage irremplaçable de la haute qualité des travaux accomplis. Ne pas vouloir mettre tous nos oeufs dans le seul panier d'une évaluation internationale indirecte de ce type ne signifie pas, a contrario, que son apport à l'appréciation de nos propres équipes puisse être négligé, et nos scientifiques, au demeurant, ne l'admettraient pas eux-mêmes. Ils savent être contraints à une compétition de cette nature et ils ne comprendraient pas que leurs succès en la matière soient insuffisamment appréciés par les instances chargées d'évaluer leurs travaux !
- les contraintes de "la fonction de production et de diffusion des connaissances scientifiques" ne peuvent, elles non plus, être ignorées. Il serait totalement inconcevable, aujourd'hui, d'imaginer un développement des connaissances scientifiques et de leurs possibilités de transfert qui se restreigne à des "isolats" géographiques ou culturels. Quel industriel, pour ne prendre que cet exemple, accepterait-il de prendre le risque de "développer" le résultat d'une recherche qui n'aurait pas prouvé son originalité et sa valeur vis-à-vis des résultats acquis ailleurs que dans des pays francophones ? Il ne survivrait pas longtemps à une telle imprudence ! Nous vivons dans un système mondial de coopération-compétition dont nous ne pouvons à nous seuls établir les règles du jeu, il faut savoir l'accepter de bonne grâce !
- "la reconnaissance enfin, par la communauté internationale, de la prééminence de certains travaux" n'est possible, en pratique, que si ces travaux ont acquis une réelle autorité internationale, c'est-à-dire s'ils sont portés par une langue véhiculaire commune - et la seule qui soit véritablement reconnue aujourd'hui est, qu'on le veuille ou non, l'anglais. Combien de nos chercheurs ne se plaignent-ils - à juste titre ! - de voir leurs publications non-anglophones royalement ignorés par le reste du monde ! Cette amertume, si justifiée qu'elle puisse être, ne vaut cependant pas réparation et n'a guère d'efficacité pour redresser les torts subis en termes de reconnaissance de la paternité des découvertes.

Quatre voies alternatives pour le développement du plurilinguisme en sciences

Je voudrais, à partir de ces prémices, dont l'objet est de nous libérer de l'enfermement dans des combats perdus d'avance, ouvrir quatre voies d'avenir, qui, à des titres divers, me paraissent devoir être aujourd'hui explorées et soutenues par des initiatives résolues.
La première est celle de la lutte pour le maintien de l'existence de publications "primaires" de haut niveau qui réservent une place essentielle à la langue française ; la seconde est celle du développement des journaux électroniques ; la troisième est la piste de la "latinophonie" ; la quatrième enfin est celle de la recherche permanente en restructuration et synthèse du savoir, qui ne peut, pour nous, intellectuellement et pratiquement, se concevoir qu'en français. Précisons le contenu de chacune d'elles.

- Le maintien du contrôle par des nation non-anglophones de revues de haut niveau pour publications originales.
Le risque d'une concentration excessive des pouvoirs dans le monde anglo-saxon, en termes de contrôle des journaux scientifiques, est aujourd'hui évident. L'une des façons de tenter de le limiter est de maintenir la maîtrise de certaines publications de haut niveau à l'échelle des pays francophones. De telles revues devraient nécessairement être bi ou multilingues, faute de quoi elles auraient toutes les chances de ne pas être lues - ou ne serait-ce que diffusées ! - dans le monde non-francophone. Ceci les condamnerait sans appel aux yeux de l'immense majorité des chercheurs, y compris, bien sûr, des nôtres.
à ce propos, qu'il me soit permis de citer la tentative remarquable, qu'effectue actuellement l'Académie des sciences française, de rénovation, dans cet esprit, de ses Comptes-Rendus (série III). Elle pourrait être prise comme exemple de "résistance" au défaitisme de certains, dans le respect des contraintes intrinsèques de la science, c'est-à-dire de la nécessité de sa diffusion internationale. Des "Notes" peuvent désormais y être publiées en anglais comme en français, avec un long résumé dans l'autre langue. C'est une réponse réaliste à une question difficile. Elle seule peut assurer, de façon durable, l'audience internationale de cette revue, y compris dans le monde francophone bien entendu. C'est bien la raison pour laquelle l'INSERM s'est délibérément et avec joie associé à cette entreprise en créant, conjointement avec l'Académie des sciences, un prix incitatif, destiné à distinguer des "Notes" publiées par les Comptes-Rendus et se révélant par la suite être effectivement de grande portée scientifique.

- L'adoption d'une attitude offensive vis-à-vis des moyens nouveaux de diffusion de la connaissance scientifique.
Les pays francophones devraient faire un effort tout particulier de recherche et d'action vis-à-vis de l'utilisation des vecteurs informatisés d'accumulation et de transfert d'informations scientifiques. Les "journaux électroniques" - sans se substituer complètement aux journaux écrits, en tout cas dans un avenir proche - vont en effet jouer un rôle de plus en plus important, du fait même de l'explosion du savoir, et donc de la nécessité de le "concentrer" sur des supports accessibles et gérables.
Or, de tels vecteurs ne font jouer à aucune langue particulière un rôle crucial. En effet, l'introduction d'informations sur de tels systèmes s'effectue, de façon naturelle, sur un mode "conversationnel". Les messages enregistrés sont donc réputés dépourvus d'ambiguïtés, et, par voie de conséquence, ils relèvent - ou relèveront dans un proche avenir - de possibilités tout à fait satisfaisantes de traduction automatique, et donc d'émission comme de réception dans n'importe quelle langue. On peut aisément imaginer de surcroît que, demain, l'accès à ces systèmes passe par le filtre de logiciels "intelligents", susceptibles de contrôler que l'auteur a une bonne maîtrise de son sujet, des techniques qu'il déclare utiliser, de la littérature proche du thème traité - bref, que les logiciels d'accès jouent en partie le jeu actuel des "référents" des revues scientifiques. Le contrôle de la qualité pourrait dès lors être harmonieusement réparti entre le filtre "à l'entrée", ainsi défini, et un contrôle effectué par l'ensemble des lecteurs eux-mêmes lors de la diffusion des "articles". D'ici à penser que l'on pourrait ainsi, demain, substituer au contrôle a priori des articles originaux par les grandes revues internationales (en majorité anglophones) - dont on connaît le risque d'arbitraire quand ce n'est tout simplement d'erreur par insuffisance d'ouverture d'esprit ou de compétence - un contrôle a posteriori des "publications électroniques" dans des systèmes dont nous pourrions conserver la maîtrise, il n'y a qu'un pas, que je n'hésiterai pas à franchir.
J'attire toutefois l'attention sur la nécessité d'investir du temps et du travail sur l'étude et le développement de tels systèmes. Ils constituent pour nous une chance que nous ne devons pas laisser échapper, faute de quoi, ils pourraient rapidement passer sous le contrôle quasi exclusif des pays anglophones, qui commencent à s'y intéresser sérieusement, comme en témoignent, par exemple, plusieurs éditoriaux récents du directeur de la revue Nature, John Maddox. Il est donc essentiel que soit définie sans plus tarder une stratégie commune de développement de tels supports, à notre initiative collective. La langue électronique est une langue essentielle de communication scientifique, sa maîtrise commande une partie de notre propre avenir.

- Le développement concevable de la piste "latinophonie".
On a trop tendance, dès lors que l'on évoque la notion de "multilinguisme" en sciences, à confondre autour et alentour, je veux dire à comprendre "multi" comme signifiant "bi". L'anglais et le français ne sont pas les seuls vecteurs linguistiques internationaux imaginables d'expression de la science naissante ! Bien d'autres langues véhiculaires peuvent légitimement prétendre à ce statut, au rang desquelles, en particulier, l'espagnol et le portugais, dont on connaît l'audience mondiale, dans l'hémisphère Sud. Nous n'avons pas assez exploré la possibilité d'utiliser la forte parenté structurelle et de vocabulaire des langues latines - dont le français et les deux que je viens de citer, mais on pourrait aussi penser aux autres - en tant qu'avantage spécifique dans le développement de la communication scientifique orale à l'échelle internationale. Sans vouloir limiter les échanges verbaux à ce mode d'organisation, ne pourrait-on songer à expérimenter une formule de colloques en langues latines, chaque participant s'y exprimant dans sa propre langue ? Un tel mode d'échanges serait favorisé par un apprentissage spécifique de la seule compréhension des autres langues (latines), à l'évidence plus facile que l'acquisition complète d'une autre langue étrangère, s'i1 s'agit non seulement de la comprendre mais aussi de la parler !
Il ne saurait évidemment être question de récuser la nécessité, pour les chercheurs, de participer à part entière à des colloques anglophones, mais de trouver des alliés qui refusent avec nous de se laisser enfermer dans l'exclusivité absolue d'un quelconque monolinguisme et que nous ne contraignons pas pour autant à ne s'exprimer, de façon alternative, que dans notre propre langue.

- La reconnaissance de l'enseignement supérieur en tant que forme de recherche s'exprimant tout naturellement en français.
Face à l'explosion impressionnante de la connaissance et des supports de tous ordres qui en assurent une large diffusion, un effort permanent de restructuration et de synthèse du savoir s'impose de façon urgente. Un tel effort est la base irremplaçable de tout enseignement qui aspire à mériter le qualificatif de supérieur. Il ne peut véritablement se déployer (tant du point de vue des synthèses à établir que de celui de leur diffusion) que
- si des supports adéquats existent et sont financièrement soutenus (politique nationale ou internationale d'aide à l'édition d'ouvrages et de revues de synthèse - du type de la revue franco-québécoise Médecine-Sciences pour ce qui est des journaux biomédicaux)
- si les "publications" sur de tels supports sont effectivement prises en compte dans le suivi des carrières des universitaires, au moins au même titre que leurs publications originales de faits nouveaux.
En parallèle avec une telle politique, c'est tout le problème de l'édition d'ouvrages scientifiques de synthèse en langue française qui est ainsi posé, mais, ici, dans une perspective renouvelée puisque directement associée à un effort de recherche - d'une autre forme de recherche - qui devrait et pourrait être reconnu en tant que tel.
Comment ne pas se rendre compte que nous disposons, de ce point de vue, d'une situation exceptionnellement favorable, nous qui avons la chance de maîtriser une langue qui se prête, mieux que toute autre, à ce type d'exercice, à la fois par sa structure et par la rationalité de l'esprit cartésien qui lui est intrinsèquement associé ?

*****
Ainsi devient-il possible de donner à la notion de "pluriliguisme en sciences" une acception quelque peu différente de celle à laquelle on pourrait immédiatement songer, plus large en quelque sorte. Conjuguant volonté et réalisme, le plurilinguisme que nous pourrions promouvoir consisterait, dans cette orientation, à adapter les moyens linguistiques d'expression à la diversité des situations auxquelles nous avons à faire face : maintenir un réel plurilinguisme dans la publication des résultats scientifiques "primaires", tout en conservant la maîtrise de revues bi- ou multilingues d'audience mondiale ; assurer une présence francophone intense au coeur même de l'appareil de publication anglophone, en encourageant nos chercheurs à assumer les tâches, plus lourdes pour eux que pour leurs collègues de langue anglaise, de "référents" des grandes revues internationales, de façon à garantir une certaine impartialité de leurs jugements et de leurs choix d'orientation stratégique ; explorer hardiment les voies techniques nouvelles de recueil, de traitement et de diffusion des connaissances ; prendre à bras-le-corps - et en français ! - le problème majeur de la maîtrise d'un savoir dont la masse commence à nous écraser ; et enfin trouver des alliés en dehors de la francophonie pour élargir, avec eux, notre cercle de réflexion et d'intervention dans le bouillonnement international de la pensée et de l'expression scientifiques.

Qu'on me permette donc de conclure ce trop rapide survol des possibilités qui s'ouvrent à nous par un message d'espoir et de confiance en l'avenir. Celui-ci est loin d'être d'ores et déjà écrit, pour les siècles des siècles, en anglais. Tout nous montre, autour de nous, que la prévision du futur est l'exercice le plus risqué qui soit : ne nous laissons donc pas enfermer de façon nostalgique dans des combats d'arrière-garde, innovons dans des voies véritablement originales, conformes à notre génie propre ! Les ardents défenseurs de la langue française que nous sommes ont tout à gagner de rechercher des créneaux d'expression qui correspondent à la réalité des besoins d'un monde aujourd'hui débordé par la surabondance d'une production scientifique qui fuse dans toutes les directions : faisons preuve d'imagination, mettons, ensemble, un peu d'ordre dans ce magma porteur de tant de richesses potentielles, utilisons résolument les nouvelles technologies de gestion de l'information et de synthèse permanente d'un savoir collectif en perpétuelle évolution, et nous créerons les conditions d'un nouvel essor du merveilleux outil de connaissance et d'action que nous a légué notre culture : la langue que nous aimons, et que nous avons la chance et le bonheur de maîtriser et de partager.

* Conférence aux Assises francophones de la recherche, organisées par l'AUPELF-UREF, à Abidjan, en décembre 1993.


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