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Alliage, numéro 18, 1993



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La chronique du savant flou


Zéphyrin Xirdal




"C'est quand même grâce aux progrès fantastiques de la science que désormais nous savons que, quand notre corps est plongé dans une baignoire, le téléphone sonne." Pierre Desproges.

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Le Savant Flou, stimulé par l'actuelle vague d'intérêt pour les dinosaures, a découvert et baptisé différentes nouvelles espèces à la suite de fouilles en divers points du globe : en Irak, dans les excavations de Babylone, le nabuchodonosaure (Nabuchodonosaurus saddamhusseini) ; à Marseille, sous les ruines du port grec, le coquindesaure (Coquindesaurus tapi O.M.), ; aux Pays-Bas, dans le Zuyderzee, le harensaure (Harensaurus rollmopsi) ; en Grande-Bretagne, sous les décombres de l'incendie de Buckingham Palace, le princeconsaure (Princeconsaurus queeni).

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Pourquoi donc la domination de la langue anglaise (ou prétendue telle) sur les échanges scientifiques internationaux ? Oliver Heaviside, le grand physicien théoricien anglais, expliquait déjà à la fin du siècle dernier, avec un mélange tout particulier de candeur et d'arrogance, qu'il y avait là en fait une tare des anglophones, et qu'ils étaient plus à plaindre qu'à envier : "Aussi triste que cela soit, il faut bien reconnaître que bien peu de Britanniques ont un talent linguistique. Il ne s'agit en rien de paresse, mais d'une réelle incapacité mentale. Les étrangers, en revanche, semblent être doués pour les langues, au point même qu'ils en ont inventé plusieurs, et qu'ils en maîtrisent souvent plus d'une. Alors, dirai-je, qu'ils nous fassent bénéficier, nous autres, pauvres insulaires, de leurs talents en produisant le meilleur de leur travail en anglais. Et pourquoi ne pas faire de l'anglais la langue scientifique internationale ? Cela reviendrait au même pour les étrangers et serait un grand bénéfice pour les Britanniques, les Irlandais et les autres anglophones."

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Le Savant Flou est heureux de saluer le sens de la formule radiophonique de ses collègues Jean-Didier Vincent et Hubert Reeves, qui déclaraient le même jour (5 mai 1993), le premier sur France-Musique : "Il y a donc dans le cerveau humain, deux centres [l'un féminin, l'autre masculin], qui, pour des raisons X ou Y, sont plus ou moins activés.", le second sur France-Culture : "Ainsi la notion même de temps n'a pas une validité éternelle dans le passé ou dans l'avenir."

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On sait maintenant (Nature 364, 12 août 1993, p. 574) que les comètes ont pour principal constituant, après l'eau et le gaz carbonique, l'alcool ! La comète Swift-Tuttle, génératrice des Perséides, en contiendrait jusqu'à 7 %. Autrement dit, plutôt que de "neige sale", suivant le modèle classique, les comètes sont faites de whisky-soda. On comprend mieux l'intérêt des astronomes, et en particulier leur projet de ramener sur Terre du matériau cométaire.

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Le Savant Flou doit à Michel Rival, qui s'apprête à publier une biographie du physicien Oppenheimer, l'anecdote suivante. Paul Dirac, l'un des fondateurs de la théorie quantique, jugeait la culture littéraire d'Oppenheimer inconciliable avec la poursuite d'une carrière de chercheur : "La lecture interfère avec la pensée", lui dira-t-il en 1931 ; et il lui reprochera son goût pour l'art poétique : "Comment peux-tu faire de la physique et de la poésie en même temps ? Le but de la science est de rendre des choses difficiles compréhensibles de manière simple ; celui de la poésie est de dire des choses simples de manière incompréhensible. Les deux sont incompatibles." On comprend pourquoi Dirac ne figure pas dans le Comité de parrainage d'Alliage.

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Sollicité par le Journal of Irreproducible Results de proposer des candidats pour l'attribution des prix Ig Nobel 1993, le Savant Flou a sélectionné ses collègues F.H. Rauscher, G.L. Shaw et K.N. Ky, auteurs d'un impressionnant travail de psychophysiologie (Nature 365, 14 octobre 1993, p. 611). Ils entendent y démontrer une "relation causale entre la cognition musicale et la cognition correspondant à des opérations abstraites comme le raisonnement mathématique ou spatial." L'idée n'est peut-être pas très neuve, mais on appréciera l'originalité, la profondeur et la rigueur de la méthode : elle consiste en tout et pour tout à faire écouter à trente six malheureux étudiants, avant de les soumettre à un test d'intelligence Stanford-Binet, dix minutes de (1) la sonate K488 pour deux pianos de Mozart, (2) un enregistrement de "musique de relaxation", (3) silence. L'équivalent QI moyen est respectivement de 119, 111 et 110 après (1), (2) et (3), la différence ne persistant que pendant 10 minutes... Le Savant Flou, stimulé par ces recherches, a entrepris d'étudier la relation causale inverse entre cognition abstraite et cognition musicale, en testant son propre QM (quotient musical) après lecture d'une page (1) des OEuvres Choisies d'Einstein, (2) de l'article cité ci-dessus de Rauscher & al., (3) blanche. Les résultats préliminaires laissent entrevoir une corrélation inversée.

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La nécessité d'améliorer la culture technoscientifique de nos concitoyens ne vaut pas que pour les technologies sophistiquées modernes. Antoine Waechter, dans Le Monde du 27 février 1993, proposait la comparaison suivante : "Le Parlement européen, c'est comme un vélo à grand braquet sur un terrain plat : il faut pédaler beaucoup pour avancer peu." Tout amateur de cyclisme, quand bien même il ne fréquenterait la petite reine que devant son écran de télévision pendant le Tour de France, sait bien, au contraire, qu'on parle de grand braquet lorsqu'un grand plateau du pédalier entraîne un petit pignon sur la roue, permettant ainsi d'avancer beaucoup en pédalant peu. Voilà qui n'encourage guère à faire confiance aux écologistes promoteurs de technologies douces... Mais tout le monde peut perdre les pédales.

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Sous le titre "Des fantômes dans la télé !", Paris-Match du 12 août 1993 publiait un entretien avec le père François Brune sur les phénomènes de "transcommunication" électronique qui "des quatre coins du monde se multiplient : des images de défunts apparaissent à la télévision, des voix de disparus s'enregistrent sur des magnétophones, des décédés parlent au téléphone, des textes se forment tout seuls sur les ordinateurs." De fait, on ne voit pas pourquoi les fantômes n'auraient pas droit, eux aussi, aux nouvelles technologies. Voici en tout cas l'un des témoignages rapportés par le père Brune : "Le 17 septembre 1952, le père Pelegrino Ernetti, diplômé de physique des particules élémentaires et de physique quantique, travaillait avec le père Gemelli, alors président de l'académie pontificale, dans le laboratoire de physique expérimentale de l'université catholique de Milan, à éliminer des harmoniques sur des enregistrements de chant grégorien. à l'époque, les magnétophones étaient à fil, et le fil se rompait fréquemment. Chaque fois que l'incident se produisait, le père Gemelli s'exclamait : "Oh, papa, aide-moi ! " Un jour, en réécoutant le fil après la réparation, il reconnut la voix de son propre père : "Bien sûr que je t'aide, je suis toujours avec toi !" Stupéfaits, les deux ecclésiastiques vérifient attentivement l'écoute après la réparation suivante. à nouveau, ils entendent le père du père Gemelli : "Zuccone ["courge"], tu ne vois pas que c'est bien moi !" Jugeant cet incident très important, le père Ernetti a emmené son ami à Rome pour en parler à Pie XII. Je tiens à vous citer les propos exacts que Sa Sainteté leur a tenus : "Soyez tranquilles, cela est un fait strictement scientifique qui n'a rien à voir avec le spiritisme. Cette expérience pourra peut-être marquer le début d'une nouvelle étude scientifique pour confirmer la foi dans l'au-delà."" Mais ne s'agit-il pas plutôt de transe-communication ?

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On se souvient du suicide collectif de la secte des davidiens de Waco, au printemps 1993. Un médecin légiste, démentant la possibilité qu'il y ait eu des survivants, a déclaré à la chaîne de télévision américaine ABC (sic - voir ci-après) que "A a tué B et C a tué A et ainsi de suite." Petit exercice de logique macabre : expliciter la règle sous-entendue par le "ainsi de suite..." Application : qui a tué C ?

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Le Savant Flou a eu la chance d'entendre sur Radio-Nostalgie une passionnante enquête-minute, dans la rue, sur le thème : "Avez-vous plus confiance en la voyance, l'astrologie ou la numérologie ?" En attendant un dépouillement scientifique des réponses (taille de l'échantillon : une demi-douzaine), notons la plus intéressante : "Je crois à l'astrologie, mais pas à l'horoscope. Je peux bien croire que les gens d'un même signe ont des caractères et des comportements semblables, mais pas qu'il va leur arriver la même chose." Comme quoi, il peut y avoir de la rationalité au coeur même de l'irrationnel...

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Une devinette, pour conclure : si j'ajoute trois fois 10 à 50, combien ça fait ? Oui, il y a un truc - mais c'est une astuce, pas un piège. On trouvera la réponse en bas de page*.



*Eh bien, les trois fois, ça fait 60 ! Comme quoi, si "et" ne veut pas toujours dire "+" (comme en témoigne la classique devinette des cours d'écoles : 2 et 2, ça fait combien ? 22, bien sûr...), "fois" ne veut pas forcément dire "x" !